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106 - Théorie, science et pratique infirmière : rétrospectives et nouveaux horizons

Du lundi 6 au mardi 7 mai 2013

La Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval désire organiser un colloque sur le thème de « Théorie, science et pratique infirmière : rétrospectives et nouveaux horizons », et ce, en collaboration avec les autres universités francophones. Ce colloque souhaite accorder une place particulière à la réflexion, à la discussion et à la critique concernant le développement et l’intégration de nouvelles théories qui favorisent les pratiques de soin humain dans les sciences infirmières.

Tous reconnaissent l’apport de la théorie pour l’avancement de la science et de la pratique infirmière. Un développement disciplinaire des plans théoriques et conceptuels a certes été réalisé entre les années 1970 et 1990, mais le rôle des modèles et théories a été remis en question au cours des dernières années. Pour certains, peu de développement théorique novateur a eu lieu, mis à part l’intégration de quelques courants de pensées en sciences sociales, tels que le poststructuralisme ou le postcolonialisme, ou en philosophie essentiellement analytique, tels que le réalisme ou le pragmatisme.

Ce colloque offre l’occasion d’aborder le rôle de la théorie dans la production des savoirs infirmiers et dans le développement de la discipline infirmière. Nous croyons le moment venu de soulever certaines questions telles : 1) Existe-t-il de nouvelles voies théoriques en sciences infirmières susceptibles de contribuer au développement et à l’amélioration de la pratique du soin humain ? 2) Si oui, de quelle façon ces nouveaux éléments contribuent-ils à l’avancement de la science et de la pratique infirmières ? 3) Quels sont les enjeux soulevés par ces nouveaux apports et que peut-on entrevoir pour l’avenir ?

Nous souhaitons convier des conférenciers et conférencières nationaux et internationaux, professeur(e)s et praticien(ne)s, ainsi que des étudiantes des premier, deuxième et troisième cycles à partager, échanger et discuter ces questions.

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Colloque
Section 100 - Sciences de la santé
Responsables
Université Laval
Pawel Krol
Université Laval
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Après-midi
13 h 20 à 16 h 30
Communications orales
Lundi après-midi
13 h 20
La méthode historique en sciences infirmières et son application dans le champ de la santé mentale
Marie-Claude Thifault (Université d’Ottawa), Isabelle Perreault (CREDP - Centre de recherche et d’enseignement sur les droits de la personne)

Cette communication questionnera les façons de voir et de faire l'histoire de la « folie » à partir de la parole retrouvée en archive. Comment analyser ces traces particulières sur les rapports entre experts et individus marginalisés et internés ? Que révèlent-elles sur les liens de pouvoir ou de résistance ? Quel point de vue adopté pour en faire une histoire from the bottom up malgré les défis que posent les discours et la position sociale même des acteurs concernés ? C'est à la lumière de sources rares, entre autres, les entrevues d'admission des patients – tirés de dossiers médicaux de l'institution psychiatrique Saint-Jean-de-Dieu, entre 1873 et 1973 –, qu'émerge notre réflexion sur la pratique historienne au sein de la discipline infirmière. C'est à partir de cette expérience que nous entendons questionner les diverses approches méthodologiques nous permettant d'évaluer l'« élargissement du filet » des comportements déviants et marginaux qui deviennent des manifestations de « folie » au fur et à mesure que se confirme le 20e siècle. La lecture des dossiers psychiatriques nous permet d'avancer que les postures des patients bousculent à coup sûr l'a priori théorique dominant en histoire sociale et en sciences infirmières. Comment négocier cette zone floue et productive de discours historiques à l'aide des outils théoriques et conceptuels actuels ? Cette communication proposera des pistes de réflexion sur l'apport de l'histoire à la discipline infirmière.

