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435 - Les sciences sociales à l'épreuve des nouveaux enjeux de la lutte contre le VIH/sida

Le mercredi 14 mai 2014

Les enjeux et les défis actuels de la recherche sur le sida questionnent de plus en plus les rapports entre savoirs et pouvoirs. Ce colloque vise à donner la parole aux jeunes sur le rôle des sciences sociales face à ces nouveaux enjeux et défis.

Plus de trente ans après la découverte du VIH, les observateurs les plus optimistes parlent aujourd’hui des possibilités d’éradication du virus; à moyen terme, la « fin de l’épidémie » apparaît comme un horizon atteignable. La lutte contre le sida est caractérisée par une situation en apparence paradoxale. Les moyens pour enrayer la diffusion du virus existent : les traitements ont fait leurs preuves pour beaucoup de personnes… mais ils restent pourtant inaccessibles pour la majorité des personnes séropositives au Sud. De plus, à l’heure du « traitement comme prévention », les outils prophylactiques n’ont jamais été aussi diversifiés… mais l’épidémie se poursuit, notamment parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. Ces constats semblent contredire, du moins tempérer, l’optimisme biomédical.

Derrière ces paradoxes, c’est la réalité d’une épidémie complexe qui transparaît. Le VIH continue de mettre en tension l’équation entre savoir(s) et pouvoir(s), rendue célèbre par « ACT UP-New York », qui n’a rien perdu de son actualité.  

Enjeu(x) de savoir(s), car la prévention et les soins mettent en jeu des combinaisons de plus en plus complexes, qui individualisent la gestion du risque et de la santé, et qui interrogent la production et le partage des connaissances entre experts et profanes dans la lutte contre le sida. Enjeu(x) de pouvoir(s), face au désengagement financier des États dans l’accès aux traitements ARV en Afrique dans un contexte de crise économique; ou quand la lutte contre l’épidémie bute contre les réticences des gouvernements à s’adresser aux populations marginalisées et discriminées : toxicomanes, trans, gais, migrants.

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Colloque
Section 400 - Sciences sociales
Responsables
Viviane NAMASTE
Université Concordia
Université Concordia
UdeM - Université de Montréal
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Avant-midi
10 h 00 à 10 h 30
Communications orales
Accueil des participants
10 h 15
Mot de bienvenue
10 h 30 à 12 h 00
Communications orales
Épistémologies contemporaines du VIH/sida
10 h 30
La connaissance de la prévention : évolution des discours de santé publique contre l'infection au VIH face à une prévention basée principalement sur les connaissances du risque 
Gwenaël DOMENECH-DORCA (INSERM - Institut national de la santé et de la recherche médicale)

Depuis 30 ans nous assistons à une évolution des discours de prévention du VIH. L'arrivée des trithérapies en 1996 ont fait évoluer les discours sur la prévention du « tout préservatif » aux approches combinées, incluant différentes stratégies de réduction des risques (RdR) comme le Serosorting, pour arriver aujourd'hui à une prévention "biomédicalisée". Pourtant, les discours actuels de prévention reposent sur les mêmes logiques théoriques que celles visant des modifications comportementales et l'adoption de conduites sexuelles sanitaires : la motivation par la connaissance des risques. Dans ce sens, on vise à renforcer la responsabilité des séropositifs avec le traitement comme prévention (TasP) sur la base de la connaissance de leur statut sérologique et donc de la stricte observance de leurs traitements antirétroviraux. Par ailleurs, les séronégatifs, en pleine connaissance des risques auxquels ils sont exposés, se voient dirigés vers une prophylaxie pré-exposition (PrEP). L'ensemble de ce système légitimant le fort intérêt pour le déploiement et le financement des tests rapides d'orientation diagnostique du VIH (TROD) pratiqués par un nombre grandissant d'associations et renforcé par la commercialisation de home-test pour pallier au manque de connaissance des statuts sérologiques d'une partie des populations les plus touchées. L'échec actuel de la prévention ne devrait-il pas remettre en question cette orientation basée sur la connaissance ?

