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Prix Acfas Adrien-Pouliot 2016 : Pierrette Gaudreau
Prix Acfas Adrien-Pouliot
Pierrette
Gaudreau
Université de Montréal

Le prix Acfas Adrien-Pouliot 2016, pour la coopération scientifique avec la France, est remis à Pierrette Gaudreau, professeure titulaire au Département de médecine de l’Université de Montréal

C’est un fait, notre espérance de vie s’allonge de plus en plus. L’Organisation mondiale de la santé estime qu’en 2050, les personnes âgées de 60 ans et plus constitueront 22 % de la population globale, contre 12 % en 2015. Ce chiffre est autant un signe de progrès qu’un défi : nous vivrons plus vieux, mais vivrons-nous bien? La lauréate, spécialiste des mécanismes du vieillissement et de la longévité, a choisi de consacrer sa vie à l’étude de cette question. Et parce qu’on ne peut s’attaquer seule à un tel dossier, elle a su établir, depuis plusieurs décennies, des initiatives remarquables favorisant l’amplification du réseau scientifique France-Québec dans son domaine, tant en recherche qu’en formation. Elle a ainsi permis l’instauration de partenariats mobilisateurs et durables couvrant  de multiples dimensions de la biologie propre à l’hiver de la vie humaine.

Au carrefour des neurosciences et de la cognition, de l’endocrinologie et de la nutrition, les travaux de Pierrette Gaudreau visent à élucider les mécanismes centraux et périphériques, moléculaires et cellulaires, contribuant au vieillissement en bonne santé. En complément, elle s’intéresse à l’identification de biomarqueurs prédictifs de cet état. Avec tous ces travaux, elle s’est taillé une solide réputation dans le domaine de la neuroendocrinologie et de la neurobiologie du vieillissement, en particulier pour ses travaux sur le récepteur du facteur de libération de l’hormone de croissance (GHRH).
L’originalité de sa recherche réside, d’une part, dans l’étude de modèles animaux de vieillissement réussi (bonne santé générale à un âge avancé) ou non réussi (apparition de dysfonctions métaboliques et cognitives ou de tumeurs). D’autre part, sont aussi reconnus comme innovants ses travaux avec des groupes de personnes âgées quant à leur santé neuroendocrinienne, métabolique et cognitive, et portant principalement sur l’impact de la nutrition en tant que déterminant d’un vieillissement réussi.

C’est à partir de 1993 qu’elle établit sa première collaboration franco-québécoise de longue durée. Le partenariat avec le professeur Gérard Morel de l’Institut Pasteur et de l’Université Claude-Bernard de Lyon s’est déployé sur près de deux décennies. La localisation structurale et ultrastructurale du récepteur du GHRH fut au cœur de cet échange. En 1999, elle noue un deuxième partenariat, crucial pour le développement de la recherche en biologie du vieillissement en France et au Québec, avec la professeure Josette Alliot de l’Université Blaise-Pascal à Clermont-Ferrand. Il a engendré l’importation à Montréal de quatre couples de rats de souche LOU (une souche reconnue pour résister aux facteurs causant l’obésité), alors que la colonie était amenée à disparaître après le départ en retraite de la chercheuse française. Cette initiative de Pierrette Gaudreau a permis la poursuite de multiples projets pluridisciplinaires. Elle continue, aujourd’hui encore, à favoriser des projets pérennes entre chercheurs québécois et français.

L’échange établi depuis dix ans avec l’équipe d’Emmanuel Moyse du Laboratoire de physiologie neurovégétative de l’Université Aix-Marseille-3, maintenant à l’Université de Tours, représente quant à lui un exemple de vision structurante de la recherche France-Québec, dont l’impact va bien au-delà des attentes d’une collaboration inter-équipe.
Depuis 2010, Pierrette Gaudreau dirige le Réseau québécois de recherche sur le vieillissement (RQRV), qui compte aujourd’hui quelque 450  membres et dont les études (notamment l’étude NuAge) menées en conjonction avec des équipes françaises ont eu des répercussions internationales. Les collaborations se sont enrichies des échanges avec l’équipe de la docteure Pascale Barberger-Gateau du Centre de Recherche INSERM U897, Université Victor Ségalen, Bordeaux, ou plus récemment avec l’équipe des docteures Blandine Conte et Estelle Pujos-Guillot de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et de l’Université d’Auvergne, à Clermont-Ferrand.

Depuis 2015, Pierrette Gaudreau collabore avec le professeur Dominique Gauguier du Centre de Recherche des Cordeliers, INSERM et Université Pierre et Marie Curie – Université Paris Descartes. Le but : identifier les marqueurs génomiques responsables de la longévité en bonne santé des rats LOU, en lien avec la cognition et les dysfonctions métaboliques (obésité/diabète de type 2).

Enfin, depuis 2015, une collaboration avec le professeur Étienne Hirsch, directeur de l’Institut thématique multi-organismes neurosciences, sciences cognitives, neurologie et psychiatrie (Paris), est en développement dans le domaine des maladies neurodégénératives et de la modélisation préclinique. Des cohortes de personnes âgées québécoises et françaises participeront à cette recherche.
Au cours de sa carrière, Pierrette Gaudreau a formé de nombreux étudiants chercheurs, québécois comme français, à l’école de la rigueur, de l’engagement et de la passion pour la recherche. Ainsi, ses travaux nourrissent déjà la nouvelle génération de chercheurs. Pour la professeure Gaudreau, manifestement, longévité est aussi synonyme de transmission des savoirs.

Prix Acfas André-Laurendeau 2016 : Anne-Marie Di Sciullo
Prix Acfas André-Laurendeau
Anne-Marie
Di Sciullo
Université du Québec à Montréal

Le prix Acfas André-Laurendeau 2016, récompensant un chercheur ou une chercheuse s’étant distinguée- dans le champ des sciences humaines, est remis cette année à Anne-Marie Di Sciullo, professeure au Département de linguistique de l’Université du Québec à Montréal.

L’acquisition du langage est d’abord une affaire de « nature ». Autrement, comment expliquer que, dès l’âge de cinq ans, les enfants sont capables de manipuler avec aisance, sans les avoir étudiées, l’ensemble complexe des règles grammaticales et syntaxiques de leur langue maternelle? Cette thèse aura inspiré la carrière de la lauréate, qui s’illustre aujourd’hui à l’échelle mondiale par ses recherches sur la « faculté du langage ». Plaçant ses travaux au carrefour de la linguistique, de la biologie, de la physique et des mathématiques, elle a entrepris une démarche où le langage est à la fois son objet d’étude et son outil de travail.

C’est à l’Université de Montréal que la chercheuse réalise son doctorat en linguistique, où elle y traite de la syntaxe (les relations hiérarchiques entre constituants). Cette exploration la mène à orienter ses recherches vers deux autres composantes grammaticales : la structure d’arguments – les relations hiérarchiques entre l’argument externe (le sujet) et l’argument interne (le complément) – et la syntaxe des mots –  les relations hiérarchiques entre affixes et racines. Puis, c'est au Massachusetts Institute of Technology (MIT) qu'elle réalise des études postdoctorales auprès de celui qui allait être associé à presque tous ses travaux, soit le linguiste américain Noam Chomsky.

