Découvrez les lauréats et lauréates 2009

  • Prix Acfas Adrien-Pouliot : Alain Caillé, UdeM - Université de Montréal
  • Prix Acfas André-Laurendeau : Claude Panaccio, UQAM - Université du Québec à Montréal
  • Prix Acfas J.-Armand-Bombardier : Roger Lecomte, UdeS - Université de Sherbrooke
  • Prix Acfas Jacques-Rousseau : Isabelle Peretz, UdeM - Université de Montréal
  • Prix Acfas Léo-Pariseau : Michel J. Tremblay, Université Laval
  • Prix Acfas Marcel-Vincent : Suzanne Rivard, HEC Montréal
  • Prix Acfas Michel-Jurdant : Jean-Guy Vaillancourt, UdeM - Université de Montréal
  • Prix Acfas Urgel-Archambault : Yoshua Bengio, UdeM - Université de Montréal
  • Prix Acfas Ressources naturelles : Julien Beguin, Université Laval
  • Prix Acfas Fondation Desjardins - Maîtrise : Shanie Leroux, UQAM - Université du Québec à Montréal
  • Prix Acfas Fondation Desjardins - Doctorat : Adolfo Agundez Rodriguez, UdeS - Université de Sherbrooke
Alain Caillé - Prix Acfas - 2009
Prix Acfas Adrien-Pouliot
Alain
Caillé
UdeM - Université de Montréal
Naviguant entre la physique, la chimie et la biologie, ce chercheur examine avec attention les structures de la matière condensée. Son regard s’attarde aux propriétés mesurables des solides, liquides, verres et polymères. Son étude sur les cristaux liquides, par exemple, l’a mené à une théorie de la physique fondamentale si marquante qu’elle porte aujourd’hui son nom. Cette théorie caractérisée par les Exposants de Caillé figure désormais dans de nombreux manuels d’enseignement. Mais surtout, nous saluons ici la qualité des liens scientifiques qu’il a su tisser avec l’Hexagone.

Ses premiers contacts avec la France remontent à son séjour de recherche postdoctorale (1971 et 1972). Alain Caillé travaille alors avec Pierre-Gilles de Gennes (Nobel de physique 1991) sur les cristaux liquides de type smectique A. Il propose l’existence d’un comportement singulier de la diffusion des rayons X dans ces cristaux liquides caractérisés par un quasi-ordre et dont l’ordre se situe entre l’organisation d’un liquide et celle d’un solide cristallin à trois dimensions. C’est la théorie des « Exposants de Caillé », dont le caractère fondamental est pleinement reconnu dès 1978 dans différents ouvrages de physique. La confirmation expérimentale de 1977 démontre même un accord quantitatif spectaculaire avec ses calculs qui conduisaient à des exposants dont la valeur était déterminée par des constantes physiques indépendantes. Les « Exposants de Caillé » trouvent par la suite, et cela, sur une période d’une trentaine d’années, un terrain fertile dans divers champs d’application : la biologie, les supraconducteurs magnétiques ou les structures lamellaires de l’amidon. L’universalité du comportement proposé par Alain Caillé trouve son champ d’application le plus fertile dans les multicouches de molécules amphiphiles, véritables modèles contrôlées de la membrane biologique reconstituée.

En tant que professeur et chercheur invité à l’Université de Provence — Centre Saint-Charles à Marseille, il développe entre 1979 et 1983 un nouvel axe de recherche traitant de la structure et des transitions de phase des monocouches de molécules amphiphiles sur l’eau. Cette collaboration s’est poursuivie par des échanges, des collaborations et des séjours de recherche de chercheurs français au sein des équipes de recherche du Département de physique de l’Université de Sherbrooke.

Puis, le chercheur collabore avec les chercheurs de l’Université de Cergy-Pontoise sur le phénomène de frustration magnétique qui fut pour Alain Caillé un champ d’activités très productif entre 1987 et 1994. Il publie notamment avec le professeur Hung The Diep une étude détaillée des classes d’universalité des comportements critiques de matériaux subissant la frustration magnétique de façon intrinsèque et un article de revue des propriétés critiques des systèmes frustrés de spin vectoriels. Cet article de revue établit également une analogie intéressante entre ces modèles de spins vectoriels et un autre cristal liquide, la phase chirale des cristaux liquides en colonnes où la nature de l’ordre demeure toujours aujourd’hui un sujet d’étude.

La dernière période de sa carrière s’ouvre en 2005 en tant que professeur émérite de l’Université de Montréal rattaché à son Département de physique. Alain Caillé entreprend alors avec des scientifiques de l’Institut Curie de Paris et de l’Université de Rennes des recherches situées à la jonction de la physique et des sciences biomédicales. Ses travaux portent sur les structures des complexes lipides-ADN et lipide-actine ou encore sur l’absorption de bactéries sur une surface hydrophobe.

