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649 - Expériences de visites scolaires au Musée. Tentative d’une cartographie sémantique du terme expérience

Section 600 - Colloques multisectoriels

  • Lundi 3 mai 2021
  • Mardi 4 mai 2021

Responsable

Que signifie le terme « expérience » dans le cadre des visites muséales et tout particulièrement dans le contexte scolaire ? 

C’est à cette question que nous nous proposons de réfléchir en confrontant des recherches qui se situent dans des champs scientifiques différents (sciences de l’éducation, sciences de la communication et de l’information, didactiques, psychologie, sociologie, etc.), à travers différents pays (France, Canada, Brésil, Suisse, autres), auprès de divers professionnel.le.s, afin de cerner comment la notion d’expérience s’impose ou non dans les travaux s’intéressant aux visites scolaires au musée. À quelles autres notions se rattache-t-elle ou au contraire quelles notions concurrence-t-elle ou de quelles notions se détache-t-elle ? Il s’agit en somme de comprendre comment elle traverse les travaux et ce que cela dit de la façon dont la visite est reconstruite, analysée, voire vécue ou appréhendée par les chercheur.e.s, les professionnel.le.s, mais aussi par les sujets visiteurs eux-mêmes. Cette cartographie du terme expérience est également réfléchie sur le plan méthodologique : comment reconstruit-on l’expérience selon les champs de recherches, les disciplines, les approches professionnelles, selon les pays, etc. ? Comment appréhende-t-on alors les sujets qui visitent : des sujets didactiques, des sujets scolaires, des élèves ou des visiteurs, voire des spectateurs, etc. ? 


Appel à communications

 

Expériences de visites scolaires au Musée. Tentative d’une cartographie sémantique du terme expérience

 

Le terme « expérience » semble s’imposer dans divers travaux en sociologie, psychologie, muséologie et aussi au sein d’approches didactiques pour évoquer ce qui se passe lors d’une visite au musée qu’elle soit scolaire ou pas. Au sein des recherches portant sur les visites scolaires, ce terme désigne tant la visite (scolaire) au musée, les parcours de visites, la déambulation à travers une salle, l’écoute et la production de discours, la lecture des textes, la compréhension des possibles significations d’un tableau ou tout objet exposé, la réception (compréhension, interprétation, jugement, appréciation, impression, etc.) d’une muséalie ou d’une exposition. C’est parfois l’effet de cette expérience qui est mis en avant : les émotions ressenties, le retour sur le vécu, ce qui est retenu (Schmitt, 2012), voire ce qui est appris (Meunier, 2008). Cette diversité des usages du terme au sein de champs de recherche différents qui appréhendent un objet de recherche partagé : la visite scolaire au musée, mérite d’être clarifiée. De quoi la résurgence de cette notion est-elle le signe au sein des travaux portant sur les visites muséales d’un public jeune et accompagné ? Que permet-elle d’éclairer, de ne pas ou de ne plus éclairer de la visite muséale ? Quelles variations selon les approches disciplinaires peuvent être identifiées ? Quelles sont leurs significations ? Et, enfin, quels sont les plus récents travaux empiriques conduits à propos de l’expérience de visites scolaires au musée ?

La finalité de ce colloque est bien de circonscrire les sens et usages de la notion d’expérience et de comprendre ce que celle-ci permet de reconstruire, d’analyser, de promouvoir des visites scolaires ou non scolaires au musée, des visites avec un jeune public accompagné, quel que soit le contexte de visite. 

La réflexion à laquelle invite ce colloque pourrait ainsi s’organiser autour de trois axes : 

1- Le premier axe porte sur le choix de cette notion plutôt qu’une autre au sein des travaux. Stéphanie Pinel-Jacquemin, Muriel Lefebvre, Julie Renard et Chantal Zaouche Gaudron (2019) en réalisant une revue de la littérature où l’expérience muséale est mobilisée, identifient un glissement sémantique de « visite de musée » vers « expérience de visite » où le terme « musée » semble disparaitre au profit de celui d’« expérience ». Ce glissement, selon ces auteures, permet :