Les recherches de la professeure Di Sciullo ont, entre autres, abouti à l’élaboration des concepts de symétrie et d’asymétrie pour le langage. Cette asymétrie, centrale au langage, est la relation unidirectionnelle entre chaque paire d’éléments qui composent les expressions linguistiques. Cette propriété dicte, pour des langues telles que le français et l’italien, que l’on dise par exemple « le langage » et non pas « langage le » ou encore « langage », pour parler du langage dans une phrase telle que le langage est spécifique aux êtres humains. Sans cette propriété, il n’y a pas d’inter-compréhension possible entre individus partageant une même langue. De tels faits, observables dans les langues parlées à travers le monde, ont amené la chercheuse à poser l’hypothèse que toutes les langues possèdent à leur base une grammaire universelle privilégiant les relations d’asymétrie. Ces travaux ont fait l’objet de publications marquantes dont l’ouvrage Asymmetry in Morphology, publié en 2005 aux Presses du MIT.

Depuis lors, ses travaux ciblent des notions de symétrie, d’asymétrie et de brisure de symétrie en linguistique, en biologie et en physique. Ses contributions à la linguistique théorique sont centrées sur la notion d’asymétrie, comme pierre angulaire de la faculté du langage, et sur les principes préservant cette propriété, malgré la complexité issue de l’environnement. Ses travaux sur l’asymétrie des relations morphologiques conduisent à une compréhension accrue des régularités de forme et d’interprétation des structures argumentales, aspectuelles, et opérateur variable. Ses travaux sur l’asymétrie des relations syntaxiques montrent le rôle de la relation de sous-ensemble propre dans la procédure générative de la faculté du langage. Ses travaux en biolinguistique mettent en évidence le rôle de la brisure de symétrie dans l’ontogénie et la phylogénie du langage.

À la tête d’une équipe multidisciplinaire, la lauréate a permis à la recherche de pointe en linguistique de faire des pas de géant. Ses conclusions ont donné lieu, par exemple, à des innovations majeures en matière de technologie de l'information. Elle a notamment développé, au sein de sa société Delphes Technologies International, un moteur de recherche palliant les lacunes des outils classiques fonctionnant par mots clés. Ceux-ci excluent, entre autres, les prépositions de, dans ou à et utilisent les mots clés dans l’ordre ou dans le désordre, et ils ne ciblent pas les relations asymétriques entre constituants. Ils ne comprennent pas vraiment la requête, et les résultats de recherche ne sont pas optimaux. L’outil mis en place par la chercheuse permet de formuler des requêtes en langage naturel (par exemple : le soutien du gouvernement par la recherche) et d'obtenir des résultats tenant compte des relations d’asymétrie linguistiques, améliorant ainsi grandement la pertinence des résultats. Google, par exemple, ne ramène pour cette requête que des résultats portant sur le soutien à la recherche par le gouvernement. Le moteur de recherche qui est orienté par la reconnaissance des relations asymétriques a été utilisé par le portail gouvernemental du Centre d’accès à l’information juridique du Québec pour la recherche et l’extraction d’informations juridiques pendant 12 ans.

Alors que les recherches et les innovations de la professeure Di Sciullo bénéficient déjà grandement aux chercheurs de divers horizons, aux professionnels de la gestion et des technologies de l'information, et à la population en général, elles atteignent également les praticiens de la santé. De fait, grâce à l’imagerie médicale, les recherches portant sur les évidences psychologiques et neurologiques de la théorie de l’asymétrie indiquent que ces relations asymétriques ont une base dans le système de contrôle de la motricité et dans la production d'indicateurs spatio-temporels et numériques. Cette découverte a conduit à la formulation de protocoles d'aide cognitive et motrice pour des personnes qui présentent des troubles du langage (souffrant par exemple de maladie de Parkinson ou d'Alzheimer). En les exposant à des structures qu'elles peuvent traiter plus facilement grâce à l’exploitation de certaines relations d'asymétrie sous-jacentes aux mots et aux phrases, il est possible d'espérer un recouvrement partiel de leurs facultés orales.

Le Québec joue un rôle d’avant-plan sur la scène internationale dans le domaine de la linguistique théorique, et madame Di Sciullo offre depuis plus de trente ans un leadership exemplaire dans ce domaine, tant par la qualité de ses travaux que par ses talents pour le réseautage qui ont permis la mise en place de grandes équipes de recherche de fine pointe. La chercheure est également très engagée dans l'enseignement, où elle a dirigé de nombreux étudiant-e-s aux cycles supérieurs, dont plusieurs occupent maintenant des postes de professeur-e-s dans des universités au Québec, au Canada et aux États-Unis.

prix Acfas Denise-Barbeau 2016 : Catherine Fichten
Prix Acfas Denise-Barbeau
Catherine
Fichten
Collège Dawson

Le prix Acfas Denise-Barbeau 2016 pour la recherche au collégial est remis à Catherine Fichten, professeure de psychologie au Collège Dawson.

Deux grands domaines de recherche ont occupé les jours, et peut-être les nuits, de la lauréate depuis 40 ans : les troubles du sommeil et le soutien aux étudiants en situation de handicap. Côté jour, sa volonté exemplaire d’intégrer les étudiants ayant une limitation fonctionnelle a mené, entre autres, à la création du Réseau de recherche Adaptech. Ce sont les étudiants collégiaux et universitaires, canadiens ou étrangers, qui aujourd’hui profitent ainsi d’un accès à des technologies d’adaptation gratuites ou peu coûteuses. Côté nuit, sa recherche novatrice sur les troubles du sommeil a conduit à d’importants progrès en produisant des résultats concrets au profit des personnes souffrant d’apnée du sommeil, d’insomnie ou du syndrome de fatigue chronique. En somme, un programme de recherche varié qui exerce une influence tant dans le réseau des collèges et des universités, que dans le champ de la psychologie clinique, ici comme à l’international.

Si Catherine Fichten a obtenu un doctorat en psychologie clinique de l’Université McGill, après une maîtrise en psychologie expérimentale à l’Université Concordia, c’est au collège Dawson qu’elle réalise sa carrière. Elle y amorce son mandat d’enseignante, en 1969, l’année même de l’inauguration de l’établissement. Et très tôt, elle jumellera enseignement et recherche. Deux domaines constitueront ses champs d’études.

Elle travaille d’abord sur les questions de troubles sexuels et de thérapie sexuelle; puis sur le sommeil et l’insomnie, et plus particulièrement sur les aspects de la médecine comportementale et de la psychologie de la santé liés à ceux-ci. Elle se penche, notamment, sur les causes et les traitements de l’insomnie et des troubles du sommeil primaire, ainsi que sur le sommeil et le fonctionnement diurne des personnes atteintes d'apnée obstructive du sommeil. On peut retenir de ces travaux que le style de vie des retraités atteints d’insomnie n’est pas responsable de leurs problèmes de sommeil et que les personnes atteintes d’apnée obstructive du sommeil ne sont pas nécessairement somnolentes, fatiguées ou dangereuses au volant.