Le chercheur émérite Alain Caillé a impressionné plus d’un de ces collaborateurs par son dynamisme, son investissement et son enthousiasme pour ses sujets de recherche, mais sa carrière scientifique de très haut vol ne dit pas tout. En effet, entre 1974 et 1998, Alain Caillé a organisé à l’Université de Sherbrooke de nombreuses écoles d’été impliquant des chercheurs et des visiteurs français. Il a aussi piloté l’obtention d’un doctorat d’honneur par le professeur Pierre-Gilles de Gennes avant qu’il reçoive le prix Nobel de physique. À partir de 1998, en tant que membre de la haute direction de l’Université de Montréal, il multiplie les liens institutionnels entre les universités et groupes de recherche français les plus prestigieux et l’Université de Montréal et ses partenaires québécois. Il développe plusieurs projets majeurs de collaboration avec les meilleurs établissements universitaires de France, notamment par la création de laboratoires internationaux et d’équipes de recherche entre la France et le Québec, autant dans les domaines des sciences physiques que des sciences de la santé. Il est à l’origine et fervent promoteur d’une collaboration soutenue dans le domaine des nanotechnologies. En étroite association avec des responsables français, de la science contemporaine et toujours centrée sur la volonté de créer un espace scientifique de recherche commun entre la France et le Québec, il œuvre toujours à cette fusion porteuse de progrès social, culturel et économique des deux côtés de l’Atlantique.
Claude Panaccio - Prix Acfas - 2009
Prix Acfas André-Laurendeau
Claude
Panaccio
UQAM - Université du Québec à Montréal
Ce chercheur est un médiéviste qui a longuement fréquenté Guillaume d’Occam reconnu pour son fameux rasoir... mais surtout pour sa pensée scientifique où les mots sont un langage et non des éléments métaphysiques qui existeraient par eux-mêmes hors de nous. Philosophe de ce courant, ce lauréat s’intéresse donc au langage qui construit la connaissance et de ce fait, aux manières de penser et de voir le monde. Il a analysé notre discours moral, nos idéologies et aussi les connaissances que nous pouvons avoir des phénomènes linguistiques et sociaux

Dès 1978, Claude Panaccio offre un regard tout à fait nouveau sur l’oeuvre de Guillaume d’Ockham (1285-1347), l’un des penseurs les plus importants du Moyen Âge et le chef de file de l’école nominaliste. Le nominalisme est une approche philosophique qui s’oppose au réalisme des universaux. Pour les réalistes, la nature humaine, par exemple, existe en soi. Pour les nominalistes, au contraire, les universaux comme l’idée de l’homme ne sont que des noms, des signes dans le langage ou dans la pensée. L’Homme en soi n’existe pas, mais il y a des individus, qui eux sont réels. Depuis sa thèse de doctorat soutenue à l’Université de Montréal, Claude Panaccio a renouvelé en profondeur notre compréhension de ce grand courant médiéval et révélé une philosophie complexe, là où la communauté philosophique mondiale était tentée de voir une simple réduction de la pensée humaine à quelques concepts simples. Il a aussi contribué à l’étude d’autres auteurs médiévaux majeurs tels saint Augustin, saint Anselme, Thomas d’Aquin ou Jean Buridan. Il a écrit, entre autres, la première histoire de la notion de langage mental, de la Grèce antique à la fin du Moyen Âge.

Le discours moral peut-il remplacer les fondations religieuses ou métaphysiques d’une société ? C’est là une autre question à laquelle s’est attardé Claude Panaccio dès les années 1970, faisant œuvre de pionnier de la philosophie analytique au Québec. Ce mouvement accorde une grande importance à la logique et au langage en philosophie. Son objectif principal est d’écarter les « faux problèmes » en débusquant les erreurs de raisonnement et d’assurer une grande rigueur scientifique à la pratique de la philosophie.

L’œuvre de Claude Panaccio dépasse largement un simple travail d’érudition ou d’historien de la philosophie. Sa confrontation entre la philosophie nominaliste médiévale et la philosophie analytique contemporaine a lancé un large débat sur la conception même de l’histoire de la philosophie. Cela a fait de l’œuvre de ce philosophe québécois une référence mondiale, au point où plusieurs médiévistes contemporains parlent maintenant d’une « méthode Panaccio » et considèrent le paradigme de la reconstruction qu’il propose comme le plus puissant d’une nouvelle méthode en histoire de la philosophie

La carrière de Claude Panaccio a aussi été marquée par une présence constante dans la communauté. Codirecteur du collectif « L’idéologie et les stratégies de la raison » en 1984, organisateur de nombreux colloques et congrès, il a aussi été l’un des fondateurs de la Société de Philosophie du Québec. De 1991 à 2003, il a été rédacteur francophone de la revue Dialogue de l’Association canadienne de philosophie et s’est investi dans cette association, aussi bien que dans la Fédération canadienne des études humaines, dans le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

Claude Panaccio a aussi des qualités d’enseignant fort prisées par ses étudiants. Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en Théorie de la connaissance de l’UQÀM depuis 2004, il a notamment accompagné la recherche de plusieurs jeunes doctorants francophones d’ici et d’ailleurs, sans négliger les étudiants qui s’initient à la philosophie. Ses capacités d’écoute, sa volonté de prêter main-forte aux autres penseurs des sciences humaines et sa capacité de se mettre à la disposition des étudiants, malgré un travail de chercheur déjà très accaparant, ont fait de lui l’un des piliers de la vitalité de la philosophie québécoise des dernières décennies.
Roger Lecomte - Prix Acfas - 2009
Prix Acfas J.-Armand-Bombardier
Roger
Lecomte
UdeS - Université de Sherbrooke
Lauréat du Prix Lionel-Boulet 2013, le Prix du Québec en recherche et développement en milieu industriel

