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311 - Écrivaines et mondialisation

Le lundi 27 mai 2019

Dès la fin de la guerre froide, nous observons le surgissement d’un nouvel ordre géopolitique : la mondialisation (Dirlik, 2007; Freitag, 2008; Gélinas, 2000; Lewellen, 2002; Sassen, 2009). Ce changement entraîne aussi des métamorphoses culturelles, telles que la fin du postmodernisme, événement confirmé au début du 21e siècle (Hutcheon, 2002; Hassan, 2003; Ferrer, 2010). Pendant la même période, nous constatons que, du point de vue des études littéraires, de nombreux théoriciens se penchent de nouveau sur le concept de littérature mondiale (Casanova, 1999; Prendergast, 2004; Damrosch, 2003, 2011, 2014; Miller, 2011) et ouvrent les frontières afin de dépasser le point de vue occidental en intégrant la notion de mondialisation aux études littéraires (Patil, 2006; Saussy, 2006; Pizer, 2006; Gupta, 2009). Plusieurs chercheurs approfondissent aussi les relations entre littérature et traduction (Apter, 2013; Dyre, 2009; Xie et Shi, 2011; Chaudhuri, 2012; Morgan, 2013; Casanova, 2015), contestent le concept de canon littéraire (Insko, 2003; Kermode, 2004; Fishelov, 2010) et déclarent la naissance de l’âge hypercanonique (Damrosch, 2006). Cependant, à la même époque, nous constatons une tendance contraire par rapport aux écrivaines (Planté, 2003; Underwood et Bamman, 2016; Glorieux, 2017; Langlais, 2017). En effet, des publications récentes soulignent un phénomène de « déféminisation » (Langlais, 2017) de la littérature, soulignant même « un écart entre la présence de femmes écrivains dans la culture vécue et leur faible visibilité dans l’histoire littéraire » (Planté, 2003, p. 655). Ainsi, malgré les mouvements féministes observés depuis l’après-guerre et la récente redéfinition du canon littéraire, les écrivaines continueraient de devoir surmonter de nombreux obstacles afin de faire rayonner leurs œuvres. En faisant suite à ces constats, ce colloque se propose de susciter un regard critique sur les enjeux qui caractérisent la place des écrivaines dans la littérature mondiale.

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Remerciements

L'organisation de ce colloque est financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

Colloque
Section 300 - Lettres, arts et sciences humaines
Responsables
UQAM - Université du Québec à Montréal
UQAM - Université du Québec à Montréal
UQAM - Université du Québec à Montréal
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Avant-midi
10 h 00 à 12 h 00
Communications orales
Dialogues transculturels au féminin
Présidence/Animation : Roxane Maiorana (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : A0108
10 h 00
Mot de bienvenue
10 h 20
Éthique de la rencontre et pensée décoloniale : écrivaines amérindiennes et subsahariennes
Carmen MATA BARREIRO (Universidad Autónoma de Madrid )

Dans ce début du XXIe siècle, des écrivaines originaires de territoires perçus comme périphériques, tels que les univers amérindien et subsaharien, revendiquent non seulement l’espace de la parole et de la voix mais surtout la décolonisation et le décentrement de la pensée. Faisant partie des « Ateliers de la pensée » en Afrique (cf. Léonora Miano) ou participant à des expériences d’écritures croisées comme Aimititau ! Parlons-nous ! (2008) et Uashtessiu/ Lumière d’automne (2010), dans lesquelles les écrivaines amérindiennes Joséphine Bacon et Rita Mestokosho se sont engagées, elles invitent nos sociétés à faire un travail de mémoire et à s’engager dans la déconstruction de l’Histoire et de la langue.

Une posture critique et la volonté de penser et de construire ensemble le monde caractérisent cette démarche philosophique, politique et littéraire, nourrie par une éthique de la rencontre. Dans leurs textes, nous approfondirons des problématiques liées à l’articulation de l’universel et du singulier, à la pensée de l’en-commun et à des approches et des concepts qui aident à relire le monde.

Résumé
10 h 40
Féminins nihilistes et résistance : le parler-pute
Sabrina Clermont-Letendre (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Dans le cadre de cette communication j’entends discuter, à partir du parler-pute, des écrivaines francophones dans une perspective nihiliste et féministe. À partir du constat selon lequel l’Occident fonde sa philosophie sur le nihilisme et le dualisme, la mondialisation néolibérale, plutôt que de se détacher des anciennes tendances aux faux absolus, devient une tentative de reconstruction de catégories stables. Autrefois perçue comme un domaine masculin, la pensée nihiliste est aujourd’hui réarticulée par plusieurs écrivaines.

