Imprimer

Prix Acfas Thérèse Gouin-Décarie

Diane Poulin-Dubois

Université Concordia

prix Acfas Thérèse Gouin-Décarie 2016 : Diane Poulin-Dubois

Le prix Acfas Thérèse Gouin-Décarie 2016, récompensant un ou une scientifique s’étant distingué-e- dans le champ des sciences sociales, est remis cette année à Diane Poulin-Dubois, professeure titulaire au Département de psychologie de l’Université Concordia.

Que se passe-t-il dans le cerveau des jeunes enfants? Voilà une vaste question, qui pousse encore et toujours les chercheurs à se pencher au-dessus des berceaux. Dans le domaine de la psychologie du développement, l’étude du processus d’acquisition des facultés cognitives a donné lieu ces dernières années à des avancées saisissantes. La lauréate y a grandement participé, notamment grâce à ses travaux sur le développement cognitif et verbal du très jeune enfant unilingue et bilingue. Elle apporte ainsi, depuis plus de trente ans, une contribution exceptionnelle à ce champ de recherche.

Diane Poulin-Dubois se démarque de ses pairs dès le début de ses activités universitaires. Sa passion pour l’émergence du langage dans les débuts d’une vie se déclenche lorsque, jeune étudiante de premier cycle, elle est recrutée par Thérèse Gouin-Décarie elle-même pour jouer le rôle de mère-substitut de bébés chimpanzés et comparer leurs vocalisations à celles des bébés humains, dans le cadre d’un projet de recherche dirigé par la professeure Mireille Mathieu à l’Université de Montréal. Au sein de la même université, elle complète ensuite une solide thèse de doctorat sur les processus cognitifs reliés à l’acquisition des premiers mots chez le très jeune enfant.

La lauréate entame sa carrière professionnelle en 1985, lorsqu’elle est recrutée par le Département de psychologie de l’Université Concordia, où elle poursuit depuis un parcours prolifique de calibre international, avec plus d’une centaine d’articles et de textes scientifiques à son actif. Dès 1988, elle publie, avec son collègue Thomas R. Shultz, un livre qui fera sa marque dans le domaine des sciences cognitives en propulsant la recherche sur le développement de la théorie de l’esprit. Le recueil, intitulé Developing Theories of Mind (Cambridge University Press), démontrait comment la capacité à identifier les personnes comme des êtres capables d’intentionalité, et non comme des objets, vers la fin de la première année de vie, facilite la transition vers la communication intentionnelle.

Parmi ses contributions les plus importantes, on retient, entre autres, ses travaux montrant que le nourrisson possède la capacité de former des catégories abstraites basées sur le mouvement des objets, que la capacité de filtrage cognitif (qui permet d’identifier les sources d’informations les plus fiables) est présente beaucoup plus précocement que l’on ne le soupçonnait, et que le bilinguisme améliore les fonctions cognitives dès la petite enfance. Ces observations ont fait l’objet d’une publication remarquée dans la revue Journal of Experimental Child Psychology.

Depuis 2005, la professeure Poulin-Dubois s’intéresse à l’apparition du filtrage cognitif chez le nourrisson. Ses travaux ont ainsi révélé que, dès l’âge de 14 mois, les bébés savent reconnaître les individus qui ne sont pas crédibles tant au niveau langagier qu’au niveau des expressions émotionnelles. On note alors que les enfants préfèrent acquérir de nouvelles connaissances d’individus perçus comme compétents. Les publications qui en émergent font école et sont citées dans plusieurs manuels en langue française, anglaise et italienne sur le développement de l’enfant, dont Psychologie du développement cognitif de l’enfant (2007), How Children Develop (2014) et La teoria della mente (1998).

Plusieurs de ses contributions sont directement liées à des enjeux sociaux actuels. En témoignent notamment diverses publications portant sur l’élaboration d’outils cliniques permettant d’évaluer le risque de délais langagiers ou de comportements de type autistique, ainsi que sur la question du bilinguisme, question particulièrement importante dans des pays comme le Canada ou la Suisse. Soucieuse de partager et transmettre ses connaissances avec le plus grand nombre, le transfert de son expertise se retrouve aussi dans la formation qu’elle offre à ses étudiants et dans de multiples interventions auprès des médias. Les recherches de son laboratoire ont été citées dans des magazines populaires tels que le Reader’s Digest, Psychology Today, et The Scientist,  et même dans un quiz de la télévision italienne « l’Eredita ».