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438 - Couples, enfants et projets familiaux : de l’imaginaire à la réalité

Le mardi 28 mai 2019

La réalisation des projets de couple et familiaux constitue des préoccupations importantes des individus contemporains. Ces projets font l’objet de représentations sociales produites par plusieurs sources (médias, psychologie populaire, conseils sur Internet). Celles-ci proposent des modèles et fournissent des supports à des imaginaires alimentant les scénarios personnels, créant des attentes qui se heurtent aux réalités quotidiennes, entraînant souvent désillusions et déceptions, pouvant aller jusqu’à remettre en cause le maintien de projets initiaux. Ce colloque propose une réflexion sur la construction des imaginaires sociaux associés à l’établissement des relations de couple et de la famille, aux modalités de passage des projets à la réalité et à l’analyse des satisfactions, des désillusions et des stratégies d’adaptation aux nouvelles conditions. Les études sur le couple montrent l’importance des idéaux liés au sentiment amoureux et aux relations de couple qui se déclinent selon des modèles susceptibles de produire des insatisfactions, allant jusqu’à la rupture. Dans le cas des relations familiales et de l’arrivée d’un enfant, les études indiquent la présence d’un écart entre l’enfant imaginé et l’enfant réel dont le projet répond moins à des attentes collectives qu’à des volontés individuelles. La grossesse doit répondre à un projet désiré, planifié, pour offrir à l’enfant à naître un bon départ dans la vie, d’où l’accroissement de la responsabilité des individus et des pressions entraînant une anxiété qui peut se manifester de plusieurs façons (dépressions, problèmes d’attachement, tensions conjugales, remises en cause de son idéal de famille, regrets d’avoir eu des enfants, etc.). Ce colloque constitue une invitation à (re)penser les attentes et les représentations sociales, à cerner les nouveaux enjeux individuels et sociaux entourant les choix familiaux et à mieux comprendre les imaginaires, les attentes et les désillusions vécues par les individus et les couples.

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Colloque
Section 400 - Sciences sociales
Responsables
INRS - Institut national de la recherche scientifique
INRS - Institut national de la recherche scientifique
UQAM - Université du Québec à Montréal
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Avant-midi
08 h 45 à 09 h 25
Communications orales
Couples, enfants et projets familiaux : de l’imaginaire à la réalité
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.001
08 h 45
Accueil et ouverture du colloque
Laurence Charton (INRS - Institut national de la recherche scientifique), Béatrice Lefebvre (UQAM), Chantal Bayard (INRS-UCS)
09 h 00
L’amour, le couple, l’enfant, la famille : de l’illusion à quelles réalités ?
Joseph Josy LEVY (UQAM - Université du Québec à Montréal), Laurence Charton (INRS-UCS)

Dans la construction des relations amoureuses, et la formation des couples et des familles, le rôle des imaginaires et des illusions occupe une place importante. Cette conférence d’introduction se propose d’en cerner certaines déclinaisons dans une perspective historique et multidisciplinaire. Il sera ainsi question de revenir à travers des perspectives notamment philosophiques, littéraires, psychologiques, psychanalytiques, anthropologiques ou encore sociologiques sur la construction du sentiment amoureux, de l’idéal du couple et de la famille et sur celle du désir d’enfant et de parentalité. Les réceptions et les répercussions de ces constructions sur les trajectoires des individus seront aussi discutées afin de mieux saisir les perspectives et les enjeux sociaux associés aux réalités conjugales et familiales contemporaines, en portant notamment une attention particulière aux transgressions des normes de genre et aux positionnements d’agentivité.