Résumé
14 h 10
Enjeux identitaires et politiques marquant le développement théorique infirmier
Heidi Lepage (Université Laval)

Depuis les années 1970, l'élaboration d'une science infirmière s'opère autour de propositions d'unification d'un centre d'intérêt. Bien que le métaparadigme soit généralement admis comme manière de structurer le savoir infirmier, il réside encore aujourd'hui un conflit fondamental portant sur la nature de cette science, ce pourquoi de nombreuses critiques sont adressées aux modèles et théories infirmières. En effet, on remarque d'une part un écart entre la théorie et la pratique des soins infirmiers. Pour certains, cet écart peut être compris à la lumière de la différence entre la médecine et la science infirmière, puisque les théories sont développées selon une conceptualisation propre à la science infirmière tandis que la pratique est habitée par le modèle médical. D'autre part, l'utilisation de théories empruntées à d'autres disciplines semble aussi problématique. En effet, bien qu'il semble qu'un éclectisme théorique renforce le savoir infirmier, l'histoire nous montre que la discipline a préféré utiliser ses propres théories pour des raisons politiques. En outre, force est de remarquer que ces problématiques témoignent d'un enjeu identitaire, d'une quête de reconnaissance et de légitimité marquée par un processus d'émancipation de la discipline infirmière. En somme, nous verrons dans cette communication comment les enjeux de pouvoir traçant les contours de la discipline ont influencé le développement théorique et la lecture que nous faisons de la science infirmière.

Résumé
15 h 20
Diversification des modes de production des connaissances infirmières : expérimenter un Laboratoire de pratiques sociales et d'éducation populaire en santé
Hélène Laperrière (Université d’Ottawa)

Inspirée de l'expérience brésilienne (Universidade Federal da Paraíba), la vision d'un Laboratoire de pratiques sociales et d'éducation populaire en sciences infirmières a émergé en 2008 comme un format de travail inclusif des expériences de pratiques et de recherches. Le « Laboratoire » implique des séminaires, des pratiques exploratoires, des actions concertées, des forums d'échange et des publications de différent format pour une démocratisation des savoirs. La démocratisation se concrétise par l'engagement communautaire de proximité dans des contextes sociopolitiques et socioculturelles incertains. Les produits sont l'étude avec des milieux communautaires, les pratiques d'intervention et de formation, l'évaluation, la recherche-action et l'étude de cas. Les expérimentations terrain soulignent les caractéristiques souvent négligées: la participation démocratique dans les prises de décision du processus;  l'imprévisibilité dans les programmes sociosanitaires;  la multiplicité des acteurs et la verticalité (relations de contrôle de pouvoir); la dangerosité oubliée de l'insertion des professionnels dans la communauté (politiques locales, criminalité, contraintes cachées); le potentiel de la communauté évaluative émergente (société civile); et l'engagement infirmier dans la communauté et la société (médiation entre théories du programme et conditions locales d'implantation). La démocratisation des sites de production des connaissances nous pousse donc vers un virage.

Résumé
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Avant-midi
08 h 40 à 12 h 00
Communications orales
Mardi matin
08 h 40
Construction de l'objet de recherche en sc. infirmières transculturelles en situation minoritaire (fr) : une systématisation autoethnographique des expériences
seynab sougal (Université d’Ottawa)

Au-delà du biomédical, y-a-t-il des facteurs culturelles, sociales et politiques influençant la décision d'utiliser le Ritalin chez les élèves francophones en situation minoritaire? Ce questionnement émane de mon engagement citoyen. Peu utilisée aux cycles supérieurs en sciences infirmières, la systématisation autoethnographique des expériences construit l'objet de recherche. L'autoethnographie réflexive est une méthode d'écriture et de recherche, un genre autobiographique mettant en lumière les différentes couches de la conscience, joignant la sphère personnelle aux aspects culturels entourant le sujet. Le chercheur capitalise sur les expériences personnelles, les réactions, les émotions et les pensées se rapportant à sa propre culture ou une culture étrangère.Durant deux années, le processus autoréflexif rétrospectif découpe et isole les faits et les évènements critiques (T1-T8) provoqués par les entretiens exploratoires avec des acteurs-clés. Une multiplicité de facteurs influencel'identification des enfants «considérés à risque » (sociaux, politiques, culturels et religieux), en plus des facteurs psychologiques individuels.En tant qu'infirmière en psychiatrie transculturelle,parent, immigrante et membre d'un conseil d'école,j'ai pris conscience de l'impact des particularités ethniques et démographiques de la population de l'école franco-ontarienne sur la construction des valeurs et des idéologies, ainsi que les enjeux éthiques de la problématique.

