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Photo Gilles Comeau
Multidisciplinarité

Gilles Comeau

Université d'Ottawa

Le prix Acfas Jacques-Rousseau, pour la multidisciplinarité, est décerné à Gilles Comeau, professeur à l’École de musique de l'Université d’Ottawa.

Lorsque le lauréat s’est intéressé, il y a un peu plus de quinze ans, à l’étude de la pédagogie du piano, celle‑ci s’appuyait encore largement sur la tradition et la pratique des grands maîtres. Jamais encore on ne l’avait approché en ciblant scientifiquement ses fondements méthodologiques. L’existence même d’un laboratoire de recherche dédié à la pédagogie du piano étonnait. Aujourd’hui cet espace dirigé par le chercheur en éducation musicale musicologue rassemble une formidable diversité de chercheuses et de chercheurs, et de disciplines allant de la musique à la kinésiologie, de la médecine au génie informatique, de la biomécanique aux sciences cognitives.

Gilles Comeau est le directeur de ce Laboratoire de recherche en pédagogie du piano qu’il a fondé à l’Université d’Ottawa en 2005. L’objet de ses études, concentrées sur l’apprentissage et l’enseignement du piano, est mis sous la loupe des sciences de la santé, de la biomécanique, du génie et des humanités.

Dans ce lieu sont étudiés la douleur et les blessures relatives à la pratique du piano – comme les traumatismes liés au stress des mouvements répétitifs – et les effets de différents traitements somatiques sur la posture et la tension musculaire. Certains y investiguent l’effet de la méditation sur l’anxiété de la performance pendant que d’autres explorent le transfert d’habiletés motrices du musicien-ne à celle du chirurgien-ne en médecine. En rapprochant les voies ethnographiques et botaniques qui furent les siennes, Jacques Rousseau (1905-1970) aurait-il pu imaginer que son interdisciplinarité fondatrice irait un jour jusque-là ?

Gilles Comeau accomplit un véritable travail de pionnier, ne serait-ce que par les approches préconisées. On pense entre autres à l’imagerie thermographique pour suivre l’évolution de la température des muscles lors d’une séance de travail, à la visualisation tridimensionnelle pour l’étude de la posture, aux électrodes et senseurs pour comprendre la progression des tensions musculaires et l’effet de l’échauffement, ainsi qu’à la captation des mouvements oculaires pour interpréter les processus impliqués dans la lecture musicale. Son analyse des mouvements oculaires lors du décodage musical lui a mérité en 2015 le prix de l’article de l’année du Music Teachers National Association e-Journal.

Le professeur Comeau fut le premier chercheur en musique et, à l’époque, l’un des rares scientifiques issus du domaine des sciences humaines, à obtenir une subvention de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI). Il n’était pas du tout évident de convaincre cet organisme qu’une équipe de musicien-nes, de psychologues et d’ingénieur-e-s, qui au surplus se penchait sur les mystères de la pédagogie du piano, puisse prétendre ajouter des connaissances à un art basé depuis toujours sur les préceptes de grands maîtres.

Et ce n’est pas tout. À moins de faire partie de ses rangs, rares sont ceux qui savent qu’un musicien-ne professionnel-le sur deux à travers le monde souffre de douleurs liées à la pratique de son instrument. De même, on rapporte que deux musicien-e-s d’orchestre sur trois ressentent de l’anxiété de performance. Cette situation extrêmement sérieuse a mené, en 2019, à l’ouverture d’un Centre pour le bien-être des musiciens dont Gilles Comeau assume également la direction.

Son leadership a aussi mené à la création du Réseau national pour la santé et le bien-être des musiciens, répondant ainsi aux appels des praticien-e-s pour une meilleure prévention. Ce réseau ne cesse de croître et comprend aujourd’hui des expert-e-s de 11 universités canadiennes (des universités de Montréal, du Québec à Montréal, de Sherbrooke, McGill, Carleton, de Terre-Neuve, de Lethbridge, du Manitoba, de l’Alberta, de la Colombie-Britannique et d’Ottawa); d’organisations et d’institutions musicales (Orchestre national des jeunes du Canada, Conservatoire de musique de Gatineau); et des professionnel-le-s d’établissements de santé ainsi que des associations de praticien-e-s de la santé. Le réseau a pour mission de bâtir des ponts entre ces différents acteurs provenant de toutes les régions du Canada et de promouvoir le partage des connaissances.

Mieux encore, bien conscient d’être dans un domaine de recherche en pleine émergence, le professeur Comeau s’est assuré que les nouveaux outils qu’il a créés soient disponibles en français. On pense entre autres au tout premier outil de mesure pour évaluer les indices de la motivation chez les élèves en piano, développé avec une collègue en psychologie (Enquête sur l’intérêt musical - Une échelle pour mesurer la motivation des élèves en musique) et au test de lecture musicale développé avec ses étudiants (Échelle de mesure de la lecture musicale).

Avec cette pédagogie du piano que Gilles Comeau a révolutionnée, il est permis aujourd’hui de l’envisager comme un véritable champ de recherche établi sur des bases empiriques solides, susceptibles de départager le vrai du faux. En explorant le jeu pianistique à partir d’une perspective si originale et multidisciplinaire, le professeur Comeau gagne finalement la reconnaissance de ses pairs et du grand public. Le documentaire télévisé La leçon de piano, qui présentait en 2008 l’ensemble des recherches du Laboratoire, a retenu l’attention de près de 800 000 téléspectateurs, un record pour l’émission Découverte de Radio-Canada.