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434 - Prévention de l’itinérance chez les jeunes : une réflexion collective sur les points tournants, l’avancement des connaissances et les pratiques d’intervention

Le mercredi 29 mai 2019

L’itinérance chez les jeunes est une réalité complexe marquée par une combinaison de facteurs structurels, institutionnels et interpersonnels. Cette pluralité de facteurs et de parcours nécessite de repenser les stratégies d’intervention à la lumière de la prévention. Si différentes mesures politiques ont récemment vu le jour au Québec afin de lutter contre l’itinérance, peu d’efforts sont consacrés à la mise en place d’actions concrètes et concertées pour prévenir l’itinérance chez les jeunes. Les interventions réalisées sont principalement organisées autour d’une logique d’urgence, et ce, au détriment des stratégies de prévention de l’itinérance (Gaetz et Dej, 2016). Dans cette logique, les services offerts aux jeunes visent à répondre à leurs besoins essentiels afin qu’ils reprennent un certain pouvoir sur leur quotidien et qu’ils puissent amorcer un processus de sortie de l’itinérance. Toutefois, cette logique d’urgence conduit à une spécialisation et à une segmentation des différents services qui peut exclure et marginaliser davantage les jeunes (Nichols, 2016). Il semble impératif de rompre avec cette logique d’urgence afin de concentrer plutôt les efforts de recherche et d’intervention dans une logique de prévention globale, cohérente et concertée qui reconnaît la combinaison des facteurs structurels, institutionnels et interpersonnels de l’itinérance. D’ailleurs, de nombreux milieux de pratique soulignent l’importance des actions concertées pour prévenir l’itinérance chez les jeunes. Le but de ce colloque est donc d’offrir un point de rencontre pour croiser différents savoirs sur la prévention de l’itinérance chez les jeunes, et en discuter. Pour ce faire, nous rassemblons des contributions autour de deux axes de réflexion : 1) les connaissances scientifiques sur les moments décisifs menant les jeunes vers l’itinérance; 2) les connaissances scientifiques sur les pratiques d’intervention novatrices liées à la prévention de l’itinérance chez les jeunes.

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Colloque
Section 400 - Sciences sociales
Responsables
UQAM - Université du Québec à Montréal
UdeM - Université de Montréal
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Avant-midi
09 h 00 à 09 h 30
Communications orales
Mot de bienvenue
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.905
09 h 00
Mot de bienvenue : Pourquoi parlons-nous de la prévention de l’itinérance chez les jeunes?
Sue-Ann MacDonald (UdeM - Université de Montréal), Philippe-Benoit Côté (Université du Québec à Montréal)
09 h 30 à 11 h 00
Communications orales
Les moments décisifs du passage à l’itinérance chez les jeunes : des leviers pour la prévention
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.905
09 h 30
Le passage à l’itinérance chez les jeunes LGBTQ+ : une analyse qualitative des points de bascule
Philippe-Benoit CÔTÉ (UQAM - Université du Québec à Montréal), Martin Blais (Université du Québec à Montréal)

En Amérique du Nord, les enquêtes indiquent que 20% à 40% des jeunes en situation d’itinérance s’identifient comme lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres ou queer (LGBTQ+). Malgré cette surreprésentation, peu d’informations sont disponibles pour comprendre le passage à l’itinérance chez les jeunes LGBTQ+. À partir d’une méthode qualitative, cette étude vise à identifier les variations dans les expériences du passage à l’itinérance chez les jeunes LGBTQ+. Des entrevues individuelles ont été réalisées auprès de dix-sept jeunes LGBTQ+ en situation d’itinérance âgés de 16 à 25 ans. Trois profils ont été identifiés: 1) une rupture familiale soutenue et exacerbée par de la discrimination hétérosexiste, cisgenriste et raciste; 2) une fin de prise en charge des services de protection de la jeunesse qui a été marquée par de la victimisation homophobe, biphobe et transphobe; 3) une recherche de liberté et de soutien à l’égard de la diversité sexuelle et de genre. Cette étude révèle que la victimisation homophobe, biphobe et transphobe vécue au sein des différents milieux de vie des jeunes LGBTQ+ est au cœur de leur passage à l’itinérance. Ces résultats mettent de l’avant l’importance de développer des stratégies de prévention de l’itinérance chez les jeunes LGBTQ+ en tenant compte de l’intersection des oppressions hétérosexistes, cisgenristes, sexistes, racistes et capacistes vécues dans leurs différents milieux de vie.

