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Photo Emile Levy
Coopération scientifique avec la France

Emile Levy

Université de Montréal

Le prix Acfas Adrien-Pouliot 2021, pour la coopération scientifique avec la France, est remis à Emile Levy, Professeur aux départements de Nutrition, Pédiatrie et Pharmacologie/physiologie, de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et du CHU Sainte-Justine.

Le lauréat a été un exemple remarquable de détermination et d’actions concrètes pour faire avancer les connaissances du tractus gastro-intestinal, mieux déchiffrer ses interactions avec l’alimentation, et dévoiler sa relation étroite avec le système cardiovasculaire. Ses travaux ont mis en évidence le caractère double du système digestif, d’un côté produisant la malabsorption et la malnutrition causés par des défauts génétiques, et de l'autre s’activant à promouvoir les maladies cardiovasculaires à la suite d’une nutrition pernicieuse. Loin de se fier juste à ses expertises scientifiques et cliniques, et dans une vision d’accélérer le savoir pour le bénéfice des mères et des enfants, le lauréat a infatigablement œuvré pour maintenir les collaborations et les coopérations aussi bien au niveau national qu’international. Ses activités assidues et participatives avec la France illustrent cette inclinaison : collaborations avec l’Académie de Médecine Nationale de France, création de regroupement d’équipes françaises et québécoises s’intéressant aux pathologies de digestion/absorption présentes à la naissance, et mise en place d’un réseau international de centres hospitaliers universitaires francophones centrés sur la santé des mères et des enfants.

L’histoire de recherche d'Emile Levy commence en Israël, à l’Université hébraïque de Jérusalem où, après avoir terminé sa formation clinique et scientifique, il obtient en 1985 l’exceptionnelle et prestigieuse bourse Rothschild qui lui permettra d’effectuer des études postdoctorales à Montréal auprès de Claude Roy, pionnier de la gastro-entérologie pédiatrique.

Rapidement ancré en sol québécois, le jeune chercheur se met au travail en s’attaquant à des maladies héréditaires pédiatriques, caractérisées par un tableau clinique sévère de malabsorption des lipides, la malnutrition, le retard de croissance, les carences en vitamines, les problèmes neurologiques et autres complications. La stratégie de se concentrer sur ces ‘’expériences de la nature’’ ou défauts congénitaux a permis non seulement d’identifier et définir les gènes défectueux, mais aussi de comprendre l’histoire des maladies relatives aux différentes malabsorptions, et de proposer des outils diagnostiques et des avenues thérapeutiques. Si Claude Roy a été déterminant et inspirant pour la réussite de ces recherches fondamentales et cliniques, un autre ralliement avec une équipe prodigieuse du CHU de Sherbrooke, particulièrement Daniel Ménard et Jean-François Beaulieu, a été essentiel pour percer l’énigme relié aux mécanismes de développement fonctionnel du tractus gastro-intestinal. C’est dans ce contexte effervescent que les autorités du CHU Sainte-Justine, de la Faculté de médecine et du Département de nutrition lui proposent de faire carrière à l’Université de Montréal.

Par ses approches de modélisation expérimentale, Emile Levy a établi des ponts entre la nutrition, les processus gastro-intestinaux et les maladies cardio-métaboliques. En fait, plusieurs de ses nombreuses études soulignent la connexion entre l’appareil digestif/absorptif, le système cardiovasculaire et l’alimentation. D’autres validations de concept s’appuieront sur le développement de méthodes, de techniques et de plateformes sophistiquées. Convaincu de l’importance des aliments fonctionnels pour la santé, et la prévention des maladies complexes gastro-intestinales et cardio-métaboliques, il se rapproche de ses collègues de l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF), en devient membre et milite afin d’appuyer son essor, avant de devenir le chef de l’axe Alimentation et Santé. C’est le début d’une longue et passionnante aventure’ qui permettra d’assembler différentes expertises (André Marette, Denis Roy et Yves Desjardins) pour explorer le rôle des aliments fonctionnels sur les maladies inflammatoires de l’intestin, les désordres chroniques métaboliques, et l’athérosclérose. C'est avec cette même équipe de l’INAF et de l’Université Laval, impliquant des collaborations françaises et belges, que prendront forme les études sur le fabuleux écosystème de milliards de bactéries, hébergé dans l’intestin et appelé microbiote intestinal. Grâce à cette approche, la lumière sera mise sur la place du tractus gastro-intestinal dans l’émergence ou la maîtrise des maladies nutritionnelles comme l’obésité, le syndrome métabolique, les désordres des lipides (dyslipidémies) et l’athérosclérose menant à l’infarctus du myocarde. Ces mêmes investigateurs avec des collaborateurs additionnels ont pu exploiter les aliments fonctionnels pour écarter les déséquilibres du microbiote intestinal et faire régresser les maladies nutritionnelles. Ces travaux sont poursuivis aujourd'hui par les équipes de recherche des professeur-e-s Martine Laville et Hubert Vidal de Lyon (territoires d’Auvergne-Rhône-Alpes); les équipes d'André Marette, de Denis Roy et d'Yves Desjardins de Québec; l’équipe de Patrice Cani de Bruxelles; et l’équipe d'Emile Levy à Montréal. Celui-ci se rappelle que les idées ont germé d’une simple réunion aux Entretiens Jacques-Cartier à l’Université Claude Bernard Lyon 1, et de là se sont raffermi les liens menant à une productive confrontation des enjeux significatifs relatifs à l’obésité et autres maladies métaboliques, permettant d'étendre et d'intensifier les activités de coopération dans des domaines d'intérêt commun et d'encourager rapidement l'application des résultats.

