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18 - L’engagement du chercheur dans la diffusion de la culture scientifique

Le lundi 27 mai 2019

Le contexte actuel des désordres informationnels croissants (infox, désinformation, stratégie du complot) nécessite que les établissements universitaires comme les organismes de recherche engagent leur responsabilité sociétale à travers, notamment, des dispositifs de dialogue science-société. Certains en ont pleinement conscience et soutiennent la vulgarisation scientifique, alors que d’autres sont plus réservés sur certaines de ces initiatives. Pourtant, nous postulons que la transmission à la fois des résultats de recherche et de la démarche scientifique auprès d’un public qui n’est pas celui des pairs permet de donner des clefs de compréhension du monde, de sa complexité et des enjeux sociétaux.

Dans ce cadre, notre colloque a pour objectif de montrer en quoi l’engagement du chercheur dans la diffusion de la culture scientifique permet d’amorcer ce dialogue et d’y prendre part.

Nous aborderons notamment les questionnements suivants : quelle est la responsabilité du chercheur dans la transmission à la fois des résultats de sa recherche et de sa démarche scientifique auprès d’un public qui n’est pas celui de ses pairs (engagement citoyen, restitution des résultats de recherche financés par de l’argent public, lanceur d’alerte, etc.)? Comment le chercheur, également citoyen, peut-il concilier ces deux facettes (que dire comme chercheur et que faire comme citoyen)? Comment articuler le savoir du chercheur et l’expertise des professionnels de la médiation scientifique (le chercheur peut-il/doit-il être un médiateur ou bien peut-il/doit-il confier cette communication aux médiateurs)? Le chercheur et/ou l’institution sont-ils en mesure de parler publiquement de leurs recherches (confidentialité, brevets, lobbying, etc.)?

Ainsi, ce colloque entend réunir des chercheurs investis dans cet engagement et des professionnels de la médiation des sciences pour faire dialoguer les points de vue et les enjeux inhérents à ces questionnements.

Le format proposé est celui d’une demi-journée de colloque, avec une table ronde réunissant chercheurs et praticiens de la communication scientifique, et encadrée par une conférence introductive et une conférence conclusive.

Cette rencontre scientifique s’inscrit dans le cadre des rendez-vous Science & You de l’Université de Lorraine (France).

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Colloque
Enjeux de la recherche
Responsables
Violaine Appel
Université de Lorraine
Nicolas Beck
UL - Université de Lorraine
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Avant-midi
09 h 00 à 09 h 30
Communications orales
Conférence introductive – Le médiateur, conseiller d’un chercheur qui (s’)apprend!
Discutant : Lionel Maillot (Université de Bourgogne - France)
Batiment : UQO L.-Brault
Local : B1002
09 h 00
Conférence introductive : Ce que disent les enquêtes sur l’engagement des chercheurs
Lionel Maillot (Université de Bourgogne - France)

La participation des chercheurs à des actions de vulgarisation scientifique préoccupe les institutions scientifiques soucieuses de remplir leur mission de connexion auprès de la société ou de promouvoir les sciences et leurs filières. Dans plusieurs pays, des enquêtes ont été menées pour connaître les freins et leviers qui influenceraient l’engagement des chercheurs dans des actions de culture scientifique.

À la suite d’une méta-analyse d’une vingtaine d’études et enquêtes publiées dans huit pays depuis les années 1970 (sur cet engagement des chercheurs), j’évoquerai les tendances remarquées mais également les limites d’études de type « enquête d’opinion ». L’approche généraliste induit une vision trop peu différenciée des actions de vulgarisation, qui repousse la recherche de facteurs impliquant dans la communauté des scientifiques. L’attention est portée sur des facteurs tels que la reconnaissance ou des leviers institutionnels, au détriment d’une analyse de ce qui se joue selon les actions choisies par les chercheurs (comme le plaisir ou la satisfaction qui sont frileusement évoqués à la marge).

Enfin, en m’appuyant sur une étude menée sur 233 doctorants de l’Université de Bourgogne, je montrerai comment des médiateurs scientifiques peuvent s’approprier ce type d’enquêtes.

