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309 - Regards interdisciplinaires sur l’adaptation de textes

Du jeudi 30 au vendredi 31 mai 2019

Nous retrouvons l’adaptation de textes sous une multitude de formes et nous y avons recours dans plusieurs domaines différents. Pour certains, l’adaptation de textes est un processus de reterritorialisation du texte de départ (Brisset, 1986). D’autres la définissent comme une forme de naturalisation visant à produire le même effet que l’original (Santoyo, 1989). L’adaptation Web, pour sa part, suppose la révision et la modification de l’ensemble des aspects communicationnels d’un document (Kavanagh, 2007). S’il peut être utile de dresser une typologie de l’adaptation de textes, nous devons tenir compte du fait qu’elle se moque bien de la sempiternelle fidélité absolue à l’original : dans tous les cas, elle sollicite la créativité du langagier, qu’il soit rédacteur ou traducteur. Cette activité est donc davantage de l’ordre de la recréation que de la traduction ou de la rédaction. Cependant, adaptation de textes ne saurait rimer avec liberté inconditionnelle. En effet, c’est l’existence de limites qui permet la définition d’un espace de l’adaptation et, par là même, de l’activité rédactionnelle ou traduisante. Les règles servent de tremplin à la création au sein de limites préétablies.

Ce colloque aimerait susciter une prise en compte des dimensions culturelle et interdisciplinaire de l’adaptation de textes. En effet, celle-ci s’impose de façon différente selon les domaines, les situations et les cultures. Dès lors, le défi est double, car il faut négocier l’adaptation entre un contexte global et territorial.

Ce colloque interdisciplinaire invite des communications sur l’adaptation de textes (depuis ou vers le français et l’anglais si le thème est la traduction) dans les domaines littéraire ou pragmatique : adaptation cinématographique, traduction théâtrale, publicitaire ou audiovisuelle, vulgarisation de textes scientifiques ou techniques, adaptation Web, rédaction devant tenir compte de supports choisis, de publics visés ou de contraintes éditoriales, etc.

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Remerciements

Je tiens à remercier les étudiants du programme de la maîtrise en études langagières pour leur appui.

Un gros merci à Marie-Josée Goulet, une professeure passionnée et dévouée.

Finalement, merci à Iulia Mihalache d'avoir accepté de faire partie du comité d'évaluation des propositions de communication. Son professionnalisme et sa rigueur contribueront à la réussite de ce colloque.

- Michèle Laliberté

Colloque
Section 300 - Lettres, arts et sciences humaines
Responsables
UQO - Université du Québec en Outaouais
Marie-Josée Goulet
UQO - Université du Québec en Outaouais
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Avant-midi
09 h 00 à 12 h 00
Communications orales
Adaptation littéraire
Discutant : David Valentine (UdeM - Université de Montréal), Edouard Christian Djob-li-kana (Faculte des lettres et sciences humaines, Universite de Douala), Bertrand Labasse (Université d’Ottawa), Yves Saint-Pierre (UQO - Université du Québec en Outaouais)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : A0111
09 h 30
Mot de bienvenue
10 h 00
De l’adaptation à l’aveugle à l’adaptation qui écoute : une appropriation écartelée entre Winterreise de Schubert et Le Voyage d’hiver de Kouna
David Valentine (UdeM - Université de Montréal)

En tant que réécriture de Winterreise, célèbre cycle de lieder de Franz Schubert (1828), Le Voyage d’hiver de l’artiste québécois Keith Kouna (2013) procède à une refonte complète de la trame narrative construite par le compositeur à partir des poèmes de Wilhelm Müller (1824). Au contraire de Schubert qui partait du texte pour composer la musique de ses lieder, Kouna inverse le rapport entre texte et musique en amorçant sa production poétique en français à partir de la musique du compositeur, plutôt qu’à partir du texte allemand des poèmes de Müller (Lefebvre et Régimbald, 2014 : 13, 16). Comme si la distance historique et linguistique ne suffisait pas à justifier l’adaptation nécessaire à la réexposition de l’œuvre au sein d’un nouvel univers subjectif, ce projet littéraire distend plus avant les rapports en se refusant à poser un regard direct sur le texte source.

