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436 - Enjeux communicationnels et médiatiques des changements climatiques

Le mardi 28 mai 2019

La thématique environnementale et celle corrélative de la crise écologique ont acquis une centralité incontournable dans l’économie générale des discours publics contemporains. La quasi-totalité des disciplines des sciences naturelles, des sciences formelles et des sciences humaines et sociales s’en sont saisies sans que cette profusion de production savante soit en prise directe avec l’univers concret des politiques publiques et des pratiques citoyennes.

À côté de cette production savante, la place que les enjeux environnementaux ont prise dans l’univers des interactions sociales interpersonnelles et médiatisées a parallèlement crû de manière exponentielle depuis ces dernières décennies. L’environnement en est ainsi arrivé à acquérir une place centrale dans le panorama des communications publiques et sociales un peu partout dans le monde.

Différentes catégories d’acteurs (politiques, industriels, groupes de pression, citoyens, médias, experts, etc.) tentent de structurer le débat public en fonction de leurs attentes, de leurs intérêts et des moyens dont ils disposent. Ainsi en est venu à se développer et à se structurer un nouveau domaine nommé « communication environnementale ».

Au sein de ce domaine qui est conjointement un champ d’investigations scientifiques et un univers de pratiques (professionnelles et amateures), à ce jour l’un des enjeux les plus importants qualitativement et quantitativement est celui des changements climatiques. En raison, d’un côté, de sa portée globale et, de l’autre, des impacts bien réels des dérèglements dont le climat est l’objet, il cristallise des positionnements politiques, juridiques, économiques et éthiques très contrastés qui expliquent en partie pourquoi il y a une telle distance entre le consensus scientifique auquel sont parvenus les scientifiques sur les causes anthropiques du changement climatique et la prise de mesures concrètes susceptibles de ralentir, à défaut d’y remédier, le réchauffement climatique.

Le colloque est l’occasion de réfléchir collectivement à l’articulation des dimensions communicationnelles ou médiatiques et environnementales dans les espaces publics relativement à la thématique du changement climatique. Partant d’une définition a minima de l’environnement comme commun global (corrélativement à des nuisances communes globales comme la pollution) articulant à une échelle donnée : 1) une communauté; 2) une ressource partagée; 3) des modes spécifiques de gouvernance, le colloque sera l’occasion de croiser les perspectives sur les différents éclairages possibles sur l’articulation de ces deux formes de ressource que sont l’environnement et la communication.

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Remerciements

Ce colloque est organisé dans le cadre d'une recherche intitulée intitulée "Changements climatiques et médias numériques" financée par le CRSH (Programme Développement Savoir, no 430-2018-00769, 2017-2019, Kane Oumar, Al-Rawi Ahmed et Bizimana Aimé-Jules).

Colloque
Section 400 - Sciences sociales
Responsables
UQAM - Université du Québec à Montréal
SFU - Simon Fraser University
UQO - Université du Québec en Outaouais
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Avant-midi
09 h 30 à 11 h 30
Communications orales
Les conceptions de l’environnement mobilisées
Présidence/Animation : Oumar Kane (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Discutant : Aimé-Jules Bizimana (UQO - Université du Québec en Outaouais), Julien HOCINE (UQAM - Université du Québec à Montréal), Valérie Paquet (UQAM - Université du Québec à Montréal), Sebastian WEISSENBERGER (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.037
09 h 30
Analyser les discours sur les changements climatiques à travers le prisme des communs
Aimé-Jules Bizimana (UQO - Université du Québec en Outaouais)

Depuis quelques années, la communication environnementale s’est établie comme un sous-champ disciplinaire dynamique dans les études en communication. Son émergence est bien sûr liée à l’essor de la question environnementale dans la société. Cet enjeu est traversé par des discours contrastés chez différents acteurs et institutions. Si ces discours environnementaux se sont exprimés auparavant principalement dans les médias de masse, aujourd’hui, ils sont fortement portés par les réseaux numériques. Différentes disciplines des sciences sociales s’y intéressent avec des problématiques variées.

Cette communication s’inscrit dans un projet de recherche financé par le CRSH (Kane Oumar, Al-Rawi Ahmed et Bizimana Aimé-Jules, 2017-2019). Cette recherche se focalise sur les prises de parole relatives à la question des changements climatiques sur les réseaux numériques. Notre analyse portera spécifiquement sur la plateforme Twitter. L’objectif est de faire émerger les principaux thèmes identifiables dans les discours produits à partir d’un immense corpus qui sera traité par la méthodologie quantitative du Top Modeling mais aussi par la méthodologie qualitative en investiguant les dimensions symbolique et éthique des discours sur les changements climatiques. Notre communication reviendra sur le lien que nous faisons entre la question environnementale et l’enjeu des communs (Dardot et Laval, 2024 ; Ostrom, 1990).

