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Roger Lecomte
Prix Acfas Jacques-Rousseau

Roger Lecomte

Université de Sherbrooke

Le prix Acfas Jacques-Rousseau 2019, pour la multidisciplinarité, est remis à Roger Lecomte, professeur au Département de médecine nucléaire et de radiobiologie de l’Université de Sherbrooke.

« C’est le jour et la nuit! » Qui n’a pas un jour utilisé cette expression pour signifier la transformation considérable observée lorsque l’on passe d’un paradigme scientifique à un autre? Notre lauréat a souvent dû y recourir, car en bio-imagerie, son domaine d’élection, le saut qualitatif est survenu à la fin des années 1980 lorsque la physique a rencontré l’imagerie : enfin, on pouvait « voir » à l’intérieur des organismes avec une meilleure précision... Seul de sa promotion à détenir une spécialité en biophysique, et après un détour en physique nucléaire, le chercheur est arrivé à dénouer plusieurs des verrous technologiques qui paralysaient l’évolution de la bio-imagerie médicale. Résolument multidisciplinaire, il a réussi à rallier la radiochimie, le génie électrique, la physique, l’informatique, ainsi que la biologie par l’intermédiaire de la pharmacocinétique des radiotraceurs appliquée à la cardiologie, au métabolisme et aux neurosciences.

C’est au cours de sa maîtrise en physique appliquée au Laboratoire de physique nucléaire de l’Université de Montréal que Roger Lecomte goûte à d’importantes prémisses de la recherche biomédicale, notamment celles concernant l’utilisation des radiations pour l’étude de certains processus biologiques. Il développe durant cette période une approche originale exploitant les méthodes nucléaires pour l'analyse d'éléments à l’état de traces dans les échantillons biologiques. Au terme d’un doctorat en physique nucléaire expérimentale en 1981, c’est dans le domaine de la médecine nucléaire qu’il décide de s’orienter pour faire carrière.  Embauché la même année par l’Université de Sherbrooke, où existe déjà une équipe de recherche multidisciplinaire reconnue en médecine nucléaire et formée sous l’impulsion du Dr Étienne LeBel, il poursuit alors l’idée d'exploiter les plus récentes percées technologiques en détection des radiations, et ce, pour construire des appareils d'imagerie médicale plus performants et de plus haute précision.

Devenu en 1984 professeur-chercheur à la Faculté de médecine de son université, le chercheur s’illustre d’abord par l’introduction de technologies de détection à base de semi-conducteurs en tomographie d’émission par positrons (TEP).  La TEP est une méthode d'imagerie médicale qui mesure en trois dimensions l'activité métabolique d’organes in vivo, mais dont la résolution est limitée. Le Sherbrookois d’adoption apportera à ce domaine une contribution décisive en s’associant avec l’inventeur des photodiodes à avalanche, le Dr Robert J. McIntyre, travaillant au sein de la compagnie RCA inc. à Ste-Anne-de-Bellevue. Ensemble, ils développeront le premier scanner TEP au monde basé sur semi-conducteurs, le TEP-Sherbrooke, qui entrera en fonctionnement en 1994.  Dénouant plusieurs impasses technologiques alors considérées comme quasi insurmontables par la communauté scientifique et industrielle, le nouvel appareil dédié aux études sur de petits animaux ouvre alors toute une spécialité encore peu exploitée en recherche biomédicale : l’imagerie préclinique in vivo.

Désireux de démontrer la faisabilité et les avantages de l’appareil, le chercheur, tout biophysicien soit-il, s’entoure, ici de radiochimistes et d’ingénieurs électriques, là de neuroscientifiques ou d’experts en physiologie et métabolisme. Ce faisant, il établit l'un des premiers programmes d'imagerie TEP préclinique au monde. Émergeront dorénavant de Sherbrooke tout un éventail d’études originales en imagerie TEP in vivo chez les rongeurs, qui feront la renommée de l’institution.  

L’élan est bel et bien donné. Et telle une vague déferlante, ces innovations majeures conduiront tout naturellement à l'installation d'un cyclotron à l’université et à l’établissement du Centre d’imagerie moléculaire de Sherbrooke.

Le chercheur estrien – devenu inventeur et chef scientifique du nouveau centre – ne s’arrête pas là. Parallèlement à ces recherches concernant l’imagerie préclinique – et au développement de prototypes –, il devient aussi entrepreneur : avec l’aide d’ex-étudiants, il décide de commercialiser sa technologie sous la marque de commerce LabPETTM pour en faire bénéficier la communauté scientifique.  Ainsi, il a d’abord lancé une entreprise qui a contribué à la distribution de scanners précliniques à travers le monde via la multinationale GE Healthcare durant les années 2000. Puis, une seconde entreprise émergente a récemment vu le jour avec l’objectif de commercialiser des scanners à base de photodiodes pour l’imagerie TEP du cerveau humain à un niveau de résolution jamais atteint auparavant, un outil de recherche devenu essentiel dans le contexte actuel pour mieux comprendre l’origine des maladies neurodégénératives telles que l’Alzheimer ou le Parkinson. 

Comme mesure de la révolution technologique engendrée par des réalisations du Dr Lecomte, mentionnons que la quasi-totalité des scanners TEP commercialisés aujourd’hui, que ce soit pour la recherche préclinique ou pour les études cliniques, sont basés sur des technologies de détection à base de semi-conducteurs. De plus, plusieurs des méthodes d’imagerie TEP mises au point par son équipe font aujourd’hui partie de l’arsenal des protocoles d’investigation utilisés en recherche biomédicale.  

À ce jour, le lauréat a obtenu 19 brevets portant sur la TEP et sur des développements connexes. Et la multidisciplinarité, qui lui fut dès le début de ses études si chère, est toujours au cœur de son action, comme en fait foi le nombre de ses publications avec auteurs/coauteurs de différentes disciplines, notamment des chercheurs cliniciens (31), des physiciens (84), des chimistes (20), des biologistes (42), des ingénieurs (48) et des mathématiciens-informaticiens (8).