Résumé
10 h 50
Epistémologie des politiques de lutte contre le sida : sociohistoire du problème des migrants vivant avec le VIH/sida en France et au Canada
Elhadji Mbaye (Université Concordia)

Cette présentation vise à revenir dans une approche de sociohistoire du politique sur les changements de paradigme dans l'histoire du sida et comment ils ont et continuent d'influencer nos réflexions et objets de recherche en sciences sociales sur le sida. Le cancer gay, l'affaire des 4h, les premières initiatives politiques contre le sida, la normalisation, la chronicisation et la bio médicalisation sont différentes étapes qui semblent marquer la lutte contre le sida et les recherches produites sur ce sujet. Comment ces changements de paradigme influencent nos recherches sur le sida ? Comment nous les prenons en compte dans nos recherches actuelles sur le sida ?

En se basant sur une analyse des politiques de lutte contre le sida auprès des migrants en France et au Canada, nous reviendrons sur l'évolution de l'action publique de lutte contre le sida auprès des migrants (maladie d'importation, stigmatisation, culturalisme, maladie d'adaptation, humanitaire d'Etat…). Comment les sciences sociales  ont contribué et contribuent à cette fabrication (ou non) de ce problème public ? Quelles sont les conditions de production des recherches sur ce sujet ? quelles sont nos évidences et nos impensés ? Cette présentation est basée sur des recherches effectuées sur le sida en France et au Québec et sur une implication dans des organismes de lutte contre le sida et de santé publique dans les deux pays.



Résumé
11 h 10
Pour une approche féministe de la criminalisation du VIH : le consentement en question 
Kira RIBEIRO (Université de Vincennes Saint Denis (Paris 8))

Suite à la décision de la Cour Suprême canadienne dans l'affaire R c Cuerrier en 1998, la non-divulgation de sa séropositivité avant toute activité sexuelle comportant un « risque significatif de transmission VIH » peut être considérée comme une fraude, invalidant ainsi le consentement au rapport sexuel. A la suite de cette décision, la non-divulgation du statut sérologique sera traitée dans la plupart des cas par les tribunaux canadiens comme une agression sexuelle ou une agression sexuelle aggravée.

Alors que la criminalisation du VIH est régulièrement présentée comme un moyen de protéger les femmes hétérosexuelles des contaminations et que la Cour Suprême a choisi d'approcher la non-divulgation sous l'angle de l'agression sexuelle, une analyse de cette question à partir des théories politiques féministes paraît incontournable. Si quelques articles s'inscrivent dans cette perspective, ils restent rares.

Il s'agira dans cette communication de partir d'une analyse de la question du consentement dans R c Cuerrier pour réfléchir à la façon dont cette approche du consentement et de l'agression sexuelle rentre en tension avec certaines approches féministes du droit, des violences et des sexualités. Plus précisément, je tenterai de montrer comment la théorie politique féministe (Wendy Brown, Angela Davis, Dean Spade, …) permet de développer une approche critique du consentement et de la criminalisation du VIH.



Résumé
12 h 00
Dîner
Après-midi
13 h 00 à 14 h 30
Communications orales
Médicalisation de la prévention : quelle place pour les sciences sociales?
13 h 00
« Back to the Future » : « Truvada Whores » et le nécessaire retour du malaise envers la promiscuité (?)
Patrick CHARETTE-DIONNE (Warning)

Lié au thème de ce colloque, j'offrirai un essai sur du nouveau qui a un gout de réchauffé. La PPrE ou PrEP, soit l'idée que des sujets séronégatifs ingèrent des molécules antirétrovirales pour bloquer le VIH suite à une possible exposition, a été homologuée comme outil de prévention par la FDA en juillet 2012. Dès décembre 2012, un blogueur du Huffington Post « gai » énonce le concept de Truvada Whores.