Résumé
09 h 25 à 10 h 20
Communications orales
Les imaginaires contemporains sur le couple et la famille dans le cinéma et la littérature
Présidence/Animation : Joseph Josy LEVY (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.001
09 h 25
Imaginaire de la famille dans le cinéma québécois depuis 1960
Andrée Fortin (Université Laval)

La famille a connu d’importantes transformations depuis les années 1960 : moins grand nombre d’enfants par famille, multiples formes de parentalité. J’analyse des récits familiaux dans le cinéma de fiction québécois ; comme tout genre narratif, celui-ci à la fois reflète et façonne l’imaginaire et les pratiques. Pour saisir les permanences et inflexions de ces récits familiaux, je m’appuie sur un corpus de quelque 150 films de fiction québécois (1960-2018), où j’analyse non seulement le récit, mais aussi les images. Dans un premier temps, j'analyse le corpus transversalement. Les relations entre les pères et leurs enfants y sont marquées par le conflit, lequel trouve une résolution souvent précaire, alors que celles entre les mères et leurs enfants restent dans le non-dit, le silence et l’irrésolu. Les films se centrent en effet le plus souvent sur les liens entre un seul parent – monoparental ou non – et un enfant. Ensuite, je me pencherai sur les différences selon les époques. Les films des années 1960 se démarquent notamment en matière de mémoire et des rapports entre les générations : les premiers veulent faire du passé table rase, et les personnages évoluent dans un présent pas nécessairement doté d’avenir, alors que les films les plus récents situent leurs protagonistes dans une généalogie et dans un devenir.

Résumé
09 h 45
La désillusion amoureuse dans le roman de Cervantès : L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche : une analyse psychologique
Miguel David Guevara Espinar (Universidad de Salamanca)

La désillusion amoureuse dans le couple est considérée comme un processus par lequel l'image idéalisée de l'autre se voit déconstruite de manière négative jusqu’à générer une rupture dans le lien. Il s’ensuit une période de deuil, accompagnée de la perte du sentiment d'efficacité personnelle qui peut perdurer et menacer l’établissement et le maintien d’une relation ultérieure. Cette perte d'efficacité personnelle perçue génère, entre autres effets, une attitude négative à l'égard du couple et des erreurs cognitives menant à des effets comme les prophéties auto-réalisatrices. Ces processus se retrouvent présents dans le roman L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche de Cervantès, l’une des œuvres majeures de la littérature occidentale, et considérée comme le miroir de la culture et de l’identité espagnoles. L’analyse de la narration de la relation amoureuse imaginaire que Don Quichotte entretient avec Dulcinée du Toboso, et la désillusion qui en résulte, peut servir de base à la compréhension des aspects d’une relation amoureuse impossible et ses différentes composantes: le choix de la personne aimée, l'idéalisation, la représentation ambivalente de l’image du couple, la désillusion, la perte et les moyens d'y faire face. Si, pour Cervantès, ce roman est une satire des romans de chevalerie et une critique des expressions de l’amour courtois, il établit néanmoins certaines des conventions amoureuses qui continuent d’alimenter les représentations espagnoles contemporaines.

Résumé
10 h 05
Discussion
10 h 20
Pause
10 h 35 à 11 h 30
Communications orales
Aspirations familiales, financières et professionnelles : entre possibilités et leurres
Présidence/Animation : Phyllis Rippey (Université d’Ottawa)
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.001
10 h 35
Désir d'enfant, désir de propriété et conséquences financières
Maude Pugliese (INRS - Institut national de la recherche scientifique)

Au Québec comme ailleurs en Amérique du Nord, la propriété d’une résidence constitue une réalisation hautement valorisée qui revêt une importance particulière pour ceux et celles qui ont l’intention d’avoir un ou des enfants. La propriété d’une maison – en particulier celle d’une maison unifamiliale – est fréquemment dépeinte comme désirable pour les familles avec enfants, autant dans la culture populaire qu’au sein des politiques publiques visant à favoriser l’accès à la propriété. L’achat d’une maison, par contre, peut engendrer des pressions économiques importantes, en particulier pour des parents à plus faible revenu, cet achat pouvant notamment conduire à des niveaux d’endettement peu soutenables. On peut dès lors se demander à quels sacrifices économiques les parents se soumettent afin de s’arrimer à l’idéal de la propriété lors de la venue d’enfants, selon leur niveau de revenu. Cette communication se penche sur cette question. À l’aide de l’Enquête sur la sécurité financière et d’analyses régressives, les liens entre la propriété de la résidence et la composition des ménages seront d’abord examinés. Nous explorerons ensuite les difficultés financières liées à la propriété d’une résidence parmi les parents et les non-parents selon les catégories de revenus. À cet effet nous comparerons les niveaux d’endettement et la diversification des épargnes chez les parents et les individus sans enfants selon qu'ils sont propriétaires ou locataires et selon leur niveau de revenu.

