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634 - L’écrivaine, l’écrivain : sujet, objet, facettes et profils

Le lundi 8 mai 2017

L’écrivaine, l’écrivain d’aujourd’hui se décrit, se perçoit et s’étudie sous une multitude d’angles qui en font une figure complexe et fascinante, mais aussi élusive et parfois illusoire. Professionnel, artiste, représentation, autoreprésentation, sujet et objet, designer d’objets numériques, utilisateur d’outils numériques, collectionneur de livres, témoin d’influences, source d’inspiration, défenseur de formes traditionnelles dont il repousse aussi les limites, acteur du champ littéraire… L’écrivaine, l’écrivain est, dans la société comme dans l’imaginaire collectif, une personne et une personnalité difficiles à saisir, mais qui continuent de susciter des interrogations et des recherches qui contribuent à faire sens de l’acte d’écriture comme de ceux qui le posent.

Ce colloque se penchera sur les perceptions et les approches de l’écrivaine, de l’écrivain en recherche. Il réunira des chercheurs de plusieurs disciplines de manière à toucher à différents aspects des pratiques qui sont au cœur du champ littéraire, mais aussi à mettre en valeur les complémentarités possibles de ces recherches, malgré des approches méthodologiques qui ne sont pas forcément partagées. Le sujet du colloque est donc double : d’abord, l’écrivaine, l’écrivain comme sujet et objet de recherche; puis, les approches disciplinaires au moyen desquelles les écrivains sont étudiés. Pour ce faire, trois thématiques sont retenues : les axes classiques de création et de diffusion, et les questions liées à la profession dans le contexte courant.

Objectifs du colloque :

1. Présentation de projets provenant de plusieurs disciplines;

2. Présentation de résultats de recherches empiriques, de projets en cours ou de réflexions théoriques sur les thématiques du colloque;

3. Dialogue interdisciplinaire autour du sujet de l’écrivaine ou de l’écrivain, ainsi que sur l’acte d’écriture, ses outils et ses processus de création et de diffusion, notamment numériques;

4. Comparaison constructive des méthodes et approches employées pour mener des projets de recherche sur ces sujets durant un panel en fin de colloque.

Le colloque L’écrivaine, l’écrivain : sujet, objet, facettes, profils est une activité du Groupe de recherches et d’études sur le livre au Québec (GRÉLQ), qui reçoit un soutien du Fonds de recherche du Québec — Société et Culture (FRQSC), programme Soutien aux équipes de recherche, et de la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université de Sherbrooke. Il est présenté en collaboration avec la Chaire de recherche du Canada sur les écritures numériques.

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Colloque
Section 600 - Colloques multisectoriels
Responsables
UdeM - Université de Montréal
Université McGill
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Avant-midi
09 h 00 à 10 h 30
Communications orales
Créer l’auteur
Présidence/Animation : Marcello Vitali Rosati (UdeM - Université de Montréal)
Batiment : (WH) WILSON HALL
Local : (WH) 104
09 h 00
Voltaire : résultats préliminaires fondés sur des données issues d’un corpus critique d’éditions à la bibliothèque McGill, imprimées du vivant de l’auteur
Ann Marie Holland (Université McGill)

Voltaire (1694-1778) fut un écrivain brillant et prolifique. Il écrivit 236 livres et pamphlets, en commençant par la pièce de théâtre Œdipe, publiée en 1719 jusqu’à la publication posthume de sa pièce Irène en 1779. Il existe 1500 éditions recensées de son vivant en français, y compris des imprimés de Londres et d’Amsterdam, alors que des centaines de traductions ont été immédiatement publiées surtout en anglais, mais aussi en allemand et en italien.

Engagé dans les débats politiques et sociaux de son temps, Voltaire s’exprima à travers de nombreux genres : littéraires, historiques et philosophiques et ses réflexions se sont précisées et développées tout au long de ses écrits. C’est une œuvre en évolution constante.   

Ainsi, c’est justement cette réflexion et cette révision perpétuelles, cette refonte d’idées d'une œuvre à la suivante — et d'une édition à l'autre —, qui ont attiré notre curiosité. Ce recyclage et cette expansion des idées voltairiennes se répercutent donc sur la production et la distribution des textes de façon significative. Sous l’angle bibliographique, cela ne manque pas d’intérêt.