Puis, elle s’intéressera au rôle des préjugés en ce qui concerne les étudiants postsecondaires en situation de handicap et, plus tard, à l’appui des technologies de l’information et des communications (TIC) aux personnes en situation de handicap. Ses visées sont, entres autres, d’amener ces étudiants à être pleinement inclus dans leur collectivité, notamment en leur facilitant l’accès à l’enseignement supérieur.

La lauréate et son équipe ont ainsi grandement soutenu et appuyé l’inclusion dans la société des personnes en situation de handicap, et ce, de manière pratique et appliquée. En 1996, elle cofondait le Réseau de recherche Adaptech, dont le siège est situé au collège Dawson. L’objectif d’Adaptech et des enseignants, étudiants et acteurs communautaires qui le composent, est de fournir des données empiriques permettant une prise de décision éclairée en ce qui a trait à l’instauration de nouvelles politiques et de nouvelles pratiques d’adoption de TIC. Adaptech veut s’assurer que celles-ci répondent aux besoins d’étudiants en situations diverses de handicap, mais aussi aux besoins des professeurs qui enseignent à ces étudiants, de même qu’aux conseillers. Les recherches transformatives et appliquées menées par Adaptech ont eu un impact considérable sur ce domaine de recherche comme sur la société en général, améliorant de façon manifeste la vie de nombreux Canadiens en situation de handicap. À titre d’exemple, depuis 1999, Adaptech a établi et mis à jour une base de données comportant des TIC gratuites ou peu coûteuses à l’usage des personnes en situation de handicap, et a produit des vidéos d’accompagnement visant à expliquer leur mode d’utilisation.

Difficile d’imaginer que ses rôles de chercheuse, d’enseignante engagée et de codirectrice d’Adaptech laissent encore à la professeure Fichten le temps de porter d’autres chapeaux. Pourtant, elle occupe aussi les fonctions de psychologue clinicienne dans l’Unité de psychothérapie comportementale et de recherche du Département de psychiatrie de l’Hôpital général juif de Montréal, de professeure agrégée au Département de psychiatrie de l’Université McGill, d’enquêteuse principale à l’Institut Lady Davis de recherches médicales et de membre de plusieurs réseaux de recherche et associations. On peut citer parmi ces derniers le Centre d’études sur l’apprentissage et la performance (CEAP) de l’Université Concordia et du Centre de recherche interdisciplinaire en réadaptation du Montréal métropolitain (CRIR), ou encore l’Association québécoise des étudiants ayant des incapacités au postsecondaire (AQEIPS), où elle siège au conseil d’administration. Bâtisseuse, elle a aussi soutenu la création de l’Association pour la recherche au collégial (ARC), de même que le développement des pratiques et de l’infrastructure de la recherche au collégial en général.

Madame Fichten publie fréquemment des articles et des ouvrages, en français comme en anglais, et ce, en collaboration avec des étudiants et des collègues partout dans le monde. Et quand la publication se fait dans la langue de Shakespeare, elle a toujours ce souci de rendre une version disponible pour Molière. En marge des nombreuses distinctions récompensant ses travaux de recherche, son dévouement au rayonnement de son réseau lui a valu de recevoir plusieurs prix. La qualité de ses réalisations, sa volonté de mener de front une recherche fondamentale et des applications soucieuses des utilisateurs, et son attachement à ses étudiants font d’elle, sans contredit, le modèle de la chercheuse collégiale de haut niveau et engagée au sein de la communauté.

prix Acfas Jacques-Rousseau 2016 : André-Pierre Contandriopoulos
Prix Acfas Jacques-Rousseau
André-Pierre
Contandriopoulos
Université de Montréal

Le prix Acfas Jacques-Rousseau 2016, pour des travaux de nature multidisciplinaire, est remis à André-Pierre Contandriopoulos, professeur émérite au Département d’administration de la santé de l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

La santé n’est pas qu’une affaire de blouses blanches. On sait que les médecins, les infirmières et infirmiers et autres praticiens s’affairent au quotidien au bien-être des patients. On connaît moins cependant cette collectivité riche et variée de chercheurs, décisionnaires et professionnels en tout genre qui pense, façonne et fait évoluer les infrastructures du système de santé et les autres institutions de l’État pour permettre que les citoyens puissent vivre bien et longtemps. Le lauréat est de ceux-là. Formé initialement en économie, il a contribué de manière magistrale au champ de la santé publique non seulement par sa pratique multidisciplinaire, mais aussi en mobilisant des spécialistes de tous horizons. La santé, c’est aussi une affaire de grands organisateurs.

André-Pierre Contandriopoulos a très tôt mis ses compétences au service de la santé, intégrant, dès son doctorat, le Département d'épidémiologie et santé de l’Université McGill en tant que professeur adjoint et ensuite le Département d’administration de la santé de l’Université de Montréal. Il n’a depuis cessé de contribuer au domaine, tant sur les plans organisationnel que scientifique. Sa carrière, couronnée de nombreux prix, a été orientée par trois grandes convictions. La première est que la santé est au cœur des responsabilités de l'État dans toute société démocratique. La deuxième est que l’analyse, la compréhension et la transformation du système de santé reposent sur la possibilité d’établir un dialogue et une intégration entre les sciences de la vie, les sciences du comportement, les sciences sociales et les sciences de la gestion. Enfin, la troisième est que les scientifiques ont la responsabilité de participer aux débats publics dans leurs domaines d’expertise pour enrichir les décisions politiques.

Reposant sur ces convictions, ses actions se sont déployées autour de quatre axes : l’avancement des connaissances, la formation, la participation active aux débats publics sur le système de santé et ses transformations, et finalement, la création et l’institutionnalisation de structures de recherche, de formation et de débats où l’interdisciplinarité est possible et valorisée.

Le lauréat a fait du dialogue entre plusieurs disciplines le centre de ses travaux. Plus spécifiquement, il a consacré ses recherches à l’étude des effectifs médicaux et des pratiques professionnelles, au financement des hôpitaux et des professionnels, à la dynamique d’évolution des systèmes de santé et à leurs transformations, aux déterminants de la santé des populations, à l’évaluation des interventions dans le domaine de la santé, à l’évaluation de la performance, de la gouvernance des systèmes et des organisations de santé.  Il garde au cœur de sa réflexion la préoccupation permanente de l’observation du réel. En tant que tel, fidèle disciple d’Edgar Morin, il a toujours considéré que le réel ne peut s’approcher et se comprendre sans multiplier les approches et articuler les outils et les concepts de différentes disciplines.

Son expertise et sa vision ample des questions de santé ont aussi fait de lui un intervenant de choix dans les médias, les conférences et les débats, ainsi que dans les commissions gouvernementales.

La contribution du lauréat à la création d’institutions durables est inestimable. En 1977, il fonde avec des collaborateurs le Groupe de recherche interdisciplinaire en santé (GRIS). Puis, il joue un rôle capital dans la création d’une École de santé publique à l’Université de Montréal, qui aujourd’hui, par son excellence et son caractère hautement multidisciplinaire, est maintenant largement reconnu au-delà des frontières canadiennes.