Résumé
10 h 55
La difficile conciliation entre vie familiale et vie professionnelle chez les femmes en Suisse romande. Quelques résultats d'une quatrième vague de l'enquête Devenir parent
Jean-Marie Le Goff (Université de Lausanne), Regula Zimmermann (Université de Bâle)

L’enquête Devenir parent a été menée en Suisse romande à la fin des années 2000 en interrogeant des couples une première fois avant la naissance de leur premier enfant puis les interrogeant à deux reprises dans les 18 mois ayant suivi cette naissance. Les volets quantitatif et qualitatif de cette enquête ont montré que la plupart des couples sont devenus fortement inégalitaire au moment de la transition de la parentalité, malgré un idéal égalitaire déclaré avant la naissance de l’enfant par un grand nombre d’entre eux. Durant les 10 dernières années, de nombreuses interventions institutionnelles ont visé à favoriser en Suisse une conciliation entre la vie professionnelle et la vie familiale chez les femmes, avec, par exemple, un essor notable de possibilité de garde et d’accueil d’enfants. La période a vu néanmoins aussi un essor de l’accès à la propriété des familles, alors qu’au début des années 2000, cet accès était encore rare. Une quatrième vague qualitative de l’enquête devenir parent a été réalisée entre l’été 2018 et le printemps 2019. Plusieurs couples interrogés ont accédé à la propriété, parfois en quittant des appartements qui avaient été achetés en milieu urbain, jugés trop petits et peu adéquats pour une vie familiale. Pour ces parents se posent aussi d’épineux problèmes de garde des enfants. Ces situations perturbent les idéaux de vie familiale tout en accentuant les soucis de conciliation entre vie familiale et vie professionnelle chez les mères.

Résumé
11 h 15
Discussion
11 h 30 à 12 h 25
Communications orales
Les idéaux de couple et les réalités
Présidence/Animation : Sylvie LÉVESQUE (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.001
11 h 30
« Là c’est l’amour pour l’amour! » : expériences de (re)mise en couple dans la soixantaine
Chloé Dauphinais (Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales et les discriminations)

L’étude de la conjugalité a souvent édifié le couple comme fondement d’un projet d’avenir, fortement lié au projet de fonder une famille. Mais qu’en est-il du couple quand le temps est plus largement derrière nous? Est-ce qu’une expérience de mise en couple vécue plus tardivement dans le parcours de vie ouvre forcément à de nouvelles possibilités? N’est-elle pas aussi composée de certains renoncements? L’âge de la retraite, en lien avec la propagation de nouvelles représentations, devient désormais le théâtre de nouveaux possibles.En effet, les structures et les normes sociales ont des effets sur les expériences et les aspirations personnelles en posant des limites et en offrant des opportunités. Ainsi, les représentations sociales peuvent nous marquer jusque dans nos rapports les plus intimes. L’allongement de l’espérance de vie et la diversification des parcours conjugaux qui s’étend aux différents âges de la vie incitent à repenser à la mise en couple au-delà de l’entrée à l’âge adulte. Celle-ci pouvant survenir à différents moments du parcours de vie ainsi que prendre des formes multiples. Dans le cadre de cette présentation, j’aimerais aborder les projets conjugaux des personnes rencontrées dans le cadre de mon projet de maîtrise sur la mise en couple vécue lorsqu’âgé∙e dans la soixantaine. De plus, ces conjoint∙e∙s, par leurs expériences passées, peuvent aussi nous éclairer sur les effets des mutations survenues dans la sphère conjugale au cours des dernières décennies.