Notre échantillon comprend les titres les plus fréquemment représentés dans la Collection Voltaire à la bibliothèque McGill, soit : La Henriade, La Pucelle, Candide; les Lettres philosophiques, le Dictionnaire philosophique; et quelques ensembles des Œuvres  complètes; tous publiés du vivant de l’auteur.

Résumé
09 h 30
Une renaissance à Harlem : regards sur la formation de l’identité artistique afro-américaine
Daniel Grenier (Université Laval)

Cette présentation portera sur l’analyse des « romans de romancier » publiés aux États-Unis lors de la période baptisée « Harlem Renaissance » (1925-1935), ainsi que sur la mise en application de concepts et d’outils méthodologiques destinés à approfondir la compréhension des rapports conflictuels entre l’écrivain afro-américain, les personnages d’écrivains qu’il a créés, et la formation d’un imaginaire littéraire afro-américain dans les premières décennies du XXe siècle. Il s’agit non pas de faire de la littérature afro-américaine une simple branche d’un grand récit national, mais d’explorer les liens conflictuels qu’elle entretient avec ce que Sacvan Bercovitch appelle la « construction symbolique de l’imaginaire » (Bercovitch, 1993). Il s’agit également de faire entrer en résonance la société réelle (dans laquelle les romans sont publiés) et la société fictive (dont « parlent » les romans), en concentrant le regard analytique sur une figure précise du texte littéraire, soit le personnage et son identité sociale, linguistique, symbolique. Le personnage d’écrivain n’est pas un personnage comme les autres, au sens où il est un être de papier qui, dans l’économie narrative, occupe la fonction soit de porte-parole, soit d’alter ego de l’auteur réel, qui permet d’entrer au cœur du texte et d’interroger ses liens avec le monde qu’il cherche à mettre en scène (comme œuvre narrative) et dans lequel il cherche à s’inscrire (comme discours faisant partie d’un environnement social).

Résumé
10 h 00
Portrait de l’artiste en chanteur maudit : trois chansons de Serge Gainsbourg
Roy Caldwell (USA St.Lawrence UNiversity)

Je propose une discussion de la dynamique de création chez le chansonnier Serge Gainsbourg. Les trois chansons de mon étude seront des autoportraits dont les textes présentent l’écrivain sous d’autres identités. Dans Poupée de cire, poupée de son, il se sert du corps et de la voix de la très jeune France Gall pour exprimer ses propres doutes sur ce genre – la chanson populaire – qu’il a adopté. Dans L’homme à tête de chou, il est une figure grotesque qui ressemble aux portraits d’Arcimboldo : « Je suis l’homme à tête de chou / Moitié légume, moitié mec ». Après avoir narré sa chute, il revient à la métaphore végétale du début : « Qui et ou suis-je ? Chou ici ou / Dans la blanche écume varech / Sur la plage de Malibu ». La troisième chanson autoportraitiste, Ecce homo, commence par une affirmation d’identité : « Et ouais c'est moi Gainsbarre ». Bel exemple de l'art transgressif de Serge Gainsbourg : scandaleusement l’artiste se représente en Jésus Christ. Ecce homo : Voici l'homme ! Ce sont les mots de Ponce Pilate au moment où il présente à la foule Jésus-Christ (Jean, 19:5), fouetté et couronné d'épines, juste avant son ascension vers la mort sur la croix. Voilà Gainsbourg : le nom se métamorphose — né  Ginzburg, il devient, d’après le portraitiste anglais, Gainsbourg, pour devenir par la suite Gainsbarre, cette âme trop sensible ruinée par les femmes, l’alcool, les cigarettes. Dans l’écriture de Gainsbourg, l’identité est sans cesse en fugue : je deviens un autre.

Résumé
11 h 00 à 12 h 00
Communications orales
Devenir auteur
Présidence/Animation : Marie-Claude Felton
Batiment : (WH) WILSON HALL
Local : (WH) 104
11 h 00
Autoreprésentation de soi à l’heure d’Internet : exemple de la « fan fiction » chez les jeunes adultes
anne-sophie bougeard (Faculté SHS- UCO- ANGERS FRANCE)

Les phénomènes d'exposition de l’intimité psychique ou corporelle ont littéralement envahi la sphère médiatique (télé-réalité, réseaux sociaux…). Cette étude exploratoire s’intéresse aux publications de 14 auteures de « fanfictions ou fanfic » : ces récits écrits pour prolonger, transformer un produit médiatique ou une célébrité.