Difficile de penser que le texte français viserait à reproduire l’effet de l’original, tant les principaux éléments narratifs apparaissent éloignés de la source. Or, rien à voir avec un mouvement libre : nous sommes en face d’un texte qui se joue de sa source sur le plan narratif autant qu’il fait de la fidélité formelle le socle de la réécriture.

Cette présentation proposera un regard sur la structure générale des deux œuvres, tant d’un point de vue formel que narratif, suivi par l’analyse d’un détail exemplaire des poèmes.

Résumé
10 h 30
C'est Musset qu'on assassine! Sur les déterminants cognitifs et normatifs des adaptations discursives
Bertrand Labasse (Université d’Ottawa)

« Un Nom de la rose pour les incultes » s’alarmait le site d’un hebdomadaire à l’annonce d’une révision du roman d’Umberto Eco (Alféef, 2011). La modestie de cette révision a infirmé les craintes qu’elle avait suscitées, mais leur vigueur a priori témoigne des tensions qui accompagnent usuellement la production et la réception des adaptations discursives.

Le fait que de telles tensions puissent se remarquer dans des contextes éditoriaux aussi éloignés que la traduction de récits fictionnels, le journalisme scientifique, la « mise à jour » d’œuvres patrimoniales ou encore leur adaptation cinématographique incite à se demander si ces contextes les rendent incomparables par essence ou si, au contraire, des logiques similaires peuvent être discernées au sein de ces différentes situations d’adaptation.

On se propose ici de développer la seconde hypothèse en avançant que - contingences graphiques ou technologiques mises à part - toutes les pratiques qui visent à adapter des discours sources à des publics culturellement ou générationnellement nouveaux recourent, derrière leur apparente diversité, à un nombre fini, voire restreint, de remaniements discursifs possibles, et que ceux-ci reviennent à repondérer de façon caractéristique deux dimensions fondamentales de l’appréciation des textes : leur pertinence cognitive (Sperber et Wilson, 1989) et leur convenance sociale.

Résumé
11 h 00
Adaptation en chanson d’un conte médiéval persan
Yves Saint-Pierre (UQO - Université du Québec en Outaouais)

Dans le cadre d’un long travail visant à présenter à une société moderne séculière l’œuvre médiévale persane intitulée La Conférence des oiseaux, l’auteur a adapté des contes en chansons. Le texte de départ a été abordé à la fois en prose dans une traduction du 19e siècle (Garcin de Tassy, 1864) et en une traduction récente en alexandrin non rimé (Leili Anvar, 2012).

 

Une brève introduction présentera la structure de l’œuvre dans son ensemble et les composantes du spectacle dans lequel s’inscrivent les neuf chansons ainsi que la relation des chansons entre elles. Suivra une courte présentation sur ce qui a motivé le choix des textes à adapter en chanson et le choix de la chanson présentée en exemple dans cette communication.

 

La présentation se centrera ensuite sur une chanson en particulier. Cette chanson permettra de souligner les contraintes et les choix artistiques en ce qui a trait au style de musique choisi, au nombre de syllabes et aux décisions de choisir de « traduire » ou d’expliquer en périphrase ou alors d’éviter certaines images et certains référents culturels de la tradition musulmane dans son expression médiévale afin de concilier l’origine culturelle de l’œuvre et le public visé.

 

Enfin, le texte à adapter sera comparé à celui de la chanson, afin d’illustrer l’effet de ces contraintes et de justifier certains des choix. Le tout se terminera par l’écoute de la chanson choisie.

Résumé
11 h 30
Pratiques et enjeux de la réécriture des mythes
Edouard Christian Djob-li-kana (Faculte des lettres et sciences humaines, Universite de Douala)

Les mythes africains sont si nombreux et variés qu’il est difficile d’en faire un panorama exhaustif. Néanmoins, on peut les regrouper autour de trois points : l’existence d’un Dieu suprême inaccessible aux humains et régnant sur l’Univers ; la présence d’un large nombre de divinités jouant le rôle d’intercesseurs entre le Dieu suprême et les hommes; enfin, l’importance de diverses sortes d’esprits et de génies liés à de nombreux aspects de la vie quotidienne. Au fait, les mythes sont des récits oraux, fictifs, d’essence religieuse qui fondent l’imaginaire du groupe africain. Ce sont des récits traditionnels, diffusés aujourd’hui par de multiples matériaux modernes tels que le roman, le film, etc.