Résumé
11 h 50
S’inventer une relation amoureuse : motivations, scénarios et stratégies d’opérationnalisation d’une illusion
Joseph Josy LEVY (UQAM - Université du Québec à Montréal)

L’imaginaire, le fantasme et l’illusion sont des dimensions significatives dans la construction du sentiment amoureux et des relations interpersonnelles. Les études ont cependant négligé l’analyse des situations où les individus s’inventent des figures imaginaires avec lesquelles ils entretiennent ce type de rapports. Cette communication explore les motivations et les stratégies d’opérationnalisation sous-tendant ces représentations mentales et affectives. Suite à une recherche sur Internet, à partir de mots-clefs en français et en anglais, un corpus de textes a été analysé qualitativement. Les motivations sous-jacentes à l’invention de ce type de relation sont multiples: 1. Enrichir une vie affective relationnelle pauvre, 2. Provoquer la jalousie du conjoint, 3. Fonder socialement un statut relationnel, 4. Atténuer les pressions familiales et sociales au mariage. Les scénarios accompagnant ces élaborations peuvent être limités ou faire appel à des stratégies dans la construction des légendes biographiques et des preuves qui  valident l’existence de ces relations.  Des sites internet proposent des conseils divers pour les perfectionner ainsi que des services en ligne pour assurer la véracité de ces relations auprès de l’entourage. Ces données suggèrent que ces constructions imaginaires peuvent jouer un rôle significatif dans le contexte socio-culturel contemporain où l’établissement des relations de couple et une vie affective réussie constitue des injonctions essentielles.

Résumé
12 h 10
Discussion
12 h 25
Pause
Après-midi
13 h 25 à 14 h 20
Communications orales
De l’enfant rêvé à l’enfant (non) réel
Présidence/Animation : Maude Pugliese (INRS - Institut national de la recherche scientifique)
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.001
13 h 25
Quand l’enfant rêvé ne vient pas : ou comment trouver du sens à sa vie et sa place dans son groupe et sa famille
Laurence Charton (INRS - Institut national de la recherche scientifique), Andreea-Catalina Panaite (Université de Montréal)

Dans les sociétés occidentales contemporaines, c’est l’enfant qui fait dorénavant la « famille ». Si les individus semblent moins souvent guidés par des injonctions familiales et reproductives et que des groupes revendiquent la possibilité de rester volontairement sans enfant, devenir parent reste une étape majoritairement valorisée tant par les femmes et les hommes que par les sociétés. L’enfant et les responsabilités parentales associées continuent de répondre à des attentes individuelles, collectives et à des normes sociales, permettant aux individus de conforter leur identité, et de perpétuer leur groupe tout en accédant à une reconnaissance familiale et sociale. Comment les femmes sans enfant vivent-elles dans ce contexte leur infécondité? Comment cette non présence d’enfant s’est-elle inscrite dans leur trajectoire de vie ? Quelle place cette infécondité prend-elle dans leur reconnaissance sociale et familiale ? En nous basant sur l’analyse d’entretiens menés auprès de 15 femmes sans enfant à l’automne 2018 au Québec, nous discuterons des stratégies mises en place par ces femmes pour (re)trouver voire revendiquer leur identité de femmes sans enfant et leur place dans leur famille et dans la société.

Résumé
13 h 45
L'idéal et le réel: la parentalité adoptive et les expériences d’adoptants à Rio de Janeiro
Alessandra de Andrade Rinaldi (Université Fédérale Rurale de Rio de Janeiro, à Seropédica, à Rio de Janeiro, au Brésil. )

L’objectif de cette communication porte sur l’écart rencontré entre les attentes exprimées par des postulants à l’adoption et l’enfant qui leur est confié. Il s’agit notamment d’examiner leurs motivations à adopter un enfant, leurs projections pré adoption et leurs expériences au moment de l'arrivée de l’enfant. Ainsi, comment a été vécu l’accueil d’un enfant, en particulier lorsqu’il s’écarte d’un projet initial, que ce soit au regard de son sexe, de son âge, de sa couleur de peau, des conditions de santé ou du nombre d’enfant adopté?  Par ailleurs, l’écart entre les attentes et la réalité a-t-il induit des périodes de  regret, de dépression, d'angoisse voire de tensions conjugales entre les parents adoptifs? Enfin, quels sont les effets de cet écart sur les relations affectives, familiales et subjectives dans le couple et entre l’enfant et ses parents? Dans le cadre de cette communication, des discours de parents adoptants ont été examinés. Sur la base d’une approche ethnographique, les discours de parents adoptants, rencontrés dans le cadre de groupes de soutien à l’adoption à Rio de Janeiro, ont été analysés pour mieux cerner l’écart entre leurs attentes préadoption et leurs réalités postadoption, et les adaptations auxquelles ils ont dû faire face.