Résumé
10 h 00
Pour réduire l’itinérance des jeunes sortant de placement
Martin Goyette (ENAP - École nationale d'administration publique)

Au Québec, la prise en compte des enjeux relatifs à la préparation à la vie autonome des jeunes placés et au soutien à leur sortie pour l’autonomie s’appuient sur de nombreuses initiatives et programmes des « centres jeunesse » ou en partenariat avec des acteurs de la communauté. Pourtant, les travaux dans ce champ montrent l’enjeu de la rupture abrupte de services à la fin de la prise en charge en protection de la jeunesse et une difficulté de continuité relationnelle et des services. Les recherches montrent aussi à quel point ils sont surreprésentés dans les recensements de jeunes de la rue, dans des populations judiciarisées et à l’aide sociale. En outre, ces jeunes vivent souvent des problèmes de santé mentale. Ces analyses montrent généralement que par rapport aux jeunes du même âge de la population en général, ces groupes de jeunes ont des niveaux de scolarité, des taux d’emploi et des revenus plus faibles. Notre communication prendra appui sur les résultats de la première vague (16-17 ans) de l’étude longitudinale sur le devenir des jeunes placés (EDJeP), un recensement représentatif qui a rencontré 1136 jeunes dans toutes les régions du Québec. À partir de ces résultats, il est possible de réfléchir aux pratiques sociales qui visent le soutien aux transitions à la vie adulte des jeunes placés au Québec en s’appuyant sur un regard longitudinal de l’évolution de ces pratiques depuis 15 ans.

Résumé
10 h 30
Prévention du sans-abrisme en Belgique : vers une meilleure articulation entre dispositifs d’aide pour jeunes et adultes?
Martin Wagener (UCLouvain)

La récente réforme du décret de l’aide à la jeunesse en Fédération Wallonie-Bruxelles (cf. communauté française de Belgique) vise à favoriser une meilleure articulation entre les services de l’aide à la jeunesse et ceux destinées aux (jeunes) adultes. Dans la présentation, nous allons retracer globalement comment la question du risque de pauvreté est abordée dès les consultations péri-natales organisées par l’ONE (Office de la naissance et de l’enfance). Puis, il existe un dispositif d’accompagnement d’enfants, de jeunes et des parents qui combine des volets d’action liés à l’aide, la protection et par rapport aux mesures judiciaires. Cependant entre les mesures visant l’autonomie des jeunes de plus de 16 ans (cf. logement accompagné, préparation à la vie d’adulte) et l’accompagnement des jeunes adultes, on peut constater des situations de « non-recours ». Des recherches récentes montrent qu’il est difficile d’approcher les jeunes exclues, tout en révélant l’importance d’offrir un accompagnement large et diversifié pour parvenir à toucher les jeunes et de mieux encadrer les passages à l’âge adulte par différents services. Dans cette communication, nous allons retracer ces difficultés des passages à la vie d’adulte à partir d’échanges avec un groupe de professionnels de différents secteurs et avec la consultation collective de jeunes en errance.

Résumé
11 h 00
Pause
11 h 15 à 12 h 15
Communications orales
Au-delà de la santé mentale : les défis auxquels font face les jeunes au sein des services
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.905
11 h 15
Le point de vue des jeunes des Auberges du cœur sur l’expérience de la psychose : une réflexion sur les pratiques d’intervention
Christina Charron-St-Pierre (UdeM - Université de Montréal), Marie-Laurence Poirel (École de travail social)

Cette présentation s’appuie sur les résultats d’un mémoire de maîtrise portant sur le sens et les significations de l’expérience de la psychose de jeunes adultes des Auberges du cœur. Plus largement, ce mémoire vise trois objectifs : 1) offrir un espace à des jeunes pour parler de leur(s) expérience(s) de psychose et leur accorder de l’importance; 2) permettre aux jeunes de construire un sens et cerner les significations de leur(s) expérience(s); et 3) comprendre l’influence de différents discours (biomédical, social, etc.) dans l’expérience de la psychose. Dans le cadre de la présentation, une attention sera portée au premier objectif. Un survol des récits des six jeunes rencontré.e.s dans le cadre d’entrevues qualitatives permettra d'explorer le rapport aux différentes institutions impliquées (milieux médical et communautaire) ainsi que le rapport aux expériences particulières ayant différentes terminologies (psychose, altération de soi, entre autres). Cette analyse sommaire rend compte d'un apparent manque d'espace pour accueillir la souffrance des jeunes relativement à leurs expériences de psychose. Par ailleurs, la trajectoire d'itinérance occupe une place importante dans les récits et sera également mise en perspective pour comprendre les points de rupture et de bascule. Enfin, certaines pistes de réflexion seront élaborées quant à l'intervention auprès de ces jeunes dont l’expertise semble peu prise en compte par les professionnel.elle.s qui les accompagnent.

