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432 - Penser, observer et « travailler » le « care » : propositions et défis pour l’analyse des rapports de pouvoir

Le jeudi 30 mai 2019

La question du care fait l’objet d’un nombre croissant de travaux en sciences humaines et sociales. La notion fait également l’objet de débats sur le plan de sa conceptualisation (Bourgault et Perreault, 2015) et de ses enjeux au sein des milieux féministes de recherche et de pratique. Cet intérêt peut s’expliquer, d’une part, par la croissance des besoins de services attribuable à une plus grande longévité de la population et, d’autre part, par les restructurations néolibérales des services publics. L’intensification du travail de care réalisé dans le cadre des services publics (Bourque et Grenier, 2016) se conjugue avec son externalisation, malgré la complexification des soins. Ainsi le travail de care se réalise-t-il de plus en plus sous l’égide de prestataires privés gérant une panoplie de formes d’emploi déqualifié et précaire (Boivin, 2017). Le retrait de l’État social accroît aussi la charge pour les personnes proches aidantes s’occupant de personnes âgées, d’enfants ou d’adultes vivant avec un handicap. Elles doivent souvent déployer des compétences habituellement détenues par le personnel professionnel du réseau public de la santé et des services sociaux (Des Rivières-Pigeon et Courcy, 2014). Ce sont encore majoritairement des femmes qui réalisent ce travail de care intensifié, dévalué et socialement assigné, dont des femmes racisées et migrantes qui peuvent vivre des situations de travail non libre (Galerand et Gallié, 2018) et des désavantages structurels résultant des rapports Nord-Sud et des politiques migratoires (Blackett, 2011). Ces transformations du travail de care posent avec acuité l’enjeu de la division sexuelle, raciale et internationale du travail (Damamme et Hirata, 2017; Nakano Glenn, 2009), de même que celui de la capacité d’action collective des travailleuses du care. Ce colloque vise le partage et la diffusion des résultats de recherche de chercheuses et d’étudiantes ayant entamé une réflexion interdisciplinaire sur le travail de care et ses objets connexes au chantier de recherche Travail (domestique, professionnel, militant et ses divisions) du Réseau québécois en études féministes (RéQEF).

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Remerciements

Nous remercions le Réseau québécois en études féministes (RéQEF) pour le soutien financier apporté à l'organisation et la tenue de ce colloque.

Colloque
Section 400 - Sciences sociales
Responsables
UQO - Université du Québec en Outaouais
TÉLUQ - Université du Québec
UQAM - Université du Québec à Montréal
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Avant-midi
08 h 45 à 10 h 30
Communications orales
Première période
Présidence/Animation : Isabelle COURCY (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : UQO L.-Brault
Local : B1004
09 h 00
Attribution et assignation du travail de soins aux femmes : une analyse des discours produits par différents groupes d’acteurs lors de trois moments de discussion publique sur l’organisation des soins au Québec
Marie-Hélène Deshaies (Relais-femmes)

Les discours constituent des formes d’action qui contribuent à définir les problèmes, les pratiques et les identités et qui entrainent, ainsi, d’importantes conséquences sur les rapports sociaux générateurs d’inégalités entre les femmes et les hommes (Bacchi, 2012; Jenson, 2008; Verloo et Lombardo, 2007). À partir de l’étude des discours produits par des groupes d’acteurs lors de trois moments de discussion publique sur l’organisation des soins au Québec (Commission Rochon en 1985-1988, Commission Clair en 2000 et consultations sur le projet d’assurance autonomie en 2013), il est possible de distinguer différentes postures quant à la façon de mobiliser, ou non, le positionnement particulier des femmes et des hommes à l’égard des soins. Alors que certaines de ces postures tendent à renforcer l’assignation des femmes à la prestation des soins, d’autres cherchent à insuffler une certaine forme de changement dans « l’ordre des discours et des pratiques » (Cefaï, 1996). Ces dernières remettent-elles par ailleurs fondamentalement en cause la division sexuelle du travail de soins ainsi que son attribution à des groupes de femmes socialement et économiquement défavorisés ? 

Résumé
09 h 30
Penser la citoyenneté et la participation sociale des femmes âgées à l’aune du travail du care : enjeux et perspectives
Isabelle Marchand (UQO - Université du Québec en Outaouais)

Dans le contexte occidental de néolibéralisation des politiques publiques, les politiques d’activation de la vieillesse enjoignent les personnes âgées à demeurer des citoyens actifs et citoyennes actives, participant à toutes les sphères de la vie sociale. Or, tant les référentiels politiques du vieillir actif que les concepts de la citoyenneté et de participation ne sont pas asexués. Si d’hier à aujourd’hui, le travail de care est au cœur des débats concernant la citoyenneté des femmes, elle résonne particulièrement pour les femmes âgées au regard de l’économie politique contemporaine du vieillissement actif. À partir d’analyses empiriques issues de travaux doctoraux ainsi que de résultats préliminaires d’une recherche en cours, cette communication vise à discuter des divers enjeux entourant la citoyenneté des femmes âgées, leur participation sociale et politique, en lien avec le travail de care qu’elles accomplissent au sein de divers lieux (sphères privées et de proximité, organisations et communautés) et auprès de divers acteurs.