Résumé
14 h 05
Discussion
14 h 20 à 15 h 15
Communications orales
De l’enfant rêvé à la famille séparée
Présidence/Animation : Jean-Marie Le Goff (Université de Lausanne)
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.001
14 h 20
L’expérience de parents d’enfants placés de façon permanente: désir d’enfant, entrée dans la parentalité et projet familial futur
Amilie DORVAL (UdeM - Université de Montréal)

Les parents d’enfants placés représentent une population assez vulnérable, et ce, sur différents aspects sociaux : vulnérabilité socio-économique, difficultés au plan de la santé mentale, isolement, problèmes de toxicomanie, instabilité de logement, etc. De plus, ce sont des acteurs peu entendus autant dans le système de protection de la jeunesse que dans la littérature scientifique les concernant. Ainsi, on en connaît très peu sur leur expérience de parentalité malgré le contexte assez particulier dans lequel celle-ci s’opère, c’est-à-dire en l’absence de l’enfant au quotidien. Leur projet familial et désir d’enfant ainsi que leur histoire les ayant menés à la parentalité sont pareillement méconnus. L’objectif de cette présentation est d’exposer l’expérience de parents qui ont vécu le placement de leur enfant jusqu’à sa majorité, et ce, auprès d’un membre de leur famille. Le matériau présenté est issu d’une thèse de doctorat en travail social. À partir des récits de vie de dix parents rencontrés à deux reprises, les thèmes du désir d’enfant, d’entrée dans la parentalité et de projets parentaux futurs seront présentés. Bien que plusieurs parents expriment qu’ils voulaient des enfants, leur entrée dans la parentalité s’est souvent actualisée dans un moment non propice (très jeune, en contexte de séparation ou de monoparentalité, etc.). 

Résumé
14 h 40
Maternité, désenchantement et déprise du rôle social de mère
Jessica Pothet (Université de Lorraine)

Ce projet de communication a pour objectif d’interroger des expériences subjectives de la maternité contemporaine, marquées par un désenchantement, voire dans certains cas par des volontés de déprises (Caradec, 2004) du rôle social de mère. Les familles monoparentales représentent aujourd’hui 20 % des familles en France (Insee, 2015). On sait que ces situations concernent très majoritairement des femmes, et qu’elles affectent plus particulièrement encore les moins diplômées d’entre elles. Si la dissociation entre parentalité et conjugalité compte parmi les évolutions les plus marquantes qu’a connu la famille (Neyrand, 2004), la tendance à la dislocation familiale qui peut l’accompagner s’exacerbe dans les milieux défavorisés, la précarisation économique générant la précarisation relationnelle et réciproquement. Reposant sur une enquête par entretiens menée auprès de mères appartenant aux franges populaires, et en situation de monoparentalité, la contribution interroge les « retours sur soi » (Martucelli, De Singly, 2009) dont rendent compte des mères pour lesquelles l’expérience vécue rompt en tous points avec le projet initial de construction familiale. Alors que la maternité tenait lieu dans l’imaginaire des mères enquêtées, d’horizon heureux, voire d’avenir meilleur, ce rôle de mère se recompose, suite à des conjugalités chaotiques et avortées, à distance des normes de dévouement maternel, auxquelles les enjoignent pourtant les standards de la « bonne maternité ».

Résumé
15 h 00
Discussion
15 h 15
Pause
15 h 30 à 16 h 45
Communications orales
La transition à la parentalité et ses contraintes sur le corps
Présidence/Animation : Laurence Charton (INRS - Institut national de la recherche scientifique)
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.001
15 h 30
L'allaitement maternel et la recherche du bonheur: comment l'alimentation du nourrisson est passée du mondain au moral
Phyllis Rippey (Université d’Ottawa)