Résumé
11 h 45
Les défis de l’accès et de l’engagement dans les services de santé mentale chez les jeunes en situation d’itinérance
Julie Marguerite Deschênes (UdeM - Université de Montréal)

Si la précarité socio-économique induit un stress nuisible à la santé mentale, le contexte d’itinérance s’avère des plus délétères. Les répercussions peuvent être particulièrement marquantes pour un jeune puisqu’elles surviennent en conjoncture avec une période cruciale du développement. Malgré la présence d’une détresse psychologique élevée, les jeunes en situation d’itinérance utilisent peu les services de santé mentale. Les situations complexes auxquelles ils sont confrontés les placent à la jonction entre différentes ressources des milieux institutionnels et communautaires; entre les services de santé mentale jeunesse et adulte ainsi qu’entre les différents secteurs gouvernementaux. Lorsqu’une demande d’aide est initiée, les défis rencontrés peuvent se situer tant au niveau de l’accès que de l’engagement au sein des services de santé mentale. Est-ce parce que ces derniers leur apparaissent trop détachés de leurs besoins ou de leur culture? Est-ce parce qu’il leur est difficile de naviguer dans ce système complexe? Est-ce parce que la santé mentale n’est pas priorisée parmi l’ensemble de leurs besoins? Cette recherche s’insère dans l’étude canadienne ACCESS-Esprits Ouverts; visant l’amélioration des services de santé mentale pour les jeunes. Elle s’intéresse plus spécifiquement aux jeunes en situation d’itinérance afin de dégager les défis rencontrés par ceux-ci et les conditions favorisant leur accès et leur engagement au sein de ces services.

Résumé
Après-midi
13 h 30 à 14 h 30
Communications orales
Une approche globale comme pratique prometteuse pour prévenir l’itinérance chez les jeunes
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.905
13 h 30
Des outils pour l’autonomie : la promotion des saines habitudes de vie comme approche globale d’intervention
Marc-André Bélanger (Regroupement des Auberges du coeur du Québec)

Le projet « Des outils pour l’autonomie » consiste à faire la promotion des saines habitudes de vie auprès des jeunes en difficultés et à risque d’itinérance dans les Auberges du cœur. Pensé à l’aune de leur mission et de l’intervention en milieux de vie, le projet devait relever le défi de sa pertinence en agissant en amont et en aval de l’itinérance selon une approche globale visant la transformation sociale. Or, dans un contexte où les saines habitudes de vie se sont imposées depuis plus de 10 ans comme l’un des principaux champs d’action en matière de santé publique, notamment chez les jeunes, des acteur.trice.s des milieux de pratique et de recherche ont relevé un glissement de paradigme en défaveur d’une approche globale axée sur les déterminants sociaux de la santé. Soucieux de ces interrogations, le RACQ aborde ce projet en tentant de surpasser les limites d’une approche strictement axée sur les saines habitudes de vie pour en faire un levier d’empowerment en concordance avec l’approche globale caractéristique du milieu communautaire. Cette présentation vise à discuter des apprentissages menés au cours du projet et partager une série de réflexions sur les potentialités de l’intervention sur les saines habitudes de vie et des défis qu’elles rencontrent en matière de prévention de l’itinérance.

Résumé
14 h 00
Le travail de rue : une approche globale d’accompagnement social auprès des jeunes en situation ou à risque d’itinérance
Annie Fontaine (Université Laval)

Si certains jeunes profitent aujourd’hui de multiples opportunités pour trouver réponse à leurs besoins et aspirations, d’autres s’inscrivent dans un parcours d’intégration sociale plus fragilisé et doivent même parfois emprunter des voies compensatoires ou marginalisées pour faire leur place dans la société. Ainsi, au cours des nombreuses reconfigurations de liens sociaux (famille, amis, amours, loisirs, école, travail, etc.) qu’impliquent l’adolescence et la transition à la vie adulte, plusieurs jeunes connaissent des ruptures relationnelles pouvant mener à des situations de désaffiliation sociale et d’instabilité résidentielle. Or, comme leurs trajectoires sont souvent faites d’allers-retours, de hauts et de bas et d’essais-erreurs, l’intervention commande adaptabilité et souplesse pour accompagner ces jeunes dans leurs aléas quotidiens et existentiels. Faisant écho à cet impératif, le travail de rue constitue une forme d’intervention de proximité dont l’approche globale permet de combiner des visées de prévention et de réduction des risques associés au phénomène de l’itinérance des jeunes. Prenant appui sur un rapport de recherche au sujet de la négociation du sens et des usages des pratiques de travail de rue, cette communication exposera quelques conditions qui participent à l’adéquation de ce mode d’accompagnement social auprès des jeunes en situation d’itinérance et à risque de s’y retrouver.

