Découvrez les lauréats et lauréates 2015

  • Prix Acfas Adrien-Pouliot : Pierre Legendre, UdeM - Université de Montréal
  • Prix Acfas André-Laurendeau : Joanne Burgess, UQAM - Université du Québec à Montréal
  • Prix Acfas Denise-Barbeau : Mohamed Benhaddadi, Cégep du Vieux-Montréal
  • Prix Acfas Jacques-Rousseau : Carl-Éric Aubin, Polytechnique Montréal
  • Prix Acfas Léo-Pariseau : Guy Sauvageau, UdeM - Université de Montréal
  • Prix Acfas Michel-Jurdant : Paule Halley, Université Laval
  • Prix Acfas Pierre-Dansereau : Lucie Lemonde, UQAM - Université du Québec à Montréal
  • Prix Acfas Thérèse Gouin-Décarie : Susanne Lajoie, Université McGill
  • Prix Acfas Urgel-Archambault : Françoise Winnik, UdeM - Université de Montréal
  • Prix Acfas IRSST - Maîtrise : Pascale Maillette, UdeS - Université de Sherbrooke
  • Prix Acfas IRSST - Doctorat : Axelle Marchand, UdeM - Université de Montréal
  • Prix Acfas Ressources naturelles : Pierre-Luc Huot, ÉTS - École de technologie supérieure
  • Prix Acfas Ressources naturelles : Alexander Timofeev, Université McGill
Pierre Legendre - Prix Acfas - 2015
Prix Acfas Adrien-Pouliot
Pierre
Legendre
UdeM - Université de Montréal

À première vue, pas facile de deviner que ce lauréat a obtenu son doctorat en 1971, à l’âge de 24 ans. Sachant cela, on conçoit alors qu’en l’espace de quatre décennies, il ait eu le temps et l’occasion de tisser nombre de liens avec des laboratoires en dehors du Québec. Mais la fréquence, la direction et la qualité de ceux-ci ne relèvent pas de la coïncidence. Le lauréat a tracé sa carrière, et la discipline scientifique qui en est issue, sur le canevas de la coopération avec la France, métropolitaine et d’outre-mer. Cette carrière, zigzaguant entre deux continents, est tout particulièrement marquée par la paternité de l’écologie numérique, rien de moins. Dans ce domaine, le chercheur développe des outils quantitatifs, tels que les bibliothèques de langage ou les méthodes statistiques, servant à l’analyse des grands tableaux de données récoltées par les chercheurs en écologie.

L’écologie numérique, cette sous-discipline de l’écologie, est née binationale, émergence d’une réunion tenue en 1975 à la Station marine de Villefranche-sur-Mer (Université Pierre et Marie Curie, Paris VI), en présence de chercheurs français, du lauréat et de Louis Legendre, alors professeur à l’Université Laval et frère du lauréat. Les deux Legendre rédigent alors le livre Écologie numérique, qui paraîtra en 1979 en France (Masson, Paris) et au Québec (Presses de l’Université du Québec, Montréal). Bible de tous les étudiants et chercheurs de la discipline, l’ouvrage est réédité en français en 1984, puis en anglais en 1983, 1998 et 2012. Pour sa part, leur Lexique anglais-français d’écologie numérique et de statistique, paru en 1999, inspire la défense d’une francophonie réaliste et généreuse, consciente de l’autre langue mondiale et permettant la transmission de la science au plus grand nombre.

Entre 1975 et 2012, le lauréat dispense vingt modules d’enseignements en langue française, dans dix-sept institutions de France; il contribue à vingt-quatre conférences scientifiques et présente trente-trois séminaires de recherche dans des institutions françaises. En 1986, il organise une École d’été de l’OTAN en écologie numérique à la Station marine de Roscoff en Bretagne. Membre du jury de thèse en France à dix reprises entre 1987 et 2014, le lauréat a codirigé cinq thésards avec d’autres directeurs français. Enfin, il accueille dans son laboratoire à l’Université de Montréal une quinzaine de chercheurs français ainsi que six post-doctorants entre 1984 et 2013.

Qui dit numérique et statistique suppose ordinateur, laboratoire et travail sédentaire. Ainsi, le lauréat rayonne par l’ampleur de ses publications : 10 ouvrages, 13 chapitres, 275 articles et plus de 13 000 citations par les pairs de son ouvrage premier, en plus des milliers de citations de ses articles, ont fait inscrire Pierre Legendre dans la liste Thomson Reuters des scientifiques les plus cités au monde en 2014. Si le chercheur brille autant dans l’écriture de méthodes statistiques, c’est qu’il est aussi un écologiste de terrain, rompu à l’observation des écosystèmes et au recueil de données. Et quand le lauréat prend la mer, il le fait sous pavillon français.

En 1997, Pierre Legendre participe à une campagne de suivi écologique sur l'atoll de Fangataufa, en Polynésie française, où ont eu lieu les essais nucléaires atmosphériques français dans années 1960. Seul non-Français à bord du Révi, le remorqueur-ravitailleur militaire qui transporte et sert de base à l’expédition, il jouit du statut temporaire d’officier de la marine française, comme c’est le cas des autres scientifiques universitaires qui font partie de l’expédition.

En 2006, il participe à la campagne MOMARETO pour contribuer à l'acquisition de connaissances sur les sources hydrothermales profondes de la dorsale médio-atlantique, campagne organisée et dirigée par une équipe de chercheurs du centre IFREMER de Brest. Seul chercheur non européen à bord du navire de recherche Le Pourquoi Pas?, le Québécois est vite adopté. En 2008, il revient à Roscoff en tant que directeur de recherche associé à l’équipe Génétique de l’adaptation en milieux extrêmes (GAME), et forme 33 personnes aux nouvelles méthodes en écologie spatiale et à l’analyse des données avec le langage de programmation statistique R.

En 2000, 2001 et 2007, Pierre Legendre collabore avec des chercheurs de l’Université des Antilles et de la Guyane pour entreprendre un diagnostic écologique des écosystèmes et des ressources côtières à Haïti. Des amitiés se forgent, la collaboration se poursuit avec les chercheurs de Guadeloupe. Le lauréat appuie la mise en place du premier diplôme d’études approfondies à la Faculté des Sciences exactes et naturelles à l’Université des Antilles et de la Guyane. Il enseigne au Master d’Écologie tropicale de 2000 à 2005 et aide ses hôtes à élaborer les contrats quadriennaux au Laboratoire de biologie marine de 2006 à 2009.

En 1986, Pierre et Louis Legendre reçoivent ensemble le Prix Michel-Jurdant de l’Acfas. En 1992, Pierre Legendre est élu à l’Académie des sciences de la Société royale du Canada. En 2005, il reçoit le grand prix de la recherche en sciences pures et appliquées du Gouvernement du Québec, le Prix Marie-Victorin. Il est nommé Officier de l’Ordre national du Québec en 2007 et reçoit le Prix du président de la Société canadienne d’écologie et d’évolution en 2013. Il serait faux d’affirmer que ces récompenses couronnent sa longue carrière, car le lauréat n’entend pas raccrocher son tablier de sitôt. Toujours fidèle au poste de Professeur au Département de sciences biologiques de l’Université de Montréal, il reste prêt à partir, en voyage et pour de nouvelles collaborations, représentant le Québec dans cette grande aventure qu’est la francophonie.

