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316 - Adresses américaines

Le lundi 27 mai 2019

Les littératures donnent à lire des processus de transport, d’échanges mais aussi d’offrandes et de dons très particuliers. Ce qui se présente comme une communication différée à destination aléatoire (Viala) pose des questions fondamentales : la lecture participe-t-elle toujours d’une circularité qui complète l’écriture et lui est nécessaire? Que penser des destinataires absents, des cibles manquées ou des parades intéressées? Le régime littéraire forcerait alors à composer avec un double don : celui de la littérature elle-même – essentiel, surplombant et général – et celui de quelques-uns de ses textes, nommément donnés et destinés, qui affichent leurs donataires par des mentions plus ou moins discrètes.

Or, parmi toutes les littératures nationales qui composent la Weltliteratur (Goethe), il en est peu qui présentent des échanges plus complexes que ceux qui opposent les productions de l’Ancien et du Nouveau Monde. Ce sont ces échanges particuliers entre l’Amérique et l’Europe qui nous intéresseront ici : offres et offrandes, dons et réclamations, envois et dédicaces, par-delà un océan qui unit au moins autant qu’il différencie. Ces adresses sont certes mues par des intérêts extralittéraires, mais ils nous disent peut-être également, en sous-main, ce qui fait le propre même de la littérature : un geste qui implique des surdités et des malentendus, des contingences et des libertés, des pouvoirs et des soumissions suffisamment riches et complexes pour donner à penser. 

Ce colloque vise une réflexion plus large sur l’américanité de la littérature française moderne où les rapports entre l’Amérique et l’Europe sont circonscrits moins dans l’histoire littéraire longitudinale et coloniale que le fait d’affinités et de relais entre les écrivains et les oeuvres. Les thématiques abordées, autour de l’adresse et des différentes formes de dons, permettent une vue dégagée des enjeux territoriaux et misent davantage sur les relations (Glissant) et le mouvement. 

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Colloque
Section 300 - Lettres, arts et sciences humaines
Responsables
Université Laval
Université d’Ottawa
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Avant-midi
09 h 00 à 10 h 30
Communications orales
Quesnel et Brault
Présidence/Animation : Nelson Charest (Université d’Ottawa)
Discutant : Arnaud Bernadet (Université McGill), Nathalie Watteyne (UdeS - Université de Sherbrooke)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : A0110
09 h 30
Transports et stratégies de mise en scène de soi: Joseph Quesnel (1746-1809) et le jeu des adresses multiples
Benoit Moncion (Cégep Édouard-Montpetit)

     Que ce soit dans sa correspondance ou dans de nombreux autres élans littéraires qui témoignent d’un penchant pour la polygraphie (Viala), Joseph Quesnel interpelle, prend à témoin et se met en scène.  Mais ce jeu de réfractions par lequel se reproduiraient dans ses textes les échos d’une vie littéraire n’est-il que pur fantasme ? Assurément, on peut y lire son goût pour une sociabilité héritée de la France des XVIIème et XVIIIème siècle, quand ça n’est pas un dépit réel qu’il n’hésite pas à exagérer pour des fins comiques, au plaisir d’un public avéré ou non, car l’auteur se déplait ici mais se plait à rire.  Pourtant, il persiste et échange quelques bons mots, des politesses, des conseils aux jeunes acteurs, des réprimandes amicales à un ami parti pour Québec, des hommages aux Messieurs de Saint-Sulpice… 

     Certes, l’œuvre de Quesnel est aussi en partie consacrée à se plaindre du sort qu’on lui réserve, du peu de cas que l’on fait des lettres pour reprendre ses propres mots. La société canadienne n’est pas alors en mesure de répondre à ses aspirations littéraires. Pourtant, et en dépit de cette bien timide réception, c’est par ses adresses, ses manières, peut-être même par ses parades desquelles il n’hésite pas à se moquer lui-même qu’il crée ce que la postérité reconnaîtra comme une première figure d’écrivain canadien. 

Résumé
10 h 00
Jacques Brault et la conversation poétique
Nathalie Watteyne (UdeS - Université de Sherbrooke)
10 h 30
Pause
11 h 00 à 12 h 30
Communications orales
Valéry, Saint-John Perse et Butor
Présidence/Animation : Nathalie Watteyne (UdeS - Université de Sherbrooke)
Discutant : Anne-Marie Fortier (Université Laval), Nelson Charest (Université d’Ottawa)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : A0110
11 h 00
"Gênes. Américaine depuis Colomb." Quelques _Rhumbs_ à Larbaud
Anne-Marie Fortier (Université Laval)
11 h 30
La dédicace retournée de Saint-John Perse
Nelson Charest (Université d’Ottawa)
12 h 00
L'épopée du détail -- _Mobile_ et _6 810 000 litres d'eau par seconde_ de Michel Butor
Arnaud Bernadet (Université McGill)

Dans ces « espèces de poèmes romanesques » ou plus exactement d’« études » qui suivent La Modification et Degrés, Michel Butor tend à inventer ce qu’il appelle une « poésie longue » (Entretiens, I) à la dimension de l’Amérique, spécialement de l’Amérique du Nord. Entre la mosaïque de Mobile (1962) inspirée par l’art populaire des courtepointes, et la stéréophonie de 6 810 000 litres d’eau par seconde (1965), ce « catalogue de bruits » qui met en dialogue aussi bien Chateaubriand que William Carlos Williams, l’enjeu est non seulement une nouvelle « grammaire du réel » capable de représenter l’« énormité » d’un continent et d’un peuple mais également une « diction » ou une « prosodie » qui trouveraient unité dans la goutte d’eau : une épopée du détail qui noue l’américanité à une logique du minuscule et de l’innombrable. Car « en dépit de l’immensité du Sud-Ouest » des USA par exemple, à la manière de Hugo ce sont toujours « de petites choses vues, entendues, senties, qui créent les impressions les plus durables » (Mobile) que tente de rendre à la fois visibles et audibles l’écrivain.

Résumé