Mon travail montre comment le roman francophone contemporain diffuse les mythes; comment il réécrit les mythes. En s’inspirant des travaux sur la traduction littéraire de Lawrence Venuti (The translator’s invisibility : a history of translation, Routledge, Londres/ New York, 1995), notamment des concepts de foreignization et de domestication, ce travail indique comment les différences littéraires, langagières et culturelles sont traitées dans les transferts textuels de l’œuvre orale au roman. Au fait, ce travail décrit les pratiques et les enjeux autour de la réécriture des récits oraux africains.

Résumé
Dîner
12 h 00 à 13 h 30
Dîner
Dîner
Batiment : UQO A.-Taché
Local : A0111
Après-midi
13 h 30 à 15 h 00
Communications orales
Adaptation de textes utilitaires
Discutant : Amandine Tourtet (Université Laval), Isabelle Clerc (Université Laval), Camille Cantin (Université Laval)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : A0111
13 h 30
L’uniformisation des paragraphes types en vue de l’automatisation de la réécriture
Isabelle Clerc (Université Laval)

L’adaptation de la correspondance administrative de l’État, tant au fédéral (Agence du revenu du Canada, 2014) qu’au provincial, exige de repenser le texte dans tous ses aspects communicationnels (Clerc et Kavanagh, 2006), mais également dans une optique de génération automatique des paragraphes types étant donné le virage numérique emprunté par l’État (Québec, 2018). Plusieurs ministères et organismes sont déjà en train d’implanter des façons de faire pour automatiser l’émission des lettres adressées aux citoyens dans l’optique d’accélérer le processus, d’uniformiser le propos et de le clarifier.

Dans le cadre d’un contrat de recherche pour une société d’État québécoise visant la réécriture d’un corpus de 3000 lettres administratives, le Groupe Rédiger a tout d’abord été amené à poser un diagnostic des difficultés de compréhension d’un échantillon de lettres. Le diagnostic devait orienter le travail de réécriture des 300 premières lettres formant le projet pilote d’un chantier comportant plusieurs phases. L’analyse a permis de dégager les 2 grandes orientations, les 5 principes et les 39 recommandations à partir desquels le travail de réécriture pour le projet pilote a été amorcé.  

La communication proposée a pour but de décrire le travail d’uniformisation entrepris, d’en révéler les écueils et d’indiquer les solutions envisagées pour éviter qu’un tel problème se répète dans la phase 2 du contrat, sachant qu’à 3000 lettres correspondront environ 18 000 paragraphes types.

Résumé
14 h 00
Qui sont les faibles lecteurs? Retour sur un lieu commun structurant la réécriture selon les niveaux de littératie
Amandine Tourtet (Université Laval), Adeline Müller (Groupe Rédiger, Université Laval)

Adapter un texte en fonction du public ciblé, écrire pour son lecteur suppose de définir au préalable ce lecteur. Le besoin subsiste pour le rédacteur professionnel de segmenter l’utopique public générique en différents publics collectifs localement et socialement situés. Toutefois, segmenter ne veut pas pour autant dire verser dans le cas par cas individuel et chercher à élucider le lecteur réel, tout aussi insaisissable en raison de son irréductible singularité.

Dans un contexte où plus de la moitié de la population québécoise est déclarée insuffisamment littératiée (Desrosiers et al., 2015), le niveau de compétences individuelles en lecture et en écriture (appelé littératie) s’est imposé comme un critère légitime pour discriminer entre les différents publics. Écrire pour son lecteur, a fortiori lorsqu’il s’agit d’écrits utilitaires destinés à la masse, devient bien souvent écrire pour le faible lecteur, qui tend invariablement à être défini en référence aux enquêtes internationales sur la littératie. Or, tenir ainsi pour acquis que l’on sait qui sont lesdits faibles lecteurs, que l’on est parvenu à en déterminer les caractéristiques distinctives et à en mesurer le nombre est loin d’être évident.

