Découvrez les lauréats et lauréates 2012

  • Prix Acfas Adrien-Pouliot : Alain Fournier, INRS - Institut Armand-Frappier
  • Prix Acfas André-Laurendeau : Jean Grondin, UdeM - Université de Montréal
  • Prix Acfas Jacques-Rousseau : Mohamad Sawan, École Polytechnique de Montréal
  • Prix Acfas Léo-Pariseau : Julien Doyon, UdeM - Université de Montréal
  • Prix Acfas Marcel-Vincent : Charles Morin, Université Laval
  • Prix Acfas Michel-Jurdant : André Roy, University of Waterloo
  • Prix Acfas Pierre-Dansereau : Marguerite Mendell, Université Concordia
  • Prix Acfas Urgel-Archambault : Masoud Farzaneh, UQAC - Université du Québec à Chicoutimi
  • Prix Acfas Ressources naturelles : Marie-Pier Éthier, UQAT - Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
  • Prix Acfas Fondation Desjardins - Maîtrise : Marie-Josée Toulouse, Université Laval
  • Prix Acfas Fondation Desjardins - Doctorat : Élise Smith, UdeM - Université de Montréal
Alain Fournier - Prix Acfas - 2012
Prix Acfas Adrien-Pouliot
Alain
Fournier
INRS - Institut Armand-Frappier
Ce chimiste et pharmacologue de formation est reconnu au niveau international pour sa contribution majeure au domaine des peptides, ces « protéines miniatures » indispensables pour de multiples fonctions du corps humain. En particulier, cette reconnaissance s’est exprimée par la création en 2006 du Laboratoire international associé Samuel de Champlain qui a consolidé une coopération de longue date entre son laboratoire et celui du professeur Hubert Vaudry, en France. L’association encore plus étroite qui en a résulté fut à ce point féconde qu’elle a donné lieu à la publication d’une bonne centaine d’articles dans des périodiques internationaux de haut niveau.

Alain Fournier a développé très tôt des relations avec les chercheurs français. Notamment, il collabore depuis plus de 20 ans avec les Drs Alain Couvineau et Marc Laburthe du Centre de recherche biomédicale Bichat-Beaujon de Paris, et avec le professeur Hubert Vaudry, directeur du Laboratoire de neuroendocrinologie cellulaire et moléculaire de l'Université de Rouen. Il fait aussi équipe avec le Dr David Vaudry, également chercheur à l’Université de Rouen. Au fil des ans, ces scientifiques ont exploré conjointement diverses facettes des propriétés biologiques de peptides régulateurs tels le peptide vasoactif intestinal (VIP), l’urotensine II (UII), le pituitary adenylate cyclase-activating polypeptide (PACAP) et l'endothéline (ET). Ces dernières années, ils ont concerté leurs efforts dans l’évaluation des propriétés neuroprotectrices du PACAP, particulièrement pour le traitement des accidents vasculaires cérébraux (AVC) et du Parkinson, de même que pour la prévention des retards mentaux associés, par exemple, au syndrome d’alcoolisme fœtal.

Originaire de l’Estrie, le professeur Fournier a successivement obtenu de l'Université de Sherbrooke, un baccalauréat en chimie-biochimie (1977), une maîtrise en pharmacologie (1979) et un doctorat en chimie bio-organique (1984). Puis, afin de mieux connaître la biochimie des récepteurs présents à la surface des cellules, il a passé deux années à l'Université de Calgary à titre de stagiaire postdoctoral boursier du Conseil de recherches médicales du Canada (CRM). C’est au cours de ce séjour qu’il a démontré que le chromosome 21, chez l’humain, code pour le récepteur de l'interféron-a/ß et non pour celui de l'interféron-γ. Dès lors, cette correction amenait un éclairage nouveau sur la genèse des récepteurs protéiques des interférons, molécules jouant un rôle clé dans la défense de l’organisme et l’inhibition du développement de cellules cancéreuses. Ensuite, toujours comme stagiaire postdoctoral du CRM, il est allé parfaire sa formation en chimie fine et pharmacologie au centre de recherche de Roche aux États-Unis (Nutley, NJ). C’est fort d’une expertise pluridisciplinaire qu’il est revenu au Québec, où il a été recruté comme professeur à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Ce parcours caractérisé par la pluralité des compétences démontre, comme souligné par ses collègues, qu’il possède la qualité d’être un libre penseur toujours ouvert aux domaines scientifiques débordant le sien.