Résumé
14 h 30
Pause
14 h 45 à 16 h 30
Communications orales
De la reconnaissance à la collaboration dans le travail d’intervention auprès des jeunes en difficulté
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.905
14 h 45
L’hébergement communautaire auprès des jeunes de 12 à 25 ans : la prévention de l’itinérance en action
Véronique Girard (SQUAT Basse-Ville, une Auberge du Coeur), Marie-Soleil Bruyère-Girard (Le SQUAT Basse-Ville)

Cette présentation abordera les réalités vécues par les jeunes de 12 à 25 ans vivant des difficultés et à risque d’itinérance, ainsi que les pratiques d’intervention qui caractérisent les Auberges du coeur qui les accueillent. À partir d’une étude de cas du Squat Basse-Ville, une maison d’hébergement de la région de Québec accueillant des jeunes de 12 à 17 ans et offrant des logements transitoires pour les 18-25 ans, nous verrons comment le savoir expérientiel des équipes contribue au développement d’une vision de l’itinérance jeunesse intégrant un large spectre d’intervention en amont et en aval de la situation d’itinérance. Des retombées et des limites de l’intervention en maison d’hébergement pour mineurs seront discutées afin d’aborder les questions relatives au volontariat, la médiation familiale, les collaborations avec les institutions publiques et la transition en logement.

 

Résumé
15 h 15
La collaboration dans l’intervention communautaire auprès des jeunes en difficultés : risques et défis
Eduardo González Castillo (Université d’Ottawa), Elisabeth Greissler (Université de Montréal), Isabelle Morissette (Université du Québec à Montréal), Naima Bentayeb (Université McGill)

Dans cette communication, nous aborderons les pratiques d’intervention communautaire qui s’appuient sur des modèles collaboratifs à l’heure de prendre en charge les jeunes en difficulté avec la loi. Plus particulièrement, nous réfléchirons sur la manière dont le principe de la collaboration peut susciter des défis et de tensions qui, étant apparemment secondaires, risquent d’influencer d’une manière importante les moyens, les buts et l’impact de l’intervention en elle-même. Nous soutenons, en ce sens, que, lorsque mal adaptée et adoptée, l’injonction à la collaboration peut créer une sorte « d’urgence de partenariat » qui, quand elle est mal gérée, met au centre de la mobilisation collective la création du partenariat tout en laissant de côté ou en subordonnant le but explicite de l’intervention : les jeunes en difficulté. Cette communication s’appuiera sur les résultats de différentes recherches, notamment sur une étude participative développée dans la ville de Laval au cours de deux dernières années et concernant l'application locale du modèle Gang reduction program.

Résumé
15 h 45
La prévention par les arts du cirque: une approche globale, cohérente et concertée avec les jeunes
Jacinthe Rivard (UdeM - Université de Montréal), Karine Lavoie (Cirque Hors Piste)

L’équipe de Cirque Hors Piste (CHP), un OBNL montréalais dédié au cirque social, offre depuis 1995 des espaces alternatifs et inclusifs de création à des jeunes au parcours de vie marginalisé. Par l’intermédiaire des arts du cirque, CHP propose à ces jeunes des opportunités d’exploiter ce qu’ils ont de plus beau aux plans individuel et collectif, privilégiant l’expression artistique et l’intervention sociale. Ayant fait appel à la recherche pour documenter sa mission de pré-employabilité, CHP signe un travail de co-création entre les arts circassiens et la science où les résultats de la recherche sont matérialisés sous deux formes, toutes deux visant à rejoindre un large public : un ouvrage illustré en version papier et numérique et un court spectacle artistico-pédagogique. Le spectacle met en scène des comédien.ne.s qui se rencontrent peu souvent dans la vie : une chercheure et quatre jeunes participant.e.s. Cette rencontre innovatrice s’adresse à la fois aux émotions et au rationnel de tous les publics. Elle parle d’une pratique de cirque social qui offre aux jeunes diverses occasions de développer des compétences de vie, indispensables, qui arrivent bien en amont de l’univers de l’emploi. Elle parle aussi d’une approche de prévention globale, cohérente et concertée, d’un travail en partenariat avec les acteurs/trices du milieu des jeunes.

Résumé
16 h 15
Pause
16 h 30 à 17 h 00
Communications orales
Mot de clôture
Batiment : Cégep G.-Roy
Local : 2.905
16 h 30
Bilan, réflexions et perspectives futures pour prévenir l’itinérance chez les jeunes
Philippe-Benoit CÔTÉ (UQAM - Université du Québec à Montréal), Sue-Ann MacDonald (Université de Montréal)