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628 - Les tensions entre la rigueur et la pertinence en gestion de projet sous la loupe des fondements de la recherche

Le jeudi 30 mai 2019

Kozak-Holland (2011) situe la naissance de la gestion de projet à plusieurs milliers d’années, mais ce n’est qu’à partir de la moitié du siècle dernier qu’elle s’est institutionnalisée en pratique professionnelle. Dès son émergence, elle avait besoin de se nourrir de nouvelles connaissances et de nouvelles approches (Morris, 2013). Autrement dit, elle réclamait deux choses: i) la production de connaissances pertinentes, et ii) leur application concrète, notamment la mise au point d’outils et de techniques sophistiqués de gestion tels que PERT et CPM. 

Ce n’est que bien plus tard que sera mise en chantier l’entreprise de produire des connaissances rigoureuses sur les projets et leur gestion (Turner et al., 2011). Le nombre de publications reposant sur un devis méthodologique scientifique — LA voie par excellence de la rigueur — explose (Turner, 2010).  Dans la foulée de ce rigorisme paraîtront les premiers ouvrages de théories (Turner et al., 2010) et de méthodologies de la recherche (Drouin et al., 2013). Cette fois, la rigueur scientifique prend le pas sur la pertinence pratique en gestion de projet. Néanmoins, si certains mettent l’accent sur l’importance de la pertinence (Hällgren et al., 2012), d’autres militent en faveur de celle-ci en prenant comme prismes conceptuels et analytiques les concepts aristotéliciens de praxis (Lalonde et al., 2010) et de phronesis (Bredillet et al., 2015). 

De toute évidence, le balancier est passé historiquement de l’orthodoxie de la pertinence à celle de la rigueur. D’ailleurs, les résultats d’une recension des écrits que nous avons récemment effectuée dans le Project Management Journal et l’International Journal of Project Management rendent bien compte de cette opposition.

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Colloque
Section 600 - Colloques multisectoriels
Responsables
UQO - Université du Québec en Outaouais
Université d’Ottawa
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Avant-midi
09 h 30 à 10 h 00
Panel
Les tensions entre la rigueur et la pertinence en gestion de projet sous la loupe des fondements de la recherche
Présidence/Animation : Jacques-Bernard Gauthier (UQO - Université du Québec en Outaouais)
Participants : Lavagnon IKA (Université d’Ottawa)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0217
09 h 30
Mot de bienvenue
10 h 00 à 12 h 00
Communications orales
Convergences et divergences entre théorie et pratique en gestion de projet
Présidence/Animation : Mario Bourgault (Polytechnique Montréal)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0217
10 h 00
De la dialectique à la dialogique entre théorie et pratique : en marche vers le prémoderisme !
Christophe Bredillet (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

Cette présentation s’inscrit dans la conversation au sujet des tensions entre rigueur et pertinence de la recherche, ici dans le domaine de la gestion de projet. De nombreux articles dans de nombreuses revues scientifiques débattent des tensions entre théorie et pratique, et des moyens soit de trouver une forme (illusoire !) de convergence (approche dialectique), soit de concilier et vivre avec les tensions en les deux (approche dialogique). Nous nous concentrons ici, du point de vue des praticiens de la recherche, sur les écarts théorie-pratique dans les études d’organisations temporaires et des contextes pluralistes tels que l’organisation de projets. Le débat en cours est introduit ; ensuite, les caractéristiques des deux principales traditions philosophiques (à savoir le modernisme et le postmodernisme) sont résumées de manière critique. Puis les propositions de reconnexion de la théorie et de la pratique selon la philosophie éthique et pratique prémoderne aristotélicienne sont discutées. Quelques implications clés dans les domaines suivants sont explicitées : rôles joués par les praticiens et les universitaires ; style de raisonnement praxéologique émancipateur ; comblement du "fossé phonétique"; et enfin, développement de «bonnes pratiques», d'éthique et de vision politique.

Cette présentation s'appuie sur le papier suivant : Bredillet, C. et al. (2015). Reconnecting Theory and Practice in Pluralistic Contexts: Issues and Aristotelian Considerations. PMJ, 46(2), 6-20.

Résumé
10 h 30
Les tensions entre la rigueur et la pertinence en gestion de projet sous la loupe des fondements de la recherche
Dominique Balthazar (UQO - Université du Québec en Outaouais)

Ontologie

C’est la forme couplée à la nature de la réalité et de ce qui peut être connu de cette dernière (Laverty,2003).

Épistémologie

L’acquisition de la connaissance via la sélection.  Deux branches existent : des mécanismes cognitifs  et  des théories scientifiques (Gontier,2010).

