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406 - Méthodologies pour l’étude des téléséries et des webséries

Du mardi 9 au mercredi 10 mai 2017

La production de téléséries et de webséries est particulièrement florissante. Cette prolifération résulte entre autres du développement des chaînes spécialisées comme HBO ou Showcase, puis des sites de lecture continue (streaming) comme Netflix, iTunes, Amazon et le site HBO. Non seulement la production de séries est en forte croissance, mais les nouveaux modes de distribution ont contribué à l’accessibilité accrue et aux nouvelles possibilités de visionnement, et ils ont fourni de nouvelles possibilités d’interaction entre le public et les producteurs des séries, notamment via les réseaux sociaux (Perticoz et Dessinges, 2015). Une telle prolifération témoigne de l’importance de ces produits culturels dans le paysage télévisuel contemporain (Esquenazi, 2009).

De nombreuses disciplines, incluant plus récemment les sciences sociales, prennent les téléséries et webséries pour objet d’étude (Pasquier, 2003). Certaines traditions de recherche traitent ces produits comme des objets d’étude en soi, décodant les représentations et significations véhiculées dans leurs diverses composantes. D’autres traditions centrent leurs analyses autour de la réception de ces produits et de leurs impacts sur la transformation des normes et des conduites. La fonction et les impacts sociaux et culturels des séries, notamment dans la reproduction et la transformation des normes du vivre-ensemble, sont régulièrement mis en question (Combes, 2013). Paradoxalement, alors que certaines perspectives présentent les séries comme des produits de la société et de la culture, d’autres présentent la société et la culture comme des produits des séries. Les méthodes développées pour réaliser ces travaux s’inscrivent dans des traditions scientifiques et des postures épistémologiques variées dont le panorama reste à tracer (Sepulchre, 2011).

Ce colloque vise à réunir des chercheuses et chercheurs qui prennent les téléséries et webséries pour objet autour de deux axes : 1) les approches techniques du traitement d’un matériau audiovisuel selon qu’il porte sur les contenus ou la structure narrative, la mise en scène, l’image, etc.; et 2) les fondements épistémologiques de ces approches, les représentations de l’interaction entre produits audiovisuels et sociétés qu’elles sous-tendent.

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Colloque
Section 400 - Sciences sociales
Responsables
UQAM - Université du Québec à Montréal
UQAM - Université du Québec à Montréal
UQAM - Université du Québec à Montréal
UQAM - Université du Québec à Montréal
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Avant-midi
10 h 00 à 12 h 00
Communications orales
Épistémologie et statut de l’objet sériel
Présidence/Animation : Chiara PIAZZESI (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : (BR) BRONFMAN
Local : (BR) 340
10 h 00
Mot de bienvenue
10 h 20
Les séries télévisées et l’analyse des représentations : « miroir » de nos enjeux épistémologiques?
Stéfany BOISVERT (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Cette communication présentera une nouvelle approche interprétative pour l’analyse textuelle. Une idée domine depuis longtemps l’étude des téléséries, à savoir que celles-ci seraient des « miroirs » ou « reflets » de notre société. Plusieurs chercheurs, y compris au Québec, les ont analysées en employant ces métaphores populaires (Atkinson, Bélanger et Proulx 1998; Legris 2013; Mehl 1992; Winckler 2002, 2005) et en adoptant une approche réflective  (Hall 2008) des représentations fictionnelles (identités narratives, thématiques). Bien que ces métaphores permettent la reconnaissance d’une forme d’interaction entre les produits audiovisuels et la société, celles-ci s’appuient néanmoins sur une conception « objective » de la réalité sociale qui limite l’analyse critique et idéologique que nous pouvons faire des œuvres, en plus de ne pas toujours s’appuyer sur les mêmes fondements épistémologiques. La mise en évidence de ces problèmes théoriques et méthodologiques m’amènera à proposer une approche épistémologique, inspirée de récents travaux en cultural studies et en sociologie des médias. Exemples à l’appui, je démontrerai que l’approche interprétative que je préconise, centrée sur une conception explicitement constructiviste et performative (Chalvon-Demersay 1997) des représentations télévisuelles fictionnelles, permet de tenir compte de la complexité et de la conflictualité de la culture, tout en évitant les jugements normatifs lors d’une analyse textuelle.

