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Prix Acfas André-Laurendeau

Claude Panaccio

UQAM - Université du Québec à Montréal

Claude Panaccio - Prix Acfas - 2009
Ce chercheur est un médiéviste qui a longuement fréquenté Guillaume d’Occam reconnu pour son fameux rasoir... mais surtout pour sa pensée scientifique où les mots sont un langage et non des éléments métaphysiques qui existeraient par eux-mêmes hors de nous. Philosophe de ce courant, ce lauréat s’intéresse donc au langage qui construit la connaissance et de ce fait, aux manières de penser et de voir le monde. Il a analysé notre discours moral, nos idéologies et aussi les connaissances que nous pouvons avoir des phénomènes linguistiques et sociaux

Dès 1978, Claude Panaccio offre un regard tout à fait nouveau sur l’oeuvre de Guillaume d’Ockham (1285-1347), l’un des penseurs les plus importants du Moyen Âge et le chef de file de l’école nominaliste. Le nominalisme est une approche philosophique qui s’oppose au réalisme des universaux. Pour les réalistes, la nature humaine, par exemple, existe en soi. Pour les nominalistes, au contraire, les universaux comme l’idée de l’homme ne sont que des noms, des signes dans le langage ou dans la pensée. L’Homme en soi n’existe pas, mais il y a des individus, qui eux sont réels. Depuis sa thèse de doctorat soutenue à l’Université de Montréal, Claude Panaccio a renouvelé en profondeur notre compréhension de ce grand courant médiéval et révélé une philosophie complexe, là où la communauté philosophique mondiale était tentée de voir une simple réduction de la pensée humaine à quelques concepts simples. Il a aussi contribué à l’étude d’autres auteurs médiévaux majeurs tels saint Augustin, saint Anselme, Thomas d’Aquin ou Jean Buridan. Il a écrit, entre autres, la première histoire de la notion de langage mental, de la Grèce antique à la fin du Moyen Âge.

Le discours moral peut-il remplacer les fondations religieuses ou métaphysiques d’une société ? C’est là une autre question à laquelle s’est attardé Claude Panaccio dès les années 1970, faisant œuvre de pionnier de la philosophie analytique au Québec. Ce mouvement accorde une grande importance à la logique et au langage en philosophie. Son objectif principal est d’écarter les « faux problèmes » en débusquant les erreurs de raisonnement et d’assurer une grande rigueur scientifique à la pratique de la philosophie.

L’œuvre de Claude Panaccio dépasse largement un simple travail d’érudition ou d’historien de la philosophie. Sa confrontation entre la philosophie nominaliste médiévale et la philosophie analytique contemporaine a lancé un large débat sur la conception même de l’histoire de la philosophie. Cela a fait de l’œuvre de ce philosophe québécois une référence mondiale, au point où plusieurs médiévistes contemporains parlent maintenant d’une « méthode Panaccio » et considèrent le paradigme de la reconstruction qu’il propose comme le plus puissant d’une nouvelle méthode en histoire de la philosophie

La carrière de Claude Panaccio a aussi été marquée par une présence constante dans la communauté. Codirecteur du collectif « L’idéologie et les stratégies de la raison » en 1984, organisateur de nombreux colloques et congrès, il a aussi été l’un des fondateurs de la Société de Philosophie du Québec. De 1991 à 2003, il a été rédacteur francophone de la revue Dialogue de l’Association canadienne de philosophie et s’est investi dans cette association, aussi bien que dans la Fédération canadienne des études humaines, dans le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

Claude Panaccio a aussi des qualités d’enseignant fort prisées par ses étudiants. Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en Théorie de la connaissance de l’UQÀM depuis 2004, il a notamment accompagné la recherche de plusieurs jeunes doctorants francophones d’ici et d’ailleurs, sans négliger les étudiants qui s’initient à la philosophie. Ses capacités d’écoute, sa volonté de prêter main-forte aux autres penseurs des sciences humaines et sa capacité de se mettre à la disposition des étudiants, malgré un travail de chercheur déjà très accaparant, ont fait de lui l’un des piliers de la vitalité de la philosophie québécoise des dernières décennies.