Il en va de la responsabilité de chaque professionnel de la rédaction de prendre du recul par rapport au lieu commun sur les faibles lecteurs qui structure aujourd’hui l’adaptation de textes selon les niveaux de littératie.

Résumé
14 h 30
La mise en récit : un procédé de vulgarisation prometteur pour les textes utilitaires
Camille Cantin (Université Laval)

Une des méthodes pour adapter ses textes et mieux se faire comprendre par l’autre est la vulgarisation. Quand les rédacteurs vulgarisent des textes scientifiques et techniques, ils utilisent plusieurs outils pour faciliter la lecture et la compréhension de leur public, dont la mise en récit. Au-delà du seul cadre de la littérature, on la retrouve désormais non seulement dans les écrits spécialisés (médecine, politique, marketing, éducation, etc.), mais aussi dans les écrits utilitaires (rapport, manuel, dépliant, etc.). Mais pourquoi la mise en récit connaît-elle un intérêt renouvelé aux yeux des vulgarisateurs contemporains? S’agit-il d’un outil effectivement pertinent pour celles et ceux qui adaptent des textes afin de les rendre accessibles au plus grand nombre?

Plusieurs arguments vont dans ce sens. Premièrement, « il n’y a jamais eu nulle part aucun peuple sans récit » (Barthes, 1966 : 1). Deuxièmement, « la mise en récit des méthodes scientifiques peut aider le public à comprendre le monde qui l’entoure et servir de support à la vulgarisation de la science » (Rescher, 2016 : xiii). Troisièmement, la mise en récit a de nombreux avantages.

L’objectif principal de cette recherche est de montrer et d’expliquer comment la mise en récit est un procédé pertinent pour ceux et celles qui adaptent et vulgarisent des textes, notamment parce qu’elle facilite la lecture du lecteur, suscite son intérêt et augmente ses effets cognitifs.

Résumé
15 h 00
Pause
15 h 30 à 17 h 00
Communications orales
Adaptation multimédia
Discutant : Shuang XU (Université Paris Diderot - Université Sorbonne Paris Cité), Andréanne Fortin (Université Laval), Julie Pigeon (UQO - Université du Québec en Outaouais)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : A0111
15 h 30
Repenser la correspondance administrative gouvernementale à l’ère de la prestation électronique : de nouveaux défis pour les rédacteurs
Andréanne Fortin (Université Laval)

Omniprésente dans les échanges entre l’État et les citoyens, la lettre est l’un des documents pour lequel il existe le plus de conventions (Clerc et Kavanagh, 2006). Si les chantiers de simplification des 15 dernières années lui ont conféré, du moins dans les meilleures pratiques, une certaine uniformité visuelle ainsi qu’une cohérence dans la structure de ses contenus, l’accélération du virage numérique de l’État complique aujourd’hui la donne. Devenue une sorte d’hybride à mi-chemin entre le papier et le numérique, la lettre se dématérialise avec la prestation électronique, en plus de se repositionner au sein d’un écosystème multicanal souvent difficile à comprendre même pour les usagers les plus aguerris. Ainsi, la lourdeur des mesures d’authentification couplée à des systèmes informatiques d’une autre époque (Boudreau et Bernier, 2017) donnent lieu, pour le citoyen, à des pratiques communicationnelles imprévisibles et pour le moins saugrenues : avertissement par courriel de la réception d’un avis, redirection vers différents portails sécurisés, téléchargement automatique, etc.

 À l’heure où les ministères et organismes déploient avec une insistance accrue certaines stratégies visant à favoriser la migration des usagers vers les services en ligne (ONU, 2018), il convient de relancer, dans l’intérêt des citoyens, la réflexion quant aux normes à privilégier en matière de correspondance administrative.

Résumé
16 h 00
La web-littérature chinoise : traduction et diffusion à l’ère numérique
Shuang XU (Université Paris Diderot - Université Sorbonne Paris Cité)

La littérature web chinoise est née dans un contexte mondial. Importée de la diaspora chinoise, elle prend racine en Chine et se développe à grande vitesse sous l’influence des littératures de l’imaginaire en provenance de l’Occident. Par son ampleur en quantité d’œuvres, en lectorat et en impact social, la littérature web est devenue un phénomène de production et de consommation littéraires sans précédent dans l’histoire de la littérature chinoise. En décembre 2016, selon des statistiques officielles, plus de 13 millions d'auteurs web chinois ont produit plus de 14 millions de romans web et environ 353 millions d’internautes chinois lisaient de la littérature web.