Les résumés des fictions ont été analysés à travers le prisme de la théorie de Serge Tisseron sur le virtuel numérique et l’extimité c’est-à-dire ce désir de multiplier les miroirs de soi et d’avoir un retour sur sa valeur.

L’analyse du matériel (résumés des publications sur le net, récits et témoignages des fan-auteurs sur leurs pratiques) confirme qu’en écrivant une fanfiction, son auteur reprend les codes de la littérature, mais surtout il fait vivre ses propres émotions à une multitude de personnes et explore les préoccupations liées à son âge.

Les conclusions permettent de mieux comprendre les attentes et les motivations des jeunes fan-auteurs à se glisser dans la peau des personnages avec l’espoir d’obtenir une reconnaissance et une visibilité sans prendre le moindre risque sur le plan relationnel.

Tisseron, S. (2002). L’intimité surexposée. Paris Ransay : Hachette Littérature.

Tisseron, S. (2012). Rêver, fantasmer, virtualiser. Du virtuel psychique au virtuel numérique. Paris : Dunod.

Résumé
11 h 30
D’ouvrier agricole à écrivain : la figure du primo-romancier sur les sites d’éditeurs au Québec
Marie-Pier Luneau (UdeS - Université de Sherbrooke)

Les travaux des sociologues de la littérature du dernier quart de siècle ont bien montré à quel point la figure de l’écrivain repose sur des principes de singularité. Le moment précis de « l’entrée en littérature » a toutefois moins retenu l’attention des chercheurs. Suivant le thème du colloque qui propose de réfléchir à « comment parle-t-on de l’écrivain? », la présente communication souhaite préciser l’angle : « comment parle-t-on de l’auteur encore inconnu, à une époque où le numérique multiplie les lieux de promotion? ».

Pour répondre (en partie) à cette question, j’emprunterai la voie suivante : en passant au crible les sites internet de 5 éditeurs québécois occupant des positions distinctes dans le champ littéraire (Leméac, La Mèche, Alto, Le Quartanier, Éditions de Mortagne), j’analyserai les données biographiques de tous les auteurs y ayant publié un premier roman, dans les dix dernières années (2007-2016). Des premières ponctions dans le corpus montrent la surexposition des petits boulots enchaînés à la file (d’ouvrier agricole à installateur de systèmes d’arrosage!), alternant avec une surenchère des diplômes universitaires obtenus, comme si banalité et savoir constituaient ici les deux conditions premières à la vocation du primo romancier. Au final, l’objectif de la conférence sera de comprendre les modalités d’accréditation de l’auteur entrant, tout en éclairant les stratégies promotionnelles des éditeurs québécois à l’égard de la relève littéraire actuelle.

Résumé
Dîner
12 h 00 à 13 h 30
Dîner
Dîner
Après-midi
13 h 30 à 15 h 00
Communications orales
Vivre en tant qu’auteur
Batiment : (WH) WILSON HALL
Local : (WH) 104
13 h 30
Examen du droit d’auteur : la vie du poète canadien contemporain
Eli MacLaren (Université McGill)

De quels instruments économiques le Canada se sert-il afin d’encourager la création poétique, et quelle est l’importance du droit d’auteur parmi eux? Comment le poète contemporain gagne-t-il sa vie, et quelle contribution y fait le droit d’auteur? Le but de l’étude présentée ici est d’évaluer l’utilité du droit d’auteur pour le poète canadien d’aujourd’hui. Serait-il possible de le réformer davantage afin d’accroître la vie publique de la poésie pour en promouvoir la lecture sans nuire à l’écriture? Un sondage, auquel une cinquantaine de poètes ont participé, fournit des données sur leurs revenus et sur leurs opinions quant au droit d’auteur. Bien qu’ils y attachent beaucoup de prix, les montants qu’ils perçoivent directement de la vente des copies autorisées de leurs œuvres sont presque négligeables. Toutefois, cette propriété a une valeur indirecte, en ce qu’elle établit un cadre dans lequel l’état peut subventionner non seulement la création, mais aussi l’édition de la poésie, à travers plusieurs programmes. Il est donc raisonnable de proposer un modèle complexe pour la production de la poésie canadienne, un modèle qui garderait le système actuel de subventions tout en reconnaissant le bien que font les copies non autorisées. Il se peut que le financement public et la reproduction décentralisée – le piratage – soient des pratiques compatibles dans la vie économique de la poésie contemporaine.