Résumé
09 h 50
« Le droit au froid » : Une vision inuite des effets du changement climatique dans l’Arctique
Julien HOCINE (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Cette proposition s’inscrit au confluent des deux premiers axes suggérés pour ce panel. Elle repose sur l’examen de l’articulation du phénomène d’un point de vue inuit, ainsi que le sens de la notion de « droit au froid » proposée par l’activiste environnementale inuite Sheila Watt-Cloutier.

Depuis la création du Conseil circumpolaire inuit en 1977 à Point Barrow (Alaska), les Inuits disposent d’une organisation non gouvernementale pour défendre leurs droits et faire entendre leurs voix sur la scène politique régionale. D’un point de vue médiatique, les discours des peuples autochtones de l’Arctique sur l’environnement nordique et ses bouleversements ont été minorisés et leurs savoirs marginalisés relativement à l’historicité des représentations du « Grand Nord ». La traduction française de l’ouvrage autobiographique de Sheila Watt-Cloutier - Le droit au froid. Le combat d’une femme pour protéger sa culture, l’Arctique et notre planète (2019 [2015]) par Lisa Koperqualuk, présidente du Conseil circumpolaire inuit Canada -, constitue l’occasion de poser un regard sur les représentations de l’Arctique et son environnement. L’objectif est de discuter des métaphores mobilisées dans quelques discours de l’activiste portant sur le changement climatique dans l’Arctique depuis 2007. Il s’agit notamment de mettre en lumière les liens avancés entre l’environnement nordique et la culture inuite menant à l’idée de « préjudice » et à l’impératif d’un « droit au froid » pour les Inuits.

Résumé
10 h 10
Analyse critique des rhétoriques discursives dans les projets post-pétroliers : le cas de l’Équateur
Valérie Paquet (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Dans le contexte d’urgence climatique actuel, il importe de s’intéresser aux initiatives participant aux économies post-pétrolières ainsi qu’aux pratiques et aux discours s’inscrivant comme des alternatives au développement. Le cas du projet équatorien Yasuni-ITT permet d’interroger les stratégies communicationnelles qui s’articulent autour des enjeux économiques, politiques et environnementaux.

Cette communication fera un portrait des enjeux actuels en Équateur concernant les discours sur l’environnement et dévoilera les résultats préliminaires de mon mémoire de maîtrise. Plus précisément, j'analyserai certains termes liés à l’environnement tels que la biodiversité, la bioconnaissance et la transition énergétique; notions utilisées systématiquement dans les politiques de développement du pays. Je tenterai de montrer la manière dont l’utilisation de mécanismes discursifs par le gouvernement permet de légitimer une incohérence assumée entre discours et praxis.                                                                                                       

L’analyse présentée explorera un cadre théorique croisant écologie politique et théories du post-développement, tout en se situant dans l’espace de pratique de la communication environnementale. Elle s’interrogera sur les possibilités existantes de transformation idéologique émergeant de projets alternatifs, particulièrement lorsque ces tentatives sont reprises dans les discours institutionnels.

Résumé
10 h 30
Étude comparative des représentations des changements climatiques dans les médias québécois et flamands
Sebastian WEISSENBERGER (UQAM - Université du Québec à Montréal), Pieter Maseele (University of Antwerp)

Notre objectif est d’analyser les représentations des changements climatiques dans les médias écrits du Québec, Canada, et des Flandres, Belgique. Nous nous proposons de comparer de manière plus détaillée les représentations des changements climatiques dans les médias traditionnels et non-traditionnels des deux régions. Dans ce cadre, des facteurs culturels et linguistiques peuvent influencer la manière dont les normes journalistiques sont appliquées aux questions environnementales. Il est par exemple reconnu que la culture médiatique diffère entres les sphères anglo-américaine et francophone (Boycoff et Boycoff, 2004) et que cela s’applique aussi au traitement médiatique des changements climatiques dans la presse anglophone et francophone au Canada (Young et Dugas, 2012). En même temps, il est reconnu que l’expression du climatoscepticisme au Québec et en France ne mobilise pas les mêmes sources d’information, malgré la langue commune (Godard, 2011, Weissenberger, 2015a), suggérant que les différences culturelles et sociales entre l’Europe et l’Amérique du Nord peuvent également jouer un rôle. À travers une comparaison Flandres-Québec, nous espérons en apprendre plus sur la communication des changements climatiques et comment des messages différents, et souvent contradictoires, sont incorporés dans le discours public et façonnent des opinions autour d’une problématique environnementales controversée, dans le cadre du débat démocratique et de la citoyenneté du 21e siècle.