Il y a, dans l’écriture nihiliste au féminin une utilité confondante au déploiement d’un « je » prostitué. Le parler-pute est utile parce qu’il relève d’une grande violence et d’une des oppositions les plus fortes du système occidental : Ève et Marie. La pute, archétype de féminité, devient une entité particulièrement transgressive étant à la fois agente et produit.

Plusieurs écrivaines francophones posent un regard critique et nihiliste sur la société mondialisée par l’écriture de la putain. C’est ainsi que des personnages tels qu’Irène dans Femme nue, femme noire de Calixthe Beyala, d’Ève dans Ève de ses décombres d’Ananda Devi, de Mina dans Chair piment de Gisèle Pineau ou encore l’écrivaine-personnage Nelly Arcan, deviennent à la fois des femmes résistantes et résilientes face à la mondialisation qui tente de faire d’elles des images reproduites en série.

Résumé
11 h 00
Échanges transculturels chez Monique Proulx et Inês Pedrosa
Licia SOARES DE SOUZA (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Notre communication examinera les stratégies mises en place par Monique Proulx (Québec) et Inês Pedrosa (Portugal/Brésil) qui contribuent à fonder un activisme politique au féminin et à reconfigurer des systèmes littéraires et des imaginaires. Proulx milite pour la vitalité et l'enrichissement des productions québécoises, l'OQLF lui ayant d’ailleurs décerné le Mérite du français dans la culture en 2017. Avec Ce qu’il reste de moi (2015), elle montre comment le rêve de la « Folle Entreprise » de Jeanne Mance, qui préconisait l’union transculturelle des Colonisateurs et des Autochtones, renaît dans un Montréal contemporain. Des héros migrants méconnus deviennent des conteurs, chargés de maintenir les legs personnels et collectifs dans un espace charnière comme la métropole québécoise. Pedrosa, militante pour la décriminalisation de l’avortement et des causes LGBT, développe dans un roman qui se déroule en Salvador de Bahia, première capitale de la colonie la plus grande du Portugal, une trame d’échanges transculturels. Elle dialogue avec les textes d’Antonio Vieira, jésuite qui, comme Mance, avait des positions en faveur des droits des peuples autochtones, et critiquait les pratiques de l’esclavage et de l’Inquisition. Les deux écrivaines construisent des récits où les textes historiques, qui évoquent une mémoire de lutte ancestrale pour la transculturalité dans le Nouveau Monde, émergent pour motiver des réflexions sur les droits des minorités dans le contexte contemporain.

Résumé
11 h 20
La place des écrivaines autochtones dans la littérature mondiale
Rita Olivieri-Godet (Université Rennes 2, France)

Ce qui interpelle lorsqu’on examine la production des littératures amérindiennes francophones et lusophones, c’est la prise de parole des femmes autochtones et leur position d’avant-garde au sein de cette production littéraire. Les créations littéraires et artistiques autochtones actuelles au Brésil et au Québec sont traversées par l’émergence de voix de femmes dont les œuvres portent leur subjectivité féminine et un désir d’émancipation sociale et littéraire. Militantes et écrivaines, ces femmes essaient de se frayer un chemin au sein de nos sociétés occidentales par le biais de leur écriture, considérée comme un lieu utopique de survie et de résistance, et de leurs actions qui se reflètent dans leurs trajectoires organisationnelles. Elles mettent en scène des processus d’articulation des espaces qui permettent la circulation et la (re)contextualisation d’expériences et de cultures singulières. Notre communication examinera les stratégies mises en place par Eliane Potiguara (Brésil) et Natasha Kanapé Fontaine (Québec) qui contribuent à fonder de nouveaux paradigmes et à reconfigurer des systèmes littéraires et des imaginaires.

Résumé
11 h 40
Période de questions
Dîner
12 h 00 à 13 h 00
Dîner
Dîner
Batiment : UQO A.-Taché
Local : A0108
Après-midi
13 h 00 à 14 h 15
Communications orales
Figures européennes
Présidence/Animation : Silvia Sosa (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : A0108
13 h 00
L’avènement du féminisme en Turquie : Duygu Asena sur les pas de Simone de Beauvoir
Eylem AKSOY ALP (Université Hacettepe)