Sur le plan pédagogique, il a innové en misant sur le coenseignement pour concrétiser l’exigence d’interdisciplinarité qu’il jugeait nécessaire de respecter dans le domaine de la santé publique. Il a mis un point d’honneur à concevoir et à enseigner ses cours avec des collègues ayant des formations complémentaires à la sienne, en médecine, en sociologie, en psychologie, en sciences politiques ou en sciences de la gestion, de manière à offrir aux étudiants, différents points de vue sur les mêmes sujets.

Non content d’avoir contribué activement à la création de multiples programmes d’études reconnus internationalement, André-Pierre Contandriopoulos dédie une grande partie de son temps à ses étudiants à la maîtrise en administration de la santé, au doctorat en santé publique de l'Université de Montréal, ainsi qu’aux étudiants en médecine et en pharmacie. Ses cours ont permis de présenter à des milliers d’étudiants les concepts nécessaires pour analyser, comprendre et transformer les systèmes de santé de façon à permettre à toutes les personnes souffrantes dans la société d’avoir accès librement, de façon équitable et efficiente, à des soins de qualité.

Le prix Acfas Léo-Pariseau 2016 : Gustavo Turecki
Prix Acfas Léo-Pariseau
Gustavo
Turecki
Université McGill

Le prix Acfas Léo-Pariseau 2016, en sciences biologiques et sciences de la santé, est remis à Gustavo Turecki, directeur du Département de psychiatrie de l’Université McGill.

Dans la plupart des pays développés, le suicide figure parmi les dix premières causes de mortalité chez les individus, tous âges confondus, et il est la première cause de décès chez les hommes de moins de 40 ans. Le Québec est particulièrement touché avec des taux parmi les plus élevés. Les initiatives de recherches en santé sur le suicide étaient peu nombreuses au Canada avant que les travaux de neurobiologie du lauréat ne contribuent à changer cette réalité. Par ses approches audacieuses, il a amélioré notre compréhension des facteurs qui prédisposent aux actes suicidaires, tout en développant la capacité de recherche québécoise et en ouvrant un dialogue avec les décideurs de santé publique.

Durant ses recherches doctorales, l’enthousiasme de Gustavo Turecki à rallier recherche génétique et psychiatrie impressionnait déjà ses superviseurs. Au fil de ses travaux sur les syndromes bipolaires et suicidaires, il explora les contributions des gènes et des processus épigénétiques (l’influence de l’environnement sur l’expression des gènes) aux troubles de ses patients. Dans l’une de ses études phares, publiée en 2009 dans le journal Nature Neuroscience, il rapporte des effets durables dans les cerveaux d’individus exposés à la maltraitance pendant l’enfance. Ce travail permettra de confirmer chez l’humain des observations faites chez les rats. Il a ainsi démontré que des modifications épigénétiques pouvaient se produire dans les gènes responsables de la réponse au stress par les glucocorticoïdes (des hormones stéroïdiennes, tels la cortisone ou le cortisol, dont les formulations de synthèse sont souvent prescrites pour leurs effets anti-inflammatoires). Ces résultats ont eu un impact scientifique important, et ils ont fait l’objet de plusieurs commentaires dans des journaux scientifiques (Science, Cell, etc.), tout comme dans les médias généralistes nationaux et internationaux. Cette médiatisation a généré beaucoup d’intérêt et une reconnaissance accrue des influences de l’environnement sur l’expression génétique.

Une contribution originale du chercheur à la psychiatrie tient en sa capacité à effectuer de la recherche translationnelle en psychiatrie, c’est-à-dire à traduire ces connaissances nouvelles au bénéfice des patients et, en retour, de s’inspirer du contact clinique avec ceux-ci pour alimenter et orienter son activité de recherche. Ce contact direct lui a donné une perspective unique sur les bénéfices potentiels de la recherche fondamentale et lui a permis de créer un pont, désormais très fréquenté, entre la neuroscience fondamentale et le travail clinique. La mobilisation des connaissances n’est rien de moins qu’au cœur de son travail.

Le lauréat est un chercheur de premier plan dont le rayonnement international est manifeste. Il a publié plusieurs articles dans des revues prestigieuses telles que The Lancet et Nature Reviews Neuroscience, Molecular Psychiatry, American Journal of Psychiatry, Archives of General Psychiatry et Biological Psychiatry. De plus, il est régulièrement invité à présenter ses travaux dans des conférences internationales, et a été honoré de plusieurs prix nationaux et internationaux. Ce bilan fort éloquent traduit l’impact de sa contribution et témoigne de l’estime et du respect de ses collègues.

Ses activités médiatiques et ses échanges nourris avec ses pairs ont le mérite de permettre une discussion ouverte autour du suicide et de l’enjeu qu’il représente pour une collectivité. Elles encouragent une large sensibilisation ce problème trop souvent tabou, et elles constituent de ce fait un premier pas vers le renversement des chiffres.

prix Acfas Michel-Jurdant 2016 : Anne Bruneau
Prix Acfas Michel-Jurdant
Anne
Bruneau
Université de Montréal

Le prix Acfas Michel-Jurdant 2016, qui récompense un ou une scientifique s’étant particulièrement démarqué-e- en sciences environnementales, est remis à Anne Bruneau, professeure au Département de sciences biologiques à l’Université de Montréal.

Depuis des temps immémoriaux, les plantes nous nourrissent, nous guérissent et, stimulant nos cinq sens, nous font tout simplement du bien. Il reste cependant, encore et toujours, des milliers d’espèces à découvrir et à étudier, au moment même où la recherche estime qu’environ une plante sur cinq est menacée d’extinction. Il devient alors essentiel d’encourager le travail de chercheurs tels que la lauréate. Mue par une passion inébranlable pour la systématique végétale, cette discipline consistant dans la reconnaissance, la définition et la classification des espèces en fonction de leurs liens de parenté, elle mène depuis plus de trente ans une carrière remarquable dont les retombées ne sont rien de moins que capitales pour le maintien de la biodiversité.

Dès le début de ses études supérieures, l’attachement à sa discipline conduit Anne Bruneau à intégrer des établissements prestigieux, comme l’Université Cornell, pionnière en systématique végétale. Elle y prépare son doctorat, avant d’effectuer un stage à l’Université Reading, en Angleterre, rattachée au Kew Gardens, l’un des plus importants jardins botaniques au monde. En 2010, elle devient la première femme à prendre la tête de l’Institut biologique de recherche végétale (IRBV), associé à l’Université de Montréal et au Jardin botanique de Montréal. Elle cumule cette responsabilité avec la direction scientifique du Centre sur la biodiversité, dont elle est la fondatrice. Elle marche ainsi dans les pas du frère Marie-Victorin, fondateur en 1922 de l’Institut botanique, ancêtre de l’IRBV.
La systématique végétale se rapporte à l’étude et à la classification génétiques des spécimens de plantes. La chercheuse est particulièrement connue pour ses travaux sur les légumineuses, une famille vaste et complexe de plantes à fleurs revêtant une considérable importance écologique et économique. Les Nations Unies ont d’ailleurs désigné 2016 l’année internationale des légumineuses. La sous-famille des Caesalpinioideae (communément appelées césalpiniées) compte pour plus de 2900 des 5000 espèces de légumineuses recensées en Afrique. Les grands arbres tropicaux qui composent aussi ce groupe de plusieurs lignées ont longtemps été peu connus et peu récoltés. C’est Anne Bruneau qui, en 1994, entreprit - un défi de taille - d’ouvrir le chantier que représentait alors leur analyse phylogénétique (un système de classification des êtres vivants rendant compte des degrés de parenté entre les espèces). Elle a, à cette fin, constitué un réseau de collaborateurs aux États-Unis et en Europe. À la suite de plusieurs missions de récolte dans divers pays de l’hémisphère sud, l’équipe a pu mettre au point la première phylogénie complète des césalpiniées.