Résumé
Après-midi
13 h 30 à 15 h 00
Communications orales
Les formes d’organisation et d’engagement
Présidence/Animation : Oumar Kane (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Discutant : Nadège Broustau (Université libre de Bruxelles), Ahmed Al-Rawi (SFU - Simon Fraser University), Karim Diomandé (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.037
13 h 30
Twitter et le climat. Considérations méthodologiques et thématiques dominantes
Ahmed Al-Rawi (SFU - Simon Fraser University), Oumar Kane (UQÀM)

Cette communication s’inscrit dans un projet de recherche financé par le CRSH (Kane Oumar, Al-Rawi Ahmed et Bizimana Aimé-Jules, 2017-2019). Cette recherche se focalise sur les prises de parole relatives à la question des changements climatiques sur les réseaux numériques. Nous avons examiné un ensemble de données volumineuses de plus de 15 millions de tweets faisant référence au changement climatique et au réchauffement climatique collectées à partir de deux plateformes en ligne (Netlytic et TCAT Boston University) sur la période du 31 mars 2015 au 4 octobre 2018. À l'aide de deux outils de modélisation (MALLET et QDA Miner -WordStat8), nous avons identifié les 20 sujets les plus récurrents dans chaque jeu de données. Nous avons également identifié les utilisateurs les plus actifs et les messages les plus retweetés. Cette communication portera sur la déamarche méthodologique et les résultats obtenus. Nos résultats préliminaires montrent que plusieurs sujets sont directement lies aux questions environnementales. Mais l’analyse préliminaire a également montré qu’il existe également des points de vue politiques clairement polarisés, de nombreux hommes politiques étant cités et suivis dans les discussions en ligne. De nombreux sujets très polarisants (nationalisme américain, intervention étrangère,  intérêts économiques, …) sont fortement représentés dans le corpus analysé, de même que sont évoqués sur un registre très critique les médias traditionnels tels que CNN ou la BBC.

Résumé
13 h 50
Gouvernance de la déforestation : acteurs et stratégies de communication pour la REDD+ Côte d’Ivoire
Karim Diomandé (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Les questions liées à la protection de l’environnement constituent de nos jours l’une des préoccupations majeures pour l’ensemble des décideurs politiques aussi bien à l’échelle  nationale  qu’internationale. Les agissements anthropiques sur l’environnement représentent de réels dangers pour la pérennité des ressources comme l’eau, la forêt, le climat. (Pirard, 2015). La déforestation est perçue comme responsable en partie du réchauffement climatique du fait des émissions des gaz à effet de serre (Tsayem-Demaze, 2011). L’engagement des acteurs en faveur de la protection de l’environnement se matérialise par des actions visant à réduire considérablement sa dégradation. La communication à cet effet demeure une dimension centrale pour l’atteinte des objectifs. La Côte d’ivoire a adopté depuis 2011 le mécanisme des Nations unies pour la Réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation des forêts (REDD+) auquel participent plusieurs et différents acteurs. Cette communication portera sur les stratégies de communication mises en œuvre par ces acteurs dans le cadre de la gouvernance de la REDD+ en Côte d’Ivoire.

Résumé
14 h 10
« Don’t Nuke The Climate ». La construction d’une parole médiatique légitime sur le futur de l’industrie nucléaire par les mouvements anti-nucléaires belges et européens
Nadège Broustau (Université libre de Bruxelles), Grégoire Lits (Université Libre de Bruxelles)

Au début des années 2010, les acteurs de l’industrie nucléaire globale (Kinsella 2015) ont recadré leur discours autour de l’idée que le nucléaire permet d'atteindre les objectifs « low carbon » de Kyoto et de Paris. Cette stratégie a donné lieu à la campagne de communication « Nuclear4Climate », lors de la COP24 en 2018. Cela a en retour suscité la mobilisation d’acteurs anti-nucléaire dénonçant l’instrumentalisation argumentative des changements climatiques, notamment la prolongation, en 2015, des vieux réacteurs nucléaires belges sous couvert d’atteindre des objectifs environnementaux. En réaction, les mouvements anti-nucléaires belges et européens ont mis en place des stratégies de communication médiatiques pour construire une parole médiatique légitime face à un discours dominant se présentant comme éthique.

Nous basant sur un terrain (2013 à 2019), nous montrerons  la manière différenciée dont les militants anti-nucléaires utilisent des outils de communications numériques variés pour diffuser leur message et mobiliser la population contre l’idée du « Nuclear4Climate ». Nous montrons comment ces acteurs alternent des discours de type expert et des discours émotionnels pour construire une identité propre et légitime et accéder aux médias traditionnels. Dans une perspective interactionniste de l’espace public, notre analyse fait écho aux débats sur la transformation du rôle de gatekeeper des journalistes, spécialement dans les questions techniques et environnementales.

Résumé
15 h 15 à 16 h 45
Panel
Séance plénière
Participants : Nadège Broustau (Université libre de Bruxelles), Ahmed Al-Rawi (SFU - Simon Fraser University), Aimé-Jules Bizimana (UQO - Université du Québec en Outaouais), Karim Diomandé (UQAM - Université du Québec à Montréal), Julien HOCINE (UQAM - Université du Québec à Montréal), Oumar Kane (UQAM - Université du Québec à Montréal), Valérie Paquet (UQAM - Université du Québec à Montréal), Sebastian WEISSENBERGER (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.037