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461 - Résister au néolibéralisme : finance, inégalités, mobilisations

Le mercredi 10 mai 2017

Tant à des fins analytiques que militantes, la notion de néolibéralisme est de plus en plus utilisée en sciences sociales et dans l’espace public pour désigner l’évolution actuelle de nos économies — en y associant, entre autres, l’augmentation des inégalités, la montée d’un individualisme méritocratique qui vient justifier ces mêmes inégalités, etc. Par l’entremise d’une réflexion sur le néolibéralisme comme stratégie de relance économique et mode de gouvernement, notre séance se propose d’étudier l’état de nos sociétés depuis la crise financière de 2008. Nous traiterons donc des rapports entre la financiarisation des économies capitalistes avancées et l’augmentation des inégalités qui s’y observe depuis quelques décennies ainsi que des croisements entre cet accroissement des inégalités socioéconomiques et le renforcement d’autres axes d’inégalité tels que le genre et la race. L’effet du néolibéralisme nous semble double, soit, d’une part, de contribuer à l’augmentation notable des inégalités et, d’autre part, de rendre difficile la dénonciation de ces mêmes inégalités en fonction d’identités collectives incarnées par des groupes de revendication, des syndicats et des mouvements sociaux. Nous conclurons en examinant les manières de résister au système néolibéral, en proposant notamment des articulations entre les différentes forces progressistes et en promouvant d’autres formes de vivre-ensemble.

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Colloque
Section 400 - Sciences sociales
Responsables
Barry Eidlin
Université McGill
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Après-midi
13 h 00 à 15 h 00
Communications orales
Effets du néolibéralisme : inégalités, précarité, résistance
Présidence/Animation : Barry Eidlin (Université McGill)
Discutant : Barry Eidlin (Université McGill)
Batiment : (MH) MACDONALD-HARRINGTON
Local : (MH) G-01
13 h 00
Libéralisation de l’emploi et précarisation de la main-d’œuvre féminine au Québec
Marie-Pierre Boucher (UQO - Université du Québec en Outaouais)

Les accords de libre-échange signés par le Canada n’ayant pas eu d’effets directs significatifs – en termes de perte d’emploi, par exemple – sur la main-d’œuvre féminine québécoise, il fallut élargir la compréhension des dynamiques de libéralisation afin de constater et d’analyser les effets de celles-ci sur certains domaines d’emplois féminins.

Après avoir brièvement rappelé les principaux constats de ces analyses, nous conclurons en insistant sur la reconduction de la division sexuelle du travail dans le cadre politico-économique du néolibéralisme, en dépit du fait que, en même temps, ce soit les femmes qui enregistrent les principaux gains en emploi.

Recherche réalisée à titre de professionnelle de recherche (juillet 2006 – avril 2009) à l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM), à l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF) et pour la Fédération des femmes du Québec (Comité femmes et mondialisation) ; recherche sous la supervision de Dorval Brunelle, financée par le CRSH. Résultats produits avec Yanick Noiseux et la collaboration de Raquel Duplin.

Résumé
13 h 15
Le néolibéralisme et les inégalités ethnoraciales : le cas du Canada et des États-Unis
Emanuel Guay (Université McGill)

Mon intervention se propose d’étudier les impacts différenciés des politiques néolibérales en fonction des catégories d’appartenance ethnoraciales qui composent nos sociétés et des inégalités d’accès aux ressources qui divisent ces catégories entre elles. L’hypothèse avancée sera qu’un portrait complet des inégalités engendrées et maintenues par un régime d’accumulation néolibéral ne peut être dressé qu’en prenant en compte la manière dont les coupures dans les services publics, la stagnation des salaires et les politiques de workfare affectent d’abord les catégories les plus précaires économiquement, une distinction de classe qui recoupe largement les inégalités racialisées dans l’accès à l’emploi, au logement, face au système de justice criminel, etc. Ces idées seront développées à partir des cas américains et canadiens, en y étudiant les discriminations racialisées qui y persistent et les manières dont ces dernières sont prises en compte – ou ignorées – dans l’opinion publique.