Bien que l'allaitement exclusif pendant six mois soit présenté comme le meilleur choix, seulement environ 25% des mères canadiennes le font. Dans cette communication, j’expose les preuves historiques d’un rôle central de l’allaitement dans le développement et le maintien d'un système de domination patriarcal fondé sur la recherche du bonheur par les hommes. Du pays biblique du lait et du miel à l'appel de Rousseau aux mères d'allaiter en tant que devoir civique et à la taxonomie des mammifères de Linnaeus, l'allaitement est lié à la société prospère depuis des centaines d'années. Cependant, cette responsabilité des mères n’a pas fait émerger des droits politiques équivalents ni un pouvoir pour elles. En tant que telle, la théorisation féministe portant sur l’allaitement s’est avérée particulièrement difficile, car l’allaitement peut à la fois rejeter la domination des hommes en revendiquant la propriété du corps de la femme, mais aussi donner aux femmes une responsabilité injuste pour le bien-être de la vie future. Cette histoire aide également à expliquer pourquoi les mères individuellement sont souvent déçues par leurs expériences réelles, qui échouent inévitablement à la hauteur de ces énormes attentes.

Résumé
15 h 50
Le vécu de l'allaitement maternel : entre aspirations et réalités
Annick VALLIÈRES (UdeM - Université de Montréal)

Le discours de la santé publique québécois sur l’allaitement maternel n’est pas moralement neutre et induit, chez plusieurs femmes, une forte pression à l’allaitement maternel. Considérant le fait que les femmes ne proviennent pas des mêmes milieux sociaux, n’ont pas les mêmes aspirations d’allaitement et ne rencontrent pas les mêmes obstacles à la réalisation de leur « projet » d’allaitement, il s’avère important de se questionner sur les manières dont l’allaitement idéalisé peut façonner le vécu de l’allaitement maternel des femmes. Suivant le parcours d’allaitement de 20 femmes de leur troisième trimestre de grossesse à quelques mois suivant la naissance de leur premier enfant via des entretiens semi-dirigés en période pré- et post-natale ainsi que des journaux de bord tenus par certaines participantes, cette présentation basée sur mon projet doctoral porte précisément sur les enjeux individuels et sociaux des femmes entourant l’alimentation du nourrisson et vise à mieux cerner les écarts possibles entre les attentes et les réalités vécues. Dans un premier temps, j’analyserai les aspirations prénatales d’allaitement autant en ce qui concerne la durée, l’exclusivité que leurs motivations. Dans un deuxième temps, je présenterai les réalités d’allaitement vécues en mettant de l’avant notamment les désillusions.

Résumé
16 h 10
La sexualité idéalisée et vécue durant la période de transition à la parentalité: et si diminution ne rimait pas avec insatisfaction ?
Sylvie LÉVESQUE (UQAM - Université du Québec à Montréal)

La transition à la parentalité (TàP) est une période ayant de nombreuses répercussions sur les individus et le couple, notamment en ce concerne la sexualité. Les études rapportent que le désir, la fréquence et la qualité perçue des rapports sexuels pourraient être affectés négativement par la TàP. Toutefois, une majorité de celles-ci ont porté sur les impacts associés à ce changement sur l'un des deux conjoints, avec une forte proportion d'études axées sur les mères. De plus, peu d'études se sont intéressées à documenter les significations que les participants accordent à la sexualité pendant cette période. En conséquence, cela crée une tendance à considérer ces changements comme intrinsèquement négatifs et à présumer que la baisse ou l'absence d'activité sexuelle a un effet direct et négatif sur la satisfaction conjugale. Cette présentation s'intéresse à comment les nouveaux parents perçoivent et vivent leur sexualité et intimité au travers des changements induits par la parentalité. Des entretiens dyadiques semi-dirigés ont été réalisés auprès de vingt-trois couples, dont le premier-né était âgé entre 6 et 18 mois, suivis d'entretiens individuels avec chacun des parents. Bien que la TàP module négativement la fréquence des relations et le désir sexuel chez les mères, la satisfaction sexuelle des deux partenaires semble peu affectée par ces changements. Des exemples répertoriés dans les sphères individuelles et conjugales permettront d'illustrer ces transformations.

Résumé
16 h 30
Discussion
16 h 45 à 17 h 00
Communications orales
Conclusion
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.001
16 h 45
« Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants » ... ou presque!
Chantal Bayard (INRS - Institut national de la recherche scientifique), Laurence Charton (INRS-UCS)