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413 - Intégration citoyenne : identités religieuses et vivre-ensemble dans l’espace libéral

Le jeudi 11 mai 2017

Le religieux constitue un élément central dans la transmission identitaire à l’intérieur des diasporas et dans l’initiation à la participation citoyenne de leurs membres dans le pays qui les accueille. Les mémoires individuelles et collectives des nouveaux arrivants sont chargées de considérations par rapport à leurs héritages ethnoculturels et religieux qui influencent leurs trajectoires d’intégration dans une société moderne sécularisée et plurielle. Le contact avec cette dernière déclenche souvent une recomposition identitaire chez ces individus qui peut provoquer des mutations de la symbolique du religieux et des changements de leurs pratiques religieuses. Les femmes, en particulier, composent avec les exigences parfois contradictoires des morales traditionnelles et les normes véhiculées par la modernité.

Ce bouleversement identitaire entraîne dans certains cas un cloisonnement des identités autour de marqueurs communautaires et religieux. Ce repli identitaire, engendré par des motivations ou des justifications religieuses, risque d’être instrumentalisé et de devenir la couveuse de frustrations et d’actes de violence. À l’opposé, la société plurireligieuse et pluriculturelle gérée par un État de droit offre aussi l’occasion de multiplier les dialogues intercommunautaires, interreligieux et interculturels dans un environnement pacifié. Ces échanges peuvent mener à des dialogues citoyens, à du prosélytisme, voire à des conversions au sein des communautés diasporiques, ces dynamiques amenant à leur tour leur propre lot de questionnements et d’enjeux.

C’est à travers une approche interdisciplinaire de ces thèmes que le colloque s’interroge sur les reconfigurations des identités religieuses au sein des communautés diasporiques dans un contexte interculturel ou multiculturel, sur les impacts sur les convictions et les pratiques religieuses qu’entraînent ces recompositions identitaires, ainsi que sur les enjeux sociaux et politiques que celles-ci soulèvent. Le colloque prend ainsi la forme d’une journée de conférences divisée en quatre blocs, chacun correspondant à un aspect du thème général : 1) les recompositions identitaires : mutations de la symbolique du religieux et transformation des pratiques; 2) les formes et enjeux des dialogues interreligieux et interculturels dans une perspective citoyenne; 3) les risques d’instrumentalisation de l’identité religieuse à des fins de violence; et 4) la situation particulière des femmes : entre les exigences des morales traditionnelles et modernes.

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Colloque
Section 400 - Sciences sociales
Responsables
Sami Aoun
UdeS - Université de Sherbrooke
UdeS - Université de Sherbrooke
UdeS - Université de Sherbrooke
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Avant-midi
08 h 45 à 10 h 05
Communications orales
Les recompositions identitaires : mutations de la symbolique du religieux et transformation des pratiques
Présidence/Animation : Jean-Sébastien MARSOLAIS (UdeS - Université de Sherbrooke)
Participants : Chedly BELKHODJA (Université Concordia), Géraldine Mossière (UdeM - Université de Montréal)
Batiment : (BR) BRONFMAN
Local : (BR) 410
08 h 45
Mot de bienvenue
Sami Aoun (UdeS - Université de Sherbrooke)

Mot de bienvenue

Résumé
08 h 55
Savoir faire sa place dans la mort : explorations de quelques terrains de recherche
Chedly BELKHODJA (Université Concordia)

L’enjeu de la mort constitue un défi de l’intégration des populations immigrantes au Canada. L’épreuve de la mort implique une réflexion sur le lieu d’origine, pour les personnes immigrantes âgées mais aussi pour des jeunes musulmans issus de l’immigration, les secondes générations, n’ayant pas la même relation à la terre d’origine. La mort rejoint la notion du retour qui clôt ce que le sociologue algérien Abdelmalek Sayad qualifie de « l’absence de quelque part ». C’est ce moment où le migrant se questionne sur son parcours, son origine, sa communauté. Le retour puise dans une pensée patriotique de l’obligation et de la nécessité de revenir au pays d’origine. L’impératif du retour efface la souffrance et la culpabilité d’avoir quitté la famille et le pays. Avec le temps, le sens du retour évolue par effet de la réalité de l’intégration des populations immigrantes dans les sociétés d’accueil. Par conséquent, la réalité du retour n’a plus la même signification et de plus en plus de musulmans sont inhumés en terre d’immigration.

Notre recherche s’intéresse à comprendre la mort musulmane en contexte d’immigration dans le contexte de plus petites villes du Canada et du Québec, soit Sherbrooke, London en Ontario et Moncton au Nouveau-Brunswick. Par des entrevues individuelles avec des intervenants clefs et des membres de la communauté musulmane, nous avons pu dégager des observations quant à la manière d’envisager la mort et l’enterrement en terre canadienne et québécoise. 

