Imprimer

Prix Acfas Jacques-Rousseau

Carl-Éric Aubin

Polytechnique Montréal

Carl-Éric  Aubin - Prix Acfas - 2015

Quand on pense mécanique, on imagine plutôt des blouses bleues tachées de cambouis que des blouses blanches immaculées. Pourtant, le lauréat fait bien la démonstration que le génie mécanique est loin d’être une voie de garage quand il s’agit de soigner les patients atteints de déformations de la colonne vertébrale. En 2005, il devient le premier président non-médecin de la Société de scoliose du Québec, dont il est aujourd’hui directeur scientifique. Cet adoubement n’est qu’une indication des ponts bâtis par les travaux du lauréat. Quand un ingénieur planche sur un sujet médical, c’est deux traditions scientifiques, aux corps de métiers et aux disciplines bien distinctes, qui dansent le tango.

En 1996, Carl-Éric Aubin entame sa carrière professorale à Polytechnique Montréal. La même année, il rejoint le Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine en tant que chercheur. Ses travaux sont indissociables de ces deux établissements où aujourd’hui, le lauréat est respectivement titulaire de la Chaire de recherche du Canada en génie orthopédique (niveau 1, senior) et chef de l’axe des maladies musculosquelettiques et réadaptation. On pourrait croire que l’ingénieur ne sait pas sur quel pied danser, mais c’est justement cette dualité qui a permis la genèse du génie orthopédique, nouvelle discipline qui vise à traiter les problèmes musculosquelettiques, dont principalement les déformations du rachis (nom scientifique de la colonne vertébrale) grâce à la conception d’orthèses et instrumentations chirurgicales « vraiment » sur mesure.

Mobilisant des connaissances en ingénierie, en sciences biomédicales, en imagerie ainsi qu’en chirurgie, Carl-Éric Aubin développe une nouvelle génération d’outils numériques. Ses logiciels de modélisation 2D, 3D et 4D de la colonne vertébrale prennent en compte la courbure du rachis, déformations des vertèbres, leurs déplacements, les forces auxquelles elles sont sujettes ainsi que les caractéristiques musculaires et la croissance de chaque patient. La voie est ouverte à une évaluation biomécanique plus fine des instruments chirurgicaux et au développement de chirurgies minimalement invasives.

En collaboration avec trois PME du Québec, des États-Unis et de France, le lauréat a mis en place une plateforme de conception et de fabrication d’orthèses dans des centres cliniques de ces trois pays, et un transfert de licence a été effectué en juin 2015, ce qui permettra la plus grande diffusion de cette plateforme. Ainsi, les efforts de ses équipes ont permis de réduire de 50% le poids des orthèses et de 30% les surfaces d’appui de celles-ci (là où elles entrent en contact avec le corps), allégeant ainsi le fardeau du traitement pour de nombreux enfants et adolescents souffrant de scoliose.

Héritage polytechnicien oblige, Carl-Eric Aubin adopte volontiers une approche pragmatique quant à la conduite de ses recherches, ce qui explique son aisance à naviguer entre les disciplines et à rallier les forces vives de tous horizons, qu’elles soient universitaires ou entrepreneuriales. Ses partenaires incluent des organisations de l’industrie biomédicale et de l’univers du cirque, en passant par ceux de la réadaptation, des transports et du sport. Sans surprise, ses travaux rencontrent alors de nombreux débouchés non médicaux. Ils permettent, par exemple, d’évaluer la vulnérabilité du rachis au transport aérien et terrestre, et d’améliorer la sécurité des véhicules. 

C’est dans cet esprit d’ouverture que le lauréat est, depuis 2006, titulaire de la Chaire de recherche industrielle CRSNG-Medtronic en biomécanique de la colonne vertébrale, chaire qui réunit étudiants, chercheurs et techniciens. En 2009, toujours à Polytechnique Montréal, Carl-Éric Aubin inaugure le premier baccalauréat en génie biomédical au Canada, propulsant l’établissement au rang d’acteur incontournable dans le domaine. La paternité de MÉDITIS revient aussi au lauréat. Ce programme offre aux étudiants de son école et de l’Université de Montréal une formation en technologies biomédicales de nature professionnelle et transdisciplinaire, incluant des immersions dans le milieu de la santé et dans celui des entreprises.

Enfin, Carl-Éric Aubin a signé des conventions de recherche avec l’Université d’Aix-Marseille, l’Institut Français des Sciences et Technologies des Transports, de l’Aménagement et des Réseaux (IFSSTAR), la Chinese University of Hong-Kong, la Children’s Hospital of Philadelphia et l’École de technologie supérieure à Montréal. De quoi assurer la mobilité de ses étudiants et la formation d’une relève aussi hybride et inventive que le lauréat lui-même, sachant battre en brèche les idées reçues et les supposées frontières entre disciplines pour faire courber l’échine aux maladies du dos.