Si la plupart des plateformes sont soutenues par des traducteurs amateurs (les fans de romans web chinois vivant à l'extérieur de la Chine) celle de Qidian International est gérée par des professionnels chinois dont l’objectif est d’exploiter la littérature web comme un produit culturel à l’échelle internationale. Il serait donc intéressant d’y observer des nouvelles modalités de la traduction et le rôle que l’adaptation de textes joue en faveur de la diffusion des œuvres numériques dans un nouveau contexte interculturel. Des exemples précis seront analysés lors de notre étude.

Résumé
16 h 30
L’adaptation de textes dans le domaine des jeux vidéo
Julie Pigeon (UQO - Université du Québec en Outaouais)

Gambier déplorait le manque de clarté du concept d’adaptation par rapport à la traduction. « Traduction libre, modification, actualisation, distorsion… » (1992 : 424). L’adaptation est sans doute un concept aux multiples facettes et il importe de définir le type d’adaptation qui nous intéresse ici, c’est-à-dire lorsqu’un donneur d’ouvrage demande que le contenu d’un jeu vidéo soit adapté du français de France (FR-FR) au français canadien (FR-CA). Cette forme d’adaptation s’inscrit dans le concept plus large de la localisation, un processus par lequel le contenu d’un texte source, en plus d’être traduit dans la langue cible, est adapté au marché de la langue cible, et ce, comme le précisait O’Hagan, afin que l’expérience de jeu soit la plus près possible de l’expérience originale (2007 : 4).

En plus de voir comment l’adaptation des jeux vidéo se définit par rapport à d’autres types d’adaptation, nous abordons les aspects textuels qui sont concrètement touchés par cette forme d’adaptation d’un texte à l’intérieur d’une même langue, selon deux profils culturels : les marques typographiques et la ponctuation, la terminologie, la monnaie, la féminisation selon les recommandations officielles ou l’usage, les références culturelles externes et les expressions courantes. Cette recherche est chapeautée par une approche multidisciplinaire qui est essentielle à l’étude de la localisation des jeux vidéo et suit deux axes : une approche cibliste jumelée à une approche fonctionnaliste.

Résumé
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Avant-midi
09 h 30 à 12 h 00
Communications orales
Adaptation littéraire et bande dessinée
Discutant : Mathieu Simard (Université d’Ottawa), Janine GALLANT (Université de Moncton), MARLENE BOUDHAU (ESPE GUADELOUPE)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : A0111
09 h 30
Mot de bienvenue
10 h 00
L'Appropriation par de jeunes élèves d'une œuvre littéraire à travers les arts : « La rue cases nègres »
MARLENE BOUDHAU (ESPE GUADELOUPE)

Dans le cadre de la recherche « L'enseignement de la littérature franco-caribéenne dans le secondaire à la Guadeloupe », nous nous sommes interrogés sur le type de support et les stratégies utilisés par les enseignants pour enseigner le texte littéraire caribéen. Le résultat de cette enquête a notamment montré la rareté de l'utilisation d'adaptations de textes caribéens dans la classe. Paradoxe étonnant lorsque l'on connait l'intérêt que portent les jeunes pour la bande dessinée, l’une des formes d’adaptations de plus en plus plébiscitées. De plus, Louichon (2015) insiste sur la « dimension réflexive » qu'entrainent les adaptations de textes littéraires et sur l'importance de faire entrer dans la classe de français des « objets médiatiques et sémiotiques multimodaux ».

Paru en 1950, le roman de Joseph Zobel,  « La rue cases nègres », a changé le paysage littéraire caribéen de l'époque.  L'adaptation cinématographique de Euzhan Palcy (1983) a proposé un regard nouveau sur le parcours initiatique du jeune héros. Ainsi, en 2018, que pourrait apporter l'adaptation en bande dessinée de « La rue cases nègres » ?  
Prendre en compte la  « transmédialité », c’est-à-dire « travailler la migration d’un art ou d’un médium vers un autre» (Gennai, 2016) pourrait être un défi nécessaire pour le renouveau de la littérature caribéenne dans les écoles, collèges et lycées de la francophonie.