Résumé
09 h 30
Le modèle de la promotion de la santé de McGill : réflexion sur la richesse d'un modèle conceptuel pour aborder la complexité des soins
Suzanne Bouchard Cordier (Université Laval)

En sciences infirmières, certaines interventions sont encore insuffisamment décrites ou validées par la recherche pour être utilisées dans la pratique professionnelle. Ainsi, le travail auprès des familles de mères atteintes de maladie mentale sévère a reçu très peu d'attention de la part des chercheurs en sciences infirmières. Dans notre thèse de doctorat en sciences infirmières, nous nous intéressons aux premières étapes de la conceptualisation d'une intervention centrée sur ces familles. Le modèle McGill nous a tout d'abord permis d'ancrer la recherche dans la discipline infirmière. Il nous aide à regarder l'intervention en cours de conceptualisation en nous centrant sur la santé en présence de la maladie. Le modèle McGill s'intéresse au développement de la famille comme un entier mais aussi à chaque individu de cette famille. De plus, il nous aide à centrer notre regard sur le système familial à l'interface de systèmes beaucoup plus larges. La systémique est au cœur de la réflexion sur la complexité, nous aidant à voir le système plus grand que chacune de ses parties mais aussi, à concevoir le fait que chacune des parties du système est plus grande que le système. Lors de cette présentation nous tenterons de démontrer que pour aborder la complexité dans les soins, le recours à un modèle conceptuel ou une théorie se revendiquant d'un nouveau paradigme de la complexité en sciences infirmières ne constitue pas la seule porte d'entrée pour aborder la complexité.

Résumé
10 h 40
La Théorie et la Pratique infirmière : un rapport de force ?
Sophie Pomerleau (Université McGill)

Basée sur les écrits de Dorothy E. Smith, sociologue féministe canadienne, cette présentation vise à amorcer une réflexion sur l'apport de la théorie aux Sciences Infirmières. Pour Smith, les théories et concepts ont la capacité de créer des « coquilles » masquant les activités réelles des personnes se situant à l'origine de la théorisation. À partir de la perspective de l'ethnographie institutionnelle, j'aborderai les questions suivantes : est ce que les théories développées dans le domaine des sciences infirmières reflètent les activités réelles accomplies par les infirmières dans leur quotidien ?  Comment ces théories contribuent-elles aux forces sociales et institutionnelles qui organisent la vie et les activités de tous les jours des infirmières ? Est ce qu'elles participent à la coordination du travail des infirmières ? Favorisent-elles les pratiques de soin humain ?

Résumé
11 h 30
L'intérêt de la phénoménologie en sciences infirmières et les obstacles rencontrés
Marie-Pier Caron (Université Laval)
La phénoménologie est une théorie philosophique qui étudie les expériences subjectives ainsi que la conscience. D'abord explicitée par Husserl dans « les Idées directrices pour une phénoménologie », cette théorie a été reprise par d'autres philosophes, pour être réappropriée dans notre domaine d'intérêt, les sciences infirmières. Les différents aspects qui peuvent intéresser à la fois la recherche qualitative et la pratique infirmière sont le vécu corporel, le vécu relationnel, le temps vécu et l'espace vécu. La phénoménologie a orienté les sciences infirmières en les centrant davantage sur le vécu du client, notamment avec l'école du caring. Toutefois, les sciences infirmières ont-elles réussi à appliquer la phénoménologie au sens propre? La phénoménologie husserlienne critique l'intersubjectivité et en regarde les limites, alors que les sciences infirmières semblent avoir laissé de côté cette aspect fondamental. La présente communication vise, en retournant au texte fondateur, à questionner la possibilité pour le soignant d'accéder au vécu du soigné
Résumé
Après-midi
13 h 30 à 16 h 30
Communications orales
Mardi après-midi
13 h 30
Théorie et science infirmière 
Clémence Dallaire (Université Laval)