Théorie en gestion

Une organisation est constituée d’individus qui fragmentent une tâche et coordonnent le travail. Deux approches possibles: universelle et comparative (Dale, 1959).

Méthodologie

C’est comment un enquêteur révèle la connaissance. L’interprétativisme fut très utilisé mais a soulevé des questions par rapport à la fiabilité , la validité et la qualité (rigueur) (Laverty, 2003).

Axiologie

Primauté aux valeurs et jugements. Mentionnons deux types d’éthique (théologique et déontologique) et ces 4 manquements (individus, compagnies, industrie et société) (Jennings, 2010).  La loi de la nature impérative pour le leadership éthique (Lawson, 2008).

Rhétorique

C’est persuader. Maintenant, le marketing contemporain use de supports visuels. Deux axes sont connues la Georgienne et l’Aristotle.  (Brown, 2018).

Dans la réflexivité

La réalité sociale est en construction au lieu d’être découverte. Nommons-en quatre: (multiperpectives, multi-voix, positionnement, déstabilisant) (Alvesson,2008).

Résumé
11 h 00
Conceptualisation et langage soutenu comme moyens d’améliorer les publications sur la gestion de projet – contribution de la théorie du comportement décisionnel
Jean-Bosco Ntakirutimana (UQO - Université du Québec en Outaouais)

Ce texte est une communication qui s’inscrit dans le cadre d’amélioration de la littérature sur la gestion de projet et porte sur le potentiel de la théorie du comportement décisionnel (Kahneman, 2011) à contribuer à cette amélioration. En lien avec cette théorie, un accent est mis sur l’importance de la conceptualisation et de l’utilisation du registre de langue soutenu dans les publications.  La littérature sur la gestion des organisations décrit plusieurs erreurs cognitives à l’origine d’échec des projets (Finkelstein, 2004) mais son contenu reflète une insuffisance de conceptualisation et d’utilisation du langage soutenu. Cette lacune devrait être comblée et on peut y parvenir en intégrant dans cette littérature certains concepts comme biais du champion, biais d’expérience, biais de confirmation, biais d’optimisme, erreur de cadrage et surenchère irrationnelle (Sibony, 2014).

Résumé
11 h 30
Le nouveau pragmatisme peut-il aider à réconcilier rigueur et pertinence en gestion des projets de renforcement des capacités?
Pascal Kacou (Université d’Ottawa)

La mise en œuvre des Objectifs de développement durable (ODD) a mis en évidence la pertinence croissante du renforcement des capacités (RC), réputé condition sine qua nonde réussite et pierre angulaire des politiques d’aide au développement (Analoui & Danquah, 2017). Cependant, les cadres normatifs et opérationnels du RC renferment plusieurs écueils. La performance des projets de RC déçoit mais ils font l’objet de peu de recherche. En pratique, le pendule semble pencher en faveur de la pertinence alors qu’en recherche, il faut plus de rigueur (Ika & Donnelly, 2017). D’où le besoin de réconcilier pertinence et rigueur en gestion des projets de RC. « Le nouveau pragmatisme » comme fondement épistémologique peut-il aider? C’est l’objectif de ce travail. Ancré dans le réalisme critique (Sayer, 2010), le nouveau pragmatisme postule que, pour être efficaces, les politiques de développement doivent être élaborées sur la base de diagnostics ciblés et contextuellement nuancés, et non pas sur des approches choisies ex ante, comme le font souvent les bailleurs de fonds. En clair, les instruments des bailleurs doivent être choisis sur la base des évaluations contextuelles et de diagnostics ciblés, pourvu que les objectifs recherchés respectent des normes éthiques (Stiglitz, 2008; Rodrik, 2007). 

Résumé
Dîner
12 h 00 à 13 h 00
Dîner
Dîner : échanges entre les conférenciers
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0217
Après-midi
13 h 00 à 14 h 30
Communications orales
Réflexivité critique et radicale en recherche en gestion de projet
Présidence/Animation : Lavagnon IKA (Université d’Ottawa)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0217
13 h 00
Pour qui ai-je écrit cet article ? Ou la démarche réflexive d’un chercheur lambda en gestion de projets
Mario Bourgault (Polytechnique Montréal)