S’il ne fallait choisir qu’un seul projet pour illustrer le travail de la lauréate, il faudrait citer le développement de la plateforme Canadensys, qui a permis la mise en ligne des données des collections de sciences naturelles des universités canadiennes, offrant ainsi un accès aisé à tous les utilisateurs, du chercheur au naturaliste amateur. Jusqu’alors, l’information sur la biodiversité canadienne restait fragmentaire et éparse, une bonne partie n’était ni disponible ni accessible. La création de la plateforme, l’un des mandats du Centre sur la biodiversité, a pallié ce manque. Rassemblant 27 collections et 2,9 millions de spécimens du monde entier, Canadensys est peut-être le projet le plus structurant de la dernière décennie pour la connaissance de la diversité canadienne. Appuyé par Agriculture Canada ainsi que le Global Biodiversity Information Facility (GBIF), il a inspiré des initiatives similaires jusqu’au Brésil.

Non contente d’avoir mis en œuvre de nombreux projets centraux à l’avancement des connaissances en sciences naturelles, la lauréate est également une mentore et un modèle pour ses collaborateurs et ses étudiants. Son laboratoire a accueilli des dizaines d’étudiants et stagiaires du monde entier. Elle est ainsi un pivot de la création d’une relève scientifique, répondant à une pénurie de taxonomistes face à l’urgence de dresser l’inventaire géographique et génétique de la biodiversité.

Anne Bruneau a fait sien l’aphorisme « l’avenir ne se prédit pas, il se prépare ». Grâce à ses travaux, à sa vision prospective et à une action réfléchie, cohérente et soutenue, elle aura fait progresser significativement la connaissance et la préservation de la biodiversité. Elle reçoit la reconnaissance de ses pairs, non seulement pour ses réalisations, mais aussi pour les moyens qu’elle a donnés au Québec et au Canada pour informer le public sur les dangers encourus par nos milieux terrestres et les mesures à prendre pour en prévenir les dommages, voire les réparer.

prix Acfas Pierre-Dansereau 2016 : Lucie Lamarche
Prix Acfas Pierre-Dansereau
Lucie
Lamarche
Université du Québec à Montréal

Le prix Acfas Pierre-Dansereau 2016, pour l’engagement social d’un chercheur ou d’une chercheuse, est remis à Lucie Lamarche, professeure au Département des sciences juridiques de l’Université du Québec à Montréal.

Visionnaire, pionnière, combative, engagée : autant d’épithètes que la lauréate pourrait se voir attribuer sans rougir. Cependant, la simple description de son parcours suffirait pour témoigner de l’étendue de ses accomplissements. Depuis les années 1980, elle mobilise son insatiable soif de justice pour éveiller les institutions juridiques aux perspectives féministes et humanistes du droit. Spécialiste du droit de la protection sociale, du droit du travail et du droit des femmes, cette brillante analyste est régulièrement sollicitée par des organismes québécois ou internationaux. C’est avec une même ferveur qu’elle coordonne tous les projets dans lesquelles elle s’engage, des groupes communautaires québécois aux salles de réunion des Nations Unies. Par son engagement, la lauréate a fait de la défense de ses convictions son métier, et de sa vie, un exemple pour nous tous.

Socialiser le droit. C’est dans cette perspective que Lucie Lamarche commence sa carrière d’avocate en 1978 auprès des Services juridiques de la Petite-Bourgogne et de Pointe-Saint-Charles. Elle y a forgé son expérience du droit social. Engagée à l’Université du Québec à Montréal - UQAM comme professeure en droit social et en droits de la personne en 1988, elle y réalise un travail de précurseure en mettant en œuvre une nouvelle branche du droit au Québec, soit le droit international des droits sociaux et économiques de la personne.

Me Lamarche a été une actrice majeure de l’essor de l’accès à la justice des plus démunis et de l’avènement des perspectives féministes du droit sur la scène québécoise. Elle est d’ailleurs aujourd’hui reconnue comme une experte mondiale dans ce domaine. Elle a, entre autres, accompagné le mouvement féministe québécois à la Conférence mondiale des femmes de Beijing en 1995, ainsi que le réseau social québécois au Sommet social de Copenhague la même année. Elle a aussi donné un nombre important de formations destinées à expliquer aux réseaux communautaires l’art de communiquer avec les comités des Nations Unies, chargés de la mise en œuvre des traités internationaux sur les droits de la personne. Ses contributions aux institutions internationales ont été multiples, puisqu’elle a également été membre du Groupe d’accompagnement de la Rapporteure spéciale des Nations Unies sur le thème de l’extrême pauvreté et des droits humains de 2008 à 2012, et elle a publié des rapports de recherches pour l’Unesco.

Sur le sol national, ses brillantes analyses ont influencé le positionnement sur les droits économiques et sociaux de la personne et sur les droits des femmes de plusieurs réseaux québécois et canadiens. De plus, elle a agi, de 2003 à 2004, comme membre administratrice de l’Observatoire québécois sur la mondialisation. Grâce à Lucie Lamarche, le droit social québécois et canadien est désormais appréhendé et évalué à l’aune des exigences du droit international. De nombreux articles, chapitres de livre, actes de colloques ainsi que dans plusieurs mémoires rendent compte de ces travaux. De plus, à partir du milieu des années 2000, elle s’est investie au sein de la Clinique juridique de l’UQAM, et elle a siégé et siège encore au conseil d’administration de la Ligue des droits et libertés du Québec. Entre 2004 et 2006, elle a eu la chance de concrétiser le principe du droit social, qui lui est si cher, en corédigeant la Charte montréalaise des droits et responsabilités. Soucieuse de continuer à exercer sur le terrain, au plus près des gens, elle a cofondé plusieurs organismes d’orientation professionnelle pour les plus démunis, notamment les femmes monoparentales.

Le rayonnement des recherches et de l’engagement social de Lucie Lamarche se poursuit également à travers les nombreux étudiants qu’elle a formés au cours de plus de 25 années de carrière universitaire. Ceux-ci travaillent aujourd’hui au contentieux des syndicats, sont décideurs administratifs ou à l’emploi d’organisations internationales, poursuivant la démonstration que le « droit est social », posture que la professeure Lamarche leur a insufflée.

prix Acfas Thérèse Gouin-Décarie 2016 : Diane Poulin-Dubois
Prix Acfas Thérèse Gouin-Décarie
Diane
Poulin-Dubois
Université Concordia

Le prix Acfas Thérèse Gouin-Décarie 2016, récompensant un ou une scientifique s’étant distingué-e- dans le champ des sciences sociales, est remis cette année à Diane Poulin-Dubois, professeure titulaire au Département de psychologie de l’Université Concordia.

