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424 - Genre, féminismes et développement : une trilogie en construction

Le vendredi 31 mai 2019

Les études en genre et développement font partie intégrante de la conversation et des relations en cours entre universitaires et activistes, chercheuses et praticien/nes. Ce champ d’études a vu le jour en raison de préoccupations quant à la façon dont les autres domaines de recherche ignoraient ou déformaient l’histoire, les enjeux, les théories, les expériences ainsi que les perspectives des femmes. Ce domaine d’études interdisciplinaires et multidisciplinaires explore le genre comme construction sociale et culturelle, de même que le statut social et les contributions des femmes à la société, ainsi que les hiérarchies et relations de pouvoir à l’œuvre dans des sociétés et des époques différentes. Émergeant d’abord sous la forme de cours intégrés à des programmes existants, ces études ont été constituées en programmes de premier et de deuxième cycle universitaire dans les années 1980. Dans ce congrès, nous faisons le point sur l’adoption de l’approche féministe par les théoricien/nes et praticien/nes du développement rattaché aux courants et aux institutions dominantes. Il s’agit également d’évaluer si et comment de nouvelles pratiques féministes ont été théorisées dans les deux dernières décennies. Enfin, nous tentons de comprendre le rôle actuel des perspectives féministes dans les débats en développement international : ont-elles réussi à réduire les inégalités hommes-femmes en développement international et, si oui, comment?

Le genre y est considéré comme résultant d’un processus historique changeant et complexe, construit par les institutions économiques, sociales et culturelles, et les construisant à son tour. Les relations de genre désignent les rapports sociaux, notamment les inégalités entre les hommes et les femmes, mais aussi entre ceux/celles-ci et d’autres catégories sociales (de classe, de « race » ou d’ethnie, de religion, d’incapacité, etc.). Bien que conditionnées par les normes économiques, sociales et politiques prévalentes dans un temps et un espace donnés, ces relations sont dynamiques et, à ce titre, modifiables. Par ailleurs, le genre renvoie aux émotions, un puissant marqueur des stéréotypes de sexe, et aux identités mouvantes liées à des féminités et à des masculinités divergentes qui, au-delà de ces dualités, comprennent désormais les réalités transgenres (Connell, 2012). Attiré/es par ce sujet d’étude, souvent en raison de leur sensibilité politique à l’égard de la justice de genre, les universitaires et les praticien/nes du développement considèrent que la notion de genre est indispensable tant d’un point de vue politique que théorique pour comprendre non seulement les tensions et divisions qui traversent le domaine du développement international, mais aussi les inégalités de sexe et leurs intersections avec d’autres systèmes d’oppression (racisme, classisme, capacitisme, etc.) qui touchent à des degrés divers toutes les sociétés.

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Remerciements

Le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada

RéQEF - Réseau québécois en études féministes

Les Presses de l'Université d'Ottawa

Colloque
Section 400 - Sciences sociales
Responsables
Charmain Levy
UQO - Université du Québec en Outaouais
Université d’Ottawa
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Avant-midi
09 h 00 à 10 h 00
Communications orales
Ouverture
Présidence/Animation : Andrea Martinez (Université d’Ottawa)
Discutant : Charmain Levy (UQO - Université du Québec en Outaouais)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0218
09 h 00
Mot de bienvenue
09 h 15
Fractures et leçons des paradigmes dominants
Marie France Labrecque (Université Laval)

Malgré les différents mots d’ordre du développement international au cours des cinquante dernières années, ses paradigmes fondamentaux, dont celui de la croissance économique, montrent une singulière continuité. Par contre, la rencontre du développement international avec le paradigme de l’égalité entre les femmes et les hommes semble introduire une certaine fracture au sein des modèles dominants et un véritable potentiel de changement. Cette rencontre présente en effet une particularité, soit celle de s’alimenter à des cadres théoriques et conceptuels qui ne relèvent pas de la science économique mais bien du féminisme et des mouvements sociaux qui le soutiennent. Dans cette communication, tout en m’inspirant des approches décoloniales et du féminisme intersectionnel, j’entends montrer comment le paradigme de la croissance économique n’a pas été nécessairement bénéfique pour les femmes des pays aujourd’hui dits « en développement ». Je tenterai d’expliquer comment le paradigme de l’égalité entre les femmes et les hommes s’est introduit dans les approches du développement, et aussi comment il a été interprété et souvent redéfini au cours des dernières décennies. Je m’interrogerai, en conclusion, sur l’avenir du développement et sur les formes que prendra la rencontre des différentes stratégies et objectifs de développement durable avec le paradigme de l’égalité.