Résumé
09 h 30 à 12 h 00
Communications orales
Table ronde – L’engagement du chercheur dans la diffusion de la culture scientifique
Présidence/Animation : Julie ADAM (UL - Université de Lorraine)
Discutant : Normand Mousseau (UdeM - Université de Montréal), Alain Lavigne (Université Laval), Nicolas Beck (UL - Université de Lorraine), Lionel Maillot (Université de Bourgogne - France), Sophie Malavoy (UQAM - Université du Québec à Montréal), Violaine Appel (Université de Lorraine), Dominique Brossard (University of Wisconsin–Madison)
Batiment : UQO L.-Brault
Local : B1002
09 h 30
Table ronde : L'engagement du chercheur dans la diffusion de la culture scientifique
Violaine Appel (Université de Lorraine)

Dans le cadre du dialogue science-société et en référence à sa responsabilité sociétale, l’Université de Lorraine a choisi de soutenir pleinement la vulgarisation scientifique en postulant que donner à la parole scientifique (tant des résultats que de la démarche) toute sa place dans le débat public (auprès d’un public qui n’est pas celui des pairs) porte par là même un des enjeux sociétaux du lien entre l’Université et l’environnement dans lequel elle s’inscrit et évolue.

Cet engagement s’incarne dans des choix politiques consistant à concevoir, mettre en œuvre et questionner une politique d’accompagnement de l’engagement des chercheurs dans la promotion de la recherche en cohérence avec le projet d’établissement et plus particulièrement avec les stratégies recherche, doctorat, valorisation et CSTI. Elle revêt deux dimensions : une stratégie éditoriale et une stratégie de médiation scientifique sur le territoire.

Notre intervention vise à partager l’expérience de l’Université de Lorraine dans son engagement dans un dispositif éditorial de promotion de la recherche.

Résumé
09 h 45
Table ronde : L'engagement du chercheur dans la diffusion de la culture scientifique
Nicolas Beck (UL - Université de Lorraine)

Former les doctorants et chercheurs à la médiation scientifique et les encourager à la pratique fait pleinement partie des missions des universités. En France, l'Université de Lorraine effectue un travail en amont, à la rencontre des scientifiques, pour que chacun s'implique dans des activités de partage et de rencontre avec le grand public ou les scolaires. A titre d'exemple, nous évoquerons les dispositifs de formation et les outils utilisés pour que cette médiation se déroule dans les meilleures conditions.

En quoi la démarche de développement des actions en territoires, dans le domaine de la CSTI, bénéficie-t-elle aussi aux chercheurs ? Avec quels outils sont-ils le plus à l'aise ? De la bande dessinée à la conception d'exposition, en passant par les plus traditionnelles conférences, nous ferons un tour d'horizon de quelques pratiques innovantes en médiation, au plus proche des publics et des scientifiques.

Résumé
10 h 00
Table-ronde : L'engagement du chercheur dans la diffusion de la culture scientifique
Sophie Malavoy (UQAM - Université du Québec à Montréal)

S’il est essentiel, l’engagement du chercheur n’est pas sans difficulté ni sans risques. Faut-il pour autant laisser la place aux seuls médiateurs scientifiques pour diffuser les résultats des recherches et contrer les diffuseurs de fausses informations ? Sûrement pas, mais comment le faire adéquatement ? Quelles sont les exigences d’un engagement réussi ? Au-delà de la nécessité de prendre le temps, d’avoir des habiletés de vulgarisateur et de maîtriser les règles du jeu des médias -quels qu’ils soient-, ne faut-il pas aussi que les chercheurs développent leur capacité de dialoguer avec la population. Que cela signifie-t-il en terme d’attitude vis-à-vis le grand public ? Quels sont les dangers de trop hiérarchiser les savoirs ? Les chercheurs doivent aussi réaliser qu’en s’engageant, ils présentent non seulement leurs travaux, mais aussi leurs valeurs, ne serait-ce que celles de la science.  Comment départager le chercheur du citoyen? Sur le plan des difficultés, comment faire comprendre que la science est basée sur le doute et que c’est là sa force ? Quant aux risques, comment faire accepter par la communauté scientifique que l’engagement ne revient pas à dénaturer la science ni à perdre sa crédibilité ? En conclusion, que faudrait-il faire pour que plus de chercheurs s’engagent, qu’ils le fassent mieux et sans en subir les conséquences ?

