Imprimer

439 - Politiques publiques et minorités sexuelles : nouveaux enjeux, nouvelles réalités

Le vendredi 16 mai 2014

Ce colloque vise à ouvrir un espace de dialogue interdisciplinaire autour des enjeux contemporains sur les politiques publiques et les minorités sexuelles dans l’espace francophone. Si la question de la politique de la sexualité n’est pas nouvelle, elle suscite de nouvelles mobilisations sociales et politiques autour des droits des minorités sexuelles (gais, lesbiennes, transsexuels, transgenres, « queers », etc.), parmi lesquelles les dispositifs étatiques font l’objet de recherches (droit au mariage, prévention du harcèlement et des violences sexuelles, lutte contre l’homophobie, politiques de santé publique spécifiques, lutte contre les discriminations). La normalisation des identités sexuelles que visent les politiques publiques ne fait pas l’objet de consensus. Au contraire, elles continuent de susciter médiatisation et nouvelles mobilisations aussi bien des minorités sexuelles que de nouveaux acteurs politiques. De plus, les nouvelles technologies de communication contribuent à mondialiser le transfert des enjeux d’un pays à l’autre, à encourager la naissance de nouveaux mouvements inspirés par les politiques publiques et les organisations du Nord. Dans les pays du Sud, ces minorités réclament à leur tour des politiques spécifiques pour atteindre l’égalité des droits et leur reconnaissance comme catégories de citoyens. Ces luttes se jouent aussi dans l’arène internationale comme à l’ONU, non sans résistance des États opposés à l’égalité juridique. Les contextes politiques spécifiques de ces régions et l’ingérence des acteurs du Nord entraînent des réactions politiques et sociales qui obligent des membres de ces minorités sexuelles à l’exil vers des espaces où leurs droits seraient davantage reconnus. Ces réfugiés se heurtent cependant à des obstacles dans les pays d’accueil, qui s’inscrivent dans des dispositifs complexes touchant leur accueil. Cette intrication des problématiques locales et internationales demande à être mieux théorisée et empiriquement démontrée.

Lire la suite »
Colloque
Section 400 - Sciences sociales
Responsables
RRSPQ - Réseau de recherche en santé des populations du Québec
Université Concordia
Ajouter à mon horaire
Afficher tous les résumés
Avant-midi
09 h 15 à 09 h 30
Communications orales
Accueil et mot de bienvenue
09 h 15
Mot de bienvenue
09 h 30 à 10 h 30
Communications orales
Sexualité et politique : quelles perspectives de recherche?
09 h 30
Sexualité et politique: quelles perspectives de recherche?
Bruno Perreau (MIT - Massachusetts Institute of Technology)

Dans l'espace francophone, l'analyse des enjeux politiques de la sexualité se concentre principalement sur les politiques publiques qui ont la sexualité pour objet (politiques antidiscriminatoires, mariage et filiation, prévention de l'homophobie, santé sexuelle, etc.) et sur les mouvements sociaux minoritaires (socialisation au sein des groupes de pairs, manifestations, lobbying, etc.). D'autres questions, pourtant importantes, demeurent marginales : les relations internationales, la citoyenneté, et, plus généralement, la légitimation politique. Cette situation peut s'expliquer par leur relative faiblesse en science politique dans certains espaces francophones (notamment la France). Mais, tout se passe également comme si le travail critique développé dans le champ des humanités (notamment celui des théories queer) ne parvenait pas à pénétrer les sciences sociales. À partir de la présentation d'un numéro spécial de la revue Politique et sociétés, co-dirigé avec David Paternotte et publié en 2013, cette communication analysera les conditions de possibilité, épistémologiques et institutionnelles, d'une analyse critique de la sexualité au sein des sciences du politique.

