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Prix Acfas Jacques-Rousseau

André-Pierre Contandriopoulos

Université de Montréal

prix Acfas Jacques-Rousseau 2016 : André-Pierre Contandriopoulos

Le prix Acfas Jacques-Rousseau 2016, pour des travaux de nature multidisciplinaire, est remis à André-Pierre Contandriopoulos, professeur émérite au Département d’administration de la santé de l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

La santé n’est pas qu’une affaire de blouses blanches. On sait que les médecins, les infirmières et infirmiers et autres praticiens s’affairent au quotidien au bien-être des patients. On connaît moins cependant cette collectivité riche et variée de chercheurs, décisionnaires et professionnels en tout genre qui pense, façonne et fait évoluer les infrastructures du système de santé et les autres institutions de l’État pour permettre que les citoyens puissent vivre bien et longtemps. Le lauréat est de ceux-là. Formé initialement en économie, il a contribué de manière magistrale au champ de la santé publique non seulement par sa pratique multidisciplinaire, mais aussi en mobilisant des spécialistes de tous horizons. La santé, c’est aussi une affaire de grands organisateurs.

André-Pierre Contandriopoulos a très tôt mis ses compétences au service de la santé, intégrant, dès son doctorat, le Département d'épidémiologie et santé de l’Université McGill en tant que professeur adjoint et ensuite le Département d’administration de la santé de l’Université de Montréal. Il n’a depuis cessé de contribuer au domaine, tant sur les plans organisationnel que scientifique. Sa carrière, couronnée de nombreux prix, a été orientée par trois grandes convictions. La première est que la santé est au cœur des responsabilités de l'État dans toute société démocratique. La deuxième est que l’analyse, la compréhension et la transformation du système de santé reposent sur la possibilité d’établir un dialogue et une intégration entre les sciences de la vie, les sciences du comportement, les sciences sociales et les sciences de la gestion. Enfin, la troisième est que les scientifiques ont la responsabilité de participer aux débats publics dans leurs domaines d’expertise pour enrichir les décisions politiques.

Reposant sur ces convictions, ses actions se sont déployées autour de quatre axes : l’avancement des connaissances, la formation, la participation active aux débats publics sur le système de santé et ses transformations, et finalement, la création et l’institutionnalisation de structures de recherche, de formation et de débats où l’interdisciplinarité est possible et valorisée.

Le lauréat a fait du dialogue entre plusieurs disciplines le centre de ses travaux. Plus spécifiquement, il a consacré ses recherches à l’étude des effectifs médicaux et des pratiques professionnelles, au financement des hôpitaux et des professionnels, à la dynamique d’évolution des systèmes de santé et à leurs transformations, aux déterminants de la santé des populations, à l’évaluation des interventions dans le domaine de la santé, à l’évaluation de la performance, de la gouvernance des systèmes et des organisations de santé.  Il garde au cœur de sa réflexion la préoccupation permanente de l’observation du réel. En tant que tel, fidèle disciple d’Edgar Morin, il a toujours considéré que le réel ne peut s’approcher et se comprendre sans multiplier les approches et articuler les outils et les concepts de différentes disciplines.

Son expertise et sa vision ample des questions de santé ont aussi fait de lui un intervenant de choix dans les médias, les conférences et les débats, ainsi que dans les commissions gouvernementales.

La contribution du lauréat à la création d’institutions durables est inestimable. En 1977, il fonde avec des collaborateurs le Groupe de recherche interdisciplinaire en santé (GRIS). Puis, il joue un rôle capital dans la création d’une École de santé publique à l’Université de Montréal, qui aujourd’hui, par son excellence et son caractère hautement multidisciplinaire, est maintenant largement reconnu au-delà des frontières canadiennes.

Sur le plan pédagogique, il a innové en misant sur le coenseignement pour concrétiser l’exigence d’interdisciplinarité qu’il jugeait nécessaire de respecter dans le domaine de la santé publique. Il a mis un point d’honneur à concevoir et à enseigner ses cours avec des collègues ayant des formations complémentaires à la sienne, en médecine, en sociologie, en psychologie, en sciences politiques ou en sciences de la gestion, de manière à offrir aux étudiants, différents points de vue sur les mêmes sujets.

Non content d’avoir contribué activement à la création de multiples programmes d’études reconnus internationalement, André-Pierre Contandriopoulos dédie une grande partie de son temps à ses étudiants à la maîtrise en administration de la santé, au doctorat en santé publique de l'Université de Montréal, ainsi qu’aux étudiants en médecine et en pharmacie. Ses cours ont permis de présenter à des milliers d’étudiants les concepts nécessaires pour analyser, comprendre et transformer les systèmes de santé de façon à permettre à toutes les personnes souffrantes dans la société d’avoir accès librement, de façon équitable et efficiente, à des soins de qualité.