Il n’est pas si fréquent qu’un chercheur mène une innovation technologique de l’idée à la commercialisation, en démontrant et exploitant lui-même le potentiel de cette technologie. Ramant à contre-courant des idées reçues, ce chercheur a mis au point un scanner à Tomographie d’Émission par Positrons (TEP) permettant d’obtenir des images de qualité et de résolution suffisante pour étudier la biochimie et la physiologie in vivo chez les petits animaux de laboratoire. Aujourd’hui, cette technologie est utilisée en recherche biomédicale et préclinique, mais pourrait se retrouver bientôt en clinique pour le diagnostic et le suivi de plusieurs pathologies, par exemple pour évaluer le bon fonctionnement de nos cœurs ou pour détecter plus précocement un cancer.

Dès 1981, le professeur Roger Lecomte a l’idée d’exploiter les plus récents développements technologiques en détection des radiations pour construire des appareils d’imagerie médicale plus performants et de plus haute précision. Pour y arriver, il surmonte un obstacle auquel se butaient les chercheurs depuis l’invention des diodes semi-conductrices dans les années 1960. Audacieux, il fera usage de photodiodes à avalanche, une technologie entièrement québécoise inventée par le Dr Robert J. McIntyre et développée par RCA inc. (maintenant PerkinElmer Optoélectronique, Vaudreuil, QC). Grâce à ses travaux, cette nouvelle technologie de détection est en voie de remplacer les tubes photomultiplicateurs, encore utilisés universellement dans les applications en imagerie médicale, en particulier en tomographie d’émission par positrons (TEP).

C’est souvent en allant à contre-courant des idées reçues et en poursuivant ses travaux en marge des thèmes en vogue qu’il y est arrivé. Lorsque, au début des années 1990, il s’attèle au projet de démontrer la faisabilité de l’imagerie TEP à l’aide de la technologie des détecteurs à photodiodes en construisant un scanner dédié aux études sur les petits animaux, le milieu sourcille. La modalité TEP est alors considérée comme une curiosité de laboratoire, et la résolution spatiale est très limitée, nettement insuffisante pour imager des rats ou des souris. Pourtant, il va de l’avant et construit un prototype, qui à terme offrira la meilleure résolution jamais obtenue en TEP. À partir de ce moment, il attire l’attention de la communauté scientifique avec ses nombreux travaux démontrant la pertinence de l’imagerie TEP sur modèle animal pour la recherche biomédicale.

Il réagit avec le même entêtement devant la fermeture des manufacturiers médicaux, lesquels jugent cette technologie trop risquée et le marché trop restreint pour être viable commercialement. Il fonde lui-même, en 2002, avec Jules Cadorette et David Lapointe, deux collègues ex-étudiants dans son équipe, la compagnie Avancement Moléculaire en Imagerie (AMI) inc., et avec la précieuse collaboration du professeur Réjean Fontaine de l’Université de Sherbrooke, lance en 2005 le premier scanner TEP commercial à base de photodiodes avec traitement entièrement numérique de l’information. Ces scanners TEP, maintenant fabriqués par la compagnie Gamma Medica qui a des divisions à Sherbrooke, London (ON), Northridge (CA) et Oslo (Norvège), et qui sont commercialisés mondialement par la compagnie GE Healthcare depuis 2008, sont présentement considérés comme les meilleurs appareils.

Isabelle Peretz - Prix Acfas - 2009
Prix Acfas Jacques-Rousseau
Isabelle
Peretz
UdeM - Université de Montréal
Pourquoi notre espèce est-elle la seule qui soit sensible à André Mathieu? Y a-t-il des liens entre nos capacités à comprendre la langue maternelle et la musique? Ces mélodies s’inscrivent-elles sur une portée neurobiologique? Longtemps, la musique a été considérée comme un art exclu du domaine des sciences. Plus maintenant. En combinant psychologie, neurosciences et musicologie, la lauréate a révélé les fondements biologiques de notre plaisir musical.

Musicienne amatrice, Isabelle Peretz étudie d’abord en psychologie à l’Université Libre de Bruxelles (Belgique) puis elle poursuit en neurologie et psychologie musicale. Lorsqu’elle présente en 1988 ses idées novatrices aux membres de l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam), la plupart d’entre eux les considèrent comme pure hérésie. Plusieurs années plus tard, de nombreux sceptiques sont enfin convaincus : la musique et le langage sont en effet traités par des modules différents du cerveau.
La majeure partie des recherches d’Isabelle Peretz sont fondées sur des études détaillées de cas cliniques d’amusie, un trouble de l’expression ou de la compréhension de la musique. Par exemple, chanter faux sans s’en apercevoir pour être causé par une lésion cérébrale congénitale ou acquise. Ses travaux mènent à des découvertes cruciales, entre autres sur les fondements neurogénétiques de ces dysfonctionnements.

Isabelle Peretz s’intéresse également aux réponses émotionnelles quasi universelles que génèrent certaines formes musicales.