Résumé
09 h 45
Comment est-il possible de concilier le développement international et un discours sur l’égalité des genres selon les approches féministes postcoloniales ?
Katherine Gagnon (Université d’Ottawa)

Les questions sur le genre font partie intégrante des différentes conversations dans le domaine du développement international. Plusieurs académiciens.n.es ont critiqué la blancheur et l’occidentalisme de l’approche féministe dans le développement, le caractère colonial de celui-ci et le manque de volonté des practien.n.es de reconnaitre les voix dissidentes dans la pratique. Face à cette impasse, une des questions qui restent en suspens est de savoir s’il est possible de pratiquer le développement international tout en respectant les perspectives féministes postcoloniales.

Les chercheur.es postcoloniales et des ‘Suds’ semblent optimistes quant aux possibilités d’intégrer une vision plus juste, diversifiée et durable au développement international. Ces perspectives se traduisent par l’adoption de la pluriversalité dans notre conception du développement et des enjeux qui en découlent. L’approche ‘pluriverselle’ permettrait d’ébranler les conceptions acquises pour laisser place à une négociation des diverses réalités et des discours. Non seulement la pluriversalité mettrait en valeur les voix issues des diverses organisations locales luttant pour l’égalité des genres, mais faciliterait la mobilisation et la représentation locale des intérêts de celles-ci. En changeant la manière dont le développement est conceptualisé et les canaux empruntés pour distribuer l’aide, l’empreinte coloniale serait contestée, voire même réduite.

Résumé
10 h 15 à 12 h 15
Communications orales
Enjeux et perspectives en genre, santé et territoire
Présidence/Animation : Marie-Neige Laperrière (UQO - Université du Québec en Outaouais)
Discutant : Kerline Joseph (ISTEAH, CRIEC ), Nora Nagels (UQAM - Université du Québec à Montréal), Anne Calves (UdeM - Université de Montréal), Isabelle Auclair (Université Laval)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0218
10 h 20
Santé reproductive et développement : Les défis de la mise en œuvre d’un programme féministe
Anne Calves (UdeM - Université de Montréal)

Grâce à une action efficace des réseaux féministes transnationaux, la communauté internationale a ratifié un Programme d’action historique lors de la 3èmeConférence internationale sur la population et le développement qui s'est tenue au Caire en 1994.  L’approche de la « santé reproductive » qui y est adoptée va au-delà du simple accès à la contraception pour contrôler la fécondité dans les pays du Sud. Elle vise plutôt à promouvoir une meilleure santé en matière de sexualité et de reproduction, y compris parmi les jeunes.  De fait, cette vision large de la reproduction place les droits sexuels et génésiques des femmes et les rapports de genre au cœur des problématiques de population. Malgré une adhésion initiale forte des gouvernements et des bailleurs de fonds, la mise œuvre du Programme d’action s’est révélée difficile.  Aux défis financiers, se sont ajoutés notamment le manque de volonté politique, les barrières culturelles, et l’opposition idéologique des conservateurs politiques et religieux. Plus de 20 ans après les engagements pris au Caire et malgré quelques succès, le bilan est globalement décevant. Pour autant les féministes, au Nord comme au Sud, ne désarment pas et poursuivent avec détermination leur combat pour promouvoir la santé reproductive.

Résumé
10 h 35
Femmes, travail du care et néocolonialisme
Nora Nagels (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Dès la fin des années 1990, les programmes de transferts conditionnés (PTC) sont l’un des instruments qui opérationnalisent l’approche de développement humain promues par les institutions internationales de développement. Il s’agit de transferts financiers accordés aux mères de familles pauvres et dont l’octroi est conditionnel à la scolarisation et au suivi sanitaire de la petite enfance et de la maternité. Les PTC visent deux objectifs : à court terme, diminuer la pauvreté en augmentant les liquidités des foyers ; et à long terme, rompre le cycle intergénérationnel de la pauvreté en augmentant le capital humain des générations futures. Depuis le lancement, presque tous les pays d’Amérique latine ont adopté ce type de programmes. Élaborés dans la foulée des conférences des Nations Unies consacrées aux femmes et de l’ascension du féminisme mondial (Levitt et Merry, 2009), les PTC intègrent des enjeux « femmes et pauvreté » et de genre. Cependant, en mobilisant le concept de genre dans une perspective féministe critique, cette contribution montre que les PTC se traduisent par un renforcement des inégalités de genre et des inégalités ethniques. D’abord parce qu’ils sont maternalistes et perpétuent la division sexuelle traditionnelle du travail, ensuite parce qu’ils sont néocoloniaux et stigmatisent les populations autochtones.