Avec ses principaux collaborateurs français (Hubert Vaudry, David Vaudry, Alain Couvineau, Marc Laburthe), il a étudié, comme souligné précédemment, la relation « de structure à fonction » de peptides régulateurs tels le VIP, un vasodilatateur, l’urotensine II, le plus puissant vasoconstricteur décrit à ce jour et le neuropeptide-tyrosine (NPY), un autre vasoconstricteur aussi identifié comme le peptide le plus abondant dans le cerveau, où il joue entre autres un rôle majeur dans le contrôle de l’appétit. Au fil des ans, il a donc conçu plusieurs centaines d’analogues et fragments synthétiques de peptides, utiles pour comprendre les mécanismes physiologiques et pathophysiologiques en lien notamment avec le contrôle de la pression sanguine. Ses travaux auront tout particulièrement mis en lumière des caractéristiques structurales clés des peptides mais aussi des récepteurs protéiques qui leur sont associés. Ces informations sont indispensables dans le processus conduisant au développement de nouveaux outils diagnostiques ou thérapeutiques basés sur ces molécules.

Alain Fournier entretient aussi d’autres collaborations internationales au sein de la francophonie. Par exemple, nous pouvons souligner son implication avec le Vietnam dans le cadre d’un projet, financé initialement par l’Agence universitaire pour la francophonie (AUF), dont l’objectif est la caractérisation de peptides à potentiel thérapeutique, isolés du venin de scorpion et de cobra. Aussi, ses enseignements à l’Académie des sciences et des technologies du Vietnam (ASTV), dans le cadre d’un partenariat ASTV – INRS en formation doctorale, témoignent de son engagement face à la recherche et la formation internationales.
Jean Grondin - Prix Acfas - 2012
Prix Acfas André-Laurendeau
Jean
Grondin
UdeM - Université de Montréal

« Il est paradoxal de “présenter” ce chercheur tant il s’impose comme l’une des figures les plus marquantes de la philosophie actuelle », dit de lui la professeure Marlène Zarader, membre de l’Institut de France. Cela est d’autant plus remarquable quand on sait le poids de la tradition de la philosophie allemande au sein de laquelle le lauréat s’est d’abord illustré par ses livres fondamentaux sur Kant et Heidegger.

Au pays des Leibniz, Kant, Hegel, Nietzsche, Weber, Husserl, et Gadamer, Jean Grondin est depuis longtemps reconnu comme une sommité.

Né en 1955, Jean Grondin a fait des études de philosophie à l’Université de Montréal avant d’obtenir son doctorat en Allemagne. Une bourse de la Fondation Humboldt lui a permis de retourner en Allemagne en 1988 pour y poursuivre des recherches postdoctorales qui l’ont amené à présenter sa propre conception de l’herméneutique dans son ouvrage célèbre L’universalité de l’herméneutique (1991), traduit en pas moins de quinze langues. Outre la philosophie allemande et l’herméneutique, M. Grondin s’est imposé comme une autorité dans des domaines cruciaux de la philosophie comme la métaphysique et la philosophie de la religion.

L’herméneutique est un grand courant de pensée qui fut lancé par Hans-Georg Gadamer et Paul Ricœur, que le lauréat a bien connus, et qui s’intéresse aux questions de l’interprétation des textes, des œuvres d’art, de l’histoire et de l’existence elle-même, questions qui sont vitales pour l’ensemble des sciences humaines et où l’apport des philosophes est indispensable.

Si la communauté philosophique doit tant à Jean Grondin, soulignent à bon droit ses pairs, c’est en raison de sa conception originale de l’herméneutique, dont il est aujourd’hui l’un des plus illustres représentants et qu’il a su appliquer à la question du sens de l’existence (notamment dans son essai Du sens de la vie). Il fut aussi l’un des premiers à faire connaître l’œuvre de Gadamer. Pour le dire simplement, Jean Grondin est internationalement reconnu comme le plus grand spécialiste de la pensée de Gadamer, dont il fut l’élève, l’interprète le plus autorisé, le traducteur et le biographe.