Afin de diffuser ses connaissances et de continuer à innover, elle crée en 2005, en collaboration avec Robert Zatorre de l’Institut Neurologique de Montréal et des collègues des Universités McGill et Concordia, un laboratoire de recherche de renommée mondiale, le BRAMS (International Laboratory of Brain, Music and Sound Research). Il regroupe les meilleurs chercheurs québécois dans ces domaines et attire les plus éminents scientifiques au monde. Un projet scientifique ambitieux à la hauteur de l’ensemble de sa carrière, si active et fructueuse.
Michel J. Tremblay - Prix Acfas - 2009
Prix Acfas Léo-Pariseau
Michel J.
Tremblay
Université Laval
Le combat contre le sida est loin d’être terminé, quelque 33 millions de personnes sont toujours infectés. Malgré des progrès notables dans les traitements, ce combat représente toujours l’un des plus grands défis mondiaux en matière de santé publique. Sur la ligne de front, on retrouve le présent lauréat. Spécialiste des interactions entre le virus et les cellules humaines, ses travaux ouvrent la voie à la découverte de cibles thérapeutiques pour contrer les avancées de cet adversaire tenace.

En 1991, le professeur Michel J. Tremblay devient directeur du Laboratoire d’immuno-rétrovirologie humaine du Centre Hospitalier de l’Université Laval, un poste qu’il occupe toujours aujourd’hui. Il est aussi professeur titulaire du Département de microbiologie et immunologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval depuis 2001 et responsable de l’axe Infectiologie et Immunologie du Centre de recherche du CHUQ.

Les travaux de recherche du professeur Tremblay visent à mieux connaître les caractéristiques du virus de l’immunodéficience humaine de type-1 (VIH-1), l’agent qui cause le SIDA. Il étudie les paramètres immunovirologiques de cette infection rétrovirale. Ses recherches principales portent sur l’incorporation des molécules de la cellule hôte dans le VIH-1, ainsi que sur les facteurs de la cellule hôte permettant au VIH de se reproduire.

Sa contribution la plus importante est la démonstration de la fonctionnalité des protéines de la cellule hôte lorsqu’elles sont incorporées dans l’enveloppe du VIH-1. Ce programme de recherche a permis de mettre au point un système d’expression génique tout à fait unique qui permet de définir la contribution des molécules de l’hôte, lorsqu’insérées dans l’enveloppe virale.

L’équipe de Michel Tremblay a aussi été la première au monde à démontrer que le parasite Leishmania, responsable de la leishmaniose, une affection cutanée ou viscérale transmise par la piqûre de certains insectes, peut affecter la pathogenèse de l’infection par le VIH en favorisant la réplication virale. Cela est important puisque cette maladie est très présente dans certains pays qui sont aussi très affectés par le VIH. Le parasite protozoaire Leishmania pourrait agir comme cofacteur dans le déclenchement ou le développement de l’infection par le VIH-1. À l’inverse, le VIH-1 peut favoriser la croissance du parasite à l’intérieur du macrophage, une cellule du système immunitaire dont le rôle est littéralement de dévorer les débris cellulaires et les agents pathogènes.

L’équipe du professeur Tremblay a aussi été une pionnière en ce qui concerne la compréhension du chemin que prend le VIH-1 pour infiltrer les cellules trophoblastes humaines polarisées, qui forment une couche cellulaire autour du fœtus près d’une semaine après la fécondation. Un secteur de recherche important, puisque le VIH-1 peut se transmettre de la femme enceinte à l’enfant qu’elle porte.

Le professeur Tremblay travaille avec une équipe de 23 personnes. Il a contribué à la formation de six stagiaires postdoctoraux, 19 étudiants à la maîtrise, 24 étudiants au doctorat et 21 étudiants stagiaires, en plus d’agir comme membre du jury pour de nombreuses thèses de doctorat. À l’Université Laval, il enseigne la virologie à des étudiants en médecine, en pharmacie et en microbiologie des 1er , 2e et 3e cycles. On lui reconnaît les qualités d’un enseignant hors pair, de même qu’une humilité qu’il démontre en plaçant toujours l’avancement de la recherche au-dessus de ses succès personnels. Michel J. Tremblay impressionne tant par l’originalité de son approche, qui sort souvent des cadres habituels de la recherche dans son domaine, que par une production très importante et méthodique.

En plus de ses recherches, il œuvre à former la prochaine génération de chercheurs spécialisés dans ce domaine.
Suzanne Rivard - Prix Acfas - 2009
Prix Acfas Marcel-Vincent
Suzanne
Rivard
HEC Montréal

[Depuis 2013, le prix Acfas Marcel-Vincent des sciences sociales porte le nom de Thérère Guouin-Décarie]

Si une entreprise est sous tension en matière de gestion de ses technologies de l’information et qu’elle peine à gérer la complexité de ce domaine, un seul conseil : consulter les travaux de la lauréate ou encore lui soumettre un mandat. Qu’il soit s’agisse de gestion de risque de projets de développement de systèmes d’information ou d’impartition de l’exploitation des technologies de l’information, d’alignement stratégique des technologies de l’information ou de gestion de la résistance des utilisateurs aux nouvelles technologies, vous êtes toujours à la bonne place. En effet, la chercheuse possède une vaste maîtrise de nombreux aspects de la gestion des technologies de l’information; technologies qui sont désormais névralgiques à toute organisation.

