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Le parcours d'un producteur de métaux de haute technologie

Mon parcours apparait avec de la distance beaucoup plus beau qu'il a pu l'être pendant que je le réalisais! Je dois avouer que je suis même allé pleurer ma vie à l'Oratoire lorsque mon doctorat semblait impossible à finir après plusieurs échecs…

G. GélinasLes autres parcours...
- d’une consultante en développement territoriale
- d'un brasseur de bières
- d'une directrice scientifique d'un conseil de gestion
- d'un chercheur industriel
- d'une spécialiste de programmes sénior
- d'un chef d'équipe en développement des affaires
- d'une chargée en développement LiDAR
- d'un coordonnateur de développement de services  
- d'une coordonnatrice de commission au sein d'un organisme-conseil
- d'un scientifique de données
- d'un chercheur dans un OBNL

Racontez-nous votre parcours, de vos études supérieures à votre occupation actuelle?

J’ai réalisé mes études supérieures en physique, à l’Université de Montréal. J’ai principalement travaillé à la caractérisation optique et structurale de matériaux semi-conducteurs que j’ai aussi fabriqués. Durant ces dix ans, j’ai occupé plusieurs postes d’enseignement tels qu’auxiliaire d’enseignement ou de laboratoire, de chargé de cours et de coordonnateur des chargés de cours. J’étais convaincu de faire carrière en enseignement, jusqu’à ce que je remette en question les manières de faire du milieu universitaire. J’adorais enseigner, mais je n’aimais pas le climat où les seuls qui font bouger les choses sont ceux qui sont motivés. Les autres peuvent se laisser traîner sans avoir peur de perdre leur emploi, une fois leur ancienneté bien établie. J’ai alors décidé de chercher du côté industriel.
Étant spécialisé en matériau et en optique, je souhaitais poursuivre dans le milieu des matériaux plutôt que de me restreindre à l’industrie de la spectroscopie. Le monde des matériaux inclut plusieurs industries technologiques et permet de ne pas me spécialiser.
Il n’y a pas des centaines d’offres d’emploi dans mon domaine, surtout pour un fraîchement diplômé et qui est de plus scientifique sans être ingénieur. J’ai vite compris qu’un projet de postdoctorant Mitacs était une option que les entreprises favorisent pour des raisons salariales. J’ai donc accepté un poste de postdoctorant en entreprise en collaboration avec Polytechnique Montréal.

Parlez-nous de votre passage d’une formation en recherche à une profession en dehors du milieu universitaire?

En milieu universitaire, j’ai appris à devenir autonome, à fixer mes objectifs et surtout à les respecter... Toutefois, ma personnalité fait en sorte que je performe beaucoup mieux sous pression et avec des contraintes imposées. Pour cette raison, je souhaitais d’abord et avant tout un milieu stimulant où les échéances sont courtes et où la pression de performer et de livrer des résultats est constante. Je souhaitais aussi être dans un milieu où chacun joue un rôle précis et est imputable des résultats. Enfin, je souhaitais développer des relations d’affaires avec des clients. Un enjeu qui m’était assez cher était de m’assurer d’une stabilité financière. Avec un projet Mitacs, j’ai obtenu une garantie de salaire pendant deux ans et j’ai considérablement bonifié mon revenu, en comparaison aux bourses que j’obtenais. D’une certaine manière, cette période me permet de définir ma valeur au sein de l’entreprise. 

Quelles compétences acquises lors de votre formation sont mises à profit dans votre occupation actuelle et lesquelles vous ont manqué?

Mes compétences en laboratoire sont constamment mises à l’épreuve et mes nombreuses années en physique expérimentale me servent bien dans mes nouvelles fonctions. Cela m’amène à être rapidement autonome avec les nouvelles manipulations, et à l’aise dans toutes les sphères d’opération de l’entreprise. La rédaction de nombreux travaux, d’articles, de mon mémoire et de ma thèse m’aide particulièrement pour la rédaction de mes rapports journaliers. Je les rédige en fait beaucoup plus rapidement que mes collègues. Mon expérience en enseignement aide aussi à produire des rapports clairs où les concepts liés à ma spécialisation sont vulgarisés pour mes collègues-lecteurs. La recherche d’articles et d’informations est devenue une manière d’être et je l’intègre bien dans mon travail pour explorer de manière autonome les nouveaux projets que l’on m’offre.

La principale lacune est liée à la réalisation de projets avec un cadre financier. Le milieu universitaire m’avait habitué à utiliser les installations et à trouver des solutions simples et peu coûteuses au fur et à mesure que les difficultés se rencontraient. Souvent, mon directeur « ramassait » les factures et je ne pouvais en comprendre les limitations. Évaluer les coûts liés à la fabrication d’équipement et à la main d’œuvre est une nouvelle réalité qui me fait saisir à quel point des projets concrets sont complexes, coûteux et ne peuvent comporter de multiples phases d’erreurs.

Quels conseils donneriez-vous à des étudiants chercheurs pour les préparer à de multiples parcours?

Je leur conseillerais de développer le plus de compétences possibles et de réseauter le plus tôt possible afin d’avoir une excellente idée du milieu industriel, ou autre, et des enjeux « réels » hors du milieu couvé de l’université. Je conseillerais de collaborer abondamment et de se créer dès le début un répertoire d’articles par thématique pour y revenir facilement par la suite. Je conseillerais aussi aux étudiants de travailler leurs compétences relationnelles et communicationnelles. Le milieu industriel (ou extérieur à l’universitaire) est rempli de gens issus de différents milieux sociaux et souvent, ils ne parlent, ni comprennent, le langage « académique ». Mes années d’expérience en enseignement de cours de mise à niveau m’aident beaucoup dans cette dimension humaine.

Enfin, le conseil le plus important que je peux donner aux étudiants chercheurs est de persévérer et de vivre pleinement les bons moments, comme les mauvais (car il faut tirer leçon de tout). Je dois avouer que de raconter son parcours ainsi, après coup, donne une illusion de facilité. Mon parcours apparait, avec de la distance, beaucoup plus beau qu'il a pu l'être pendant que je le réalisais! Je dois avouer que je suis même allé pleurer ma vie à l'Oratoire lorsque mon doctorat semblait impossible à finir après plusieurs échecs…

Je conseillerais aussi aux étudiants de travailler leurs compétences relationnelles et communicationnelles. Le milieu industriel (ou extérieur à l’universitaire) est rempli de gens issus de différents milieux sociaux et souvent, ils ne parlent, ni comprennent, le langage "académique".

Auteur(e)

Guillaume Gélinas
5N Plus

Guillaume Gélinas est postdoctorant chez 5N Plus, producteur de métaux spéciaux utilisés, entre autres, dans l’industrie d’énergie solaire et de l’imagerie médicale, en collaboration avec Polytechnique Montréal. Il a réalisé sa maîtrise et son doctorat à l’Université de Montréal. En plus de travailler activement sur l'amélioration des matériaux utilisés pour les caméras rayons X d’imagerie médicale, il collabore à la recherche et développement de nouvelles technologies chez 5N Plus.