Résumé
10 h 50
Violences de genre et stratégies de résistance
Isabelle Auclair (Université Laval)

Tout en reconnaissant l’importance des violences genrées au niveau international, force est de constater que certains contextes participent à leur intensification.Pour plusieurs raisons interreliées, les enjeux du développement international et de l’action humanitaire (pauvreté, conflit, etc.) contribuent à la mise en place de conditions permettant la multiplication des abus contre les droits humains des femmes. Dans ces contextes, les violences deviennent une problématique transversale. Au cours des dernières décennies, plutôt que de se résorber, les violences genrées sont en augmentation et elles demeurent un élément central dans les revendications et les recherches féministes. Dans cette optique, le présent chapitre à comme objectifs la familiarisation avec la généalogie et les principaux instruments internationaux concernant les violences de genre; le développement d’une typologie des violences faites aux femmes et des violences de genre, et comprendre leur interrelation grâce au concept de continuum, et; la contextualisation des résistances aux violences de genre en prenant en compte l’intersection des rapports sociaux inégalitaires.

Résumé
11 h 05
Le développement, l’autonomisation et l’automatisation des femmes au cœur des initiatives du Groupe de réflexion et d’action pour une Haïti nouvelle (GRAHN)
Kerline Joseph (ISTEAH, CRIEC ), Caroline Andrew (Université d’Ottawa)

Les femmes en Haïti évoluent dans une certaine précarité et, dans la plupart des cas, elles sont mises à l’écart des lieux stratégiques décisionnels et de pouvoir. Or, les femmes haïtiennes constituent le pivot du cercle familial et endossent souvent le rôle de chef de famille. Dans ce contexte, comment peuvent-elles faire fi du phénomène de la construction sociale et aspirer à endosser un rôle d’agentes de changement et d’actrices de développement? Quel pourrait être l’apport de la diaspora dans un contexte de développement international? En Haïti, la zone rurale rime la plupart du temps avec sévère précarité des conditions socio-économiques. Conscient de cette dure réalité, le GRAHN se mobilise pour mettre en place, en pleine région, une structure pluridimensionnelle, soit le village de la Cité du savoir qui sera constitué de plus d’une quinzaine d’édifices couvrant quatre secteurs: universitaire, scolaire, services et agriculture, en vue de répondre à des besoins criants de la population générale. Nous chercherons à déterminer comment et à quel niveau le GRAHN s’évertue-t-il à intégrer de manière systématique et transversale dans toutes les étapes de développement et de mise en œuvre de ses initiatives, dont celle du Village, l’analyse différenciée selon les sexes.

Résumé
11 h 25
Territoire, développement et rapports sociaux de sexes : une trilogie à géométrie variable
Denyse Côté (UQO - Université du Québec en Outaouais)

Tout développement se fait sur un territoire précis et comprend des retombées en matière de rapports sociaux de sexes. Comme d’autres paramètres sociaux, les divisions sexuées se retrouvent en effet au fondement de l’organisation territoriale. Cette communication aborde les questions du développement, des rapports femmes-hommes sous l’angle de l’espace géographique, qui comporte aussi, rappelons-le, des spécificités sociale, culturelle, économique et politique. Le territoire exerce une fonction à la fois matérielle et identitaire, tout le monde y accédant dans des conditions et avec une reconnaissance différentes. Le territoire restreint réfère à un territoire à échelle réduite, également connu sous le vocable local. Il réfère généralement à l’espace public, organisé par les hommes, alors que l’espace privé réfère au domaine familial généralement organisé par les femmes. Façonné par la sexualisation, ce dualisme espace public/espace privé ne produit pas nécessairement des figures antagoniques de l’homme libre et de la femme captive. Cependant, les fonctions sociales des femmes les amènent à fréquenter des espaces généralement différents de ceux des hommes : elles ne se déplacent pas partout en liberté de corps et d’esprit. Ces interdits sociaux varient en fonction des différences femmes-hommes, mais aussi d’autres distinctions sociales ou culturelles. Trois cas de développement territorial sont abordés dans cette communication, dans trois régions du globe.