Le professeur Grondin s’est vu remettre les prix Killam et Léon-Gérin ainsi que deux doctorats honorifiques en Argentine : le premier en 2008 par l’Universidad del Norte Santo Tomas Aquino; le second, en 2011, par l’Universidad de Santiago del Estero. Ces dernières distinctions témoignent d’un aspect très particulier des collaborations internationales du lauréat : outre l’Allemagne, qui lui a remis le prix Konrad-Adenauer en 2011, et la France, où il sera titulaire invité de la Chaire de métaphysique Étienne Gilson en 2013, Jean Grondin privilégie les pays en voie de développement – il a volontiers accepté d’enseigner en Argentine, au Salvador et à Haïti – tout comme les nations en voie de démocratisation. C’est ainsi qu’il fut deux fois professeur invité dans une université de Biélorussie, mise sur pied par la Fondation Soros pour y promouvoir la liberté de pensée, avant que cette université ne soit fermée manu militari par le régime au pouvoir.

Dans ses nombreux écrits, publiés et traduits par les meilleurs éditeurs d’Europe et d’Amérique, Jean Grondin s’est efforcé de redécouvrir la cohérence de l’expérience humaine du sens. Il s’élève contre les prophètes du non-sens et de l’irrationalisme en rappelant comment ces prophéties présupposent elles-mêmes l’évidence du sens et la capacité qu’a notre raison de le comprendre. À l’encontre de tous ceux qui prônent le dépassement de la métaphysique, il ne craint pas d’en tirer des conséquences métaphysiques qui nous laissent espérer que l’homme est autre chose qu’une « passion inutile » (Sartre). Il croit en la possibilité qu’a l’homme de surmonter le non-sens et de goûter les sens de la vie.

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Mohamad Sawan - Prix Acfas - 2012
Prix Acfas Jacques-Rousseau
Mohamad
Sawan
École Polytechnique de Montréal
Ce chercheur nous fait résolument pénétrer dans le monde fascinant de la bionique implantable. Depuis environ deux décennies, ses recherches s’orientent vers le design et la construction de microsystèmes sans fil, implantables dans le corps humain, visant la récupération d’une capacité sensorielle ou d’une fonction organique perdue, au moyen du monitorage et de stimulations à courant faible. Le lauréat a ainsi fait sa marque dans des domaines aussi variés que la vision, l’urologie, la neurologie, la respiration, l’épilepsie et le mouvement des membres.

Depuis plus d’une décennie maintenant, le professeur Mohamad Sawan est titulaire d’une Chaire de recherche du Canada de niveau 1 en dispositifs médicaux intelligents. L’originalité de ses travaux réside principalement dans le fait qu’ils permettent de miniaturiser plusieurs types de capteurs, stimulateurs électriques et outils de diagnostiques construits à partir de composantes miniatures de type labopuce.

Sa mise en œuvre d’interfaces cerveau-ordinateur, pour l’enregistrement de signaux neuronaux, et la microstimulation intracorticale directe, dédiée à diverses dysfonctions nerveuses – vision, audition et épilepsie, lui a valu une visibilité considérable à travers le Canada et le monde entier, et ce, tant dans la presse populaire que dans les publications scientifiques. De même, ses travaux sur un dispositif de contrôle de la vessie permettant à des patients ayant subi une lésion de la moelle épinière de recouvrer deux fonctions essentielles (la rétention urinaire et la miction) en ont fait un candidat tout choisi pour la bourse Barbara-Turnbull, l’un des prix les plus prestigieux au Canada pour les recherches dans ce domaine.

Mohamad Sawan est né à Baalbeck, au Liban, en 1958. Après son immigration au Québec, il a obtenu son diplôme d’ingénieur de l’Université Laval en 1984, sa maîtrise ès sciences appliquées de l’Université de Sherbrooke en 1986 et son doctorat de la même institution quatre années plus tard, le tout en génie électrique. En 1991, il a joint l'École polytechnique de Montréal. Ses pairs le décrivent comme un homme énergique et innovateur, ainsi que profondément humaniste.