  • Le prix Acfas Adrien-Pouliot 2015 est parrainé par le Consulat général de France à Québec et le ministère des Relations internationales et de la Francophonie

Logo : Consulat et MRIF

 

Joanne Burgess - Prix Acfas - 2015
Prix Acfas André-Laurendeau
Joanne
Burgess
UQAM - Université du Québec à Montréal

Le prix Acfas – André-Laurendeau 2015, récompensant un scientifique s’étant distingué dans le champ des sciences humaines, est remis cette année à Joanne Burgess, professeure-chercheuse au Département d’histoire de l’Université du Québec À Montréal. La lauréate porte un intérêt indéfectible et passionné à Montréal. Cette apparente monogamie cache une multitude de déclinaisons. Spécialiste de l’histoire économique et sociale de Montréal au 19e et 20e siècles, ses travaux impressionnent par le nombre de sujets abordés, de méthodes utilisées, de chercheurs impliqués, de partenariats avec les musées, et, enfin, de publics touchés. Car depuis près de trente ans, la lauréate fait le don, exceptionnel, du récit historique de Montréal, aux Montréalais. La ville a beau être documentée par une poignée de chercheurs, son histoire est d’abord celle de ses habitants.

Suite à de brillantes études pavées par l’obtention de bourses et de prix, Joanne Burgess est nommée professeure d’histoire à l’UQAM en 1981. L’excellence académique aurait pu lui suffire, mais la lauréate refuse de réduire l’histoire à une discipline scientifique, cantonnée aux publications et aux colloques. Elle prend le parti, audacieux, de placer l’histoire et l’historien sur la place publique, en engageant des coproductions avec les musées.

La lauréate travaille d’abord avec l’Écomusée du fier monde à Montréal et reçoit, en 1991, le Prix publication de la Société des musées québécois pour l’ouvrage collectif Exposer son histoire. Elle dirige la recherche historique et coscénarise l’exposition Paysages industriels en mutation en 1996, puis Le jardin mécanique en 2002. Toujours au même musée, la lauréate s'investit dans deux autres expositions qui connaitront de vrais succès populaires, en tant que commissaire et responsable de la recherche historique pour la première, Une pinte d’histoire. Le lait à Montréal, en 2002, puis comme responsable de la recherche pour Run de lait, en 2010, qui partira en tournée.

Dès lors, le cloisonnement artificiel entre l’université et le musée, tous deux lieux de science, s’effrite; histoire fondamentale et histoire appliquée se complémentent. C’est dans cet état d’esprit qu’en 2004, Joanne contribue à mettre en place la maîtrise en histoire appliquée à l’UQAM, qu’elle dirigera de 2004 à 2014. Le musée Pointe-à-Callière d’histoire et d’archéologie de Montréal est un des premiers à accueillir les étudiants en partenariat. Tandis qu’ils contribuent au contenu scientifique du musée, celui-ci les forme à l’élaboration de récits, à la scénarisation et au maniement de nouveaux supports.

Au long d’une carrière foisonnante de collaborations et de projets publics, la lauréate a déterré des pièces indispensables et oubliées de la grande mosaïque qu’est l’identité historique montréalaise. Les nombreux projets de recherche qu’elle a menés portent sur des sujets aussi variés que l’histoire du port de Montréal pendant la Deuxième Guerre mondiale, les maisons de chambre, la culture ouvrière, le marché Sainte-Anne, les magasins-entrepôts du Vieux-Montréal ou encore la place du lait dans l’alimentation et la santé. Joanne Burgess se démarque également par la variété des médias utilisés tels les sites et parcours Web, les expositions virtuelles, les modélisations 3D/4D, cartographie, témoignages…

C’est indéniable, la lauréate a fortement contribué à rendre vivante l’histoire économique de Montréal et à réconcilier les Montréalais avec plusieurs pans oubliés de leur passé. Cependant, son accomplissement le plus notoire, porté par sa manière collaborative de faire de l’histoire, est de montrer aux historiens le rôle qu’ils doivent tenir dans le monde actuel, la demande sociale à laquelle ils doivent répondre, et l’importance des dimensions émotionnelle et esthétique de leur discipline.

Joanne Burgess continue dans sa lancée, pour le plus grand bonheur de ses pairs et du public. Le Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal, qu’elle dirige depuis 2006, héberge Montréal, plaque tournante des échanges : histoire, patrimoine, devenir, un grand projet qui réunit quatorze chercheurs et de nombreux partenaires, soutenus par le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH). De quoi enfiler, le temps d’une visite, les habits rugueux et les souliers usés d’un débardeur acheminant des caisses de thé et des sacs de farine entre le Vieux-Port et le canal de Lachine, tout droit sorti des gravures de la collection Walker.

Mohamed  Benhaddadi - Prix Acfas - 2015
Prix Acfas Denise-Barbeau
Mohamed
Benhaddadi
Cégep du Vieux-Montréal

Le lauréat se dévoue à l’avancement et à la transmission des connaissances dans le domaine de l’énergie électrique en général et des moteurs et variateurs électroniques de vitesse, en particulier. Ses travaux de recherche se situent dans l’efficacité énergétique des entraînements électriques, mais le lauréat leur donne une autre dimension, en les inscrivant dans une réflexion plus globale sur le développement durable. Empruntant aux sciences naturelles, à l’ingénierie et aux sciences sociales, les travaux du chercheur saisissent avec perspicacité la complexité des enjeux techniques et sociétaux de l’énergie.

On pourrait retracer la polyvalence exceptionnelle du lauréat, ainsi que son engagement de citoyen du monde à son parcours de globe-trotter, maîtrisant parfaitement cinq langues. Né de parents algériens berbères, Mohamed Benhaddadi a fait ses études supérieures en Ukraine, où il finit premier de sa promotion à l’Université de Luhansk, avant d’obtenir un doctorat à l’Institut polytechnique de Kiev. Puis, on le retrouve en Algérie comme professeur à l’École militaire Polytechnique de Bordj El Kiffan pendant deux ans, puis à l’Université des Sciences et de la technologie de Bab-Ezzouar à Alger, de 1989 à 1997. Le lauréat fait un court séjour en Belgique comme professeur invité à l’Université de Liège, avant de rejoindre l’École Polytechnique Montréal comme chargé de cours d’abord, puis comme professeur associé, de 1997 à 2013.

En 2001, Mohamed Benhaddadi pose ses valises au Cégep du Vieux-Montréal, où ses collègues louent son intégrité, sa créativité, sa hardiesse et sa générosité. Chaque année, le professeur associe deux à quatre étudiants à ses travaux de recherche et les fait participer à différents concours où ils ont été plusieurs fois primés. Mohamed Benhaddadi est assurément pour le Cégep du Vieux Montréal une immense source de fierté : ses travaux novateurs, les sujets d’actualité abordés et les efforts du lauréat pour pousser ses étudiants à l’excellence, font rayonner son établissement au Québec et bien au-delà de la Belle Province.