Historiquement, la prévention est un domaine de controverses. De la fermeture des saunas comme stratégie des années 1980 aux débats enflammés sur le barebacking des années 2000, la moralisation des comportements des sujets du risque a toujours été un enjeu des discours de la prévention.

Dans cet essai, je me baserai sur une copie des notes cliniques de ma médecin de famille et y croiserai mon expérience d'activiste de la génération post-Sida. J'analyserai notre propre processus co-construction comme sujet du risque et notre relation médecin-patient - entre discipline, « souci de soi » et ma molécularisation récente.

J'aborderai ensuite le discours médical de la prévention et sa stratégie liée à la peur de l'incontrôlable (surcontamination, réinfection, transmission de résistances, transmission sexuelle de l'hépatite C). J'articulerai le fondement de ce système de sens (Foucault 1969, 1973) et de panique (Rubin, 1984) et je discuterai de l'esprit de la santé à partir du concept de Santé gaie (Warning, 2010), gardant ma posture énonciative comme « sujet du risque empoweré».

Résumé
13 h 20
Le rôle des sciences sociales dans l'intégration et la mise en œuvre des approches biomédicales de la prévention : l'exemple de la prophylaxie préexposition chez les hommes gais
Michel MARTEL (Chaire de recherche du Canada en éducation à la santé), Ghayas FADEL (MSSS - Ministère de la santé et des services sociaux du Québec), Amélie MCFADYEN (UQAM - Université du Québec à Montréal), Joanne Otis (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Les technologies biomédicales prennent une plus grande place en prévention du VIH, souvent au détriment des sciences sociales. Pourtant, le maillage entre ces deux secteurs d'activités est nécessaire à l'intégration de ces technologies. En ce sens, le cas du Truvada, homologué en 2012 par le FDA pour prévenir l'infection par le VIH, est éloquent. Mis à part la preuve de son efficacité, les analyses des coûts et risques et l'élaboration de lignes directrices, plusieurs autres défis s'imposent : la redéfinition de notion de « risque » et les défis de communication adjacents, la création d'un groupe d'hommes à « haut risque » à l'intérieur même de groupes déjà dits « à risque », la définition de l'usager potentiel idéal et les étiquettes stigmatisantes comme « truvada whore »; avec, pour trame de fond, un débat, parfois idéologique opposant l'usage du condom à celle de la PPré. Ces éléments affectent l'intention et la capacité des utilisateurs de la PPré à naviguer dans les systèmes sociaux et de santé. L'apport des sciences sociales parait indéniable pour mieux comprendre ces enjeux et développer des interventions efficaces qui tiennent compte du sujet et de son environnement. En analysant une sélection d'articles provenant de divers médias afin de recenser enjeux, contradictions et controverses entourant la PPré, nous souhaitons réfléchir sur le rôle essentiel que peut jouer la recherche pour capter toute la complexité d'intégration d'une nouvelle technologie.



Résumé
13 h 40
« Je ne suis pas conscient de prendre des risques » : subjectivation et mise en récit de la prévention chez des participants de l'essai Ipergay
Gabriel Girard (UdeM - Université de Montréal), Mathieu TRACHMAN (INED - Institut national d'études démographiques)

Le processus de médicalisation de la prévention du VIH/sida constitue un changement dans les stratégies de prévention, qui concerne en particulier les hommes gays. En France et au Québec, l'essai de prophylaxie pré-exposition « Ipergay » incarne ce tournant dans la conception du risque. Nous appréhendons cet essai non seulement comme un outil d'évaluation, mais comme un dispositif de prise en charge des individus à risque, et comme un dispositif de subjectivation. L'évaluation d'un traitement antirétroviral s'accompagne en effet d'un encadrement préventif resserré : dépistage, conseils, traitements des IST. Ce qui est en jeu dans l'essai, c'est la capacité des volontaires à anticiper et prévoir leur sexualité sans préservatif. C'est aussi le fait de se reconnaître comme un individu ne pouvant pas ne pas prendre de risque. C'est cette tension entre la reconnaissance d'une impuissance à gérer ses prises de risque et la promotion d'une gestion très rationnelle de sa sexualité qui est au centre de cette communication.