« … de dépasser l’aspect scolaire/cognitif des apports du musée pour s’aventurer dans le champ du social et de l’affectif. La dimension affective et émotionnelle relève de « l’expérience de la visite » et dépasse la dimension cognitive de celle du musée (connoté du côté du savoir, des connaissances). La visite englobe l’expérience et la dépasse. L’enfant n’est plus un apprenti qui vient recevoir du savoir, il devient un visiteur qui s’imprègne des lieux, rencontre des personnes, échange, partage, vit une expérience physique, sociale, affective, intellectuelle... Si l’expérience reste cognitive surtout dans un contexte scolaire, les émotions ressenties deviennent « constitutives de la connaissance » (Schmitt, op. cit., 27). » (2019, § 12)

Ce glissement éclaire principalement un déplacement de l’étude du musée comme un espace d’apprentissage et de médiation avec ses propres règles vers l’étude du visiteur, du sujet visiteur (Cohen, 2001). La notion d’« expérience » semble alors apporter des changements à deux niveaux : 

- celui des médiations muséales où le vécu des visiteurs est pris en compte et le parcours de visite peut être conçu pour impliquer le visiteur dans une réception « active » de l’exposition ou des muséalies ; 

- celui des recherches qui prennent davantage en compte le faire, le dire, le ressentiment du sujet visiteur et tentent de reconstruire ou d’accéder à l’expérience singulière des visiteurs (Schmitt, 2012; Blanc, 2017) ou aux expériences réalisées selon les contextes de visites (scolaire et familiale, par exemple, voir : Dias-Chiaruttini & Cohen-Azria, 2019 ; ou extrascolaire : Martin, 2012), ou encore les tentatives de définir l’expérience d’apprentissage au musée (Falk & Dierking, 2002) ou encore la formation de visiteurs émancipés (Roussel-Gillet, 2018). 

2 – Le deuxième axe se situe sur le plan épistémologique, il s’agit de comprendre ce qui est désigné par la notion au sein de chaque champ de recherche et quelles références les auteurs mobilisent-ils ? Jean-Charles Chabanne (2018) souligne l’enjeu qui est au cœur de ce colloque, faut-il définir la notion d’expérience ou les notions que ce terme unique confond ? À travers les travaux qui analysent l’expérience du visiteur scolaire au musée, que peut apporter la distinction ancienne remontant à la phénoménologie entre les deux termes allemands : Erlebnis/Erfahrung qui renvoient respectivement au vécu singulier de chacun ou au cheminement vers la connaissance (Chabanne, 2018 ; Jullien, 2016) ? Comment les chercheurs, selon leur ancrage scientifique, appréhendent cette opposition ? L’appréhendent-ils ou recourent-ils à d’autres approches de la notion comme l’expérience esthétique que propose (Schaeffer, 2015) ? Comment les visites virtuelles sont-elles prises en compte ? (Beaujard, 2014). L’intérêt de cette réflexion est de comprendre ce que chacun des chercheurs dans ce champ définit par expérience ou encore par expériences (au pluriel).

3 – Enfin, le troisième axe soulève des questions méthodologiques : comment saisir ou reconstruire l’expérience ? Quelles sont les méthodologies privilégiées en fonction des ancrages théoriques et des champs de recherches ? Qu’est-ce qui est commun et qu’est-ce qui se différencie ? Nous serons particulièrement attentifs aux modalités méthodologiques mobilisant les outils numériques.  Permettent-ils de mieux saisir les expériences (lunette caméra, tablette, etc.) ? Par ailleurs, se pose la question de la temporalité : quels découpages effectuent les chercheurs : avant, pendant, après la visite ? Quand construisent-ils leurs données, avant, pendant, après la visite ? On peut ainsi interroger les élèves après leur visite sur l’expérience vécue pendant la visite, ou filmer la visite pour saisir ce qui se passe pendant que l’expérience se déploie, etc. En fonction de ces choix méthodologiques, quelle expérience de visite est alors reconstruite ? 

Bibliographie indicative  

Blanc M. (2017), L’Iconique de Max Imdahl et sa fécondité pour le décloisonnement des savoirs, Regards croisés n° 7, p. 55-68.  

Beaujard, C. (2014) Du musée conservateur au musée virtuel, Paris, Lavoisier

Chabanne, J.-C. (2018), Quels « signes » dans quels « langages » pour qui veut interroger la dimension esthétique d’une expérience ? Formes profanes, formes expertes. In Beaudry Marie-Christine, Brehm Sylvain, Boutin Jean-François, Discours, usages, traces de l’expérience esthétique en contexte scolaire : perspectives croisées, Éditions de l’université de Sherbrooke, p. 85-98. 