Résumé
09 h 30
La conversion au christianisme comme voie d’émancipation : récits de musulmans de la marge
Géraldine Mossière (UdeM - Université de Montréal)

La conversion à la religion du dominant a souvent joué un rôle utilitariste, en particulier dans le cas de conversions massives en contexte de conquêtes (évangélisation, islamisation). Dans le cadre de la globalisation et des migrations accélérées, les conversions à la religion du majoritaire sont souvent apparues comme des stratégies d’intégration à la société d’accueil, l’exemple des Riche Christians aux États-Unis constitue un cas emblématique à cet égard. Notre ethnographie menée auprès de migrants né musulmans qui se sont convertis au christianisme offre un regard plus nuancé sur ces dynamiques complexes. Berbères, Africains de l’ouest, homosexuels, femmes divorcées, les répondants que nous avons rencontrés affichent habituellement des identités de la marge au sein de la communauté musulmane tandis que leur discours de conversion manifeste une contestation de leur statut au sein de leur groupe d’origine. Si le recours à la conversion religieuse pour fins d’émancipation sociale et politique d’un statut de sujétion n’a rien d’inédit, nous examinerons comment les discours de conversion de musulmans devenus chrétiens articulent les vécus de la migration, du déracinement ou de la violence symbolique et sociale. En particulier, nous étudierons les ressources symboliques et idéologique qu’offrent le langage chrétien et ses variantes (catholicisme, protestantisme évangélique) pour reformuler et transformer ses expériences de la modernité et reconfigurer les frontières d’inclusion et d’exclusion autour de nouveaux idiomes et idéaux.

Résumé
10 h 05
Pause
10 h 25 à 11 h 35
Communications orales
Les formes et enjeux des dialogues interreligieux et interculturels dans une perspective citoyenne
Présidence/Animation : Jean-Sébastien MARSOLAIS (UdeS - Université de Sherbrooke)
Batiment : (BR) BRONFMAN
Local : (BR) 410
10 h 25
Au-delà de l’internormativité : le droit religieux comme vecteur identitaire, l’exemple de l’islam dans la jurisprudence canadienne
Safa BEN SAAD (UdeS - Université de Sherbrooke)

Dans un contexte libéral et laïque, la mobilisation d’une norme juridique d’origine religieuse défit la neutralité. La cour suprême du Canada a retenu une définition extensive de la religion  qui aiderait à résoudre la complexité de la diversité religieuse. Mais « l’État peut-il faire abstraction des « communautés d’appartenance » qui animent le phénomène religieux et desquelles un individu peut se revendiquer » ? Lorsqu’une référence religieuse est évoquée devant les tribunaux, elle véhicule à la fois un contenu normatif et un attachement, une identité. Cette référence mêlant normes, croyances et cultures, permet aux juges de se forger une certaine conception de la religion. À travers l’exemple de la représentation de la normativité islamique et en analysant la jurisprudence depuis les années 90, cette communication tentera de comprendre comment le droit religieux peut être le vecteur d’une identité religieuse et de desceller l’interaction des appartenances dans l’imbrication des normes religieuses et juridiques. 

Résumé
11 h 00
Les différents rôles de l’éducation « formelle » au sein des communautés religieuses minoritaires
Sivane Hirsch (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

C’est en considérant les trois fonctions officielles de l’école – l’instruction, la socialisation et la qualification -  que l’on critique souvent les écoles ethno spécifiques et de surcroit, celles qui n’ont pas la reconnaissance légale de l’État. S’il l’on peut clairement distinguer ces deux types d’école en ce qui concerne l’instruction et la qualification, puisque les écoles reconnues (qui sont le plus souvent aussi subventionnées) performent très bien selon les critères proposés par la société à cet égard, il est plus difficile de le faire en ce qui a trait au rôle social que l’école doit jouer. D’ailleurs, l’amalgame entre ces différentes écoles se fait très souvent, en considérant toutes les écoles ethno spécifiques de la même manière. À partir de deux études différentes, l’une au sein même des écoles juives primaires de Montréal et l’autre portant sur les mesures légales qui encadrent les questions de « non fréquentation scolaire » - donc les écoles « illégales » ainsi que la scolarisation à la maison non enregistrée – je propose de réfléchir au rôle que joue l’école dans la transmission d’une identité basée sur l’appartenance à une minorité religieuse. Ces deux études permettent en effet de considérer la perception des communautés elles-mêmes de l’éducation, de leur intégration éventuelle au sein de la société et de la place qu’elles y accordent à la religion.  