Résumé
10 h 40
Enjeux politiques de la représentation de la sexualité dans les séries télévisées
Anne Martine Parent (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)

Mon étude des téléséries est fondée dans une méthodologie acquise en études littéraires et dans une perspective influencée par les études féministes et culturelles. La série télévisée est ainsi à la fois : 1) un objet d’étude en soi, avec ses stratégies de représentation et de signification narratives, visuelles, sonores, etc.; et 2) un produit culturel qui interagit avec les discours sociaux et possède une capacité de reconduction ou de remise en question de ces discours. Je propose de montrer, dans ma communication, cette double nature de la série télévisée impliquée par mon approche, et la méthodologie qu’elle engage. J’utiliserai comme exemple la représentation de la sexualité dans les séries télévisées et ses enjeux politiques. J’analyserai quelques scènes représentant explicitement des actes sexuels tirées de séries comme Girls (HBO), Sense8 (Netflix) et Broad City (Comedy Central) afin de démontrer les stratégies utilisées en matière de représentation et de signification et leurs effets discursifs en termes d’enjeux politiques féministes et culturels.

Résumé
11 h 00
Comment rendre compte de l’« existence » d’une série? « Twin Peaks », cultures, formes et technologies
Marta Boni (UdeM - Université de Montréal)

Dans le cadre des études sur la complexité narrative (Mittell 2015) il est question de la prise en compte de la structure des séries télé et de leur forme à partir de l’approche de la poétique historique. Cette approche permet d’étudier les formes et les technologies donnant vie à des expériences complexes, y compris les extensions de type transmédiatique de plus en plus courantes. Toutefois, en raison de son inscription dans une perspective néo-formaliste, cette approche ne permet pas de donner une place à la réception comme force sérielle. Elle n’est pas suffisante, par exemple, si nous voulons expliquer des phénomènes comme les résurrections de séries. Nous proposons de discuter les possibilités d’une étude de la place des appropriations des téléspectateurs et des fans avec la dimension des formes et des technologies, avec une attention particulière pour les espaces en ligne d’internet et des cultures des réseaux, qui ont une influence capitale avant, pendant, et après la production d’une série. À travers l’exemple du phénomène Twin Peaks, il s’agira de considérer le paradigme de la complexité (Morin) afin de donner une place à plusieurs approches, comme le modèle écosystémique (Pescatore et al.), la sociologie du jugement de goût (Hennion, Leveratto), ou la série culturelle (Lefebvre 1997) qui, conjointement à l’analyse de séquences importée des études cinématographiques, nous permettent de rendre compte de l’ « existence » d’une série dans l’espace public.

Résumé
11 h 20
Discussion
Dîner
12 h 00 à 13 h 30
Dîner
Dîner
Après-midi
13 h 30 à 16 h 00
Communications orales
Atelier méthodologique
Présidence/Animation : Pierre Barrette (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : (BR) BRONFMAN
Local : (BR) 340
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Avant-midi
09 h 30 à 12 h 00
Communications orales
Étude des formats et analyse interne des contenus de l’objet sériel
Présidence/Animation : Martin Blais (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : (BR) BRONFMAN
Local : (BR) 340
09 h 30
Quel(s) modèle(s) pour l’étude du scénario de websérie?
Sophie Beauparlant (Cégep de Jonquière)

Cette communication s’interrogera sur l’arrière-plan conceptuel à développer pour l’étude du scénario de web-séries de fiction. Je propose de voir quels déplacements opèrent les web-séries sur la façon «classique» de penser le scénario. Par exemple, est-ce que la structure en trois actes et les schémas d’intrigue (suspense, curiosité, surprise) sont des modèles narratifs utiles pour l’étude des web-séries ? Est-ce que les personnages du web peuvent être pensés (pleinement ou en partie) à partir des études sur le personnage de cinéma ? Et qu’en est-il du rôle de la parole ? En s’appuyant sur un corpus de web-séries, il s’agira de voir non seulement de quelle façon ces productions numériques invitent à repenser notre conception du scénario, mais également à questionner les enjeux du scénario et son rapport avec le spectateur. Ainsi, il sera possible d’évaluer si les effets et des affects provoqués par les scénarios issus de nouvelles institutions de production mobilisent des institutions d’interprétation qui sont également déterminées par le médium et le contexte de réception. En se demandant si les théories du scénario conventionnelles sont un point de départ pertinent pour l’étude des web-séries, j’avancerai l’idée selon laquelle ces productions numériques invitent à penser un nouvel imaginaire du scénario de fiction.