Que se passe-t-il dans le cerveau des jeunes enfants? Voilà une vaste question, qui pousse encore et toujours les chercheurs à se pencher au-dessus des berceaux. Dans le domaine de la psychologie du développement, l’étude du processus d’acquisition des facultés cognitives a donné lieu ces dernières années à des avancées saisissantes. La lauréate y a grandement participé, notamment grâce à ses travaux sur le développement cognitif et verbal du très jeune enfant unilingue et bilingue. Elle apporte ainsi, depuis plus de trente ans, une contribution exceptionnelle à ce champ de recherche.

Diane Poulin-Dubois se démarque de ses pairs dès le début de ses activités universitaires. Sa passion pour l’émergence du langage dans les débuts d’une vie se déclenche lorsque, jeune étudiante de premier cycle, elle est recrutée par Thérèse Gouin-Décarie elle-même pour jouer le rôle de mère-substitut de bébés chimpanzés et comparer leurs vocalisations à celles des bébés humains, dans le cadre d’un projet de recherche dirigé par la professeure Mireille Mathieu à l’Université de Montréal. Au sein de la même université, elle complète ensuite une solide thèse de doctorat sur les processus cognitifs reliés à l’acquisition des premiers mots chez le très jeune enfant.

La lauréate entame sa carrière professionnelle en 1985, lorsqu’elle est recrutée par le Département de psychologie de l’Université Concordia, où elle poursuit depuis un parcours prolifique de calibre international, avec plus d’une centaine d’articles et de textes scientifiques à son actif. Dès 1988, elle publie, avec son collègue Thomas R. Shultz, un livre qui fera sa marque dans le domaine des sciences cognitives en propulsant la recherche sur le développement de la théorie de l’esprit. Le recueil, intitulé Developing Theories of Mind (Cambridge University Press), démontrait comment la capacité à identifier les personnes comme des êtres capables d’intentionalité, et non comme des objets, vers la fin de la première année de vie, facilite la transition vers la communication intentionnelle.

Parmi ses contributions les plus importantes, on retient, entre autres, ses travaux montrant que le nourrisson possède la capacité de former des catégories abstraites basées sur le mouvement des objets, que la capacité de filtrage cognitif (qui permet d’identifier les sources d’informations les plus fiables) est présente beaucoup plus précocement que l’on ne le soupçonnait, et que le bilinguisme améliore les fonctions cognitives dès la petite enfance. Ces observations ont fait l’objet d’une publication remarquée dans la revue Journal of Experimental Child Psychology.

Depuis 2005, la professeure Poulin-Dubois s’intéresse à l’apparition du filtrage cognitif chez le nourrisson. Ses travaux ont ainsi révélé que, dès l’âge de 14 mois, les bébés savent reconnaître les individus qui ne sont pas crédibles tant au niveau langagier qu’au niveau des expressions émotionnelles. On note alors que les enfants préfèrent acquérir de nouvelles connaissances d’individus perçus comme compétents. Les publications qui en émergent font école et sont citées dans plusieurs manuels en langue française, anglaise et italienne sur le développement de l’enfant, dont Psychologie du développement cognitif de l’enfant (2007), How Children Develop (2014) et La teoria della mente (1998).

Plusieurs de ses contributions sont directement liées à des enjeux sociaux actuels. En témoignent notamment diverses publications portant sur l’élaboration d’outils cliniques permettant d’évaluer le risque de délais langagiers ou de comportements de type autistique, ainsi que sur la question du bilinguisme, question particulièrement importante dans des pays comme le Canada ou la Suisse. Soucieuse de partager et transmettre ses connaissances avec le plus grand nombre, le transfert de son expertise se retrouve aussi dans la formation qu’elle offre à ses étudiants et dans de multiples interventions auprès des médias. Les recherches de son laboratoire ont été citées dans des magazines populaires tels que le Reader’s Digest, Psychology Today, et The Scientist,  et même dans un quiz de la télévision italienne « l’Eredita ».

prix Acfas Urgel-Archambault 2016 : Gilbert Laporte
Prix Acfas Urgel-Archambault
Gilbert
Laporte
HEC Montréal

Le prix Acfas Urgel-Archambault 2016, pour des travaux en sciences physiques, mathématiques, informatique et génie, est remis à Gilbert Laporte, professeur au Département des sciences de la décision à HEC Montréal.

Avez-vous pris le métro dernièrement, fait usage des services de santé ou reçu un colis à domicile? Toutes ces activités du quotidien ont en commun de receler derrière une apparente simplicité de surprenants calculs. C’est ici le domaine de la recherche opérationnelle, qui traite ces questions à coup d’études et d’algorithmes. Les tournées de véhicules de livraison, le découpage électoral ou l’optimisation des examens médicaux nécessitent une coordination des plus minutieuses. Et c’est ici la spécialité du lauréat, qui est dans ce domaine rien de moins qu’une sommité mondiale.
La recherche opérationnelle se définit tout simplement comme le processus de détermination, en collaboration avec les professionnels du terrain, d’un modèle mathématique et d’une méthode pour résoudre un problème donné. Le professeur Laporte a établi des modèles qui font aujourd’hui école, et proposé des méthodes d’aide à la décision unanimement reconnues.

Ces procédés sont utiles pour optimiser, par exemple, les tournées de véhicules. Celles-ci sont conditionnées par différentes variables essentielles pour déterminer le nombre de livraisons à effectuer, les dimensions des colis à livrer ou encore la localisation des clients. Ce genre de situation évoque les problèmes mathématiques de notre enfance, à la différence près que la multitude de facteurs à prendre en compte commande l’utilisation d’algorithmes élaborés.

Les travaux du lauréat comportent effectivement une dimension mathématique très fondamentale. Et voici en termes très spécialisés comment cela peut se décliner. En optimisation en nombres entiers, par l’étude des polyèdres associés aux modèles élaborés, il a contribué très significativement au développement de méthodes de résolution exacte. En optimisation stochastique (figurant des composantes aléatoires), ses développements de la méthode Integer L-Shaped font figure de pionniers. Les résultats scientifiques obtenus sont à la base des meilleures méthodes actuelles de résolution. Son apport à l’adaptation des métaheuristiques, qui sont des algorithmes approchés de résolution, à cette classe de problèmes est tout aussi important. En plus d’apporter des innovations théoriques et algorithmiques importantes, le lauréat a toujours eu le souci d’appliquer son savoir à des situations concrètes et pratiques et ce, dès le début de sa carrière. Les premières applications issues de sa thèse de doctorat, obtenue en 1975 à la London School of Economics, se rapportaient à des problèmes de classement chronologique de vestiges archéologiques. Ses travaux plus récents portent sur une variété de problématiques qui font intervenir l’application de la recherche opérationnelle à des disciplines comme la gestion, la santé publique, la géographie et les sciences régionales. Les problèmes qu’il résout bénéficient donc à tous. Pensons, par exemple, à l’optimisation de la structure d’un réseau de transport public pour le rendre plus attractif et ainsi diminuer l’utilisation de la voiture privée. Ou encore, cas très concret, cette collaboration avec des chercheurs espagnols pour définir le tracé de la ligne 2 du métro de Séville sous le centre historique de la ville afin d’éviter la proximité avec des édifices patrimoniaux.