« Il est une des rares personnes qui soit aussi à l’aise dans le domaine de l’ingénierie que de la biologie », souligne son collègue Yann Deval, directeur des études à l’Institut Polytechnique de Bordeaux. « Son intérêt pour les dispositifs médicaux intelligents miniaturisés, poursuit le chercheur français, se situe également au centre de préoccupations de notre laboratoire en ce qui concerne la technologie sans fil et de faible consommation d’énergie ».

Car il faut rajouter aussi, au crédit du lauréat, des réussites touchant tant la transmission sans fil bidirectionnelle simultanée de données à haute vitesse, pour des dispositifs implantables alimentés sans fil aussi, que la mise au point d’appareils portatifs d’échographie (par ultrasons) destinés à la télésurveillance des organes internes! Et comme si ce n’était pas suffisant, certaines des innovations du professeur Sawan ont même pu être utilisées dans le domaine de l’alimentation et de l’environnement (examen d’échantillons à l’échelle du picolitre).

Destiné à un chercheur ayant dépassé son domaine de spécialisation, le prix Jacques-Rousseau couronne en Mohamad Sawan, dont la contribution multidisciplinaire couvre déjà de nombreux domaines en sciences pures, appliquées et médicales, un de ses plus illustres récipiendaires.
Julien Doyon - Prix Acfas - 2012
Prix Acfas Léo-Pariseau
Julien
Doyon
UdeM - Université de Montréal
Le lauréat a obtenu son doctorat (1988) à l’Institut neurologique de Montréal, affilié à l’Université McGill. Il a alors eu le privilège d’être accueilli dans le laboratoire de la professeure Brenda Milner, une pionnière de renommée mondiale dans le domaine de la neuropsychologie. Sous sa direction, Julien Doyon s’est d’abord intéressé aux fonctions perceptuelles associées au lobe temporal droit. Il a décrit et analysé certains troubles d’intégration de l’information visuelle observés chez des patients ayant subi une chirurgie au lobe temporal droit visant à enrayer leurs crises épileptiques.

Puis, à titre de chercheur fondateur du Groupe de recherche en réadaptation physique, il a institué un programme visant à examiner les mécanismes physiologiques d’action et l’effet thérapeutique de la pratique mentale sollicitant l’imagerie motrice. Ces travaux ont montré que la plasticité cérébrale provoquée par cette pratique mentale, d’une séquence du pied par exemple, était similaire à celle observée lors de l’exercice physique de cette même séquence! Ces résultats ont servi de base pour l’élaboration de stratégies thérapeutiques chez des patients victimes d’AVC. On mesure mieux aujourd’hui, grâce à ces données, à quel point de tels exercices mentaux peuvent limiter les « défaillances » de la plasticité cérébrale, qui d’ordinaire s’installent rapidement à la suite d’une lésion au cerveau.

Spécialiste des neurosciences, son parcours l’amène à s’intéresser davantage à la mémoire. Il est reconnu, sur la scène internationale, pour ses travaux sur les déterminants comportementaux et la plasticité cérébrale impliqués dans les processus mnésiques principalement en lien avec l'apprentissage de nouvelles habiletés motrices. Il s’intéresse également au rôle que joue le sommeil – ne serait-ce qu’une sieste! – dans la consolidation des apprentissages moteurs autant chez les jeunes que les personnes âgées et les personnes atteintes de troubles neurologiques.

Chercheur polyvalent, on le retrouve avec autant de talent du côté de la neuro-imagerie où il utilise plusieurs techniques de pointe (PET, IRMf, IRMa, MRS, TMS). En témoigne, sa contribution au développement de la neuro-imagerie au Québec à titre de premier Directeur du Regroupement provincial de recherche en imagerie cérébrale (REPRIC), son implication majeure comme Directeur scientifique pour la mise sur pied de l’Unité de neuro-imagerie fonctionnelle (UNF) de l’Université de Montréal et, depuis 2008, à titre de Directeur du Réseau de bio-imagerie du Québec du FRQS.

L’envergure internationale du professeur Doyon se mesure, entre autres, du côté des liens stratégiques créés avec les laboratoires étrangers. Ainsi, il est codirecteur du Laboratoire international de neuro-imagerie et modélisation (LINeM), lequel est associé au Laboratoire d’imagerie fonctionnelle de l’Inserm et l’Université de Montréal que dirige à Paris son collègue Habib Benali.