Résumé
09 h 50
Explorer une télésérie par les images : une illustration à partir de « Game of Thrones »

L'objectif de cette communication est d'explorer le potentiel de l'analyse et de la visualisation de (quasiment) toutes les images d'une télésérie. Du point de vue méthodologique, nous pouvons identifier deux grands défis : l'étude d'un très gros volume de données et l'adaptation des travaux aux spécificités des téléséries. Pour y faire face, nous combinons d'une part les recherches informatiques sur le traitement automatique des images et des couleurs et d'autre part la richesse des études scientifiques sur les composantes visuelles et narratives des téléséries. Nous avons choisi la télésérie Game of Thrones (2011-) de HBO pour ses dimensions cinématographiques et scénaristiques. Nous capturons quelques 50 000 images pour les 6 saisons de 60 épisodes d'une durée moyenne de 56 minutes. Chaque image est composée de pixels. Chaque pixel est transformé en un code couleur et un emplacement sur une image. A partir de ces informations, nous allons pouvoir retranscrire l'ambiance visuelle de la série par sa palette et son code barre de couleurs. Et à partir des caractéristiques de teinte, de saturation et de luminosité nous nous proposons d'analyse la télésérie de quatre manières complémentaires : l'évolution image par image ; le mouvement entre deux images ; le découpage en scènes visuelles ; et la récurrence des scènes visuelles. En conclusion, nous discutons de l'intérêt d'une telle démarche pour appréhender la structure narrative des téléséries sans en négliger les limites.

Résumé
10 h 10
La websérie comme format publicitaire : élaboration d’une typologie flexible
Frédéric Aubrun (Université Jean Moulin Lyon 3)

Notre propos s’attache à interroger le format « web-sériel » dans un contexte publicitaire en étudiant la « mise en récit » des marques au sein de l’espace numérique à travers un corpus de sept web-séries de marque. Celles-ci comprennent 85 vidéos qui correspondent aux épisodes diffusés sur Internet entre 2010 et 2014 en France. L’analyse de ce corpus nous a permis de dégager un facteur commun : le format très court (2 minutes/épisode en moyenne). De plus, ces dernières partagent des similitudes avec les séries télévisées par une opération de mise en série et/ou en feuilleton (Nel, 1990). Les web-séries de marque ont été choisies en fonction de leur hétérogénéité au sein de l’espace numérique, qui se traduit autant dans le ton adopté (comique, didactique, fantastique, réaliste ou ludique) que dans la représentation de la marque dans les web-séries. Chacune d’entre elles entretient un lien plus ou moins fort avec son univers de marque, d’où notre choix de dresser une typologie selon leur degré de dépublicitarisation. Marti de Montety parle de « dépublicitarisation » pour désigner « la tactique des annonceurs qui vise à se démarquer des formes les plus reconnaissables de la publicité pour lui substituer des formes de communication censées être plus discrètes, dégagées des marqueurs de la publicité » (2014 : 18). Nous expliquerons comment nous avons construit notre typologie de web-séries de marque à partir de ce concept flexible.

Résumé
10 h 30
Pause
10 h 45
Repérer les sémantiques amoureuses dans un contenu télévisuel : l’apport d’une approche inspirée de la théorisation ancrée
Martin Blais (UQAM - Université du Québec à Montréal), Chiara PIAZZESI (UQAM - Université du Québec à Montréal), Julie Lavigne (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Le projet culturel qui définit la conjugalité depuis le XVIIIe siècle a pris la forme d’une relation de réciprocité entre deux personnes, mue par la passion amoureuse et sexuelle et inscrite dans la domesticité. Ce projet de la conjugalité s’est construit à travers les sémantiques popularisées dans divers produits culturels tels que les romans, les feuilletons, les films ou les séries télévisées. Ces sémantiques sont considérées à la fois comme un reflet du projet culturel de la conjugalité dans une société et comme un moteur de sa transformation. Afin de décrire le répertoire des sémantiques de la conjugalité circulant dans le public québécois, nous avons analysé la télésérie La Galère, qui contient 62 épisodes de 45 minutes. Les principales étapes ayant guidé cette analyse, inspirées de la théorisation ancrée, sont l’échantillonnage des épisodes pertinents ; la codification des scènes ayant un contenu lié à l’intimité conjugale, sexuelle, sentimentale ou domestique, et leur regroupement sous ces quatre thèmes fédérateurs ; le regroupement des codes en catégories conceptuelles au sein des thèmes fédérateurs ; la rédaction de mémos d’analyse relatifs aux catégories et biographies intimes des protagonistes ; l’identification des sémantiques par la comparaison des catégories conceptuelles aux concepts théoriques qui leur font écho. Nous ferons état des tâches spécifiques à ces étapes, des défis qui se posent à leur réalisation et des modalités de leur résolution.