Son expertise est largement reconnue ici comme à l’international. On la considère parmi les experts les plus compétents, motivés et productifs du domaine. La plupart de ses recherches ont été innovantes dans la méthode et avant-gardistes dans les résultats. Son originalité et sa force ne viennent pas seulement de sa capacité à gérer de nouveaux contextes ou phénomènes comme dans ses travaux sur les systèmes d’entreprises, l’impartition ou la gestion du risque, mais aussi de son habileté à se nourrir des recherches effectuées dans les champs apparentés.

Publiée en 1983, la thèse de doctorat de Suzanne Rivard portait sur l’« informatique utilisateur ». Ce domaine, qui depuis a pris une importance majeure, traite de l’usager « technophile » qui développe ses propres solutions informatiques.

Dans les années suivantes, la chercheure concentre ses travaux sur l’évaluation et la gestion du risque, à travers des approches quantitatives autant que qualitatives. Lorsqu’une entreprise est soumise à un risque, il faut le mesurer. Suzanne Rivard a contribué à l’élaboration et à la validation d’outils pour mesurer cette exposition au risque. Puis elle a, en collaboration avec des collègues, appliqué le concept à divers domaines, de la gestion de projets d’implantation de technologies de l’information à la délocalisation de l’exploitation des technologies de l’information en passant par la protection des renseignements personnels.

Aussi, Suzanne Rivard a développé avec Henri Barki et Jean Talbot, un outil de description de contenu : un schème de mots clés devenu une référence dans le domaine. Ce cadre conceptuel, qui comporte plus de 2000 mots-clés répartis sous, décrit la structure du champ de recherche que sont les technologies de l’information et en définit les frontières. Plusieurs chercheurs ayant fait des analyses de contenu et de tendances de la recherche en systèmes d’information l’utilisent depuis le début des années 1990.

En 1985, Suzanne Rivard cofonde le Groupe de recherche en systèmes d’information (GReSI) des HEC Montréal qu’elle dirige jusqu’en 1999. Depuis 2002, elle est titulaire d’une chaire de recherche en gestion stratégique des technologies de l’information à HEC Montréal.

La justesse de ses interventions ainsi que ses efforts pour aider et encourager ses collègues sont très appréciés. Combinant rigueur et pertinence, la chercheure possède une expertise unique en matière de gestion des technologies de l’information dans l’univers de la francophonie.

Jean-Guy Vaillancourt - Prix Acfas - 2009
Prix Acfas Michel-Jurdant
Jean-Guy
Vaillancourt
UdeM - Université de Montréal
Ce sociologue explore depuis plus de 30 ans les grandes questions environnementales, des changements climatiques aux énergies renouvelables. Le présent honneur lui est particulièrement destiné, puisqu’avec Michel Jurdant lui-même, écologiste de la première heure, il a rassemblé les forces de la recherche pour s’attaquer aux problèmes écologiques, et ce, dès les années soixante-dix. Pionnier de l’écosociologie, terme qu’il a lui-même introduit en 1982, il a aussi encouragé l’engagement multidisciplinaire des chercheurs en sciences sociales et en sciences naturelles ainsi que la solidarité internationale, interuniversitaire et intergénérationnelle.

Originaire du Nord-Ontario, il a fait son cours classique au Collège dirigé par les Jésuites à Sudbury. Il a obtenu son premier baccalauréat à l’Université de Sudbury en 1957.

Après des études de philosophie à Montréal, Jean-Guy Vaillancourt s’oriente vers la sociologie, domaine dans lequel il réalise une thèse sur le pouvoir du Vatican, publiée aux presses de l’Université de Californie, où il a fait ses études de doctorat sous la direction de Charles Y. Glock. Engagé à l’Université de Montréal en 1969, il y enseigne d’abord la théorie sociologique, la sociologie des organisations et la sociologie des religions.

Très tôt dans sa carrière, le sociologue oriente ses recherches et son enseignement vers le domaine de l’écologie humaine et sociale et la sociologie de l’environnement. Il centre d’abord son attention sur l’étude du mouvement vert et sur les questions d’énergie, deux domaines dans lesquels il demeure encore aujourd’hui un des principaux experts québécois.

Au fil des ans, Jean-Guy Vaillancourt a aussi créé des outils très utiles comme ses modèles et ses typologies du mouvement vert qui permettent de bien comprendre l’évolution de la problématique environnementale au Québec et dans le monde. Il enseigne la sociologie de l’environnement à l’UQAC, à l’Université Laval, à l’UQAM et à l’Université Bishop, où il a fait œuvre de pionnier, comme professeur invité.

Dans les années 1980, il collabore avec Michel Jurdant pour encourager l’essor de l’interdisciplinarité et de l’engagement des chercheurs dans les questions de paix et surtout d’environnement qui deviennent de plus en plus pressantes. Parallèlement, il mène des recherches sur le lien entre écologie, paix et désarmement. S’intéressant de près au développement durable et au protocole de Kyoto, Jean-Guy Vaillancourt participe activement aux Sommets de la Terre en 1992 et 2002.