Cohen C. (2001), Quand l’enfant devient visiteur : une nouvelle approche du partenariat École/Musée, L’Harmattan, Paris.

Cohen-Azria C. (2014), « La visite scolaire au musée par l’analyse des sujets : une approche didactique ». In Marion Barratault & Justine Delassus (dir.) (2016), Actes du colloque De l’école au musée, interroger les modes de transmission des savoirs, CHCSC, p. 42-50.

Dias-Chiaruttini A. & Cohen-Azria C. (2019), Visites scolaires : situations et discours. In C. Cohen-Azria (ed.), Visites aux musées : situations et discours, Dijon, Les Dossiers de l’Ocim, Université de Bourgogne, p. 23-42.

Falk J.H. & Dierking, L.-D. (2002), Lessons without Limit, New York, Altamira.

Jullien F. (2016), « De l’expérience », BnF Conférence en ligne, 7 décembre, 91 minutes. [En ligne]. http://www.dailymotion.com/video/x5aa292

Martin Th. (2012), « Les logiques d’interprétation des enfants selon leur expérience de visite dans les musées de sciences et dans le cadre des loisirs », Communication 30(2). [En ligne]. http://journals.openedition.org/communication/3598

Meunier A. (2008), L’éducation muséale, un rapport au savoir, Recherches en communication n° 29, p. 101-124. 

Pinel-Jacquemin S., Lefebvre M., Renard J. & Zaouche Gaudron Ch., (2019), « Que signifie « expérience de visite » pour le public enfant ? », Communication [Online], vol. 36/1. https://journals.openedition.org/communication/9790?lang=en

Roussel-Gillet I. (2018), Des visiteurs émancipés : lycéens et étudiants filment au musée, La Lettre de l’OCIM n° 175, p. 12-15.

Schaeffer J.-M. (2015). L’expérience esthétique. Paris : Gallimard.

Schmitt D. (2012), Expérience de visite et construction des connaissances : le cas des musées de sciences et des centres de culture scientifique. Thèse de doctorat en sciences de l’information et de la communication, Université de Strasbourg [En ligne]. https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00802163. 

 

CALENDRIER - DATES IMPORTANTES 

Les propositions sont à envoyer pour le 21 février à : 

ana.chiaruttini@univ-cotedazur.fr ; cora.cohen-azria@univ-lille.fr ; meunier.anik@uqam.ca

Retour aux communicants : le 1er mars, diffusion du programme à partir du 6 mars.

Elles doivent présenter un titre, l’affiliation institutionnelle du chercheur et un résumé d’une demi-page de l’intervention. Chaque communication durera 30 minutes. 

Vous pouvez vous inscrire sur le site : https://www.acfas.ca/evenements/congres/inscription jusqu’au 12 avril 2020, majoration à partir du 13 avril. 

 

Comité d’organisation  

Ana Dias-Chiaruttini, Université Côte d’Azur – LINE – Responsable scientifique 

Cora Cohen-Azria, Université de Lille – CIREL – Responsable programme et inscription 

Anik Meunier, Université du Québec à Montréal – GREM – Responsable logistique

 

Comité scientifique 

Corinne Baujard, Université de Lille – CIREL

Magali Brunel, Université Côte d’Azur – LINE

Jean-Charles Chabanne, Ifé ENS Lyon – ECP 

Solange Ciavaldini-Cartaut, Université Côte d’Azur – LAPCOS

Cora Cohen-Azria, Université de Lille – CIREL

Claire Desmitt, Université de Lille – CIREL

Ana Dias-Chiaruttini, Université Côte d’Azur – LINE

Christine Faller, Université Côte d’Azur – LINE

Anik Meunier, Université du Québec à Montréal – GREM

Isabelle Roussel-Gillet, Université d’Artois – Textes et Cultures 

Daniel Schmitt, Université Polytechnique Hauts de France – Laboratoire en Design visuel et urbain

Fatiha Tali, Université Côte d’Azur – LINE 

Éric Triquet, Université d’Avignon – Centre Norbert Elias

 

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