Résumé
10 h 10
Période de questions
10 h 30
Pause
10 h 50 à 11 h 50
Communications orales
Politiques publiques, citoyenneté et intégration
10 h 50
L'adoption d'une politique québécoise de lutte contre l'homophobie : quel impact sur les relations entre les organismes communautaires LGBT+ et l'État québécois?
Line CHAMBERLAND (UQAM - Université du Québec à Montréal)

En 2009, le gouvernement du Québec adoptait une Politique de lutte contre l'homophobie, suivie en 2011 par un plan d'action comprenant 60 mesures sous la responsabilité de 11 ministères, la création d'un Bureau de lutte contre l'homophobie ainsi qu'un soutien financier accru pour les organismes communautaires voués à la défense des droits des minorités sexuelles et de genre (LGBT+) ainsi qu'à des projets de lutte contre l'homophobie issus d'organismes communautaires (LGBT+ ou non). Les représentants du mouvement LGBT+, ayant eux-mêmes privilégié une stratégie de concertation et de lobby politique, ont accueilli favorablement la politique et le plan d'action résultant d'une longue démarche consultative. On peut s'interroger sur les changements induits par cette politique. D'un côté, elle favorise la reconnaissance sociale et financière des organismes LGBT+, renforce les liens entre divers milieux (communautaire, universitaire, société civile), facilite l'émergence de nouveaux partenariats, notamment avec des institutions locales, régionales et nationales, en vue de combattre l'homophobie. De l'autre, elle risque d'entraîner la professionnalisation des organismes communautaires autour de quelques fonctions (services, sensibilisation), aux dépens de leur rôle politique, et d'accentuer les inégalités entre les organismes, ceux bénéficiant déjà de ressources étant les plus capables de les mobiliser en vue d'obtenir du soutien gouvernemental.

 

Résumé
11 h 10
Analyse des impacts des nouvelles orientations politiques en matière d'immigration pour les minorités sexuelles réfugiées au Canada
Nathalie Ricard (Université Laval)

Alors  que  le  travail  d'accueil  des  Canadiens  et  Canadiennes  avait  été  honoré  par  la médaille Nansen du Haut-Commissariat  des Nations Unies pour les réfugiés en 1986, l'organisme critique aujourd'hui les politiques du Canada envers les réfugiés. La réforme de l'octroi d'asile, les changements à la couverture médicale et ceux à l'attribution de la citoyenneté  illustrent  avec  acuité  la  nouvelle  gestion  du  gouvernement  en  matière d'immigration qui compromet la notion d'égalité en se fondant sur l'origine nationale des individus. Ces mesures ont des conséquences significatives pour les minorités sexuelles qui  cherchent  à  se  réfugier  au  Canada.  Si  l'expérience  de  l'injustice   conduit à des revendications de reconnaissance que ce soit sur les plans personnels et de la mobilisation collective, l'obtention d'une telle reconnaissance ne se réduit pas, toutefois, aux termes de la justice balisés par le droit. Des exilés aspirent ainsi à une justice de guérison personnelle et de réconciliation avec leur pays, tandis que des  activistes  d'ici  visent  l'intégration  de  leurs  histoires  marquées  par  le  racisme,  la pauvreté et la marginalisation sexuelle à la mémoire collective. Notre analyse s'appuie sur une cinquantaine d'entrevues réalisées avec des réfugiés et des activistes, et sur notre participation  observante  dans  des  organisations  associatives  pour  les minorités sexuelles réfugiées à Toronto, Vancouver et Montréal.

 

 

Résumé
11 h 30
Discussion
11 h 50 à 12 h 50
Communications orales
Politiques publiques, sexualités et VIH/sida
11 h 50
La prévention du VIH/sida en France à l'ère des antirétroviraux : entre médicalisation et « evidence-based activism »?
Gabriel Girard (UdeM - Université de Montréal)

Depuis le début des années 2000, la prévention du VIH/sida parmi les gais a connu de profondes inflexions. La promotion du préservatif, pierre angulaire de la prévention depuis les années 1980, est en effet remise en question. D'une part, son usage régulier s'avère problématique pour un nombre non négligeable d'hommes gais. D'autre part, de nouvelles approches, alternatives au préservatif, émergent, sous le vocable de la « réduction des risques sexuels », puis de la médicalisation des réponses préventives.

Cette contribution vise à éclairer sous un nouveau jour les transformations récentes du paysage de la prévention gaie en France. Les controverses associatives qui entourent les messages de réduction des risques laissent en effet la place, à la fin de la décennie 2000, à une accréditation de cette approche dans les politiques publiques. Comment comprendre cette évolution ? Et quel est le rôle des acteurs associatifs dans ce processus ?