Sa réputation s’étend sur la scène internationale, tant au Canada anglais, aux États-Unis que dans plusieurs autres pays d’Europe, d’Amérique Latine et d’Asie. Ses écrits en français et anglais sont traduits dans diverses langues, dont le portugais, l’italien et le vietnamien. Les médias font souvent appel à lui pour commenter entre autres des questions d’actualité environnementale. Il est professeur invité au Brésil (Belo Horizonte) et au Vietnam (Hanoï). De plus, il a publié et coédité 35 livres ou numéraux spéciaux de revues et des centaines de chapitres et d’articles, dont presque la moitié sur l’environnement.

Jean-Guy Vaillancourt est en retraite de l’enseignement depuis 2007, mais poursuit ses travaux de recherches et joue son rôle de conseiller discret et efficace auprès de nombreux leaders écologistes, syndicaux, politiques et scientifiques. On apprécie sa grande érudition, son jugement solide, la clarté et la pondération de ses propos. Chercheur chevronné, auteur prolifique, enseignant et conférencier émérite, son intégrité reste intacte dans sa vie personnelle puisqu’il a construit sa propre maison écologique à Dunham dans un petit village des Cantons de l’Est, au début des années 1970, et il y est élu échevin de 1976 à 1980.

Au lendemain de sa retraite, il a été président du conseil d’administration du Groupement forestier du Haut-Yamaska, qui regroupe près de mille propriétaires forestiers et qui emploie une dizaine de forestiers diplômés. Cet écosociologue est à la retraite, mais il continue de travailler, de publier et de militer, surtout sur les questions d’environnement et de paix, comme ce fut le cas pour Michel Jurdant.
Yoshua  Bengio - Prix Acfas - 2009
Prix Acfas Urgel-Archambault
Yoshua
Bengio
UdeM - Université de Montréal
Son domaine de recherche est une branche de l’intelligence artificielle appelée apprentissage machine. On y met au point des algorithmes permettant aux ordinateurs d’extraire de l’information utile des centaines de millions d’éléments d’information contenus dans les bases de données. Certains de ces algorithmes sophistiqués sont appelés réseaux de neurones à cause de leur inspiration du cerveau. Et cette intelligence machine se retrouve derrière les moteurs de recherche du web, la vision informatique, les prises de décision financière, l’analyse produits-clients, la surveillance des flux de sites web, le processus de découverte de médicament ou encore la reconnaissance de la voix et de l’écriture.

L’ambition du chercheur est de comprendre les principes de l'apprentissage menant à l'intelligence (humaine ou pas) et de développer des algorithmes capables de les recréer par le traitement d’un vaste ensemble de données. Sa réputation et celle de son équipe de recherche font de lui une sommité internationale dans les domaines des réseaux neuronaux et du forage de données.
Yoshua Bengio obtient son doctorat en 1991 à l’Université McGill. Puis il se joint au Massachussetts Institute of Technology (MIT) dans le cadre de son postdoctorat. Il devient professeur au Département d’informatique et de recherche opérationnelle (DIRO) de l’Université de Montréal à partir de 1993. Il y fonde la même année un laboratoire qui compte aujourd’hui plus de 20 chercheurs.

Au début de sa carrière, les travaux théoriques de Yoshua Bengio sur les réseaux de neurones récurrents et les modèles Markoviens cachés mettent en lumière les limitations fondamentales et pratiques qu’ont les algorithmes d’apprentissage actuels à capter les dépendances temporelles à long terme. Ces travaux continuent d’influencer la communauté scientifique encore aujourd’hui.

Vers la fin des années 1990, il s’intéresse à la dimensionnalité dans le domaine de la modélisation statistique de la langue maternelle. Il montre qu’une classe complète d’algorithmes d’apprentissage par méthode du gradient, très populaire à l’époque, mène à un cul de sac pour l’apprentissage de dépendances dans les séquences de données. Un pan entier de la recherche en apprentissage automatique est ainsi chamboulé. Ses travaux sur la représentation distribuée des mots (plutôt qu’une représentation symbolique) ont aussi une influence fondamentale de par ses avantages pour la recherche d’informations, la desambiguation du sens et la représentation d’un modèle de langue.

De nombreux contrats de recherche permettent à Yoshua Bengio de transférer ses découvertes vers de nombreux segments de l’industrie : pharmaceutique, web, finance, assurance, télécommunications. En particulier, il travaille sur un système de classification des montants de chèque de AT&T Bell qui traite encore aujourd’hui 10 p. cent des chèques aux États-Unis. En 2002, il fonde Apstat technologies une entreprise spécialisée en forage de données et prévisions statistiques pour l’assurance et la finance.

Il a perfectionné les algorithmes d’apprentissage statistique leur permettent ainsi de traiter de vastes ensembles de données qui englobent des centaines de millions d’éléments d’information ou des ensembles de données qui englobent de très nombreuses variables.
Ses travaux sur les architectures profondes des réseaux de neurones ont été particulièrement remarqués. Ces travaux fondamentaux contribuent en ce moment à la création d’une nouvelle sous-discipline (l’apprentissage d’architectures profondes) qui connaît un essor remarquable. Avec des collègues, il a mis au point un processus qui permet désormais à ces architectures profondes d’extraire des abstractions qui sont de très haut niveau.