Mohamed Benhaddadi est également chercheur associé au Centre interdisciplinaire de recherche en opérationnalisation du développement durable (CIRROD). Financé par deux Fonds de recherche du Québec, le CIRODD est un regroupement stratégique de 80 chercheurs de 11 universités et 3 cégeps qui œuvrent à l’émergence d’une économie verte. Les travaux du lauréat portant sur l’efficacité énergétique ont assurément enrichi les contributions du CIRODD à la Commission sur les enjeux énergétiques au Québec en 2013 et au sein du groupe Dialogues pour un Canada Vert, en 2015.

En 2004, le lauréat a rédigé un mémoire pour la Régie de l’énergie du Québec sur la sécurité et l’approvisionnement énergétique des Québécois. En 2005, il a présenté un mémoire à la Commission parlementaire sur les enjeux énergétiques du Québec, et il est intervenu à l’Assemblée Nationale du Québec. Son ouvrage Dilemmes énergétique, paru en 2008 aux Presses de l’Université du Québec, a connu un grand succès, y compris en France, en Belgique et en Suisse, et une réédition est prévue. Aussi, le lauréat a été sollicité pour écrire le chapitre sur les moteurs à très haute efficacité énergétique dans l’ouvrage collectif Electric Machines and drives. Paru en 2011, ce livre est à l’échelle mondiale l’un plus téléchargé en ingénierie.

Mohamed Benhaddadi a beau être l’auteur de plus d’une centaine de communications et publications de calibre international, il lui tient tout autant à cœur de sensibiliser le grand public à des sujets comme le dilemme énergie-environnement et l’efficacité énergétique. Pour ce faire, il écrit souvent des articles pour des journaux et des revues, dont Le Devoir, La Presse, El Watan et La maîtrise de l’énergie. Au plaisir, très prochain, de lire ses deux futurs livres, en cours de finalisation

Carl-Éric  Aubin - Prix Acfas - 2015
Prix Acfas Jacques-Rousseau
Carl-Éric
Aubin
Polytechnique Montréal

Quand on pense mécanique, on imagine plutôt des blouses bleues tachées de cambouis que des blouses blanches immaculées. Pourtant, le lauréat fait bien la démonstration que le génie mécanique est loin d’être une voie de garage quand il s’agit de soigner les patients atteints de déformations de la colonne vertébrale. En 2005, il devient le premier président non-médecin de la Société de scoliose du Québec, dont il est aujourd’hui directeur scientifique. Cet adoubement n’est qu’une indication des ponts bâtis par les travaux du lauréat. Quand un ingénieur planche sur un sujet médical, c’est deux traditions scientifiques, aux corps de métiers et aux disciplines bien distinctes, qui dansent le tango.

En 1996, Carl-Éric Aubin entame sa carrière professorale à Polytechnique Montréal. La même année, il rejoint le Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine en tant que chercheur. Ses travaux sont indissociables de ces deux établissements où aujourd’hui, le lauréat est respectivement titulaire de la Chaire de recherche du Canada en génie orthopédique (niveau 1, senior) et chef de l’axe des maladies musculosquelettiques et réadaptation. On pourrait croire que l’ingénieur ne sait pas sur quel pied danser, mais c’est justement cette dualité qui a permis la genèse du génie orthopédique, nouvelle discipline qui vise à traiter les problèmes musculosquelettiques, dont principalement les déformations du rachis (nom scientifique de la colonne vertébrale) grâce à la conception d’orthèses et instrumentations chirurgicales « vraiment » sur mesure.

Mobilisant des connaissances en ingénierie, en sciences biomédicales, en imagerie ainsi qu’en chirurgie, Carl-Éric Aubin développe une nouvelle génération d’outils numériques. Ses logiciels de modélisation 2D, 3D et 4D de la colonne vertébrale prennent en compte la courbure du rachis, déformations des vertèbres, leurs déplacements, les forces auxquelles elles sont sujettes ainsi que les caractéristiques musculaires et la croissance de chaque patient. La voie est ouverte à une évaluation biomécanique plus fine des instruments chirurgicaux et au développement de chirurgies minimalement invasives.

En collaboration avec trois PME du Québec, des États-Unis et de France, le lauréat a mis en place une plateforme de conception et de fabrication d’orthèses dans des centres cliniques de ces trois pays, et un transfert de licence a été effectué en juin 2015, ce qui permettra la plus grande diffusion de cette plateforme. Ainsi, les efforts de ses équipes ont permis de réduire de 50% le poids des orthèses et de 30% les surfaces d’appui de celles-ci (là où elles entrent en contact avec le corps), allégeant ainsi le fardeau du traitement pour de nombreux enfants et adolescents souffrant de scoliose.

Héritage polytechnicien oblige, Carl-Eric Aubin adopte volontiers une approche pragmatique quant à la conduite de ses recherches, ce qui explique son aisance à naviguer entre les disciplines et à rallier les forces vives de tous horizons, qu’elles soient universitaires ou entrepreneuriales. Ses partenaires incluent des organisations de l’industrie biomédicale et de l’univers du cirque, en passant par ceux de la réadaptation, des transports et du sport. Sans surprise, ses travaux rencontrent alors de nombreux débouchés non médicaux. Ils permettent, par exemple, d’évaluer la vulnérabilité du rachis au transport aérien et terrestre, et d’améliorer la sécurité des véhicules. 

C’est dans cet esprit d’ouverture que le lauréat est, depuis 2006, titulaire de la Chaire de recherche industrielle CRSNG-Medtronic en biomécanique de la colonne vertébrale, chaire qui réunit étudiants, chercheurs et techniciens. En 2009, toujours à Polytechnique Montréal, Carl-Éric Aubin inaugure le premier baccalauréat en génie biomédical au Canada, propulsant l’établissement au rang d’acteur incontournable dans le domaine. La paternité de MÉDITIS revient aussi au lauréat. Ce programme offre aux étudiants de son école et de l’Université de Montréal une formation en technologies biomédicales de nature professionnelle et transdisciplinaire, incluant des immersions dans le milieu de la santé et dans celui des entreprises.

Enfin, Carl-Éric Aubin a signé des conventions de recherche avec l’Université d’Aix-Marseille, l’Institut Français des Sciences et Technologies des Transports, de l’Aménagement et des Réseaux (IFSSTAR), la Chinese University of Hong-Kong, la Children’s Hospital of Philadelphia et l’École de technologie supérieure à Montréal. De quoi assurer la mobilité de ses étudiants et la formation d’une relève aussi hybride et inventive que le lauréat lui-même, sachant battre en brèche les idées reçues et les supposées frontières entre disciplines pour faire courber l’échine aux maladies du dos.