Appuyée sur l'analyse d'articles de presse (communautaire, gaie et généraliste) et des entrevues avec des acteurs associatifs et de la santé publique, l'intervention retracera l'émergence en France d'un militantisme fondé sur les preuves (« evidence based activism ») dans le domaine de la prévention du sida. On s'intéressera à l'usage des données scientifiques dans les controverses, au rôle de la recherche et aux réseaux d'acteurs qui ont facilité l'adoption d'une reconnaissance de la réduction des risques sexuels dans les politiques publiques.

Résumé
12 h 10
Sida et homosexualité : controverses et circulations des personnes et des normes
Elhadji Mbaye (Université Concordia), Anne BEKELYNCK (Université Paris Diderot (Paris 7)), Josephine AHO

Les débats sur les droits des homosexuels en Afrique occupent ces dernières années aussi bien les conférences internationales sur le sida que les relations bilatérales et multilatérales entre les Etats africains et les pays occidentaux. Plusieurs acteurs se sont engagés dans les controverses autour de ce nouvel référentiel des politiques publiques en Afrique. Comment ces questions sont abordées ? Qui sont les producteurs, porteurs et diffuseurs de ce nouveau paradigme ? Comment les acteurs de lutte contre le sida se saisissent-ils de la question de l'homosexuelle en Afrique et quels sont leurs principaux registres argumentaires ?

Souvent victimes de discriminations, certains leaders homosexuels africains sont devenus des acteurs rationnels profitant de fenêtres d'opportunité pour mieux se positionner dans le jeu des acteurs autour de la santé publique et ou des droits de l'homme. Certains d'entre eux choisissent (ou sont contraints) de quitter leur pays. Cependant, dans leurs nouveaux pays d'installation, ils se retrouvent confrontés à de nouveaux défis en tant qu'immigré et ou homosexuels. Quelles sont les stratégies déployées entre, sida homosexualité et intégration?  Cette présentation sera basée sur des expériences d'implication, d'observations  (en France, en Afrique et au Québec) et de l'analyse de certains travaux de recherche sur ces enjeux controversés aussi bien là-bas qu'ici. 

Résumé
12 h 30
Discussion
Après-midi
14 h 00 à 15 h 00
Communications orales
Politiques publiques et santé
14 h 00
Politiques de santé québécoises et accès aux services de première ligne pour les minorités sexuelles
Jean DUMAS (RRSPQ - Réseau de recherche en santé des populations du Québec)

L'appartenance à une minorité sexuelle continue de jouer un rôle négatif dans l'accès à des soins de santé de qualité et des personnes LGBT hésitent encore à révéler leur identité ou de leur orientation sexuelle aux intervenants des établissements de la santé et des services sociaux. Au Québec, avec la publication du rapport intitulé De l'égalité juridique à l'égalité sociale en 2007, plusieurs recommandations ont été adressées au ministère de la Santé et des Services sociaux, notamment celles d'assurer pour les LGBT « la promotion de services adaptés et ouverts […]  afin d'instituer un accueil adéquat à l'intérieur du réseau de la santé et des services sociaux ». Cependant, en raison de lacunes relatives à la coordination et au financement des orientations prévues, leur mise en œuvre demeure inégale et inachevée. Cette communication proposera un portrait de la situation québécoise actuelle en matière d'adaptation des services aux besoins des minorités sexuelles. Elle présentera également les résultats d'une recherche menée sur les services de première ligne dans un CSSS de la région de Montréal dont le territoire comprend une forte concentration de personnes LGBT. Les principaux résultats quantitatifs et qualitatifs de cette recherche démontrent que les femmes de minorités sexuelles (par exemple, les lesbiennes et les bisexuelles) et les personnes transgenres se heurtent à de nombreux obstacles dans l'accès aux services et sont moins satisfaites que les autres populations. 

 

Résumé
14 h 20
Repenser la vulnérabilité au VIH des hommes ayant des relations avec d'autres hommes et remettre en question la responsabilité individuelle : quels impacts pour les politiques de prévention?
David Lessard (Université McGill), Bertrand Lebouche (Université McGill)