Yoshua Bengio excelle également comme pédagogue. Au sein du DIRO, il a contribué à la formation d’une trentaine d’étudiants hautement qualifiés en apprentissage automatique. De plus, l’originalité de ses travaux et l’ampleur de leurs retombées ont été clairement reconnues par ses pairs. Il fait partie des informaticiens les plus cités au Canada.
Julien Beguin - Prix Acfas - 2009
Prix Acfas Ressources naturelles
Julien
Beguin
Université Laval
Si vous voulez fréquenter ce lauréat lors de la belle saison, il vous faut vous diriger plein nord et partir à sa recherche au milieu des pessières noires à mousses (et à mouches), car les forêts commerciales situées au-dessus du 49e parallèle sont au cœur de son projet doctoral. Il s’intéresse à leur dynamique d’évolution sur de très larges territoires allant jusqu’à 300 000 kilomètres carrés.

Depuis plus de deux décennies, d’importants efforts ont été réalisés dans plusieurs régions du Québec pour comprendre l’influence des régimes de perturbations naturelles (feux, épidémies d’insectes) et anthropiques (interventions sylvicoles) sur la dynamique des forêts boréales.

Intégrer ces nombreuses connaissances pour modéliser la dynamique des paysages à grande échelle (>100 000 km2) au cours du temps est au centre du projet de Julien Beguin.

« Ces modèles peuvent nous guider dans l’aménagement durable de la pessière noire à mousses car de nombreux enjeux, tant économiques qu’écologiques, ne peuvent être appréhendés qu’à de larges échelles spatiales. C’est par exemple le cas de la conservation de l’habitat du caribou forestier, de la représentativité du réseau d’aires protégées ou encore de la viabilité et de la restructuration de l’industrie forestière. Identifier des scénarios d’aménagement forestier qui tiennent compte explicitement de ces enjeux ne peut se faire à fine échelle comme c’est traditionnellement encore le cas. C’est là que l’utilisation de modèles de simulation régionaux est pertinente puisqu'ils permettent d’étudier les interactions qui existent, par exemple, entre la dynamique des feux, le volume annuellement disponible pour la récolte forestière et la qualité des habitats pour le caribou forestier », explique le chercheur.

Pour réaliser cette étude, Julien Beguin dispose d’un grand nombre de données provenant d’inventaires forestiers réalisés depuis les 30 dernières années. En groupant ces données aux études et modèles déjà existants sur la dynamique forestière, il pourra modéliser les trajectoires de succession des principaux groupes de peuplements, puis l’évolution de la composition et du volume de ces groupes en fonction des variables écologiques et du temps. Les effets de différentes stratégies d’aménagement seront évalués conjointement aux impacts des feux. En utilisant les tables de production mises à jour, il sera possible de suivre l’évolution spatio-temporelle du volume ligneux disponible pour la récolte forestière.

Sur un plan théorique, cette étude devrait permettre de mieux quantifier les effets du feu et de la récolte de matière ligneuse sur la dynamique de succession à grande échelle de la pessière noire à mousses. Sur un plan pratique, les résultats de ce projet permettront de quantifier les composantes économiques et écologiques associées à différents scénarios d’aménagement forestier, dans le but d’identifier les meilleurs compromis possible entre la compétitivité économique de l’industrie forestière et le maintien d’éléments de biodiversité – dont l’abondance d’habitats favorables au caribou forestier – sur l’ensemble de la partie commerciale du domaine de la pessière noire à mousses.

« L’intégration de nos connaissances sur la dynamique forestière dans une plate-forme spatio-temporelle capable de simuler les attributs des paysages au cours du temps constitue un beau défi. Ce défi est d’autant plus important et nécessaire qu’il nous permettra de confronter nos pratiques d’aménagement forestier actuelles et futures avec l’atteinte d’objectifs multiples, tant d’un point de vue économique, écologique que de conservation », conclut le doctorant.
Shanie  Leroux - Prix Acfas - 2009
Prix Acfas Fondation Desjardins - Maîtrise
Shanie
Leroux
UQAM - Université du Québec à Montréal
Partout dans le monde, des peuples doivent faire des efforts pour sauvegarder leur identité culturelle. Au Canada, treize ans après la Commission royale d’enquête sur les peuples autochtones (CRPA) de 1996, le constat demeure le même : la marginalisation persistante des Autochtones est un facteur déterminant de plusieurs problèmes sociaux qu'ils vivent.

Shanie Leroux, étudiante à la maîtrise en travail social, s’est engagée à faire une place au point de vue autochtone, justement sur la question des relations entre Innus et Allochtones en milieu urbain. Pour ce faire, des membres de la communauté innue de Sept-Îles, Uashat et Maliotenam ont accepté de participer à son projet de recherche.

« J’ai choisi d’aller étudier les relations interculturelles dans la ville de Sept-Îles entre autres parce que la communauté d'Uashat est enclavée au centre de la ville, ce qui crée une dynamique urbaine particulière. De plus, certains auteurs, dont une étude du tout nouveau Centre d'amitié autochtone de Sept-Îles, ont fait état de tensions sociales dans la région, en partie dues aux négociations territoriales et en partie dues à l'histoire des relations entre les groupes », explique Shanie Leroux.