Résumé
Dîner
11 h 35 à 13 h 15
Dîner
Dîner
Après-midi
13 h 15 à 15 h 00
Communications orales
Les risques d’instrumentalisation de l’identité religieuse à des fins de violence
Présidence/Animation : Jean-Sébastien MARSOLAIS (UdeS - Université de Sherbrooke)
Participants : Véronique Laprise (UdeS - Université de Sherbrooke), Maria Mourani (Université d'Ottawa et Mourani-Criminologie), Mohamed Ourya (UdeS - Université de Sherbrooke)
Batiment : (BR) BRONFMAN
Local : (BR) 410
13 h 15
Quand la police de proximité lutte contre l’extrémisme violent (CVE) : une étude comparative des initiatives canadiennes en diversité religieuse
Véronique Laprise (UdeS - Université de Sherbrooke)

Cette présentation est née d’un besoin de recherche sur l’intervention en diversité religieuse, École d’été 2016, du CERC. Lors de ce séminaire, les présentations des intervenants (ex.: santé, éducation, DPJ) démontrèrent qu’au Québec, les organisations initient des stratégies « maisons » pour répondre à la diversité de la clientèle. Qu’en est-il, lorsque le religieux, interfère dans l’environnement d’intervention des policiers, ou plus gravement, lorsqu’il est instrumentalisé à des fins de violence? La criminologie suggère « la police de proximité » comme stratégie d’innovation répondant à la diversité des sociétés modernes. 
Cependant, en l’absence de perspectives communes en sécurité publique canadienne, les services policiers improvisent localement. Les observations de l’école d’été semblent alors transférables au milieu policier. Dans un premier temps, cette recherche exploratoire exposera différents programmes canadiens actuels, les circonstances de leur apparition, comment ils mettent les policiers en relation avec leurs communautés, et les spécificités propres au Québec. Dans un second temps, la performance de ces stratégies sera évaluée, au travers de l’exemple de la lutte contre l’extrémisme violent (CVE). S’inscrivant en police de proximité, le CVE cherche, entre autres, à prévenir les risques d’instrumentalisation de la religion à des fins de violence, où, encore une fois, les intervenants improvisent leurs stratégies « maisons », et surtout au Québec.

Résumé
13 h 50
Pensée et identité musulmanes en Occident : les exigences du constant et du variable
Mohamed Ourya (UdeS - Université de Sherbrooke)

L’intervention traite de la pensée produite par des intellectuels musulmans occidentaux, quant à son rapport à l’identité musulmane en Occident, qui met, quant à elle, en évidence une menace nécessitant une préservation de la spécificité. Ce sujet est légitimé par la conjoncture actuelle d’un Occident sensible à une communauté musulmane, pour laquelle la nécessité d’intérioriser les valeurs de la société occidentale moderne, demeure importante. Dans cette perspective, l’objectif demeure l’analyse de cette pensée, quant à la question de l’identité musulmane en Occident. Aussi, nous chercherons à tracer la portée et les limites de cette pensée dans sa critique de l’identité musulmane, ce qui permettrait de savoir jusqu’à quel point elle serait autonome par rapport à son homologue produite en terre d’islam. Pour ce faire, l’intervention essayera de rechercher les justifications des idées avancées par certains auteurs choisis à titre d’exemple, pour comprendre les mécanismes des rapports entretenus par cette pensée avec l’identité musulmane. Une fois, ce pari réussi, on essayera d’acquérir une compréhension historique de la pensée des auteurs analysés. Ce qui permettrait de concevoir ce qu’ils auraient pu dire, mais qu’ils ont tu, quant à ce qui est constant et ce qui est variable dans l’identité musulmane dans l’espace occidental. Enfin, nous essayerons de relever le contenu idéologique de ces auteurs pris comme exemples, quant à la question de l’identité musulmane.

Résumé
14 h 25
Transformation et islam
Maria Mourani (Université d’Ottawa)

Le phénomène des jeunes occidentaux rejoignant des groupes armés à l’étranger n’est pas nouveau. Que ce soit la Bosnie, la Yougoslavie, la Tchétchénie ou encore l’Afghanistan, les conflits sont des pôles d’attraction pour des jeunes en quête de sens, la « foi chevillée au corps ». Depuis 2012, le départ de jeunes Européens et Nord-américains, attirés par les conflits en Syrie et en Irak, est devenu une source de préoccupation majeure. À partir de l’approche rhizomique de Deleuze et Guattari (1980) – qui revient à penser l'humain comme un devenir – et de la méthodologique du récit de vie, nous avons tenté de comprendre la germination du désir, autrement dit, du devenir-jihadiste chez des jeunes Canadiens, Belges et Français, en nous intéressant, notamment à la coprésence de la religion dans le processus de transformation. À l’émergence de ce moment où l’on perçoit les choses autrement lors de cette rencontre virtuelle ou réelle, humaine ou non-humaine, qui affecte, fait agir et donne sens à une ligne de fuite, un devenir. Il s'agit de mieux comprendre ces événements et ces agencements-vie qui amènent l’acteur à penser et ressentir autrement, alors qu’une autre façon de vivre et de sentir s’enveloppe en lui. 