La dyade rigueur-pertinence proposée dans ce colloque mène le chercheur à s’interroger sur son objet, sa démarche et ses résultats de recherche. Serait-il parfois « impertinent » ?  Pourrait-il se permettre d’être « non rigoureux »? Chercher des réponses à ces interrogations, et atténuer les tensions qu’elles suggèrent, nous oblige à les préciser.  Ainsi, parler de pertinence (au sens étymologique d’appartenir) mène à se questionner sur la valeur de ce que le chercheur produit : quelle valeur ?  et pour qui ? Poser la question de rigueur (au sens étymologique de rigidité), c’est se questionner sur les normes et pratiques partagées par la communauté scientifique concernée. Or, les projets sont multiformes et les façons de les appréhender varient d’une discipline à l’autre. Quelle méthodologie, pour quel objet ? Comment, et pourquoi parler encore de « gestion » de projets lorsque les enjeux sont résolument multiples : techniques, économiques, humains, juridiques, politiques, sociaux, éthiques?   Ces questions constituent le point de départ d’une démarche réflexive exigeante, mais formatrice pour le chercheur qui s'investit dans l’étude des projets. À partir de quelques vignettes illustrant des travaux scientifiques réalisés par l’auteur selon divers dispositifs méthodologiques, la communication permettra d’éclairer la dyade rigueur-pertinence, et de réconcilier le chercheur avec l’apparent conflit qu’elle suggère.

Résumé
13 h 30
La gestion des parties prenantes en contexte de projet : Une revue systématique de littérature
ALASSANE BANDE (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi), Lavagnon IKA (Université d’Ottawa), Salmata Ouedraogo (Université du Québec à Chicoutimi), Christophe Leyrie (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)

Les chercheurs en gestion de projets et programmes ont très vite réalisé l’importance de la gestion des parties prenantes, toutefois cela n’a pas stimulé une activité de recherche significative (Winch, 2017). Cet article fournit une revue systématique de la littérature sur la gestion des parties prenantes en contexte de projet. Plus précisément, elle vise à mettre en évidence les caractéristiques principales des articles sur les parties prenantes sélectionnés à partir des deux principales bases de données ABI/inform et Business Source Complete. Plus concrètement, nous examinons un échantillon de 61 articles sur la base de l’étude de Frooman (1999) selon laquelle le processus de gestion des parties prenantes répond principalement à trois questions à savoir : qui sont les parties prenantes ? Que veulent-elles ? Comment s’y prennent-elles pour obtenir ce qu’elles veulent ? Nous avons ajouté une quatrième question libellée : quelles sont les stratégies d’engagement des parties prenantes ? 

Les résultats de cette étude montrent globalement une très faible maturité des projets dans la gestion de leurs parties prenantes, au regard du nombre important d’articles qui répondent uniquement à la question 1. De plus, des insuffisances telles que la non prise en compte des aspects dynamiques et des interactions entre les parties prenantes ont été relevées et des propositions ont été faites pour les recherches futures sur la gestion des parties prenantes des projets.

Résumé
14 h 00
La rationalité comme facteur de rigueur impactant la pertinence de la gestion du risque du projet
Kouassi AGBODOH-FALSCHAU (UQO - Université du Québec en Outaouais)

Cette communication aborde la notion de la rationalité dans la perspective de la gestion des risques du projet. Dans un premier temps et pour l’entendement de tous, la notion de rationalité sera précisée.  Dans un second temps, il sera montré que la version instrumentale de la rationalité (opérateur cognitif des sociétés modernes) déclinée dans sa version parfaite et substantive, constitue le facteur de rigueur sous-tendant la dynamique de la gestion des risques du projet. Dans un troisième temps, les limites de la raison instrumentale par rapport à la rationalité interprétative seront passées en revue; et du coup les dimensions liées à la conception de la pensée dans la dynamique des sociétés prémodernes, post-modernes et hypermodernes dans la gestion des risques du projet seront abordées. En abordant ces limites, une attention particulière sera apportée aussi à la notion de la rationalité procédurale qui nous permettra de mettre en exergues aussi les limites informationnelles du décideur dans la dynamique de la gestion des risques du projet. La pertinence des différentes déclinaisons de cette notion est traitée dans un cadre pratique de la gestion des risques du projet. Enfin nous allons projeter l’avenir des pratiques de la gestion des risques du projet où ces pratiques sont soumises aux contraintes de la complexité, de l’incertitude de l’ambigüité et de la volatilité. 