Résumé
14 h 00
Auctorialité et éditorialisation
Marcello Vitali-Rosati (UdeM - Université de Montréal)

Depuis les années 1990, les écrivains ont progressivement envahi la toile, investissant les blogues et les réseaux sociaux, expérimentant des formes hypermédiatiques inédites. Des communautés en ligne se sont formées, de même que des coopératives d’écrivains, opérant une reconfiguration évidente des rapports entre les instances auctoriale, lectrice et éditoriale. Ces nouvelles pratiques ont un impact certain, mais encore mal défini, sur l’ensemble de l’institution littéraire et en particulier sur le modèle économique éditorial traditionnel. Face à ces mutations, que l’on peut désigner comme des formes d’éditorialisation, la tentation est grande de constater un affaiblissement de la figure auctoriale au profit de la multiplication des œuvres collectives, lesquelles ont par ailleurs remis en question le rôle institutionnel des maisons d’édition. Il est cependant possible d’observer, simultanément, l’émergence de pratiques d’écriture en ligne inédites où la figure auctoriale se met en scène, jouant des tensions entre l'auteur, l’écrivain, le personnage d’écrivain et la personne elle-même. À partir de ce paradoxe, dans ma présentation je propose d’analyser le statut de l’auteur à l’ère du numérique afin de mesurer l’impact effectif des nouvelles technologies sur le concept d’auctorialité.

Résumé
14 h 30
Chiffres, plateformes et voix : outils et approches pour l’étude des comportements informationnels des écrivains membres de l’UNEQ
Nadine Desrochers (UdeM - Université de Montréal), Geneviève Gareau (UdeM - Université de Montréal)

Cette communication présentera une étude de longue haleine sur les comportements informationnels des écrivains membres de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ). Ces comportements regroupent notamment : la recherche d’information, qui peut être liée tant au processus de création qu’à des considérations d’ordre professionnel; et l’utilisation de l’information, qui peut inclure sa diffusion et son partage dans la représentation de l’écrivain et de ses œuvres. L’étude comporte trois volets qui sont autant de méthodes : un sondage, l’analyse qualitative de pages web et des entrevues. Dès lors, les résultats proviendront de différents types de données, proposant un portrait nuancé, à l’image d’un groupe hétérogène, riche d’une complexité soutenue à la fois par l’individualité créatrice et par ce que Bourdieu a appelé le « très faible degré de codification » du champ littéraire (1992, p. 370). À cette complexité s’ajoutent les perceptions qu’ont les écrivains des archives et des bibliothèques, avec qui ils entretiennent traditionnellement une relation étroite, ne serait-ce qu’à travers leurs œuvres, ainsi que leurs perceptions d’outils et de plateformes numériques dont l’usage varie énormément. Enfin, l’accès à l’information et aux œuvres soulève des questions importantes, tant dans le processus de création qu’au niveau des enjeux de la profession.

Bourdieu, P. (1992). Les règles de l’art : genèse et structure du champ littéraire. Paris : Seuil.

Résumé
15 h 30 à 16 h 30
Panel
Réfléchir l’écrivaine, l’écrivain : quelles méthodes pour quels enjeux?
Présidence/Animation : Anthony GLINOER (UdeS - Université de Sherbrooke)
Participants : Eli MacLaren (Université McGill), Geneviève Gareau , Roy Caldwell , Daniel Grenier (Université Laval), Ann Marie Holland (Université McGill), anne-sophie bougeard (Faculté SHS- UCO- ANGERS FRANCE), Nadine Desrochers (UdeM - Université de Montréal), Anthony GLINOER (UdeS - Université de Sherbrooke), Marie-Pier Luneau (UdeS - Université de Sherbrooke), Marcello Vitali Rosati (UdeM - Université de Montréal)
Batiment : (WH) WILSON HALL
Local : (WH) 104