Simone de Beauvoir est sans aucune contestation la figure majeure de la seconde vague du féminisme en France et dans le monde. De la même manière, Duygu Asena peut être considérée comme la représentante en Turquie de cette nouvelle vague féministe. L’ouvrage culte, Le Deuxième sexe, met une trentaine d’années pour être traduit en turc à la fin des années 1970, avec bien du retard par rapport à l’œuvre de Camus ou de Sartre. Cette période coïncide avec l’éclosion de revues féminines dans lesquelles la journaliste et écrivaine Duygu Asena publie des articles abordant le féminisme. Son premier roman Kadının Adı Yok (1987), a fait l’objet de 40 éditions en un an, battant ainsi les records de publication et est devenu le manifeste du féminisme en Turquie. Duygu Asena a su embrasser dans cette œuvre les problèmes de la femme turque de toutes les couches sociales en insistant sur le fait que « même la femme libre peut subir la discrimination et la violence » et en discutant de la place secondaire des femmes dans la société turque.

Dans notre communication, nous essayerons de retracer le contour du féminisme en Turquie, dont la diffusion fut réalisée en grande partie grâce aux écrits de Duygu Asena, et de montrer le parallélisme des idées de cette écrivaine avec celles de Simone de Beauvoir. Ces deux écrivaines étant respectivement pionnières de cette nouvelle vague dans leur pays, elles ont toutes deux subi un processus de marginalisation de la part de leur société.

Résumé
13 h 20
La réception mondiale de L’Amie prodigieuse : un état des lieux
Mallory Trocadero (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Traduite en 42 langues, vendue à cinq millions d’exemplaires dans le monde, L’Amie prodigieuse de Elena Ferrante est le nouveau succès mondial. La saga suscite de vives réactions, allant de la louange au mépris. L’auteur.e a fait le choix de l’anonymat en 1991 : il s'agissait de la condition sine qua non à la publication de son premier roman. Si dans le premier temps de la réception c'est bien sa tétralogie qui est mise de l'avant, la question de l’anonymat prend la première place dès la propulsion de la saga sur la scène littéraire internationale. La question n’est alors plus de savoir pourquoi L’Amie prodigieuse est un succès, mais bien : qui est Elena Ferrante ? Bien que l'on ignore aujourd'hui encore qui est l'auteur.e, le pseudonyme féminin entraîne une lecture genrée de l’œuvre, que l’on suppose que l’auteur.e soit un homme ou une femme (ou encore un couple ou un groupe d’auteurs). Des stéréotypes de genre se dégagent des critiques et servent d'arguments pour la confirmation de ces hypothèses. On comprend alors que certains procédés d'écriture et thèmes sont encore genrés, associés au féminin ou au masculin. Ma communication, qui s'inscrit dans le cadre de mes recherches pour mon mémoire, portera donc sur l'étude comparative de la réception de L'Amie prodigieuse dans les médias francophones (France et Québec) et anglophones (États-Unis et Angleterre), en portant d’autant plus attention aux stéréotypes de genre et leur partage, ou non, dans les différents corpus étudiés.

Résumé
13 h 40
La place des femmes dans la littérature italienne des années 1900 à nos jours
Rémi Chiasson-Villeneuve (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Dans son article « Les études littéraires à l’ère de la mondialisation : traces et trajets au prisme des nouveaux observables numériques » (2018), Carolina Ferrer parle de « l’importance de prendre en considération les littératures émergentes et les littératures des minorités culturelles afin d’en finir avec l’eurocentrisme et d’ainsi envisager véritablement la littérature d’une façon globale ». Cette importance est d’autant plus marquée lorsque l’on parle de la littérature écrite par des femmes. Notre communication proposera d’étudier la place accordée à la littérature des femmes en prenant comme exemple un contexte eurocentrique, celui italien des années 1900 à nos jours. Nous tenterons de montrer que les femmes ne prennent que très peu d’espace autant du côté de la critique littéraire et institutionnelle que de la critique dite plus populaire, et qu’elles gagneraient à être connues davantage. D’un côté, nous emploierons la méthode de la criticométrie (Ferrer, 2018) pour montrer la place que les femmes se sont créée au fil des années. Ainsi, nous constaterons que cette dernière est minoritaire. De l’autre, nous mettrons en relation plusieurs données provenant de sites Internet de ventes comme Amazon.it et Amazon.fr afin de voir comment cesdites femmes sont reçues par la population de leur propre milieu et celle de plusieurs autres pays. Pour terminer, nous donnerons l’exemple des trois Italiennes qui se démarquent et analyseront les ingrédients relatifs à un tel succès.