Guy Sauvageau - Prix Acfas - 2015
Prix Acfas Léo-Pariseau
Guy
Sauvageau
UdeM - Université de Montréal
Le lauréat mène un combat de longue haleine contre la leucémie. Ce chercheur a mis au point des techniques originales : d’abord, pour cultiver des cellules cancéreuses et investiguer les processus génétiques ayant engendré leur mutation; ensuite, pour cultiver des cellules souches pouvant servir de greffes aux malades. Il mène ses travaux à des échelles microscopiques, mais le lauréat voit infiniment plus grand, rassemblant toute une communauté scientifique pour produire des solutions pratiques à un problème de santé mondial.

Guy Sauvageau étudie les cellules souches hématopoïétiques (CSH), dont le rôle est de fabriquer les trois composantes – globules rouges, globules blancs et plaquettes – du sang. En 1995, le lauréat démontre que l’expression du gène Hoxb4 contribue à la multiplication in vivo, mais aussi ex vivo des CSH. Les espoirs d’applications cliniques nourris par cette découverte fondamentale se matérialisent lorsqu’en 2003, Guy Sauvageau et son équipe développent une protéine de fusion Tat-Hoxb4 qui accélère la culture des CSH. La percée majeure de cette phase de recherche, récompensée par le Till et McCulloch Award, vient en 2009, lorsqu’ils découvrent une dizaine de nouveaux régulateurs de l’autorenouvèlement des CSH chez la souris.

Enfin, en 2014 l’équipe du lauréat parvient à mettre au point une molécule de synthèse qui stimule la multiplication de cellules souches du sang de cordon ombilical. Il s’agit là d’un tour de force : ce sang est une source fiable pour la greffe de CSH, et cette nouvelle molécule permet de multiplier par dix à cent le nombre d’unités de sang disponibles aux patients leucémiques. Un essai clinique utilisant des cellules de sang de cordon multipliées ex vivo va débuter cet automne à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont et dans plusieurs centres au Canada, ce qui a valu à Guy Sauvageau d’être élu Personnalité scientifique de l’année par le journal La Presse et scientifique de l’année par Radio-Canada

Ces nominations ne font que révéler au public ce que ses pairs savent déjà : le lauréat est certes l’expert canadien le plus chevronné quant à l’étude des cellules souches hématopoïétiques, mais il est aussi un bâtisseur de la science au Québec, qui s’investit pour que sa recherche profite au plus grand nombre. Guy Sauvageau aurait pu entamer des études doctorales une fois sa maîtrise en Immunologie-Virologie en poche. À la place, il passe dix années en milieu médecine, s’engageant dans le réseau de l’Université de Montréal, au Centre de services partagés du Québec, puis à l’American Board of Internal Medicine, et devient même en 1992 Fellow of the Royal College of Physicians avec une spécialité en hématologie. Début 1996, de retour de Colombie-Britannique où il obtient son doctorat en biologie moléculaire et cellules souches, le lauréat prend d’emblée la tête du Laboratoire de génétique moléculaire des cellules souches à l’Institut de recherches cliniques de Montréal.

En 2003, Guy Sauvageau, avec une poignée d’autres chercheurs, crée l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie (IRIC), concrétisant sa vision d’un institut de recherche multidisciplinaire et appliqué, axé sur la biologie des systèmes au Québec. Douze années plus tard, l’IRIC se porte bien. Mondialement reconnu comme un centre d’excellence en recherche sur le cancer, l’Institut réunit 27 équipes de recherche et héberge 13 chaires de recherche du Canada. Pas moins de 450 chercheurs, professionnels, stagiaires et étudiants y travaillent. Leurs efforts sont guidés par le développement de solutions pratiques, l’institut comprenant un laboratoire de chimie médicinale qui permet à ses membres, même les plus jeunes, de transformer leurs découvertes fondamentales en applications thérapeutiques.

Directeur de l’unité de recherche en Génétique moléculaire des cellules souches à l’IRIC, Guy Sauvageau est aussi professeur associé à l’Université McGill et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en génétique moléculaire des cellules souches. Le lauréat a encadré plus de 60 étudiants de maîtrise et de doctorat ainsi que nombreux cliniciens, dont des collègues de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, où il est hématologue clinicien. Enfin, comme si la générosité du chercheur était encore à prouver, Guy Sauvageau réalise la prouesse rare, pour quelqu’un qui ne compte pas les heures de travail, de consacrer un peu de son temps à la vulgarisation scientifique, en participant aux émissions Découverte et Les années-lumière de Radio Canada.
Paule Halley - Prix Acfas - 2015
Prix Acfas Michel-Jurdant
Paule
Halley
Université Laval

La présente lauréate bouscule les idées reçues. Récompensée cette année en sciences environnementales, on l’imaginerait volontiers en salopette de pêcheur, arpentant les rivages du Saint-Laurent pour y recueillir des échantillons d’eau souillée. Vêtue d’un tout autre attirail, sa réalité est moins bucolique que sociopolitique. Pionnière de cette nouvelle discipline qu’est le droit de l’environnement, la chercheure œuvre à l’encadrement juridique du développement durable tout comme à la construction d’une démocratie environnementale. Singulière et convoitée, son expertise l’amène à participer au débat public, à contribuer aux processus législatifs et à diriger des projets de recherche, sur la scène québécoise et internationale. La défense du droit de l’environnement n’est pas qu’un métier pour la lauréate. C’est un engagement citoyen.

Paule Halley reçoit la mention excellente pour sa thèse doctorale Instituer la prudence environnementale : le régime pénal de lutte contre la pollution en 1995. Ses travaux s’intéressent aussi à des approches nouvelles : sortir du paradigme conventionnel fait de règlements, de comportements normés et de sanctions. Cette sortie permet de penser le respect de l’environnement en marge de la loi, à travers des approches contractuelles, des normes volontaires et des incitatifs économiques. La lauréate propose des processus plus participatifs et renouvèle la typologie des moyens d’intervention de l’État en la matière. Elle s’intéresse au principe de précaution, aux procédures d’évaluation des impacts, ainsi qu’aux concepts juridiques de patrimoine commun de la nation et d’État gardien des intérêts de la nation sur les ressources naturelles. Écrit en 2001, son ouvrage Le droit pénal de l’environnement : l’interdiction de polluer, reçoit le prix Meilleure monographie de la Fondation du Barreau du Québec. Et en 2002, la lauréate obtient la Chaire de recherche du Canada en droit de l’environnement (CRCDE), chaire qu’elle occupe toujours à l’Université Laval.

Consultée par les sphères juridiques et politiques, Paule Halley a apposé plusieurs pierres à l’édifice législatif québécois. En 2008, à l’occasion du projet de loi 92 affirmant le caractère collectif des ressources en eau, le mémoire qu’elle présente à la Commission des transports et de l’environnement engendre une modification à son article premier, stipulant le statut juridique de l’eau, et l’adoption des principes de transparence et de participation. Entre 2012 et 2014, ses travaux sur l’encadrement de l’industrie du gaz de schiste sont intégralement repris par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement et entraînent des modifications de la Loi sur les mines. En 1996, son nom est inscrit à la liste, restreinte, d’experts en droit pénal de l’environnement des Nations Unies. À ce titre, sa contribution est sollicitée à l’étranger, comme en 2013, lors du 1er Colloque international sur le droit de l’environnement en Afrique, où elle intervient pour traiter des mesures de contrôle de la conformité des entreprises aux normes environnementales.