Résumé
10 h 30
Le Rouge et le Noir en bande dessinée : les méandres de l’adaptation du roman de Stendhal
Janine GALLANT (Université de Moncton)

On considère souvent que les romans de Stendhal font appel à un degré d’abstraction tel qu’ils se distinguent de ceux de ses contemporains. Dès lors, son adaptation, en particulier celle qui demande une mise en images, présente des défis singuliers. Déjà à l’époque des adaptations cinématographiques des romans de l’auteur par Autant-Lara et Christian-Jaque dans les années 1940 et 1950, Alexandre Astruc déclarait dans un numéro spécial de La Revue des lettres modernes que la dimension intellectuelle et ironique des œuvres  de Stendhal « est directement, en tout cas, impossible à rendre à l’écran ». Or, cette difficulté que présente la mise en images des romans stendhaliens n’a pas empêché Glénat d’inclure le roman Le Rouge et le Noir dans sa nouvelle collection des « Grands classiques de la littérature en bande dessinée », lancée en 2017. Ce sont le scénariste Philippe Djian et le dessinateur Toni Fejzula qui se sont chargés de cette adaptation périlleuse. Si le passage du roman-fleuve de Stendhal à une bande dessinée engendre forcément une suppression importante de contenu, il appert que tout ce qui fait la particularité de l’écriture romanesque stendhalienne pose également problème lors de la transposition en bande dessinée. Ce sont les difficultés d’adaptation que nous nous proposons d’analyser de plus près dans le cadre de cette communication.

Résumé
11 h 00
Entre la biographie et l’adaptation : bédéisation du poète et de sa poésie dans Robbie Burns
Mathieu Simard (Université d’Ottawa)

Cette communication propose d’étudier un cas complexe en raison de ses implications génériques et interdisciplinaires, celui de la bande dessinée Robbie Burns de Gordon Rennie, Emma Beeby, Tiernen Trevallion et Jim Campbell, parue en 2014 aux éditions Renegade. Reprenant des faits réels de la vie du célèbre poète écossais, la bande dessinée Robbie Burns se présente d’abord comme une véritable biographie devant servir la mémoire de Robbie Burns. Le livre prend toutefois une tournure étonnante lorsque le personnage de Burns croise sur son parcours des sorcières et est contraint de s’associer à un groupe de « witch hunters » (chasseurs de sorcières) pour survivre. Le récit de la vie réelle du poète se mêle dès lors progressivement avec une adaptation sous forme de bande dessinée de son poème Tam o’Shanter, une suite narrative en vers datant de 1790 dans laquelle un fermier se fait poursuivre par des sorcières en revenant chez lui après une soirée bien arrosée.

La communication abordera Robbie Burns sous deux angles. Pour commencer, il s’agira de s’intéresser aux questions génériques soulevées par cette production culturelle. Nous nous pencherons ensuite plus spécifiquement sur les problèmes interdisciplinaires soulevés par Robbie Burns. Nous montrerons ainsi que l’étude de Robbie Burns permet de rapprocher deux disciplines qui, pourtant proches, ne dialoguent que trop rarement.

Résumé
Dîner
12 h 00 à 13 h 30
Dîner
Dîner
Batiment : UQO A.-Taché
Local : A0111
Après-midi
13 h 30 à 15 h 00
Communications orales
Adaptation télévisuelle et cinématographique
Discutant : Sophie Beauparlant (Cégep de Jonquière), Alexandre Dubé-Belzile (UQO - Université du Québec en Outaouais), EL HADJI MOUSTAPHA DIOP (Macalester College)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : A0111
13 h 30
Complexités dialogales dans l’adaptation transnationale des séries télévisées
Sophie Beauparlant (Cégep de Jonquière)

Les séries télévisées québécoises sont reconnues pour leurs innovations formelles, mais également pour la qualité de leurs scénarios dans le registre de la comédie. On n’a qu’à penser au succès obtenu par la série Un gars, une fille (Guy A. Lepage) à la fin des années 90; elle a depuis été adaptée dans 26 pays. Or, vingt ans plus tard, les séries québécoises font toujours l’objet d’adaptations (remakes) alors que les habitudes spectatorielles se sont grandement transformées avec des plateformes comme Netflix qui diffusent à l’échelle internationale des productions originales et traduites.