Le rôle des connaissances scientifiques dans le jugement clinique estsouvent peu explicité au profit des données cliniques de la situation.Or, dans la formation d'un jugement clinique si l'observation etla collecte de données sont importantes, on peut se demander si unjugement clinique est possible dans l'ignorance ou l'absence deconnaissances scientifiques?
La présentation s'inspirera d'un concept épistémologique que Popperqualifie « d'optimisme épistémologique », soit une représentationque l'homme peut discerner le vrai et accéder à la connaissancescientifique, optimisme qui a fait naître la science et la techniquemoderne. Mon intention est de montrer que le jugement clinique nepeut se dispenser de la connaissance scientifique disponible dansl'évaluation des situations cliniques.
Ainsi, le rôle des observations et données cliniques particulières àune situation et celui des connaissances scientifiques plus généralesdans le jugement clinique seront abordés en s'appuyant sur l'apportde la philosophie des sciences de façon à montrer comment ils sontindispensables à une offre de soins infirmiers humains.

Résumé
14 h 20
Développer les pratiques de soin : entre opportunisme pragmatique et réalisme critique – une discussion
Pawel Krol (Université Laval)

Les devis mixtes sont de plus en plus employés en recherche infirmière. Leur opérationnalisation épistémologique repose souvent – et implicitement – sur un argument pragmatique articulé dans une logique sommative : une des méthodes va combler les faiblesses de l'autre et inversement. Cette logique s'articule sur l'accumulation de mesure et de preuve ainsi que sur leur corroboration interne. Toutefois, dans une perspective holistique et de complexité qui teinte la pensée infirmière, ce pragmatisme paraît d'un réductionnisme déconcertant. En effet, l'élaboration de pratiques avancées et complexes n'est-il pas conséquent de l'expertise, expérience, explication et compréhension que dans une sommation de preuves aléatoires et athéoriques. À l'inverse, le réalisme critique invite à la combinaison de méthodes d'investigation par un effort de cohérence ontologique, épistémologique et méthodologique visant à générer des connaissances issues de multiples perspectives de la réalité et à critiquer leur contribution à la pratique. Ainsi, le réalisme critique suggère l'hybridation méthodologique par une approche herméneutique visant à explorer et interpréter les causalités complexes incarnées dans les réalités sociales, culturelles et professionnelles. Enfin, il apparaît que la flexibilité philosophique et l'innovation de cette approche semblent une alternative favorable au developpement de pratiques infirmières.

Résumé
15 h 30
La science d'un point de vue pragmatique : la pratique théorique
Marc Lamontagne (Centre de recherche en droit public de l'Université de Montréal)

Postulant de prime abord que la théorie est elle-même une pratique croyante, cette conférence se propose, en partant de l'idée de la science telle qu'elle était pratiquée chez les Grecs, de comprendre pourquoi on oppose aujourd'hui la « théorie » et la « pratique ». En s'inspirant particulièrement du débat entre Jürgen Habermas et Richard Rorty sur le réalisme, nous remettrons en question la prétention à la vérité des sciences dites théoriques en démontrant qu'elles relèvent elles-mêmes d'une pratique interprétative qui ne reflète pas immédiatement une réalité « objective », mais qui est bien plutôt déterminée par un certain rapport au monde qu'il ne s'agit pas, dans le soin infirmier, de dépasser ou de minimiser, mais de comprendre en tant qu'un aspect de la pratique elle-même.

Résumé
17 h 00 à 19 h 00
Cocktail
Lancement du livre "Prendre soin : savoirs, pratiques, nouvelles perspectives" par Véronique Chagnon, Clémence Dallaire, Catherine Espinasse et Edith Heurgon, Éditions PUL