Membre depuis 1999 du Comité consultatif de l’environnement Kativik, la lauréate présente régulièrement des avis au parlement du Québec pour défendre les particularités environnementales et sociales du Nunavik. Sa contribution se mesure par son souci de renforcer la préservation, physique, économique et culturelle de tout un peuple. Il s’agit du maintien des droits de chasse, de pêche et de piégeage des Inuits, du nettoyage de sites abandonnés par les industries minières, ou encore du développement de parcs nationaux, de l’énergie éolienne et d’infrastructures de transport.

Une bienveillance, sans nul doute, sous-tend la carrière de la lauréate. À l’université, Paule distille sa générosité en poussant les jeunes chercheurs à l’excellence. Parmi les soixante-dix étudiants de 2e et 3e cycles dont elle a dirigé les travaux, nombreux font carrière dans des facultés de droit, des ministères, des entreprises publiques, des associations et des grands cabinets d’avocats. La lauréate invite toujours ses étudiants aux colloques qu’elle organise, et parfois en tant qu’intervenants; elle leur propose des programmes d’échange avec l’Université Paris I, et les aide dans leurs premières démarches d’enseignement et de publication.

Lucie Lemonde - Prix Acfas - 2015
Prix Acfas Pierre-Dansereau
Lucie
Lemonde
UQAM - Université du Québec à Montréal

À première vue, la carrière de la lauréate accompagne l’histoire des luttes sociales au Québec. L’inverse est encore plus vrai : au cours des trente dernières années, la lutte de nombreux groupes sociaux pour leurs droits n’aurait pu se faire sans le travail universitaire et militant de la chercheuse. Il en est de ce métier-là, qui, par préférence ou par contrainte, ne quittent pas les quatre murs de leur laboratoire. La lauréate est d’une tout autre trempe. Pour elle le droit est un outil puissant s’il est accompagné d’actions auprès des institutions, à travers les médias et avec les citoyens.

Diplômée de l’École du Barreau en 1974, elle exerce la profession d’avocate jusqu’en 1988, défendant les droits des personnes incarcérées. Rigoureuse, abordable et engagée dans la société civile, elle représente un nouveau type de juriste au Québec, qui sait soutenir des argumentaires complexes par des discours simples et persuasifs auprès de pairs, de clients et du public. Lucie Lemonde est un nom associé à la naissance du droit carcéral.

La lauréate rejoint les rangs de l’UQAM pour poser la première pierre universitaire du droit carcéral, cette discipline qu’elle a contribué à fonder sur les bancs de la cour. L'habeas corpus en droit carcéral, son travail de maîtrise paru en 1990 aux Éditions Yvon Blais, dépose la première pierre en langue française au pays. Dans un système pénitentiaire alors peu réglementé, la chercheuse plaide pour le droit fondamental d’être traité équitablement garanti dans la Charte canadienne des droits et libertés en 1982. En 1995, Lucie Lemonde obtient son doctorat de l’Université de Montréal parallèlement à son enseignement au Département des sciences juridiques de l’UQAM. Ses étudiants, anciens et actuels, louent sa passion et sa générosité à les intégrer pleinement dans ses travaux de recherche, ainsi que sa conception, contagieuse, du droit comme outil de changement social.

Membre de la Ligue des Droits et Libertés (LDL), qu’elle préside de 1994 à 2000, son implication a permis la reconnaissance de nombreuses violations de droits dans une variété de situations : sa dénonciation d’une justice qui transforme les mineurs en sujets de contrôle plutôt qu’en sujets de droit entraîne une modification de la Loi sur la protection de la jeunesse en 2006; ses travaux sur les poursuites-bâillon engendrent l’amendement du Code de la procédure civile au Québec. Enfin, son rapport Répression, discrimination et grève étudiante sur les évènements de 2012 est un modèle de travail collaboratif, de diffusion d’informations, de sensibilité et d’objectivité.

Fierté nationale, la juriste s’exporte. Le Seuil de l’intolérable, rapport qu’elle dirige en 1996 pour la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) et portant sur la situation des demandeurs d’asile en France, lui offre l’oreille des politiques français et des journalistes de grands médias européens. Vice-présidente de la FIDH de 1997 à 2004, elle intervient au Togo, au Bénin, en Roumanie et en Colombie sur les droits, les libertés et l’impunité. Enfin, le rapport qu’elle dirige sur les abus policiers lors du G20 de 2010 à Toronto suscite des questions sur les agissements du Canada par la Commission interaméricaine des droits de l’homme.

La liste est longue. Énumérer les engagements de la lauréate ne rendrait pas justice à la rigueur et à la qualité de ses accomplissements. Retenons la déroutante capacité qu’a Lucie Lemonde de donner corps au droit à la fois comme une discipline scientifique et comme un moyen formidable de défendre son pluriel, c’est-à-dire les droits des individus comme des groupes menacés.

Susanne Lajoie - Prix Acfas - 2015
Prix Acfas Thérèse Gouin-Décarie
Susanne
Lajoie
Université McGill

Contribuer au progrès social en améliorant la manière dont nous apprenons, raisonnons et résolvons des problèmes à l’ère des tablettes, téléphones intelligents et autres dispositifs connectés. Cette approche audacieuse propose de s’adresser à l’origine la plus intime de tous nos faits et actes, la pensée humaine. Processus cognitifs, émotionnels et physiologiques, les travaux de la lauréate décortiquent ce qui se passe chez l’apprenant quand celui-ci manie des outils numériques. Ceci pour mettre la machine au service de l’homme en développant des environnements d'apprentissage riches en technologies (TRE) afin d’améliorer l’expérience de l'apprenant dans des domaines aussi variés que les mathématiques et l’histoire dans un contexte scolaire, ou encore le diagnostic médical et l’aviation, dans un cadre professionnel.

En 1993, son ouvrage sur les ordinateurs en tant qu’outils cognitifs créeé une petite révolution. Avec Computers as Cognitive Tools, Susanne Lajoie est une des premières chercheusres à concevoir l’ordinateur dans ses dimensions cognitives, voire métacognitives (le recul sur ses propres pensées). Le deuxième volume de cet ouvrage, paru en 2000, hisse la lauréate au rang de chercheusre la plus citée de son domaine.

Ses travaux, à l’image de leur sujet d’étude, l’être humain, sont complexes et multidisciplinaires; ils empruntent aux statistiques, à l’ingénierie informatique, à la sémiotique, à la psychologie et à la médecine. Susanne Lajoie étudie les problèmes des apprenants, en observant les relations entre les processus cognitifs et biologiques de l’apprentissage. Pour ce faire, elle établit des évaluations dynamiques des états émotionnels de l’apprenant grâce à l’utilisation de données physiologiques, relatives à la sueur, à la dilatation des pupilles ou au rythme cardiaque.