Résumé
10 h 15
Table ronde : L'engagement du chercheur dans la diffusion de la culture scientifique
Normand Mousseau (UdeM - Université de Montréal)

L'engagement de Normand Mousseau comme scientifique est multiple. S'intéressant à la vulgarisation scientifique de manière large, de 2011 à 2017, il a produit et animé l’émission de vulgarisation scientifique hebdomadaire «La Grande Équation» diffusée sur les ondes de Radio VM ainsi que sur iTunes. Il a aussi écrit plusieurs ouvrages grand public afin de clarifier les enjeux énergétiques et climatiques de l'heure dont « Au bout  du pétrole, tout ce que vous devez  savoir sur la crise énergétique» (2008), « La révolution des gaz de schiste » (2010) et son plus récent livre, « Gagner la guerre du climat. Douze mythes à déboulonner » est sorti en 2017 aux Éditions du Boréal. En 2017-2018, il a mené le projet Le climat, l'État et nous, visant à proposer une gouvernance environnementale pour le Québec, en collaboration avec 22 universitaires québécois, qui fut présenté dans un forum regroupant des représentants de la société civile. Toujours sur la question climatique, il est également membre du comité scientifique du Pacte et a participé à la rédaction de celui-ci. Toujours préoccupé de communiquer la science, il a aussi publié un livre sur le diabète de type 2 et intervient régulièrement dans les médias dans les débats scientifiques.

Résumé
10 h 30
Table ronde : L'engagement du chercheur dans la diffusion de la culture scientifique
Lionel Maillot (Université de Bourgogne - France)

Dès lors que l’on parle de vulgarisation ou de diffusion de la culture scientifique, le scientifique est prétendu détenteur du savoir et le médiateur serait le « troisième homme » qui reformulerait ou faciliterait la compréhension du message-savoir par le public profane.
Or, depuis quelques années, la communication est considérée comme une compétence à acquérir par les jeunes chercheurs. La jeunesse des doctorants, l’expérience nouvelle en vulgarisation, la diversification des dispositifs peuvent conduire à une réinterrogation des postures de scientifique « savant », de médiateur « passeur » et public « profane ». Ainsi, des expériences récentes de vulgarisation scientifique placent le médiateur dans un rôle de conseiller, voire de formateur du chercheur.

M’appuyant sur l’expérience de l’Experimentarium (développé en France et actuellement à l’Université du Québec à Trois Rivières), je présenterai différents résultats d’enquêtes menées sur ces jeunes chercheurs. Ces enquêtes décrivent le rôle des médiateurs, non-seulement pour améliorer les dispositifs de communication, mais également pour aider des jeunes chercheurs qui sont fréquemment en situation de doute personnel et de flou socioprofessionnel. Elles dévoilent des effets inattendus de la communication sur les chercheurs eux-mêmes et nous amènent à toujours nous réinterroger sur le sens de la vulgarisation scientifique.

Résumé
10 h 40
Table ronde : L'engagement du chercheur dans la diffusion de la culture scientifique
Dominique Brossard (University of Wisconsin–Madison)
10 h 55
Table ronde : L'engagement du chercheur dans la diffusion de la culture scientifique
Alain Lavigne (Université Laval)
11 h 10
Pause
11 h 30
Période de questions
12 h 00 à 12 h 30
Communications orales
Conférence conclusive – La mise en valeur du patrimoine politique : l’expérience singulière d’un chercheur
Discutant : Alain Lavigne (Université Laval)
Batiment : UQO L.-Brault
Local : B1002
12 h 00
Conférence conclusive : La mise en valeur du patrimoine politique : l’expérience singulière d’un chercheur
Alain Lavigne (Université Laval)

Notre communication vise à partager une expérience singulière de chercheur et de citoyen dans la mise en valeur du patrimoine politique québécois au cours des 10 dernières années. La recherche non financée prend sa source dans une collection personnelle d’artéfacts de communication électorale, laquelle a permis de documenter l’histoire du marketing politique au Québec.

Dans un premier temps, nous avons choisi de partager nos résultats sous la forme d’expositions et de conférences « grand public », en plus de trois essais qui ont eu un large écho dans les médias. A ensuite suivi la diffusion des résultats dans les colloques et les publications scientifiques, tant en communication, science politique et histoire.

Parallèlement, cette expérience nous a amené à nous engager à titre d’administrateur dans la Société du patrimoine politique du Québec. Elle nous a aussi convaincu de l’importance de céder nos artéfacts aux Archives de l’Assemblée nationale afin que l’institution puisse en assurer la meilleure conservation possible, tout en les rendant accessibles à l’ensemble de la communauté : chercheurs, enseignants, professionnels de la communication et internautes.

Résumé