Soucieux de confronter le fruit de ses recherches à la réalité et d’en assurer la pertinence, le lauréat a en outre effectué de nombreux mandats de consultation avec des organismes publics, privés et humanitaires. De plus, les nombreux prix qu’il a remportés sont autant de projets qui ont trouvé leur solution, du Canada à l’Espagne en passant par le Ghana ou l’Arabie Saoudite.

Auteur prolifique, on peut retenir parmi ses écrits « A Tabu Search Heuristic For The Vehicle Routing Problem », publié en 1994 dans le journal Management Science et devenu depuis une référence, ou encore, parmi ses ouvrages, Introduction to Logistics Systems Planning and Control et Transportation. En janvier 2016, il s’est classé parmi les 1040 chercheurs les plus cités au monde (vivants et décédés) toutes disciplines confondues, d’après l’indice h du nombre de citations dans Google Scholar.

Non content de transmettre son savoir du bout de sa plume, il s’est également illustré par la qualité de ses enseignements, et en parallèle de ses fonctions à HEC Montréal, il dirige des cours dans les universités de nombreux pays, en tant que professeur invité. Il a accompagné une centaine d’étudiants de tous niveaux dans leurs recherches, et il a marqué ainsi la carrière de plusieurs chercheurs confirmés, qu’il a conduit à se dépasser en leur communiquant la passion de la recherche qui l’habite.

Prix Acfas IRSST - maitrise : Vanessa Dion-Dupont
Prix Acfas IRSST - Maîtrise
Vanessa
Dion-Dupont
Université Laval

Le prix Acfas IRSST – Maîtrise 2016 a été remis par l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) à Vanessa Dion-Dupont, inscrite à la maîtrise de recherche en microbiologie, spécialisation Bioaérosols et santé des travailleurs, à l’Université Laval.

Les centres de traitement des eaux usées (CTEU) comportent un ensemble d’étapes dont certaines sont reconnues pour générer d’importantes concentrations de bioaérosols. Ces particules, chargées en virus et bactéries, affectent la qualité de l’air des travailleurs qui s’y trouvent, d’autant que cet air demeure captif de ces milieux gardés fermés afin de ne pas incommoder le voisinage. Comme d’importantes lacunes perdurent quant aux connaissances relatives à la composition de ces bioaérosols et au niveau réel d’exposition des travailleurs, un risque certain d’atteinte à la santé subsiste. Afin de mettre fin à cette situation, Vanessa Dion-Dupont s’affaire au milieu d’une équipe dont l’objectif principal est de produire une caractérisation bactériologique de ce milieu aérien, pour ensuite établir des seuils d’exposition qui protégeront davantage les travailleurs qui y œuvrent.

De nombreuses publications scientifiques s’accordent sur le fait que l’inhalation ou l’ingestion de telles particules sont bel et bien impliquées dans de nombreux désordres respiratoires et gastroentériques. Une exposition prolongée à ces bioagresseurs – plus grave encore s’ils sont en forte concentration – risque de mener à une sensibilisation puis au développement de maladies professionnelles. À ce sujet, les données sont claires.

Divisé en trois sections, le projet consiste d’abord à caractériser les substances en cause à l’intérieur d’une dizaine de CTEU visités deux fois l’an. Divers paramètres sont alors mesurés à l’aide d’échantillonneurs stationnaires : bactéries totales et pathogènes, biodiversité, endotoxines et granulométrie ; on va même jusqu’à s’assurer, chez les bactéries en question, si elles sont porteuses ou non de gènes de résistance aux antibiotiques. Dans le contexte actuel, où de plus en plus d’antibiotiques sont devenus inopérants, un tel souci n’est pas dénué de signification, car en bout de piste, c’est un travailleur bien réel qui risque d’être gravement contaminé.

Et c’est justement là le second volet du projet : arriver à bien décrire le niveau d’exposition des travailleurs aux substances aéroportées. Pour ce faire, on a décidé de fixer des échantillonneurs au corps d’un certain nombre d’employés. Ces échantillonneurs personnels sont logés à proximité de la zone de respiration, pendant une semaine à chaque occasion – une fois durant l’été, l’autre durant l’hiver. Cela permet ainsi de déterminer la charge microbiologique qu’un travailleur est susceptible d’inhaler au cours d’une journée.

Le dernier volet de l’expérience prend la forme d’un questionnaire mensuel, disponible en ligne, rendant possible l’élaboration d’un répertoire des symptômes respiratoires et gastroentériques vécus par les participants. Fait inusité en science : on demande à chaque travailleur qui se prête à l’exercice, de recruter lui-même dans son entourage, comme point de comparaison, une personne-témoin de sexe, d’âge et de conditions socioéconomiques similaires à la sienne. Mais issue, il va sans dire, d’un milieu professionnel différent.

Ce type de caractérisation de l’air est loin d’être l’apanage exclusif des CTEU. Des études de détection de bioaérosols potentiellement nocifs sont aussi menées dans les fermes laitières et les poulaillers, de même que dans les milieux hospitaliers, endroits plus que propices à la convection des bioaérosols viraux, à l’origine des infections nosocomiales…

Cette recherche doit de déployer suivant un échéancier de quatre ans. Pour Vanessa, qui a lancé cette maîtrise en mai 2014, sa contribution est essentiellement de mettre en place la structure logistique du projet et de s’affairer à l’étape première. « Mais mon passage au doctorat est [d’ores et déjà] envisagé, mentionne-t-elle, afin de réaliser le projet dans sa totalité. »

Prix Acfas IRSST - doctorat 2016 : Alexandra Lecours
Prix Acfas IRSST - Doctorat
Alexandra
Lecours
Université du Québec à Trois-Rivières

Le prix Acfas IRSST-Doctorat 2016 a été remis par l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) à Alexandra Lecours, étudiante à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) au programme de doctorat en sciences biomédicales, option médecine expérimentale.

En quelle année le législateur québécois a-t-il écrit et adopté la Loi sur la santé et la sécurité du travail? Il y aura 40 ans de cela : en… 2019! Que le temps passe… Et pourtant, en préambule de son projet de recherche, Alexandra Lecours nous apprend, statistique à l’appui, qu’en 2014, 88 000 lésions survenues en divers milieux de travail ont été rapportées aux instances gouvernementales québécoises, nécessitant, pour cette seule année, un versement global de 410 millions de dollars aux travailleurs blessés. Loin de baisser les bras, l’étudiante de l’UQTR a résolu de faire valoir l’une des clientèles de travailleurs encore peu investies par les initiatives en santé et sécurité du travail: les élèves en apprentissage d’un métier dans une formation professionnelle.