Ces méthodes sont plurielles et leurs applications multiples. Suite à son doctorat à l'Université de Stanford, Susanne Lajoie participe au projet Sherlock (1986-1989) entre l’Université de Pittsburgh et l’US Air Force, sur la formation des techniciens à la détection des pannes d’avions F-15. Ce projet de post-doctorat marque à la fois les domaines de l’intelligence artificielle, de l’éducation et des sciences cognitives. Aux côtés de ses collaborations dans des projets d’envergure, la lauréate met au point, tout au long des années 1990, le système BioWorld, qui comporte des modèles informatiques permettant de simuler des diagnosticques médicaux portant sur des patients virtuels. Tour de force académique, cette vague de travaux déferle aussi sur le monde hospitalier, apportant de nombreuses améliorations dans son sillage, dont la formation des médecins au diagnostic médical par des approches de raisonnement à base de cas cognitifs.

La lauréate a aussi mis au point, avec des chercheurs chinois et américains, un cours international qui aide les étudiants en médecine à réguler leurs émotions afin de communiquer les mauvaises nouvelles aux patients avec plus d’empathie. Cette collaboration hors des frontières du Québec montre l’intérêt que la lauréate porte au multiculturalisme, non seulement dans sa manière de faire de la recherche, mais aussi en tant que sujet d’étude. Nombre de ses travaux portent sur l’élaboration de TRE dédiés aux apprenants de différentes cultures. À l’Université McGill, Susanne Lajoie met en place une bourse qui favorise la mobilité des étudiants entre neuf institutions du Canada, du Mexique et des États-Unis. D’une pierre deux coups : l’étude de cette mobilité a permis de mieux comprendre les mécanismes interculturels d’apprentissage dans le cadre de l’utilisation d’outils informatiques en ligne.

Enfin, la lauréate dirige le projet LEADS (Learning Environments Across Disciplines), qui regroupe éducateurs, psychologues, informaticiens, ingénieurs, médecins et historiens de 6 pays, 18 universités et 13 organisations. LEADS est un projet qui aura des retombées d'envergure pour les écoles du Québec et qui concerne la mise en place de techniques de stimulation de l’apprentissage et de la motivation, avec le concours de plusieurs commissions scolaires, organisations et acteurs des industries numériques. La lauréate a su construire des outils permettant aux professeurs d’identifier les meilleures pratiques d’enseignement en fonction des profils émotionnels des apprenants. La chercheusre a aussi développé des outils métacognitifs, qui offrent un soutien au raisonnement, qui permettent d’identifier les différences entre novices et experts, et qui contribuent à l’autorégulation de leur apprentissage.

Si, à la lecture de ce dernier paragraphe, vous avez le sentiment d’avoir décroché, sachez qu’il y a espoir. De fait, les travaux de Susanne Lajoie pourraient contribuer à réduire de manière substantielle le décrochage scolaire au Québec et ailleurs.

Françoise Winnik - Prix Acfas - 2015
Prix Acfas Urgel-Archambault
Françoise
Winnik
UdeM - Université de Montréal

Polymères, nanoparticules et interfaces ne sont pas des mots du quotidien. Ils désignent pourtant des substances, des objets omniprésents ! Ils sont utilisés dans nos habits, nos meubles, nos médicaments, notre nourriture. Sans oublier les tablettes, les écrans dont nous ne savons nous passer. De par sa recherche, la lauréate a contribué tangiblement au mode de vie de chacun. Rien de plus normal, pourrait-on croire, compte tenu de la polyvalence des polymères, qui, si la recette est bonne et le chef adroit, peuvent se cuisiner à toutes les sauces. Mais la véritable explication de cette réussite réside dans la manière qu’a la lauréate de combiner recherche fondamentale et appliquée, dans des domaines tels que l’imagerie médicale, la thérapie génique et la nanomédecine.

En 1981, après des études supérieures puis postdoctorales à l’Université de Toronto, la lauréate entame une brillante carrière chez Xerox. Développant de nouvelles technologies relatives aux encres, elle signe 25 brevets en douze ans. Très tôt, Françoise Winnik s'intéresse à un polymère thermosensible alors peu connu, le PNIPAM. Sous la température critique de 32°C, le PNIPAM est hydrophile; au-delà, il devient hydrophobe et se recroqueville. Françoise Winnik a démontré qu’il est possible d'ajuster cette température critique en modifiant le polymère, ouvrant ainsi le chemin vers de nombreuses applications pratiques. L’article qu’elle publie à ce propos en 2010 avec experts du monde entier dans Nature Materials fait couler beaucoup d’encre, puisqu’il a été cité plus de 1150 fois.

En 1993, la lauréate fait peau neuve en regagnant le monde universitaire, comme professeure à l'Université McMaster (Hamilton, Ontario). Depuis 2000, elle enseigne à l'Université de Montréal et conduit des recherches portant sur les utilisations de polymères naturels et synthétiques en thérapie, imagerie médicale et diagnostique. Travaillant de pair avec des chirurgiens et des cardiologues, la professeure Winnik a développé des nanoparticules pour la thérapie génique. Son équipe a démontré l'utilité du groupement folate (la vitamine B9) dans les processus de transfection (l’introduction artificielle de gènes dans une cellule). La lauréate s'est aussi intéressée à la toxicité des nanoparticules, notamment les points quantiques (des assemblages d’atomes) utilisés en imagerie et certains panneaux solaires. Compromettants, les résultats de ces travaux ont incité les chercheurs à regarder de plus près les effets nocifs des nanoparticules.

L’expertise considérable de Françoise Winnik se mesure par l’ampleur de ses récompenses et engagements internationaux. Distinguée en 2006 puis en 2011 par l'Institut de chimie du Canada (ICC), elle reçoit le prix Doolittle de l’American Chemical Society en 2009. La lauréate participe à une dizaine de rassemblements chaque année, dont certains de très haut vol. Ainsi, en 2012, elle intervient au 62e Congrès annuel de la Japan Society of Polymer Science, qui lui attribue son prix international en 2013. La même année, le High Polymer Research Group de Grande-Bretagne, qui par coutume ouvre rarement ses portes aux non-Européens, invite la lauréate à donner une conférence.

Couronnant sa collaboration répétée avec des établissements japonais depuis les années 1980, Françoise Winnik est nommée chercheuse séniore par le prestigieux World Premier International Center for Materials Nanoarchitectonics (le MANA) du National Institute for Materials Science, à Tsukuba au Japon. Seule canadienne du centre, la lauréate a ouvert un laboratoire satellite du MANA à Montréal où elle accueille actuellement des chercheurs japonais. Du pays du soleil levant, nous rejoignons celui du père Noël : en 2013, Françoise Winnik obtient le titre de Distinguished University Professor de l'Université d'Helsinki, encore une première pour le Canada. Elle conduit actuellement un programme de recherche de cinq ans avec une équipe finlandaise, poursuivant ses travaux sur les nanoparticules polymères et les médicaments.