Résumé
13 h 30
Grève, piquets, occupations : une explication du militantisme des étudiants du postsecondaire au Québec
Alessandro Drago (Université McGill)

L’éducation au Québec est relativement accessible, avec les deuxièmes plus bas frais de scolarité au Canada. Malgré cela, quand le gouvernement provincial libéral à décidé en 2011 d’augmenter les frais de scolarité de 75%, c'est à dire de $2,168 a $3,793 (une augmentation qui aurait rendu les frais de scolarité au Québec plus comparables aux frais des autres provinces canadiennes, qui sont déjà les plus bas dans tout l’Amérique du Nord), cette augmentation a créé un mouvement étudiant de masse en 2012 avec plus de 300 000 étudiant-e-s en grève. Ce n’était pas la première ni la dernière mobilisation étudiante au Québec, avec la dernière en 2015. Depuis 1968, il y a eu un total de 11 grèves étudiantes générales au Québec. Inversement, les étudiant-e-s en Ontario paient les frais de scolarités les plus chers au Canada et les frais des scolarités ont augmenté 5% par année depuis 2006. Mais, il n’y a pas eu une grande ni une petite mobilisation des étudiant-e-s dans la plus grande province du Canada.  Cette présentation traitera des raisons pour lesquelles les étudiant-e-s au Québec sont plus militant-e-s et manifestent plus souvent que les étudiant-e-s dans d'autres provinces canadiennes. En particulier, cet article comparera les étudiant-e-s au Québec avec les étudiant-e-s en Ontario et leurs niveaux respectifs de mobilisation. Cette présentation tentera de faire valoir que les différences dans les activités de protestation peuvent être attribuées à des différences structurelles dans la façon dont l'enseignement supérieur est organisé et plus généralement aux différences idéologiques entre les provinces. Cette intervention se propose aussi d’aborder des questions plus générales reliées aux mouvements sociaux, telles que pourquoi les gens se mobilisent dans certains cas et pas dans d'autres.

Résumé
13 h 45
Politique de la rue : des Indignés à Occupy
Pascale Dufour (UdeM - Université de Montréal), Marcos Ancelovici (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Du campement des Indignados de Puerta del Sol aux Nuits Debout parisiennes, en passant par Occupy Wall Street ou Occupy Montréal : depuis 2011, de nombreuses mobilisations ont investi l’espace public pour réclamer et mettre en pratique de nouvelles formes démocratiques. Malgré la diversité des contextes politiques et socio-économiques dans lesquels ils émergent, ces mouvements ont en commun de dénoncer les limites d’une démocratie représentative en crise et de revendiquer une « démocratie réelle ». Les manifestants ont partout organisé des assemblées sur les places publiques pour mettre en pratique de nouvelles formes démocratiques qu’ils appellent de leurs vœux. Quel premier bilan peut-on tirer de ces mobilisations près de cinq ans après leur émergence ? Sont-elles parvenues à intervenir dans le jeu politique traditionnel et à impulser un renouvellement de la démocratie par le bas ? Cette communication s’appuie un ouvrage collectif que nous avons coordonné avec Marcos Ancelovici et Héloïse Nez sur les mouvements Indignés et Occupy en Europe et en Amérique du Nord. Ce livre met en commun les travaux de chercheurs ayant suivi ces mobilisations en Espagne, en Grèce, en Irlande, en France, en Israël, aux États-Unis et au Canada. Il ressort de cette comparaison internationale un certain nombre de caractéristiques communes, qui nous ont incités à regrouper les Indignés et Occupiers au sein d’une même famille de mouvements sociaux. Après avoir présenté les conditions d’émergence de ces mobilisations, nous verrons les liens qu’elles entretiennent entre elles et interrogerons finalement leur influence sur l’action politique.

Résumé
14 h 00
Commentaires des participants et des experts
Barry Eidlin (Université McGill)
14 h 10
Période de questions
14 h 45
Pause
15 h 00 à 16 h 45
Communications orales
Le néolibéralisme en évolution
Présidence/Animation : Marcos Ancelovici (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Discutant : Marcos Ancelovici (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : (MH) MACDONALD-HARRINGTON
Local : (MH) G-01
15 h 00
Le néolibéralisme, stade suprême de l’entreprise-monde?
Yves-marie Abraham (HEC Montréal)

Le néolibéralisme est généralement associé à l’idée que le marché serait devenu ou redevenu le mode de coordination dominant de l’activité économique dans nos sociétés. En prenant appui sur le travail du sociologue Andreu Solé, nous soutiendrons que ce n’est pas le marché, mais l’entreprise qui constitue la force organisatrice de notre monde aujourd’hui. Dans cette perspective, le néolibéralisme apparaît comme une idéologie qui a fortement favorisé la montée en puissance de l’entreprise dans nos sociétés; à tel point que nous pouvons parler à présent d’ « Entreprise-monde », manière de souligner que notre monde est conçu par et pour l’entreprise. Résister au néolibéralisme, c’est donc d’abord et avant tout lutter contre l’entreprise, et non pas contre le marché qui n’est jamais qu’une chimère. Quant à cette résistance, elle aurait sans doute tout intérêt à prendre appui sur le modèle des « communs », qui semble offrir la possibilité d’échapper à l’alternative État/Entreprise dont nous sommes prisonniers depuis trop longtemps. 