Nous nous intéresserons au phénomène de l’adaptation des séries québécoises en France, qui pourrait expliciter une préoccupation des chaînes de télévision à adapter les contenus dans une dimension socioculturelle, en présumant que la refonte française de la série intéressera plus leur auditoire que la version originale.

Si les réseaux français privilégient les adaptations au détriment des productions originales, quels sont les défis de création de ce passage interculturel? Notre réponse s’articulera tout particulièrement sur l’adaptation des dialogues qui sont un des points sensibles des remakes télévisuels, surtout dans le registre de la comédie. Le corpus à l’étude comprendra les adaptations françaises des séries québécoises Like moi! de Marc Brunet (adaptée en 2018) et Les beaux malaises de Martin Matte (adaptée en 2016).

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Résumé
14 h 00
L’orientalisme hérétique de Pasolini dans ses adaptations cinématographiques
Alexandre Dubé-Belzile (UQO - Université du Québec en Outaouais), Battista Liserre (Université Aix-Marseille)

Dans Le droit de traduire, Salah Basalamah défendait l’idée que « tout est traduction ou rien n’est signe » (Basalamah 2009, 109‑10). Cela semble tout à fait avéré lorsque nous nous penchons sur l’œuvre du poète italien et son travail d’adaptation, qui sera l’objet de notre communication. Au XXe siècle, Pasolini a puisé dans les textes orientaux pour s’attaquer à, pourrait-on dire, un second moyen âge, ce qu’il aura appelé le « fascisme » de la société de consommation (Pier Paolo Pasolini 1975), et ce, de la même manière dont Giordano Bruno, auteur de la Renaissance, s’était inspiré des textes de savants arabes, comme Averroes, « découverts » après la chute de Constantinople. Brûlé sur le bûcher par l’Église, Bruno aura été considéré comme un martyr de la science (Aquilecchia 2018). On pourrait aussi dire que Pier Paolo Pasolini, assassiné en 1975, est en quelque sorte un martyr et un hérétique par rapport aux dogmes de l’église catholique, au marxisme et aux institutions du cinéma (Pasolini 1976a). Notre communication cherche à explorer la contribution de Pasolini à l’adaptation cinématographique en abordant la nature de ses adaptations, qui s’inspire à la fois d’œuvre picturale religieuse, comme La lamentation sur le Christ mort de Mantegna dans Mama Roma, et de textes « classiques », dont les Évangiles, Sophocle ou le Marquis de Sade. Nous chercherons aussi à expliquer son « orientalisme hérétique » en faisant un parallèle avec les auteurs de la Renaissance.

Résumé
14 h 30
La « tradaptation » comme solution à l’impasse méthodologique des études sur l’adaptation en Afrique francophone? Le cas du cinéaste Sembène Ousmane
EL HADJI MOUSTAPHA DIOP (Macalester College)

Cette présentation vise deux objectifs : d’une part dresser un état des lieux des acquis de la recherche en traduction intermédiatique pour l’Afrique contemporaine; de l’autre, montrer dans quelle mesure un cinéaste comme le Sénégalais Sembène Ousmane peut être considéré, non comme un auto-adaptateur, mais comme le tradaptateur de ses propres textes littéraires. On empruntera à Jean Delisle cette fameuse notion de « tradaptation », proposée dans les années 80 pour rendre compte des traductions multi-segmentales (pièces théâtrales à traduire, convertir en playtext, scénariser et, enfin, jouer sur scène), afin de briser le cercle vicieux des dualismes entre le littéraire et le filmique, ou leurs avatars à l’ère du numérique. Plutôt que de passage d’un médium à un autre, ou d’enchevêtrement intermédiatique, on cherche à montrer que pour ce cinéaste la question fondamentale n’est pas tant de mieux représenter « le métatexte » de sa culture ((Tymoczko, dans Bassnett et Trivedi, 1999) avec le cinéma, d’être fidèle à tel esprit ou telle lettre de son œuvre, que de passer à un régime de signification où les conditions de visibilité de ce métatexte sont optimisées, dans la mesure où les négociations de codes interviennent à plusieurs niveaux de sémiotisation, bien au-delà de la relexification du français dans les textes écrits (Zabus 1991).