Pascale Maillette - Prix Acfas - 2015
Prix Acfas IRSST - Maîtrise
Pascale
Maillette
UdeS - Université de Sherbrooke

Près de 30 000 arthroplasties du genou, remplacement total de l’articulation par une prothèse synthétique, sont réalisées chaque année chez des travailleurs. Des indices démographiques et législatifs laissent entrevoir que ce nombre continuera d’augmenter dans les prochaines années. Un quart de ces travailleurs éprouvera des difficultés à reprendre ou à demeurer au travail six mois après la chirurgie, risquant ainsi d’être en incapacité prolongée de travail. Malgré l’ampleur du phénomène, la perspective des travailleurs sur les difficultés rencontrées du retour au travail demeure peu connue. Pascale Maillette consacre, depuis mai 2013, son projet de maîtrise à la compréhension des mécanismes à reprendre ou non une vie saine et active au travail après l’arthroplastie, selon la perspective des travailleurs.

Pour mener à bien son projet, la lauréate a dû mettre au point son protocole de recherche, en puisant dans les connaissances acquises durant son parcours académique et au cours de ses différentes expériences de travail comme professionnelle de recherche à l’Université de Sherbrooke. Pour réaliser son étude, Pascale Maillette a pu se baser sur un échantillon d’une dizaine de travailleurs, ayant subi une arthroplastie du genou et remplissant certaines conditions. Les travailleurs devaient avoir été opérés il y a 6 à 12 mois et avoir eu des difficultés à reprendre et/ou à demeurer au travail. À partir de cette sélection, des entretiens semi-dirigés de 90 minutes ont été réalisés à partir d’un guide d’entrevue. Pour des fins d’analyse, ces entrevues ont été enregistrées et transcrites mot à mot. Les analyses ont été effectuées en équipe multidisciplinaire (physiothérapeute, psychologue et kinésiologue) pour profiter de l’expertise de chacun des membres de l’équipe de recherche.

La lauréate a obtenu des résultats qui démontrent que très peu de travailleurs ont reçu un soutien lors de leur retour au travail. Elle en est venue à identifier deux trajectoires, retourné au travail ou non, caractérisant les travailleurs, ainsi que le soutien perçu de leur environnement (professionnels de la santé, employeur assureur). Ces résultats s’appuient également sur ses compétences acquises au contact du domaine clinique et à celui de la recherche en incapacité au travail.

Bien qu’elle soit très impliquée dans sa maîtrise, Pascale Maillette a reçu différentes bourses pour ses travaux dans le domaine de la santé, notamment une bourse de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST). Très engagée dans ses travaux, elle ne délaisse pas pour autant ses activités extra-universitaires. Elle est fortement impliquée dans la vie sociale de son milieu en tant que représentante des étudiants à la maîtrise de son centre de recherche et membre du Réseau provincial de recherche en adaptation-réadaptation (REPAR). Elle mène également des activités de formation continue lors de colloques, congrès ou journées de formation.

Axelle Marchand - Prix Acfas - 2015
Prix Acfas IRSST - Doctorat
Axelle
Marchand
UdeM - Université de Montréal

220 : c’est le nombre de travailleurs qui meurent chaque année au Canada et aux États-Unis, en raison de coup de chaleur. Et ce chiffre n’est pas près de diminuer. De fait, on prévoit que les cas de décès liés à la chaleur doubleront d’ici 2050 et tripleront d’ici 2080, en raison du réchauffement climatique. Il s’agit d’un enjeu majeur pour les travailleurs comme pour les entreprises, que la lauréate Axelle Marchand a tout à fait saisi. De fait, ses études portent sur l’absorption pulmonaire et l’évolution dans l’organisme de trois solvants organiques toxiques, en contexte d’accumulation de chaleur. Ces travaux amélioreront, à terme, la lutte contre le stress thermique.

La santé publique n’a pas toujours bercé la vie de la chercheuse. De fait, c’est la biologie qui est le centre de ses intérêts quand elle entreprend ses études supérieures à l’UQAM. À partir de la troisième année de baccalauréat, Axelle Marchand suit ses premiers cours de toxicologie et de santé environnementale avec Sami Haddad, professeur à l’Université de Montréal, son directeur de thèse actuel et ancien directeur de maîtrise. Elle commence cette maîtrise en septembre 2012, abordant un sujet aux frontières de la santé au travail et de la santé environnementale. Elle étudie la toxicocinétique de quatre composés organiques lors d’expositions, simples ou mélangées, par inhalation chez les humains. Lors de ces deux années d’études, la lauréate participe à de nombreux séminaires, colloques et autres présentations à travers l’Amérique du Nord, tels des séminaires à l’Université de Montréal, le symposium annuel du Society of Toxicology of Canada à Ottawa et l’Annual Meeting of the Society of Toxicology en Arizona et en Californie

Son directeur de maîtrise raconte qu’il a rarement vu chez un étudiant une telle capacité d’analyse. La qualité du travail produit par la chercheuse l’incite d’ailleurs à diriger ses études doctorales. Elle intègre en septembre 2014 l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM). Son projet doctoral s’articule autour d’un bilan publié par l’IRSST intitulé Contraintes thermiques et substance chimiques - Bilan des connaissances et emplois les plus à risques au Québec. Elle a comme tâche d’évaluer l’influence d’une contrainte thermique sur l’absorption pulmonaire et la toxicocinétique de trois solvants, et de développer un modèle qui permettra de prédire cette influence. « Aucune étude n’a jusqu’à maintenant abordé de façon aussi systématique cette importante question de recherche en santé au travail », souligne Robert Tardif, professeur associé à l’ESPUM.

Comme nous l’expliquent les différents professeurs qui l’ont côtoyée, en plus d’être une brillante universitaire, Axelle accorde une place importante aux activités complémentaires. Que ce soit à l’UQAM ou à l’Université de Montréal, elle a toujours participé à la vie de son université, d’une part en participant à la publication des revues de vulgarisation scientifique Le point biologique et DIRE, et d’autre part en siégeant au comité social du Département de santé environnementale et santé au travail ou comme représentante étudiante à la Mixture Specialty Section de la Society of Toxicology. Elle est également membre du comité d’éthique de la recherche en santé de l’Université de Montréal. Sources : 

Pierre-Luc Huot - Prix Acfas - 2015
Prix Acfas Ressources naturelles
Pierre-Luc
Huot
ÉTS - École de technologie supérieure

Les cours d’eau : fleuve, rivières, lacs et ruisseaux s’écoulent dans un vaste réseau hydrique qui tapisse la province du Québec en entier. L’accessibilité et la disponibilité abondante de cette ressource en eau engendrent un lot d’activités, allant de la production d’hydroélectricité aux réseaux de distribution d’eau potable ou encore l’étude des zones inondables aux impacts des changements climatiques sur le réseau hydrique québécois. À l’ère de la technologie, toutes ces pratiques passent inévitablement par l’utilisation d’outils informatiques tels que les modèles hydrologiques qui simule, à l’échelle d’un bassin versant, la représentation des divers processus hydrologiques. De manière à rendre utilisables les modèles hydrologiques, un processus d’ajustement des paramètres, appelé calage automatique, est effectué.