Résumé
14 h 30
Pause
15 h 00 à 16 h 30
Communications orales
Compromis entre rigueur et pertinence en recherche en gestion de projet
Présidence/Animation : Christophe Bredillet (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0217
15 h 00
Rigueur et pertinence en recherche en gestion de projet : En quête de compromis
Julie BÉRUBÉ (UQO - Université du Québec en Outaouais), Jacques-Bernard Gauthier (UQO - Université du Québec en Outaouais)

La recherche en gestion de projet est portée par des systèmes de valeurs qui, lorsqu’ils se confrontent créent des tensions; c’est le cas notamment de la rigueur et de la pertinence. L’équilibre ou le compromis entre ces deux pôles est nécessaire à l’évolution académique et pratique de ce champ. Nous proposons d’étudier cette dichotomie à l’aide du cadre théorique de la justification de Boltanski et Thévenot (1991). Ceux-ci conçoivent 6 mondes présentant des systèmes de valeurs distincts ainsi que les tensions inhérentes à la rencontre de ces mondes et les compromis permettant la saine cohabitation de ceux-ci. À partir de recherches portant sur la gestion des projets dans les industries créatives auprès d’agences de publicité ou d’artistes professionnels, nous explorons l’idée que le compromis entre la rigueur et la pertinence n’est pas universel ou prescriptible. Il n’est pas désincarné des systèmes de valeurs des chercheurs et des participants. En effet, puisque le compromis est situé spatio-temporellement, en fonction des contextes et des valeurs des participants, différents mondes de Boltanski et Thévenot (1991) devront cohabiter temporairement afin d’atteindre un juste équilibre entre rigueur et pertinence. Comme le souligne Cunliffe et al.(2013) en cours de recherche beaucoup de choses se jouent à l’interface (hyphen-spaces) entre les chercheurs et les participants.  Parmi celles-ci nous trouvons les compromis possibles et temporaires entre la rigueur et la pertinence.

Résumé
15 h 30
Analyse des risques externes des projets d’investissement internationaux -- La perspective chinoise
Peiwen Gao (UQO - Université du Québec en Outaouais), Li Yan (Université du Québec en Outaouais)

Avec la rapide mondialisation des marchés, les risques externes des projets (EPR), leur  contexte et le risque pays (CR) des pays hôtes sont les plus importants facteurs d’échec des projets internationaux (Ika, 2012). L’évaluation conventionnelle du CR dominée par Standard & Poor, Moody's, Fitch et autres, tient compte des risques politiques, économiques, financiers et sociaux dans la perspective d’un investisseur international moyen sans nationalité particulière. Cependant, en pratique, les investisseurs de différents pays sont confrontés à des risques différents dans un même pays donné. Ce papier analyse l’EPR avec une perspective chinoise, s’appuyant sur la théorie culturelle, qui utilise une épistémologie positiviste combinant des méthodologies qualitatives et quantitatives pour proposer un nouveau cadre d'évaluation et développe un nouveau modèle de réseaux neuronaux hybrides pour simuler et prévoir la notation de l’EPR. Le résultat comblera le ‘gap-spotting’ entre les outils existants de la gestion des risques des projets internationaux et les besoins non seulement pour les Chinois, mais pour tous les investisseurs internationaux, en adaptant les données aux pays concernés.

Résumé
16 h 00
Facteurs de réussite des partenariats public-privé: Une étude de cas du secteur de l'énergie solaire au Ghana
Kofi Asare (UQO - Université du Québec en Outaouais), Rhizlane Hamouti (UQO - Université du Québec en Outaouais)

Un projet par définition ne s'est jamais produit dans le même contexte auparavant, une empreinte relativiste. Le relativisme n'apporte pas de réponses définitives, mais les parties prenantes s'attendent des professionnels de la gestion de projet des solutions concluantes. Les ressources pour la mise en œuvre étant limitées, les organisations sont souvent normatives quant à la méthode à utiliser, une empreinte réaliste. Même si l'ontologie oscille entre réalisme et relativisme en théorie, le débat manque dans la pratique. À cette fin, dans une étude de cas réalisée en 2018, une posture réaliste a été adoptée pour répondre avec un niveau de certitude. Le travail a analysé l'industrie de l'énergie solaire du Ghana pour comprendre pourquoi les contrats ne sont pas exécutés avec succès. Les dirigeants (N-45) de l’industrie ont confirmé que deux facteurs de succès étaient encore essentiels, et qu’il n’y avait pas de différence significative entre les perceptions des professionnels des secteurs public et privé concernant les facteurs des partenariats public-privé. L’étude a recommandé de s’attaquer aux facteurs d’impact dans le secteur. Même si des méthodologies réalistes ont été utilisées, les conclusions ont été proposées avec du relativisme. De telles recherches réalistes fournissent-elles un faux sentiment de certitude et rendant les projets réalistes? L'expérience antérieure n'étant jamais identique à ceux de nouveaux projets, chaque projet est-il une entreprise relativiste?

Résumé
16 h 30 à 17 h 00
Panel
Les tensions entre la rigueur et la pertinence en gestion de projet sous la loupe des fondements de la recherche
Présidence/Animation : Lavagnon IKA (Université d’Ottawa)
Participants : Jacques-Bernard Gauthier (UQO - Université du Québec en Outaouais)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0217