Résumé
14 h 00
Période de questions
14 h 15
Pause
14 h 30 à 16 h 10
Communications orales
Minorités (in)visibles
Présidence/Animation : Rémi Chiasson-Villeneuve (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : A0108
14 h 30
Littérature mineure aux États-Unis : le cas des écrivaines dites "Hispanics"
Roxane Maiorana (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Pour cette communication, nous nous intéresserons au cas particulier des écrivaines « d'origine hispano-américaine » qui écrivent en anglais aux États-Unis. En effet, d'après nos recherches, il semble qu'elles constituent un champ important de la littérature mineure étatsunienne contemporaine. Cependant, elles sont constamment catégorisées dans des sous-groupes ethniques qui, loin de favoriser une réception internationale chez les chercheurs en littérature, les enferment, bien au contraire, dans des réseaux littéraires restreints. Notre approche théorique met à profit la criticométrie, soit la mesure de « l’activité critique en arts et plus particulièrement en littérature » (Ferrer, 2017), à l'aide de la plus grande base de données en littérature, la Modern Language Association International Bibliography (MLAIB). Nous montrerons ainsi que, même si elles sont étudiées dans le milieu de la critique littéraire, les écrivaines étatsuniennes « d'origine hispano-américaine » sont confinées à des stéréotypes au sein des analyses sur leurs œuvres. D'ailleurs, elles sont souvent, voire uniquement, cocitées entre elles. Si dans les années 1980, Gloria Anzaldúa aborde la question d'une possible « new mestiza consciousness » (1987, 77) pour les hispanophones aux États-Unis; à l'ère de la mondialisation, il s'agit a contrario d'une autre forme de marginalisation qui se cristallise autour de ces écrivaines.

Résumé
14 h 50
Les rôles de Victoria Ocampo et de Silvina Ocampo dans la littérature argentine
Silvia Sosa (UQAM - Université du Québec à Montréal)

La Revue Sur, créé et dirigée par Victoria Ocampo entre 1931 et 1966, est reconnue pour sa diffusion culturelle aussi nombreuse qu’éclectique. En effet, à travers la sélection des auteurs et des textes, la revue a instauré un dialogue inédit au-delà des frontières entre la littérature du monde et celle de l’Amérique.

Par la suite, la postérité et la critique littéraire ont établi la figure de Jorge Luis Borges comme l’un des principaux créateurs du canon de la littérature argentine à travers la traduction et l'introduction d’auteurs étrangers. Pourtant, l’importance de Victoria Ocampo ne se mesure pas seulement par la célébrité de la revue, mais par son œuvre d’écrivaine et de traductrice également. En effet, la publication, entre autres, de deux anthologies de poésie américaine et anglaise ont établi le canon de la poésie anglophone qui a perduré pendant des décennies dans la littérature argentine (Raggio, 2012).

Quant à Silvina Ocampo, sœur de Victoria, la qualité de sa production comme écrivaine est reconnue mais peu diffusée. Nous nous attardons ici à sa collaboration dans l’élaboration avec Jorge Luis Borges et Bioy Casares de deux anthologies de la littérature fantastique, qui est restée dans l’ombre. Ces anthologies constituent, pourtant, l’introduction d’un nouveau paradigme de littérature fantastique et donc de nombre d’écrivains étrangers en Argentine.

Résumé
15 h 10
Cartographie de la littérature mondiale au féminin
Carolina Ferrer (UQAM - Université du Québec à Montréal)

En nous basant sur le croisement des concepts de champ (Bourdieu 1992), de scientométrie (Price 1963) et des théories des citations (Leydesdorff 1998), nous avons défini la criticométrie comme la mesure de l’activité critique dans le domaine des arts (Ferrer 2011). Ainsi, à partir de l’analyse de plus de 1,6 million de données en provenance des bases bibliographiques, nous avons élaboré des cartographies et des chronologies afin d’étudier la littérature mondiale (Ferrer 2018). Aussi, nous avons obtenu des indicateurs pour les 212 littératures nationales et nous avons développé une méthode alternative à la constitution du canon littéraire (Ferrer 2014).

Dans cette recherche, nous nous attarderons sur la réception des écrivaines et de leurs œuvres à partir de l’exploitation des références de la Modern Language Association International Bibliography, pour la période 1850-2016. Notre but est d’analyser comparativement la réception critique de l’œuvre d’approximativement 60 écrivaines, qui ont été l’objet d’un minimum de 100 publications et ont cumulé au moins 1 % des études sur la littérature nationale de leur pays d’origine. Ainsi, à travers l’analyse des métadonnées, nous élaborerons plusieurs indicateurs afin de comprendre la situation des lettres au féminin dans une perspective mondiale.

Résumé
15 h 30
Période de questions
15 h 45
Mot de clôture