Résumé
10 h 00
La nécessité de réhumaniser les travailleuses domestiques migrantes au Canada
Myriam Dumont Robillard (Université McGill)

Malgré leur apport considérable à notre société, les récents changements législatifs concernant les travailleuses domestiques migrantes démontrent une tendance gouvernementale vers une plus grande précarisation de ces travailleuses du care qui doivent opérer dans un contexte de travail non libre. Cette tendance s’inscrit dans un courant idéologique conceptualisant les programmes de travail migrant temporaire en termes utilitaristes fondés sur la « réalité » des marchés internationaux du travail. Un tel discours mène à justifier un cadre normatif qui viole les droits fondamentaux des travailleuses et qui maintient les inégalités globales. Dans ce contexte, cette communication propose un cadre théorique d’analyse de la législation des travailleuses domestiques migrantes basé sur la dignité humaine afin de mettre en lumière à la fois la réalité telle que vécue par celles-ci ainsi que les forces responsables de la création de ces expériences et des rapports de pouvoir qui les sous-tendent. Ultimement, il convient de reconnaître que le financement du travail de care permettant aux femmes du Nord le plein accès au marché du travail ne doit pas s’effectuer au détriment des conditions de vie et de travail d’autres femmes, même si cela signifie une complète réorganisation de la division internationale du travail reproductif. 

Résumé
10 h 45 à 12 h 15
Communications orales
Deuxième période
Présidence/Animation : Anne-Renée Gravel (TÉLUQ - Université du Québec)
Batiment : UQO L.-Brault
Local : B1004
10 h 45
Penser les divisions du travail de care salarié : le cas des préposées aux bénéficiaires dans les ressources intermédiaires à Montréal
Corynne Laurence-Ruel (UdeM - Université de Montréal)

Notre communication expose les résultats d’une récente recherche qui a porté sur le travail des préposées aux bénéficiaires dans les ressources intermédiaires (RI) à Montréal. Malgré le contexte de pénurie de main-d’œuvre qui touche sévèrement le réseau des RI en forte expansion depuis les dix dernières années, leur travail n’a pas encore fait l’objet d’une étude empirique. Notre objectif est donc de contribuer à la sociologie de ce métier de care en examinant le cas des RI et, plus précisément, les expériences des travailleuses concernées qui sont largement féminisées et racisées. En regard des principaux constats issus de la littérature féministe, nous discuterons les résultats de notre enquête concernant : 1) leurs conditions d’emploi ; 2) leur activité de travail et leurs tâches quotidiennes ; 3) leur rapport au travail, soit les manières dont elles l’investissent positivement et négativement. D’un point de vue théorique, cette recherche se propose de saisir, à la lumière d’une grille de lecture féministe matérialiste et des analyses en termes de « division raciale du travail reproductif » (Nakano Glenn, 1992 ; Duffy, 2011), les caractéristiques de leur travail dans le cadre des continuités des divisions sexuelle et raciale du travail au sein du rapport salarial et institutionnel.

Résumé
11 h 15
Représentation collective et qualification du travail dans les services d’aide à domicile au Québec et en Outaouais : comparaison entre secteur public, chèque emploi-service, économie sociale et agences privées
Louise Boivin (UQO - Université du Québec en Outaouais)

La dernière réforme, menée au Québec en 2015 sous l’égide de l’ancien ministre Gaétan Barrette, accroit la place des prestataires privés dans les services d’aide à domicile et les met principalement en concurrence autour des coûts du travail. Parallèlement, dans le secteur public, la gestion toyotiste contribue à l’intensification du travail des auxiliaires aux services de santé et sociaux. Les études féministes sur le travail rémunéré de care dans l’aide à domicile expliquent sa faible qualification par deux facteurs. D’une part, la prégnance de conceptions sexuées et racisées perpétue la naturalisation des savoir-faire requis pour ce travail à forte dimension relationnelle auprès des personnes aînées et en situation de handicap (Kergoat, 2010; Scrinzi, 2013). D’autre part, le faible pouvoir collectif des travailleuses rend difficile la rupture avec ces conceptions et la négociation de leur qualification professionnelle (Boivin, 2013; Pinard, 2018). Notre communication présente les résultats d’une étude empirique partant de ce cadre d’analyse pour comparer la qualification du travail dans les services publics et privés d’aide à domicile au Québec et en Outaouais, et ce à partir de sources de données quantitatives (heures de services selon les types de prestataires, taux salariaux, présence syndicale) et qualitatives (tâches et formations exigées).