Plus précisément, les travaux de Pierre-Luc Huot portent sur le développement d’outils pour le calage automatisé des modèles hydrologiques coûteux en temps de calcul. Ses études à la maîtrise ont permis de démontrer que certains algorithmes d’optimisation existants proposent un potentiel de réduction du nombre de simulations nécessaires pour l’obtention d’un jeu de paramètres optimal. Bien que ses recherches aient soulevées plusieurs interrogations, elles ont permis certaines recommandations quant au développement de nouvelles stratégies de calage automatique.

La thèse du lauréat s’articule en trois phases :

  • 1)  Le développement de nouvelles techniques d’optimisation efficaces;
  • 2)  L’évaluation du potentiel d’utilisation de modèles et de fonctions substituts à même le processus de calage;
  • 3)  L’application des nouvelles stratégies développées à une diversité de problèmes d’optimisation.

La première phase du projet de l’étudiant chercheur est la conception d’une nouvelle méthode d’optimisation adaptée à la problématique de calage du modèle hydrologique HYDROTEL (distribué, à base physique et coûteux en temps de calcul). Ce modèle a été développé dans le but de simuler ou de prévoir le comportement hydrologique de bassins versants de tailles très diverses. Cette phase reprend les conclusions obtenues au cours de ses études à la maîtrise dans le but de combiner les stratégies d’optimisation efficaces de deux algorithmes (MADS et DDS).

Ensuite, la deuxième phase vise à expérimenter de nouvelles stratégies prometteuses notamment par le recours à des modèles substituts moins coûteux en temps de calcul, l’évitement opportuniste d’exécutions infructueuses du modèle hydrologique et la combinaison des deux précédentes stratégies énoncées.

Lors de la dernière étape du projet, les résultats obtenus suite à la réalisation des deux premières phases se confronteront à de multiples problèmes d’optimisation. D’abord, il s’agit d’appliquer l’utilisation des algorithmes d’optimisation au calage automatique de quatre modèles hydrologiques différents modélisant  cinq bassins versants à caractéristiques physiques et régimes hydriques variés. Ensuite, le chercheur va expérimenter les méthodes d’optimisation développées à la modélisation thermodynamique des bâtiments (problème d’optimisation similaire du calage de modèles hydrologiques) pour évaluer l’éventuelle polyvalence de ces nouvelles méthodes.

Dans un contexte opérationnel, les travaux de Pierre-Luc Huot profiteront aux experts utilisateurs des modèles hydrologiques coûteux en temps de calcul, dont le modèle HYDROTEL, mais aussi aux spécialistes de la modélisation thermodynamique des bâtiments. Au niveau scientifique, ses résultats serviront à développer des approches innovantes de résolution de problèmes d’optimisation.

Alexander Timofeev - Prix Acfas - 2015
Prix Acfas Ressources naturelles
Alexander
Timofeev
Université McGill

Le niobium (Nb) et le tantale (Ta) sont deux métaux présents en grande quantité dans le sous-sol québécois. Ces métaux ont de nombreuses applications, notamment dans la fabrication d’alliages et de composants électroniques. Mais pour mieux développer ces ressources locales, il est primordial de mieux comprendre leurs comportements dans les systèmes géologiques naturels. Le lauréat y contribue en s’intéressant au comportement naturel et expérimental du tantale et du niobium dans les systèmes hydrothermaux riches en fluorures. Il scrute ces métaux depuis janvier 2015, dans le cadre de son doctorat à l’Université McGill.

Le projet mené par le doctorant et son équipe vise à comprendre davantage le comportement du niobium et du tantale contenu dans des solutions naturelles composées de corps (gazeux ou liquide) dans lesquelles les molécules H2O sont prédominantes, et dont la température est supérieure à 100 °C. On appelle « fluides hydrothermaux » ces composés qui circulent dans des roches situées entre 4 et 5 km sous la surface de la Terre.

Le niobium et le tantale sont considérés comme immobiles dans la plupart des systèmes géologiques, mais leur comportement durant les processus d’altération des roches par les fluides restent peu compris.

Alexander Timofeev et ses collègues ont déjà examiné la solubilité et la spéciation du niobium, et ils ont publié leurs résultats en septembre 2014 dans les revues Geochimica et Cosmochimica Acta. Ils en ont conclu que plus il y avait de fluorure dans le fluide hydrothermal plus la quantité de niobium transporté était importante.  

La deuxième phase d’analyse concerne le tantale. Elle permettra de comprendre plus en détail la genèse des gisements naturels et aidera à la découverte de nouveaux gisements. Cette étude portera sur l’évaluation de la solubilité du tantale dans les solutions hydrothermales riches en fluorures, à haute température. La méthode sera en majeure partie la même que celle utilisée pour le niobium. L’expérience est composée de quatre capsules de Teflon contenant du pentoxyde de tantale elles-mêmes placées dans des tubes de Teflon remplis d’une solution contenant du fluorure de sodium.  Chacun de ces quatre tubes est placé dans un autoclave préchauffé à des températures fixes de 100, 150, 200 et 250 °C, l’expérience durera une semaine. Puis, le liquide contenu dans les tubes sera extrait et une électrode spécifique permettra de mesurer la concentration finale en fluorure. Ensuite la solution sera analysée pour son contenu en tantale et les données thermodynamiques seront déduites en reportant les concentrations en tantale en fonction de l’activité du fluor. En utilisant ces données Alexander Timofeev et son équipe pourront identifier les molécules responsables de la présence du tantale dans la solution.   

Ces résultats leur permettront de comparer les solubilités et spéciations des deux métaux pour des conditions expérimentales similaires, en réalisant ces opérations :

  • Évaluer le contenu en niobium et titane pour des minéraux ayant subi une altération hydrothermale;
  • Évaluer avec certitude l’impact de l’altération hydrothermale sur les variations de rapport Ta/(Ta+Nb) qui est attribué le plus souvent à la cristallisation fractionnée;
  • Tester les observations de l’équipe de Zaraisky, ils ont remarqué que la solubilité du tantale dans les solutions hydrothermales riches en fluorure est typiquement un ordre de magnitude moins importante que le niobium;
  • Modéliser des scénarios pour lesquels la précipitation du niobium et du tantale peut avoir lieu.

Le lauréat, en plus d’être un étudiant brillant comme les bourses d’études qu’il a reçues le démontrent, s’investit dans de nombreuses activités connexes. Tout au long de sa formation que ce soit en maitrise ou bien en doctorat, il participe à la rédaction de publications et présente des communications lors de conférences internationales. Tout en endossant un rôle de leader scientifique dans son laboratoire et auprès de ses collègues, il accorde une part importante à la vie sociale de son département et de différentes associations, telle l’AGSEM (union des auxiliaires d’enseignement).