Dans cette veine, au tournant des années 2000, de concert avec les médecins-chercheurs, Jean Davignon et Paul Lupien, ainsi que d’autres collègues québécois, le Pr Levy avait contribué à la création du Club de lipidologie québécois. C’était le premier forum où les cliniciens et les cliniciennes, et les chercheurs et les chercheuses du Québec pouvaient échanger en français sur la physiologie et le métabolisme des lipides, les dyslipidémies et les maladies cardiovasculaires. Cette plateforme a été aussi unique en son genre pour les interactions avec les collègues français de grand renom souvent invités à ces assises. C’est dans cette foulée que Emile Levy, en collaboration avec le professeur Peretti de Lyon, a mis en place un regroupement traitant des pathologies de la malabsorption intestinale congénitale. Ce regroupement, composé d’équipes française et québécoise, s’intéressa notamment aux mutations naturelles rares induisant une déficience de l’absorption des lipides, accompagnée d’un phénotype d’hypocholestérolémie.

C’est à partir de 1999 que s’est manifestée chez le lauréat et ses collaborateurs du CHU Sainte-Justine la volonté de partage des connaissances avec la francophonie. Ils ont œuvré étroitement avec les équipes françaises et belges pour que naisse le Réseau international des Centres hospitaliers universitaires francophones pour l’innovation et le transfert des connaissances en santé des mères et des enfants. En 2002, le Réseau comptait 16 établissements de divers pays francophones s’efforçant de maintenir effective une communauté de pratique et de partage d’expertises.

Au CHU-Sainte-Justine, pour lequel Emile Levy éprouve un profond attachement et un engouement pour les mères et les enfants, et il jouera plusieurs rôles. Il sera directeur de l’Unité de lipidologie, métabolisme et nutrition, membre et directeur scientifique du Service de gastro-entérologie /hépatologie /nutrition, puis chef de l’Axe santé métabolique. Mais ce sera surtout durant son mandat (1996-2006) de directeur du Centre de recherche et à la table de la Direction générale du CHU Sainte-Justine qu’il exercera une influence capitale, non seulement pour placer la recherche au cœur des réalités institutionnelles, mais également pour contribuer à l’essor de l’institution dans le but de mieux défendre la cause des mères et des enfants. Grâce à son leadership teinté de créativité, de courage et de vision, il a triplé la masse critique des chercheurs, augmenté les espaces de recherche, intensifié l’acquisition des équipements, formé les axes de recherche pour stimuler la multidisciplinarité et initié le partenariat à l’international.

En conclusion, il faut mentionner que convaincu que la continuité est au cœur de la société de demain il a toujours veillé, de façon proactive, à la préparation de la relève en identifiant et en perfectionnant les talents. Il a formé de très nombreuses personnes à la maîtrise, au doctorat et au posdoctorat, encadré des chercheur-se-s clinicien-nes, accueilli des dizaines de stagiaires et accompagné comme mentor beaucoup de jeunes chercheurs. Il est aussi important de souligner son engagement édifiant, son dynamisme en faveur de la promotion de la recherche tant dans le milieu francophone qu’à l’échelle nationale et internationale.