Sa collaboration de plus de quinze ans avec Avi Karni de l’Université de Tel-Aviv s’est aussi montrée très fructueuse. D’ailleurs, cette collaboration a pris un nouveau virage avec le projet ERA-NET NEURON appuyé par la Communauté européenne. Julien Doyon et Avi Karni s’y retrouvent en compagnie, entre autres, de chercheurs allemands et italiens. Ce programme a pour objectif de fédérer les recherches européennes en neurosciences, mais aussi bien au-delà de l’Europe, visant l’amélioration, la prévention, le diagnostic précoce et le traitement des maladies cérébrovasculaire (maladies neurologiques et psychiatriques).

À son initiative, et en collaboration avec les professeurs Michael Petrides, Alan C. Evans et Jeremy Schmahmann (ce dernier est rattaché au Massachusetts General Hospital, Harvard), le chercheur montréalais a joué un rôle de premier plan dans la réalisation d’un atlas 3-D du cervelet humain.

Julien Doyon a également déployé une partie de ses énergies du côté de la maladie de Parkinson. Ses études ont démontré que les troubles cognitifs observés chez les patients parkinsoniens ne sont pas dus à une déficience fonctionnelle ou métabolique au niveau cortical, mais bien à une activité neuronale anormale du côté d’une structure cérébrale qui constitue une porte de sortie des noyaux gris centraux vers le cortex. Ces projets sont à l’origine d’une importante collaboration avec la Chine en vue de concevoir un biomarqueur permettant le dépistage précoce de la maladie de Parkinson. Ils lui permettent également de mettre sur pied d’un vaste programme de recherche portant sur l’effet de l’exercice physique sur différents aspects liés à la maladie de Parkinson, dont l’apprentissage moteur.

En octroyant cette année au professeur Julien Doyon le prix Léo-Pariseau, l’Acfas a choisi d’honorer un représentant illustre de cette génération de chercheurs qui, aujourd’hui, ont pris la relève des Penfield, Milner et autres pionniers de l’histoire, encore toute juvénile, des neurosciences.
Charles Morin - Prix Acfas - 2012
Prix Acfas Marcel-Vincent
Charles
Morin
Université Laval

[Depuis 2013, le prix Marcel-Vincent des sciences sociales porte le nom de Thérère Guouin-Décarie]

Le lauréat est considéré mondialement comme le chercheur contemporain ayant le plus contribué à l’avancement des connaissances sur l’insomnie. L’originalité de ses travaux tient au fait qu’il a constamment privilégié la voie des interventions psychologiques, plutôt que la traditionnelle solution pharmacologique. Ses travaux ont démontré que, si la médication s’avère utile à brève échéance, les effets thérapeutiques résultant de l’approche comportementale sont néanmoins beaucoup plus durables.

Charles Morin a complété une formation doctorale en psychologie clinique (PhD., 1986) à la Nova Southeastern University en Floride, précédé par un internat prédoctoral à la University of Mississippi Medical Center; s’est ajouté aussi un stage postdoctoral sur les troubles du sommeil à la Virginia Commonwealth University où il a aussi œuvré (de 1987 à 1994) comme professeur, chercheur et psychologue. À son retour au Québec après un séjour de 12 ans aux États-Unis, il a fondé le Centre d’étude des troubles du sommeil, qu’il dirige depuis 1995.

Le caractère unique de sa contribution découle vraisemblablement de son ouverture à l’interdisciplinarité. Pionnier dans la comparaison systématique de l’effet des traitements comportementaux des insomnies par rapport aux hypnotiques (somnifères), il n’a pas hésité à construire des ponts avec les milieux médicaux et pharmacologiques.