Cette présentation s'appuiera sur des données issues des entretiens biographiques menés avec une vingtaine de participants de l'essai. L'analyse s'attachera à étudier les formes subjectives de la mise en récit de l'expérience du risque VIH. On questionnera l'intériorisation des logiques d'auto-contrôle de soi, induite par les normes de prévention. Il s'agira d'étudier dans quel mesure la participation à un essai biomédical de prévention produit de nouveaux rapports au risque.

Résumé
14 h 30
Pause
15 h 00 à 16 h 30
Communications orales
Rapports de savoir, rapports de pouvoir dans la lutte contre le VIH/sida
15 h 00
Une implication à géométrie variable : recherche communautaire et transformation sociale 
Aurélie HOT (COCQ-SIDA - Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida), Sylvain BEAUDRY (ACCM - AIDS Community Care Montreal)

L'action communautaire autonome, le principe GIPA ainsi que les différentes définitions de la recherche partenariale proposées par les bailleurs de fonds en recherche constituent trois guides importants pour la mise en œuvre de projets de recherche communautaire sur le VIH/Sida au Québec.

Cette communication aura pour objet d'explorer les différentes formes que peut revêtir l'implication de la communauté et les principaux impacts attendus en matière de changement social.

Le point de départ de cette exploration reposera sur une analyse des résultats de la Première rencontre québécoise de recherche communautaire sur le VIH/Sida qui s'est tenue au mois d'octobre 2013. Cette analyse permettra de proposer une définition contextualisée de la notion de communauté. Il sera également question de cerner les défis que peuvent rencontrer chacun des membres de la communauté en ce qui concerne leur implication ainsi qu'un ensemble d'objectifs prioritaires. Ces différents éléments seront ensuite mis en parallèle avec des expériences de recherche communautaire types, en collaboration avec les participant.e.s à la journée, pour encourager la réflexion sur les meilleures pratiques d'implication de la communauté en recherche.

La communication visera ainsi à susciter un échange afin de contextualiser les réflexions sur les notions de communauté et de recherche comme outil de transformation sociale ainsi que sur les moyens de faciliter une implication accrue de la communauté en recherche.

Résumé
15 h 20
Instrumentalisation de la prévention et instrumentalisation du savoir : limites des approches en santé publique auprès des utilisateurs de drogues 
Liam MICHAUD (Université Concordia)

Cette présentation expose la scission qui s'opère entre les savoirs des institutions de santé publique et ceux des pratiques de première ligne dans le domaine de la prévention du VIH auprès des utilisateurs de drogues à Montréal. La santé publique au Québec favorise de plus en plus des approches instrumentalistes de la prévention pour les utilisateurs de drogues. Cette instrumentalisation se caractérise par : une propension à investir dans des mesures purement technologiques (p. ex., la distribution de seringues stériles); une croissance des mesures d'évaluation quantitatives; et un abandon des interventions structurelles et sociales. Sur les plans pratique et éthique, les praticiens de première ligne remettent en question la primauté des interventions strictement instrumentalistes. Cette situation constitue un réel point de rupture entre les savoirs de l'État et ceux des praticiens des domaines de la prévention et de la santé des populations vulnérables. Cette dérive instrumentaliste a d'importantes implications : des interprétations limitées des facteurs de risques associés au VIH; une négligence accrue des populations associées à des statistiques banalisées; et une dépendance grandissante des populations vulnérables aux appareils de l'État. Cette présentation propose une réflexion sur les implications de cette dérive et des pistes d'interprétation pour saisir la croissance de la « répression préventive » (Tardif & Parazelli 1998) que représentent de tels changements.



Résumé
16 h 30 à 17 h 00
Communications orales
Conclusion de la journée
16 h 30
Conclusion de la journée
Viviane NAMASTE (Université Concordia)