Résumé
Dîner
12 h 15 à 13 h 15
Dîner
Dîner de réseautage et socialisation
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0218
Après-midi
13 h 15 à 15 h 30
Communications orales
Genre, droits et citoyenneté
Présidence/Animation : Marie-Josée Massicotte (Université d’Ottawa)
Discutant : Ablan Nadège N'guessan (Université d’Ottawa), Safaa Monqid (Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle), Denyse Côté (UQO - Université du Québec en Outaouais), Andrea Martinez (Université d’Ottawa)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0218
13 h 15
Femmes, droits et participation citoyenne au Machrek, au Maghreb et en Turquie
Safaa Monqid (Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle)

Les mouvements protestataires dans les pays du monde arabe et en Turquie furent marqués par la présence importante des femmes sur la scène politique et médiatique. Défiant tous les tabous, elles se sont imposées comme les actrices principales de ces manifestations au même titre que les hommes ; et ont montré leur capacité à s’organiser et à se mobiliser pour le respect de leurs droits fondamentaux. Les femmes dans ces pays ont toujours fait preuve d’initiative et de combativité, malgré un contexte qui leur est souvent défavorable. Elles jouent un rôle essentiel dans l’organisation familiale, communautaire, locale et nationale ; mobilisent des ressources pour faire entendre leur voix et leurs revendications. Elles sont au cœur des luttes politiques et sociales.

Ainsi, il s’agira dans cette contribution, de présenter les dynamiques d’émancipation féminine et leurs spécificités au Machrek, au Maghreb et en Turquie. Un développement particulier sera porté à l’ancrage historique des mouvements des femmes. Il nous permettra d’en déceler les éléments déclencheurs, les conditions d’émergence ainsi que les obstacles rencontrés. Les concepts mobilisés ont autant trait à la condition des femmes, comme leurs mouvements, leurs féminismes ou leurs droits, qu’aux contextes dans lesquels elle s’inscrit, comme la laïcité, la montée du populisme musulman, les luttes anticoloniales, le nationalisme, l’agency ou l’espace public.

Résumé
13 h 35
L’agriculture urbaine et périurbaine au Brésil, pierre angulaire des droits fonciers des femmes marginalisées
Andrea Martinez (Université d’Ottawa)

Ce chapitre propose de (re)découvrir la multifonctionnalité des droits fonciers et leurs liens avec les droits socio-économiques des femmes des pays des Suds en général, et du Brésil en particulier.  Par-delà l’examen des inégalités systémiques en matière d’accès et de droit à la terre au Brésil, les auteures s’intéressent au rôle des femmes dans les mouvements de lutte pour la terre, et notamment à leurs stratégies de résistance et de survie. A travers les témoignages d’une cinquantaine de femmes vivant dans les favelas de Recife et de Fortaleza, deux villes de la région du Nordeste, elles offrent une analyse située de la pratique de l’agriculture urbaine et périurbaine (AUP) comme stratégie d’autonomisation collective. L’AUP a peu ou pas d’incidence sur le pouvoir économique ou la sécurité alimentaire de ces femmes. Sa force réside plutôt dans sa capacité à rompre l’isolement et à s’émanciper sur les plans individuel (pouvoir sur soi) et relationnel (pouvoir avec). Ainsi, la mise en place de projets collectifs  favorise une transformation sociale reconnaissable à l’amélioration de la qualité de vie, et de la santé des femmes elles-mêmes et de leurs communautés. Toutefois, il leur faut encore relever le défi de l’intersectionnalité. Car, à l’instar d’autres secteurs de l’économie sociale et solidaire, les positionnements et les perspectives critiques des femmes noires et autochtones semblent pour l’instant échapper aux revendications des femmes du mouvement associatif d’AUP.

Résumé
13 h 55
Genre, citoyenneté, et accès à la terre en Côte-d'Ivoire: cas des agricultrices ivoiriennes d'origine burkinabé de Koudougou
Ablan Nadège N'guessan (Université d’Ottawa)