La population autochtone en milieu urbain a beaucoup augmenté au Québec ces dernières années, ce qui a eu pour effet de transformer la présence autochtone dans les villes. L’objectif du projet de recherche de Shanie Leroux est de faire connaître le point de vue des Innus sur la façon dont se déroulent les relations avec les Allochtones dans la ville de Sept-Îles. Il s'agit d'explorer les éléments positifs et négatifs de ces contacts et de comprendre dans quels lieux ils s'actualisent. De plus, le projet vise à identifier des pistes d'action pour améliorer le vivre-ensemble.

C’est principalement le caractère inclusif de sa démarche qui lui a permis d’obtenir l’accord du Conseil de bande de la communauté Uashat mak Mani-Utenam. « Beaucoup de recherches sont effectuées au sujet des peuples autochtones… Mais peu rendent compte de leur point de vue ou tentent de redonner les résultats aux communautés concernées. J'aimerais que mon projet soit un dialogue, car je souhaite autant que possible faire valider mes observations par les gens de la communauté pour m’assurer d’avoir une interprétation juste de leurs propos », affirme Shanie Leroux.

Outre ces échanges avec la communauté, c’est l’approche clinique qui est distinctive du projet. Cette démarche holistique qui aborde les aspects individuels, familiaux, communautaires et sociétaux se veut en lien avec les façons autochtones de percevoir le savoir et la connaissance. Trois principales étapes sont prévues. « Tout d’abord, j’ai déjà réalisé des entrevues individuelles exploratoires qui ont permis de dégager les principaux éléments de la dynamique urbaine. Par la suite, je passerai un mois et demi sur le terrain pour mieux connaître la ville et les gens qui y habitent. Des groupes de discussions seront organisés et constitueront ma cueillette de données principale », explique l’étudiante.

À travers cette recherche, Shanie Leroux tente de trouver des espaces de réflexion et d'action qui sortent du lieu uniquement politique des relations entre les deux groupes. « Parfois lorsque les gens démarrent des initiatives ou s'intéressent à certaines réalités, cela peut avoir des répercussions sur les politiques… », conclue la lauréate.
Adolfo  Agundez Rodriguez - Prix Acfas - 2009
Prix Acfas Fondation Desjardins - Doctorat
Adolfo
Agundez Rodriguez
UdeS - Université de Sherbrooke
Acheter est plus qu’une simple action consistant à payer en échange d’un produit. Acheter c’est émotif, c’est aussi voter, surconsommer et souvent être leurrer dans nos désirs. Comment faire alors de ces consommateurs dès leur plus jeune âge des citoyens conscients des enjeux sociaux et environnemenaux qui sous-tendent l’acquisition d’un bien. C’est la question qui intéresse le lauréat depuis sa maîtrise en enseignement au secondaire, et son projet de thèse de doctorat consiste maintenant en l’élaboration de matériel didactique d’éducation à la consommation éthique pour les élèves du primaire.

Après avoir obtenu un baccalauréat en biologie en Espagne, Adolfo est parti enseigner en Bolivie pendant six ans. Là-bas, il a participé à des programmes d’éducation populaire s’inspirant des travaux du pédagogue brésilien Paulo Freire. Puis, il a commencé des études en pédagogie qu’il poursuit maintenant à l’Université de Sherbrooke. « Les réalités économiques des trois pays où j’ai vécu sont très différentes et cela m’a porté à réfléchir : comment inviter les jeunes à s’attarder aux choix qu’ils font en tant que consommateurs. » explique Adolfo.

Pour lui, l’enseignement de l’éthique liée à la consommation est possible dès le primaire, grâce aux principes de la philosophie pour enfants. Cette dernière, élaborée par le philosophe et pédagogue américain Matthew Lipman, est déterminante dans les recherches du chercheur et elle recoupe certains principes de Freire. En pratiquant cette philosophie, il est possible de développer chez les enfants les habiletés de base de la pensée nécessaire à la compréhension de la portée sociale de leurs choix.

« Ces habiletés reposent sur la métacognition, explique Adolfo. En philosophie pour enfants, l’élève apprendra, entre autres, à formuler des concepts, donner des exemples, classifier, etc. Il apprendra aussi à traduire (improviser, traduire en langage non verbal). Très important aussi, il expérimentera ces habilités à travers des discussions de groupe basées sur l’écoute et le respect des opinions d’autrui. » Transposée à l’enseignement de la consommation éthique, cette démarche favoriserait l’éveil des « dimensions socioaffectives » liées à la consommation.

L’apprentissage se fait en groupe, plus précisément en communauté de recherche. Cela signifie que les élèves déterminent ensemble les questions qui seront traitées, à la suite d’une lecture. C’est à partir d’une histoire à caractère philosophique rédigée spécifiquement pour ce cours que les élèves soumettront leurs questions.

« J’écrirai au moins un manuel scolaire sous la forme d’un court récit philosophique ainsi qu’un guide d’accompagnement. Ce manuel sera axé sur la société de consommation et s’adressera aux enfants de 6-7 ans. Ensuite, je proposerai le matériel à une dizaine d’enseignants pour fins d’expérimentation. Je les rencontrerai en entrevue périodiquement et recueillerai leurs observations» explique Adolfo.

La philosophie pour enfants, très peu utilisée au Québec, serait un excellent moyen de garder les élèves attentifs en classe, selon Adolfo. « À travers cette pratique, ces derniers prennent en main leur apprentissage, car ils sont au centre des échanges, et ils participent à la dynamique des séances. »