Résumé
15 h 00
Pause
15 h 15 à 16 h 25
Communications orales
La situation particulière des femmes : entre les exigences des morales traditionnelles et modernes
Présidence/Animation : Jean-Sébastien MARSOLAIS (UdeS - Université de Sherbrooke)
Batiment : (BR) BRONFMAN
Local : (BR) 410
15 h 15
Éducation française et enseignement du judaïsme à l’École Maïmonide : identités de genre et de religion
Christine CHEVALIER-CARON (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Suite à l’indépendance du Maroc en 1956, plusieurs milliers de personnes juives ont immigré du Maroc au Canada. Majoritairement francophones, ces populations se sont principalement établies à Montréal, où ils et elles pensaient avoir accès une éducation francophone semblable à celle dispensée au Maroc. La réalité était autre : orientés-es vers le système d’éducation anglophone, les non-catholiques avaient une accessibilité restreinte à une éducation francophone. Un deuxième problème se posait, les écoles confessionnelles juives proposaient une éducation ashkénaze se différenciant à bien des égards de la tradition sépharade. Face à ce double problème, des leaders communautaires ont entrepris de mettre en place une institution scolaire francophone sépharade : l’École Maïmonide, qui initia ses activités en 1969. Soucieuse d’offrir un programme sans distinction de genre, la direction de l’école a adapté certains enseignements traditionnellement réservés aux garçons afin que les filles en bénéficient aussi, comme la célébration de la Bat Mitzva et de la prière du matin. 
L’étude de la formation offerte par l’école à ces nouvelles arrivantes nous permettra d’illustrer en quoi le cursus proposé par l’École Maïmonide a contribué, 1- à la promotion de l’égalité entre les jeunes filles et garçons de la communauté; 2- à l’intégration de ses membres à la société québécoise; 3- tout en participant à la préservation d’une identité sépharade par le programme d’éducation religieuse qui leur était offert. L’analyse des archives de la CSUQ et le dépouillement de la Voix Sépharade nous permettra d’étayer cette hypothèse.

Résumé
15 h 50
La recherche-action médiation pour faciliter le vivre-ensemble au Québec
Michèle VATZ-LAAROUSSI (UdeS - Université de Sherbrooke)

Cette présentation rendra compte d’un projet de recherche action-médiation tenu au Québec en 2016-2017, visant à mettre en dialogue des femmes de différentes religions, origines et groupes culturels souvent stigmatisés comme les femmes musulmanes. Encadrée par les théories de la médiation interculturelle et de l’intersectionnalité,  la méthodologie originale de ce projet utilise les arts et le dialogue comme vecteur de changement et permet l’identification des tensions, des préjugés et des rapports de pouvoir pour les dépasser dans des perspectives de collaboration et d’amélioration des conditions de vie des femmes. Les concepts de dialogue citoyen, de vivre ensemble et de solidarité seront illustrés au travers de la démarche poursuivie et de l’analyse qui en est faite avec la centaine de femmes participant au processus. Identités religieuses et intégration citoyenne seront ainsi abordés à l’aulne des espaces et des conditions permettant l’inter-compréhension et le meilleur vivre ensemble dans la reconnaissance du pluralisme. En conclusion, la même démarche actuellement en cours dans 6 pays sera présentée dans la perspective de nouvelles solidarités féministes internationales.

Résumé
16 h 25 à 17 h 00
Communications orales
Synthèse
Batiment : (BR) BRONFMAN
Local : (BR) 410
16 h 25
Synthèse
Jean-Sébastien MARSOLAIS (UdeS - Université de Sherbrooke)

Si les médias reviennent couramment sur les enjeux entourant la recomposition des identités religieuses, le point de vue de chercheurs qui ont travaillé de manière rigoureuse sur ces dynamiques sociales, est cependant bien moins souvent entendu. C’est dans cet esprit que le colloque cherche à fournir un espace qui permette de publiciser les résultats de leurs recherches récentes, ainsi que leurs réflexions théoriques et méthodologiques, dans un contexte interdisciplinaire favorisant l’échange. De plus, à l’heure de la fragilisation des relations citoyennes et du recul de la confiance dans l’enceinte de la cité, une telle discussion possède une réelle pertinence sociale et politique en visant à renforcer l’inclusion sociale et contribuer au dialogue citoyen en cherchant des convergences de valeurs dans le vivre ensemble au sein des sociétés plurielles.

Résumé
16 h 45
Mot de clôture
Sami Aoun (UdeS - Université de Sherbrooke)

Mot de clôture

Résumé