La question de la place des femmes dans l'agriculture et de leur accès à la terre en Afrique a
fait l'objet d'une abondante littérature (Boserup 1970; Golath et Tsikata 2010; Verschuur et al.
2012 ;Gray et Kevane 1999 ; Chu 2011). La recherche présentée dans le cadre de cette
communication s'inscrit dans le même thème mais l'aborde sous un angle différent. Il s'agit de
s'interroger sur les modalités d'accès à la terre pour des agricultrices d'origine étrangère. Si pour les
agricultrices natives du pays, les modalités d'accès sont difficiles pour multiples raisons (cf auteurs
précedents), elles le sont davantage pour celles qui ont immigrées ou qui sont descendantes
d'immigrés même si elles ou leurs parents ont acquis la citoyenneté ivoirienne. Aussi, comment
accèdent-elles à la terre dans un contexte ou le pluralisme juridique, les conflits fonciers entre
nationaux et allogènes, les doutes sur leur citoyenneté ivoirienne et les modalités de leur installation
sur le territoire que leur communauté occupe actuellement rendent cet accès problématique ?
Dans cette étude, je montrerai à travers l'expérience des femmes de Koudougou, expérience
saisie par le biais d' une observation participante et de groupes de discussion, que l'enjeu majeur
pour ces agricultrices ivoiriennes d'origine étrangère, est la jouissance entière de leurs droits de
citoyennes, dans la mesure où les modalités d' accès à la terre sont imbriquées dans des facteurs
culturels, politiques, sociaux, économiques et de genre.

Résumé
14 h 15
Genre, villes et développement : regard sur l’Afrique subsaharienne
Emilie Pinard (Université Laurentienne de Sudbury)

Cette présentation examine la manière dont se jouent les rapports de genre dans les villes des pays en développement, en portant un regard plus spécifique sur l’Afrique subsaharienne et l’urbanisation informelle qui caractérise la plupart de ses villes. Suite à un bref portrait des dynamiques urbaines particulières à la région, nous présenterons deux cadres d’analyse complémentaires récents, fondés sur les réalités quotidiennes des femmes dans les villes du Sud. Ces cadres sont prometteurs en ce qu’ils permettent de conceptualiser, à différentes échelles, l’ensemble des inégalités structurant les rapports de genre dans la ville, mais aussi de concevoir des voies vers une transformation conjuguée de la ville et des rapports de genre. À partir d’un état des connaissances, d’observations tirées de nos recherches terrain et d’un examen des politiques urbaines des principaux joueurs internationaux, nous mettrons ainsi en lumière les défis quotidiens vécus par la majorité des citadines africaines, ainsi que la complexité et le caractère systémique des inégalités de genre en milieu urbain informel. En conclusion, nous présenterons différentes initiatives individuelles et collectives mises en œuvre par les femmes afin de transformer leur condition,revendiquer leur droit à la ville et construire une ville plus juste et plus inclusive.

Résumé
14 h 35
Genre, mouvements des femmes et changements sociopolitiques dans les Suds : le cas du Brésil
Charmain Levy (UQO - Université du Québec en Outaouais), Simone Bohn (Université York)

La présente communication expose la contribution du mouvement des femmes au façonnement du discours politique et des politiques gouvernementales dans les pays des Suds, à travers ses revendications, ses stratégies et ses luttes contre les inégalités fondées sur le genre. Le cas du Brésil est ici étudié pour illustrer le rôle –indirect, il est vrai – du militantisme des femmes dans le redressement d’un modèle de développement inéquitable qui engendre la marginalisation politique et socioéconomique de multitudes d’individus dans ces pays.

Résumé
15 h 30 à 17 h 00
Communications orales
Genre, éducation, culture et gestion
Discutant : Kerline Joseph (ISTEAH, CRIEC )
Participants : Isabelle Auclair (Université Laval), Emilie Pinard (Université Laurentienne de Sudbury), Isabelle Collet (Université de Genève), Sophie Brière (Université Laval), Sophie Mireille LAVOIE (UNB - University of New Brunswick)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0218
15 h 30
La scolarisation des filles et des garçons dans le monde : des parcours inégaux, marqués par la division sociosexuée des savoirs
Isabelle Collet (Université de Genève)

L’accès à l’éducation et la répartition des différents champs de savoirs entre les différents groupes sociaux sont de bons indicateurs du rapport dominant/dominé·e d’une société. Cette communication portera tout d’abord sur les différences dans la scolarisation des filles et des garçons dans le monde. Aujourd’hui, malgré les accords de l’UNESCO, un tiers des pays n’ont pas encore atteint la parité à l’école primaire. Les filles des pays des suds rencontrent de nombreux obstacles sur le chemin de l’école, tant symboliques que réels. L’absence de parité reste fortement corrélée avec la pauvreté globale du pays, avec des disparités nationales importantes, influencées par l’ethnicité, la classe sociale et le lieu d’habitation. Toutefois, dans quelques pays des suds comme en occident, les filles sont légèrement avantagées au secondaire, par rapport aux garçons. Mais, quelles que soient les possibilités d’accès, la scolarisation des filles et des garçons reste fortement marquée par la division sociosexuée des savoirs. En particulier, l’accès à la science et aux techniques est plus ouvert pour les garçons et les enfants issus des milieux les plus favorisés. Dans certains pays des suds considèrent que des métiers scientifiques sont tout à fait appropriés pour des femmes de milieux socioprofessionnels aisés.