Après plus de 35 ans depuis le début de l'épidémie, l'incidence du VIH chez les hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes (HSH) continued'augmenter dans la plupart des pays. Nous avons cherché à comprendre cette tendance qui se poursuit malgré les efforts de prévention et les connaissances acquises dans les dernières décennies. Alors que les décideurs (policy makers) et acteurs de la prévention mettent souvent de l'avant la responsabilité individuelle des HSH et/ou émettent des jugements d'ordre moral, nous mettons de l'avant dans notre présentation certains facteurs biologiques qui contribuent à la poursuite de l'épidémie de manière significative. Ainsi, la forte vulnérabilité de la muqueuse anale et l'importante probabilité de transmission lors de rapports sexuels anaux expliquent en partie l'incidence du VIH parmi les HSH. Aussi, l'accès aux soins de santé en général et, du coup, à de nouvelles stratégies de prévention combinée, dont les approches fondées sur les antirétroviraux (entre autres, le « traitement comme prévention » ou la prophylaxie pré-exposition (PPE)), offrent de véritables nouvelles opportunités pour tenter de contrôler l'épidémie chez les HSH. Cependant, l'efficacité potentielle et réelle de ces pratiques reste limitée par des facteurs sociaux et structurels qui vulnérabilisent toujours nombres de HSH ou les empêchent d'avoir accès à des soins en santé sexuels adaptés.

Résumé
14 h 40
Discussion
15 h 00
Pause
15 h 20 à 16 h 20
Communications orales
Politiques publiques et sexualités : nouveaux enjeux
15 h 20
Internet, globalisation et politiques publiques : quels enjeux pour les LGBT? 
Joseph Levy (RRSPQ - Réseau de recherche en santé des populations du Québec), Elhadji Mbaye (Université Concordia)

Le réseau Internet constitue aujourd'hui l'un des éléments clefs  des processus de mondialisation  et il joue un rôle essentiel  dans la structuration des groupes politiques.  Les multiples ressources et les outils disponibles (blogs, sites, forums de discussion, salles de clavardage, etc) ouvrent des espaces de discussion,  d'influence de l'opinion publique, amplifiantles stratégies de réseautage, de mobilisation, de solidarisation et d'empowerment pour les groupes marginalisés.  Ces  développements communicationnels ont une fonction importante dans les luttes pour l'accès à l'égalité et l'obtention des droits parmi les minorités LGBT  et la mise en place de politiques publiques plus inclusives. Cette communication  vise à explorer, à partir d'exemples provenant de différents  pays (Afrique, Asie, Amérique Latine) la contribution du cyberespace à la fois aux luttes locales et leur internationalisation.  Elle mettra aussi en évidence  comment   le cyberespace  aide à briser les discours hégémoniques hétérosexistes et à diffuser des contre-discours  sexopolitiques  axés sur  la reconnaissance, contournant ainsi  les barrières placées sur le chemin de l'égalité citoyenne, en particulier dans les pays encore enclins à la répression de leurs minorités sexuelles.

 



Résumé
15 h 40
L'apport  du « Net Gay Baromètre » 2012-2013 à la réflexion sur le développement des politiques publiques
Alain Léobon (Centre national de la recherche scientifique)

Le développement des politiques publiques dans le champ de la santé psychosociale et lde a prévention nécessite la collecte de données susceptibles d'orienter la réflexion quant aux enjeux à privilégier dans un environnement en mutation. Le Net Gay Baromètre 2012/2013 français a privilégié de nouvelles approches méthodologiques. Le recrutement des répondants a été étendu aux réseaux sociaux pour rejoindre des profils plus diversifiés de populations. Le réseau Google a été sollicité tout comme Facebook pour capter une audience ciblée et la campagne publicitaire a fait appel à des nouvelles approches dans le but de bénéficier d'une exposition qualitative sous forme de Pages dans lesquelles s'agençaient des articles adossés aux actualités ou aux besoins des associations LGBT, avec des photos ou des contenus vidéographiques.. Le questionnaire a été repensé pour collecter de nouvelles dimensions psychosociales et les nouvelles tendances dans les modes de vie, les sexualités associées aux milieux gays, au regard des normes, des comportements sécuritaires, de la prévention et de la santé. Des pistes de réflexion seront proposées: comportements sexuels à risques, consommation de substances, travail du sexe (escortes / clients), préoccupations touchant la santé physique, mentale, relationnelle et sexuelle, sentiments de dépendance, perception de la discrimination et ce en  tenant compte de la diversification des populations rejointes et de la question de l'intersectionnalité.

Résumé
16 h 00
Discussion
16 h 20 à 16 h 40
Panel
Conclusion et plénière