« Les statistiques indiquent en effet que les jeunes travailleurs, même s’ils ont complété une formation professionnelle, constituent une population à risque de lésions professionnelles», observe la jeune chercheuse. Qui plus est « les résultats d’études suggèrent que […] l’offre d’enseignement visant le développement du comportement préventif des élèves en apprentissage d’un métier demeure inégale selon les programmes d’études », écrit-elle dans le descriptif de son projet de recherche. Son titre de doctorat est d’ailleurs admirable de clarté, au regard non seulement de sa cible, mais des objectifs qui vont déterminer son approche : Étude du développement du comportement préventif au travail lors de l’apprentissage d’un métier dans une formation professionnelle. Le directeur de thèse qui l’accompagne d’ores et déjà depuis l’amorce de ce parcours, en mai 2014, est le professeur Pierre-Yves Therriault.

Dans le libellé de son titre, Alexandra Lecours indique qu’elle souhaite se pencher d’entrée de jeu sur le « comment » de son objet d’études, c’est-à-dire « comment » se développe ce concept multidimensionnel que l’on appelle un « comportement préventif », et qui, lorsque bien internalisé par l’individu, précède chacun des gestes qu’il posera ensuite dans les mille et une situation de travail ou, dans ce cas-ci, à chacune de ses journées de formation professionnelle! Car l’étudiante a bien flairé la chose lorsqu’elle parle dans sa présentation que « les futurs travailleurs n’entrent pas sur le marché du travail avec le même niveau de compétences, rendant certains plus à risque de blessures. » Qu’est-ce à dire sinon qu’il y aurait – vraisemblablement – des variantes importantes, au chapitre de la transmission des valeurs et des pratiques de santé et sécurité au travail, d’un milieu de formation professionnelle à un autre?

Ce doctorat qu’elle mène avec brio – ayant accumulé jusqu’à maintenant, dans le volet proprement académique de la démarche, une moyenne parfaite de 4,33 ! – « tourne » donc déjà rondement depuis deux ans. L’étudiante a visé une belle diversité de formations professionnelles : onze enseignants et sept groupes d’élèves des programmes de coiffure, de cuisine, de secrétariat et d’électromécanique des systèmes automatisés de deux centres de formation professionnelle distincts sont pris en compte dans le projet. Dans chaque cas, la doctorante souhaite documenter précisément « les conditions d’enseignement/apprentissage du comportement préventif » telles qu’elles se vivent d’un centre à un autre; plus encore, elle veut documenter « comment le comportement préventif est développé et intégré par les futurs travailleurs en cours de formation ainsi qu’à l’entrée en emploi. »

Mais par-dessus tout – et doctorat ou pas ! –, Alexandra Lecours semble souhaiter vouloir faire une véritable différence… Sinon pourquoi aurait-elle pris soin d’inclure dans son devis de recherche « des ateliers de formation visant à développer un comportement préventif chez les élèves ; [des ateliers qui plus est] créés et implantés auprès de cohortes d’élèves des programmes participants ; des ateliers [enfin] adaptés aux spécificités de chacun des programmes en tenant compte de leurs réalités spécifiques quant à la nature des risques à la santé et à la sécurité? »

Son projet ne peut mieux « coller » à l’organisme qui la récompense, soit l’IRSST, puisqu’il s’inscrit en droite ligne dans l’un des axes principaux de son Plan quinquennal 2013-2017.

Prix Acfas Ressources naturelles - Maude Josée Blondin
Prix Acfas Ressources naturelles
Maude Josée
Blondin
Université du Québec à Trois-Rivières

Le prix Acfas Ressources naturelles 2016 a été remis par Ressources naturelles Canada à Maude Josée Blondin, étudiante au programme de doctorat en génie électrique au sein de l’École d’ingénierie de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

La résolution des défis technologiques qui visent au déploiement de plus en plus pressant de véhicules « propres » sur nos routes est plus que jamais sur la table des ingénieurs électriques ; et, à leur portée ! Néanmoins, quelques problèmes de recherche demeurent encore ouverts pour qui veut s’y frotter : par exemple, l’inclusion de critères de robustesse dans l’optimisation de ces engins. Loin de fuir la question, Maude Josée Blondin, qui terminera l’an prochain, à l’UQTR, son doctorat en génie électrique, a plutôt choisi d’en faire l’élément le plus original de son travail universitaire.

Ces critères de robustesse sont cruciaux, car, pour des raisons économiques et de sécurité, l’industrie et le grand public ne peuvent accepter, effectivement, que des solutions robustes. Qui plus est, de cette robustesse même, dépend le déploiement à grande échelle, voire une démocratisation réelle, de cette nouvelle génération de véhicules.
Toute cette ingénierie en amont repose – disons tout de suite le « gros mot » ! – sur une métaheuristique, qui est « un algorithme, c’est-à-dire un ensemble de règles opératoires pouvant viser, par exemple, la résolution des problèmes d'optimisation difficile pour lesquels on ne connaît pas de méthode classique plus efficace. » Or Maude Josée, disons-le tout net, excelle dans le développement d’algorithmes, et plus spécialement d’une famille, parmi ceux-là, appelé « algorithmes fourmis », ce qui demande quelques explications…

Le comportement des insectes sociaux reste une grande source d’inspiration pour le commun des mortels, n’est-ce pas? À l’évidence, ce l’est également pour les chercheurs. Et dans le domaine des algorithmes utilisés notamment en ingénierie ou en intelligence artificielle, cela a donné lieu au concept d’« intelligence en essaim ».

« L’optimisation des systèmes est complexe et  souvent traitée de façon singulière ; un problème, une approche », écrit Maude Josée dans la description du projet qui fonde son doctorat. Or, dans la quête de « robustesse » évoquée plus haut, les systèmes que doit optimiser l’étudiante se situent dans des horizons multi-cas, à contraintes multiples. D’où ce recours aux algorithmes reproduisant les formes biologiques d’« intelligence en essaim » telles que les pratiquent les insectes sociaux, car cela permet, sur le strict plan de l’ingénierie, de prévoir et de couvrir une pléiade de situations diverses simultanément.

Pour bien avoir en main l’ensemble des outils requis dans ce genre de gymnastique intellectuelle à haute performance, notre Nicolétaine d’origine n’a pas craint de s’exiler momentanément dans des écoles étrangères pour deux stages de recherche : de janvier à juin 2015, on l’a retrouvée à l’Universidad Politecnica de Valencia, en Espagne; puis, de l’automne 2015 à l’été 2016, c’est à la Rensselaer Polytechnic Institute de Troy, dans l’État de New York qu’elle a été accueillie.

Son directeur de recherche, Pierre Sicard, membre du GREI (Groupe de recherche en électronique industrielle), dit des résultats obtenus avec la méthode d’optimisation qu’elle a développée « qu’ils se comparent avantageusement à ceux publiés récemment sur ce sujet ». Et il poursuit à propos des travaux de l’étudiante : « Son algorithme sera [bientôt] adapté […] pour la gestion d’énergie dans un véhicule hybride électrique-pile à combustible », un projet France/Québec développé conjointement par l’UQTR et le Laboratoire d’électronique et d’électrotechnique de puissance de l’Université de Lille.