Résumé
11 h 05
Discussion
Dîner
12 h 00 à 13 h 30
Dîner
Dîner
Après-midi
13 h 30 à 16 h 00
Communications orales
Réception et publics
Présidence/Animation : Julie Lavigne (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : (BR) BRONFMAN
Local : (BR) 340
13 h 30
Du téléspectateur au télévisionneur : pour une approche idéaltypique des consommateurs de séries télévisées
Catherine Dessinges (Université Jean Moulin Lyon 3 ), Lucien Perticoz (Université Lyon 3)

Notre proposition de communication s’inscrit dans le cadre des travaux en réception des productions audiovisuelles télévisées. En particulier, il s’agit d’analyser les pratiques de consommation des séries télévisées auprès d’une population constituée de 22 étudiants en audiovisuel afin de mettre à l’épreuve des profils idéaltypiques de consommateurs de séries télévisées, tels qu’ils ont été formalisés dans un travail de modélisation des modes de visionnage des contenus télévisuels (Perticoz & Dessinges, 2015). Nos résultats seront présentés à l’appui d’une méthodologie expérimentale se déclinant en  trois volets : une enquête par questionnaire qui permettra d’établir des corrélations entre types de séries, types de visionnage, modes d’appropriation des contenus, etc ; des focus group ; un protocole de cahiers à remplir qui permettront d’identifier le sens que les publics mettent dans leurs pratiques de visionnage et les modalités d’intégration des séries dans leurs univers culturels. Les résultats de notre analyse mettront en particulier l’accent sur les modalités de visionnage multi-écrans, les formes plus ou moins grandes d’affranchissement vis-à-vis des grilles de programmes et la diversité des modes d’appropriation des objets sériels pouvant éventuellement aller jusqu’à la création de contenus originaux. Nos conclusions mettront au jour et nuanceront la pluralité des modes de constitution de cultures sérielles de plus en plus désynchronisés/délinéarisés, cumulatifs et fragmentés.

Résumé
13 h 50
Le sens de la sériephilie : approche sociologique
Olivier Thevenin (Université Sorbonne-Nouvelle (Paris 3))

Cette communication a pour objectif d’étudier les interactions entre des séries télévisuelles et les sociétés qu’elles sous-tendent selon plusieurs traditions disciplinaires à la croisée de la sociologie et des sciences de la communication. Cette contribution cherchera ainsi à questionner le statut de la théorie face à un objet comme la série TV selon les changements de représentations de la sériephilie en se référant à des études de réception par des publics de festivals. En partant de la typologie sur les publics des séries de C. Combe, de  l’approche sémio-pragmatique de R. Odin et des résultats d’une enquête en ligne menée auprès de 750 sériephiles, nous proposerons de montrer en quoi l’articulation entre des théories en sociologie de la culture et des médias – D. Pasquier, H . Glévarec ou encore D. Cardon – et des données sociographiques des publics permettent de formuler des questions différentes (notamment de l’approche immanentiste) et apportent un éclairage spécifique sur les séries TV. Nous aborderons en conclusion les transformations en cours dans le domaine de l’audiovisuel sous l’angle des changements observables dans les pratiques sérielles des individus, notamment sur le plan de la recommandation des séries à partir des médias numériques, et nous proposerons une typologie de la culture sériephile à partir des données d’une enquête réalisée lors du festival Séries Mania au Forum des images.

Résumé
14 h 10
Discussion
14 h 30
Pause
14 h 45
Plénière
15 h 45
Mot de clôture