Résumé
15 h 00
Pause
15 h 30 à 16 h 30
Communications orales
Adaptation théâtrale
Discutant : Zuzana Augustová (Institut de littérature tchèque), Ana Clara Santos (Université d'Algarve)
Batiment : UQO A.-Taché
Local : A0111
15 h 30
Traduction et adaptation en tchèque de textes de théâtre d'auteurs autrichiens de la seconde moitié du XXe siècle
Zuzana Augustová (Institut de littérature tchèque)

Les traducteurs et traductrices tchèques ont l'avantage de traduire les œuvres d'auteurs autrichiens contemporains en vivant dans un contexte historique et culturel partagé par les deux pays. En effet, parce que la République tchèque et la Moravie ont fait partie de la monarchie multiethnique de Habsbourg de 1526 à la fin de la Première Guerre mondiale, les influences liées au contexte historique ont laissé leur empreinte sur la littérature et le théâtre contemporains des deux nations, et ce, même sur le plan linguistique.  L'allemand et le tchèque se caractérisent en effet par une morphologie et une structure de phrase très similaires.

Parce que la République tchèque et l’Autriche sont des pays voisins et qu’ils ont vécu tous les deux la chute du rideau de fer, ils se retrouvent à nouveau dans un contexte social similaire, et la compréhension de l’Autre s’en trouve une fois de plus facilitée.

Les traducteurs sont tout de même parfois obligés de faire appel à des analogies se référant à leur propre histoire, à leur culture et à leur langue pour traduire certains passages.

Notre objectif est donc de présenter cette problématique de l’adaptation aux contextes historique, linguistique et politique tchèques dans l’acte de traduire des textes autrichiens. J’illustrerai mes propos en citant des exemples tirés du texte théâtral féministe d‘Elfriede Jelinek intitulé Sportstück ainsi que de la pièce de théâtre expérimentale Humanisten de Ernst Jandl.

Résumé
16 h 00
Adaptation de Madame Bovary sur la scène contemporaine portugaise : genèse d’un procès
Ana Clara Santos (Université d'Algarve)

En juin 2014, Tiago Rodrigues, metteur en scène portugais largement reconnu aujourd’hui sur la scène européenne, faisait jouer son spectacle Bovary sur la scène du Théâtre Municipal São Luiz à Lisbonne. Trois ans plus tard, la pièce était jouée sur la scène du Théâtre National à Lisbonne en français, intégrée dans le Festival de théâtre d’Almada, après avoir reçu le prix de la critique 2016 en France pour la meilleure création d’une pièce en langue française.

Nous étudierons dans cette intervention la genèse et les techniques d’écriture à la mise en scène de cette adaptation en portugais, puis traduite en français par Thomas Resendes en 2015. Insérée dans le système métapoétique de son théâtre, cette adaptation est une illustration du mécanisme d’écriture mis en place par Tiago Rodrigues qui n’oublie pas qu’il écrit d’abord pour la scène et pour le public contemporain. Ancré sur le texte de la préface de la première édition de la traduction en portugais du roman de Flaubert qui rend compte du procès intenté à l’écrivain français en 1857, le texte de Tiago Rodrigues se situe aux confluents de la plaidoirie juridique, du langage poétique de Madame Bovary et du langage enflammé de la correspondance de l’auteur avec Elisa Schlésinger. Cette adaptation se déploie en jeux de miroirs à double tranchant entre passé et actualité, entre réalité et fiction, entre langage du droit et langage de l’art, entre création artistique et pouvoir politique, entre censure et idéologie.

Résumé
Soir
16 h 45 à 18 h 30
Cocktail
Cocktail dînatoire
Batiment : UQO A.-Taché
Local : E0230