Résumé
11 h 45
À la recherche d’un régime de rapports collectifs de travail favorisant l’exercice véritable des droits syndicaux des travailleuses domestiques : quelques inspirations nord-américaines
Anne-Julie Rolland (Centrale des syndicats du Québec)

Il est bien documenté que les travailleuses domestiques rencontrent plusieurs obstacles lorsqu’elles tentent de se syndiquer en mobilisant les régimes institutionnalisés de rapports collectifs de travail. Au Québec, ces travailleuses sont exclues de facto du champ d’application du Code du travail puisque les postulats sur lesquels celui-ci s’appuie font en sorte de le rendre inadéquat à la réalité du travail domestique, hautement féminisé et souffrant d’invisibilité économique et sociale. Nous proposons de soulever des pistes de solutions face au vide juridique dans lequel se retrouvent les travailleuses domestiques en matière de régulation des rapports collectifs de travail. Pour ce faire, à l’aide d’un modèle triptyque développé par l’auteur Rodrigue Blouin, trois régimes particuliers de syndicalisation nord-américains existant en marge du modèle Wagner dans le secteur de la garde d’enfants et des soins et des services à domicile seront présentés. Cet exercice permettra de déterminer certaines caractéristiques que pourrait revêtir un régime adapté aux travailleuses domestiques au Québec.

Résumé
Dîner
12 h 15 à 13 h 30
Dîner
Dîner
Batiment : UQO L.-Brault
Local : B1004
Après-midi
13 h 30 à 14 h 30
Communications orales
Troisième période
Présidence/Animation : Louise Boivin (UQO - Université du Québec en Outaouais)
Batiment : UQO L.-Brault
Local : B1004
13 h 30
Un cadre d’analyse féministe pour étudier le rapport entre travail de care et qualité des soins
Marie-Hélène Verville (UQO - Université du Québec en Outaouais)

Depuis une quarantaine d’années, des chercheuses féministes – sociologues du travail, anthropologues, politicologues, etc. ─ se sont attelées à circonscrire ce qu’on appelle désormais le travail de care. Elles ont généré une riche littérature pour rendre compte de ce travail. Dans cette communication, nous présentons un cadre d’analyse multidisciplinaire construit à partir des écrits de trois d’entre elles, qui vise à rompre avec l’invisibilisation de plusieurs facettes de ce labeur. Ce cadre servira à une future analyse du rapport entre travail rémunéré de care et qualité des services dans le secteur de l’aide à domicile au Québec, travail ayant la particularité de se situer aux frontières des sphères professionnelle et domestique. Pour la première, Tronto (1993), le care est toujours relationnel ; il prend sa place comme une activité centrale à la vie humaine. L’analyse de la seconde, Saillant (1991, 1992), fait apparaitre la richesse et la complexité des soins; si ceux-ci doivent favoriser le retour à l’indépendance, cela demande la reconnaissance de notre interdépendance. Enfin, Kergoat (2010), met de l’avant la déqualification des travailleuses du care entendue comme étant expression des rapports sociaux de sexe; le travail est déqualifié parce qu’assimilé aux tâches assignées aux femmes et pour lesquelles elles posséderaient des qualités « naturelles ».

Résumé
14 h 00
Proche aidance au féminin : le ressenti des aidantes qui concilient vie professionnelle et responsabilités de soins
Mélanie GAGNON (UQAR - Université du Québec à Rimouski), Catherine Beaudry (Université du Québec à Rimouski (UQAR))

Cette communication s’attache à comprendre les besoins des aidantes de même que la manière dont elles vivent le conflit entre leur vie professionnelle et les soins. Au Québec, il s’opère un transfert des responsabilités relatives aux services publics de santé vers les familles. L’aide et les soins prodigués aux personnes ayant une incapacité sont de plus en plus assumés par les personnes proches aidantes qui sont des membres de leur famille ou des amis. La proportion quasi équivalente de femmes et d’hommes parmi les personnes proches aidantes au Canada fait office de paravent quant à la contribution selon le genre. Rendant compte de 42 témoignages capturés par l’entremise d’entretiens semi-dirigés, les résultats révèlent que les solidarités familiales reposent en majeure partie sur les épaules des aidantes. La façon dont elles composent avec leurs responsabilités d’aidantes et leur vie professionnelle fait ressortir des similitudes au regard des difficultés qu’elles rencontrent. Les pratiques organisationnelles axées sur les responsabilités individuelles donnent lieu à pénalités professionnelles, à des inégalités de genre et nuisent à une réelle conciliation de tous les temps sociaux. L’analyse met aussi en lumière que les aidantes en emploi vivent différemment la conciliation de leurs rôles, points de divergences exprimés par une typologie d’aidantes en emploi.

Résumé
14 h 30 à 16 h 00
Panel
Travail de « care » et personnes proches aidantes
Présidence/Animation : Louise Boivin (UQO - Université du Québec en Outaouais)
Participants : Josiane Garand (Repit Le Zephyr), Isabelle Corbeil (organisme communautaire Répit le Zéphyr), Isabelle COURCY (UQAM - Université du Québec à Montréal), Anne-Renée Gravel (TÉLUQ - Université du Québec)
Batiment : UQO L.-Brault
Local : B1004
15 h 30
Période de questions