Résumé
15 h 50
Genres, images et développement : la télé et le cinéma en Inde et au Brésil
Sophie Mireille LAVOIE (UNB - University of New Brunswick)

Genre médiatique longtemps dénigré par la critique, la telenovela brésilienne jouit d’une popularité insolite dans ce pays avec une véritable industrie à telenovelas, dont la formule médiatique s’exporte maintenant à l’international. Loin de demeurer une simple diversion quotidienne pour les familles brésiliennes, la telenovela joue un rôle remarqué dans les transformations sociales vécues par les femmes dans le pays depuis les trente dernières années. Cette communication examinera le phénomène des telenovelas au Brésil pour ensuite analyser ses conséquences directes sur la vie des femmes de ce pays.

Résumé
16 h 10
Outils d’intégration de la perspective de genre dans les activités, les projets et les programmes de développement
Sophie Brière (Université Laval), Isabelle Auclair (Université Laval)

Malgré les efforts notables des dernières décennies pour intégrer la perspective de genre dans les projets et les programmes de développement international et d’action humanitaire (DIAH), la transversalisation de l’approche de genre, souvent utilisée par des spécialistes de la question, demeure une stratégie méconnue. Pourtant, si l’on veut l’implanter avec pertinence, l’approche transversale doit être adoptée par l’ensemble des membres de l’organisation qui met en œuvre le projet. En effet, elle vise à prendre en compte les dimensions spécifiques aux femmes et aux hommes dans tout le cycle de vie d’un projet. Dans une perspective de vulgarisation et de partage des connaissances, la présente communication veut démontrer la pertinence de la transversalisation de l’approche de genre, tout en introduisant les concepts clés qui la définissent et la guident. Cette communication vise ainsi à démystifier la conception et la gestion de projets sensibles au genre en proposant des outils pour chacune des étapes du cycle de vie d'un projet ou programme. Cette démarche, en plus d’outiller les personnes qui conçoivent et gèrent des projets ou programmes de développement, met en exergue la profondeur de l’analyse requise par la perspective de genre ainsi que les stratégies d’intervention nécessaires avec l’équipe et les parties prenantes du projet.  

Résumé
16 h 30
L’exclusion des femmes de la minorité Hani, dans la province du Yunnan, en Chine
Sophie Corneau (Université d’Ottawa)

Dans le contexte chinois, où les libertés individuelles sont limitées, l’expression des questions de genre est encadrée de manière rigide. Certaines thématiques sont plus ouvertement abordées, certaines sont complètement ignorées alors que d’autres se retrouvent simplement dans des angles morts de l’analyse féministe. Ainsi, afin de remédier à cette invisibilisation des perspectives des femmes minorisées, je me suis intéressée à l’impact différentié selon le genre de l’implantation d’un projet de plantation fruitière sur les modes de vie de la minorité Hani, dans la province du Yunnan, en Chine. Parmi les résultats préliminaires, j’aborderai la question de l’exclusion des femmes des canaux de communication et l’impact que cela a sur l’émancipation et la participation des femmes. La Chine suit la tendance mondiale en reconnaissant que les femmes doivent être des actrices actives au sein des projets de développement et qu’une perspective tenant compte du genre doit être incluse dans les différents projets de développement. Il demeure néanmoins que la manière dont les femmes sont incluses prend peu en compte les rapports sociaux inégalitaires pouvant être basés sur le genre, l’âge, l’appartenance ethnique ou la classe. La question de la participation des femmes aux projets de développement en milieu rural en Chine sera abordée dans une perspective intersectionnelle, tout en prenant en considération le contexte sociopolitique dans lequel il s’insère

Résumé
Soir
17 h 30 à 19 h 00
Cocktail
Lancement du livre Genre, féminismes et développement : une triologie en construction
Présidence/Animation : Charmain Levy (UQO - Université du Québec en Outaouais)
Discutant : Andrea Martinez (Université d’Ottawa)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0208