Résumé
15 h 15
Repenser le postcapitalisme : démocratie économique, communs et dotation inconditionnelle d’autonomie
Jonathan Durand Folco (USP - Université Saint-Paul)

Lorsqu’il vient le temps de proposer une alternative globale au projet néolibéral, les mouvements sociaux et la gauche radicale se trouvent souvent au dépourvu, avec une série de revendications immédiates et des réformes qui peinent à s’articuler dans une vision globale, claire et cohérente d’un système postcapitaliste. C’est à cette lacune que nous souhaitons pallier en esquissant les contours d’une société écosocialiste et postcroissance, par une synthèse de trois perspectives issues de traditions politiques différentes : la démocratie économique, les communs et la dotation inconditionnelle d’autonomie. Dans un premier temps, nous mettrons en évidence le besoin de démocratiser les lieux de travail et les entreprises, de même que les mécanismes de régulation économique à l’échelle municipale, régionale et nationale, en combinant le contrôle public du système financier et monétaire et une décentralisation participative. Dans un deuxième temps, nous soulignerons l’importance de compléter cette démocratie économique par l’institution de multiples « communs » pour gérer collectivement plusieurs biens matériels et immatériels (naturels, sociaux, culturels et numériques). Dans un troisième temps, nous proposerons l’instauration d’une « dotation inconditionnelle d’autonomie » comme alternative à la position classique du revenu de base, afin d’accélérer la transition vers une société émancipée.

Résumé
15 h 30
Financiarisation des économies et accroissement des inégalités
Audrey Laurin-lamothe (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Cette communication explore le phénomène de la financiarisation des économies contemporaines et cherche à montrer comment ce régime d’accumulation contribue à l’accroissement des inégalités économiques. Il s’agira dans un premier temps de montrer de quelle manière les ménages de la classe moyenne sont insérés dans la sphère financière et, de façon antagoniste, comment les hauts revenus, et plus spécifiquement les élites économiques, entretiennent un rapport particulier à la sphère financière qui leur permet d’accroître leur richesse, et ce, en dépit de la stagnation économique et de la crise financière de 2008. En deuxième lieu, il sera question des politiques économiques austères, promues par les gouvernements des pays occidentaux, en tant qu’elles sont la continuité renouvelée de la régulation néolibérale de l’économie, mais également l’illustration de la force de persuasion des acteurs financiers en général et des agences de notation en particulier. Dans un troisième temps, quelques arguments avancés par Piketty et Atkinson pour expliquer l’augmentation des inégalités seront exposés de manière à mettre en lumière le lien étroit entre leur thèse  et une critique politique et économique de la financiarisation. 

Résumé
15 h 45
Néolibéralisme et travail reproductif
Céline Hequet (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Lorsqu’elles ont cherché à comprendre ce qui expliquait leur dépendance aux hommes, à l’encontre des féministes libérales et des socialistes traditionnels qui les enjoignaient à sortir de la maison et à rejoindre le marché du travail pour s’émanciper, les théoriciennes de la deuxième vague ont fait le constat qu’en fait, elles travaillent déjà, mais qu’elles n’étaient simplement pas payées pour le faire[1].

Aujourd’hui, la lutte contre le salaire au travail ménager menée dans les années 70 n’a pas abouti, mais la norme du double salaire à l’extérieur du foyer, elle, est bien enracinée dans les pays riches. Cette situation a mené, selon Sylvia Federici, à une « crise de la reproduction sociale » et, pour y répondre, on fait de plus en plus appel à des femmes immigrées expressément pour effectuer le travail domestique. Or, cette « mondialisation de l’amour maternel[2] » vient instaurer une nouvelle stratification entre femmes et éroder la possibilité d’une lutte commune[3].

Le néolibéralisme est doublement lié à cette redéfinition de la situation des femmes. D’abord, par ses plans d’ajustement structurel, il a privé les populations du Sud de leurs moyens de reproduction et les a forcé à entrer sur le marché du travail mondialisé[4]. Ensuite, au Nord, les coupes massives dans les programmes sociaux ont re-privatisé une partie du travail soin, entraînant le retour de la femme au foyer[5]. Quelles pistes de lutte s’offre aujourd’hui aux femmes ?

[1] Louise Toupin, Le Salaire Au Travail Ménager, (Montréal: Les éditions du remue-ménage, 2014), p. 50-51.

[2] ibid. p. 20.

[3] Sylvia Federici, « Reproduction et lutte féministe dans la nouvelle division internationale du travail », Période (2014).

[4] idem.

[5] Sandra Ezquerra, « Spain, Economic Crisis, and the New Enclosure of the Reproductive Commons », Monthly Review 65, no 11 (2014).

 

Résumé
16 h 00
Commentaires des participants et des experts
Marcos Ancelovici (UQAM - Université du Québec à Montréal)
16 h 10
Période de questions