Depuis une décennie, l’équipe du professeur Morin mène des travaux auprès d’une cohorte de 4000 adultes canadiens, ce qui est probablement la plus vaste étude longitudinale sur l’insomnie. Jusqu’à maintenant, ils ont non seulement permis d’établir la prévalence et l’incidence des troubles du sommeil au Canada – un problème de santé publique qui affecte au moins 10% de la population –, mais aussi de documenter l’histoire naturelle de l’insomnie et d’en identifier certaines conséquences à long terme, notamment les risques accrus de troubles physiques et mentaux. Par exemple, qui sait qu’à l’heure actuelle, les difficultés du sommeil constituent le plus commun symptôme de la présence d’un désordre mental? Qui sait à quel point ces mêmes troubles diminuent la réponse aux traitements chez certaines femmes atteintes de cancer du sein? On est bien loin ici des simples perturbations du fonctionnement nocturne…

Le professeur Morin n’a jamais hésité à moduler ses connaissances en fonction des situations extrêmement diverses qui se sont présentées à lui depuis 25 ans. Il a mis au point une méthode éprouvée pour faciliter le sevrage de personnes ayant développé une dépendance aux hypnotiques, en particulier les aînés. De même, avec des collègues québécois et américains, il a contribué au développement et à la validation d’interventions brèves (tel un manuel d’auto traitement sur Internet) plus accessibles pour les intervenants et les personnes souffrant d’insomnie.

Depuis 2008, il a fait partie d’un groupe de travail de l’Association américaine de psychiatrie chargé de réviser les critères diagnostiques des troubles du sommeil en vue de la publication prochaine de la 5e édition du DSM, le compendium des maladies mentales. « Il est en outre éditeur associé de la publication scientifique Sleep, la revue ayant actuellement la plus haute cote d’impact en recherche sur le sommeil », souligne dans sa lettre d’appui, le Dr Jacques Montplaisir - l’autre sommité québécoise en ce domaine. On ne soulignera jamais assez à quel point la position de leader de Charles Morin sur la scène internationale a permis de donner, à la psychologie et aux sciences sociales, un prestige inégalé dans le domaine des troubles du sommeil.

André Roy - Prix Acfas - 2012
Prix Acfas Michel-Jurdant
André
Roy
University of Waterloo
Le lauréat a littéralement donné au Québec ses lettres de noblesse en matière de géomorphologie fluviale, un domaine pratiquement inexistant il y a 30 ans. En s’appuyant tant sur la physique que sur les statistiques et les mathématiques, il a ainsi fait honneur à sa discipline en renouvelant considérablement le questionnement géographique et en contribuant aux débats interdisciplinaires.

Depuis une vingtaine d’années, le programme de recherche du professeur André Roy se concentre surtout sur les interactions entre la turbulence de l’écoulement, le transport des sédiments et la morphologie des rivières; soit les composantes de la « Sainte Trinité des fluvialistes », aux dires des gens du domaine. Aussi, ses travaux sur l’impact des bouleversements climatiques et environnementaux sur les grands systèmes fluviaux constituent l’une de ses plus grandes contributions à sa discipline d’élection. Les résultats ont mis de l’avant, par exemple, les effets majeurs qu’aura la baisse attendue d’environ un mètre du niveau du fleuve Saint-Laurent au cours du 21e siècle sur les tributaires.

À plusieurs qui lui demandaient au début de sa carrière pourquoi il s’attaquait à un sujet si difficile (car il est immensément complexe de mesurer les processus fluviaux en nature), il répondit qu’avec une combinaison judicieuse de travaux de terrain, d’expériences en laboratoire et de modélisation, il était possible de cerner, malgré leur rapidité ou leur évanescence, l’essentiel des processus qui sont en jeu.

Justement, on lui doit la mise sur pied d’un réseau unique de sites d’expérimentations en nature, un réseau d’une grande diversité (sur les plans de la morphologie du chenal, de la pente du lit ou de la taille des sédiments) qui a permis d’élever magistralement le potentiel de généralisation des résultats qu’on y obtient. Cela confère présentement au Canada un avantage stratégique incomparable.

Au cours des années, le professeur Roy et son équipe ont également pu révéler l’existence, la taille et l’échelle temporelle de structures turbulentes dans l’écoulement de l’eau des rivières à lit de graviers. Ces milieux étaient considérés comme étant trop hétérogènes pour avoir un écoulement turbulent organisé… On pense aussi que la structure de l’écoulement turbulent aurait un rôle potentiel à jouer non seulement sur le transport des sédiments, mais également sur le comportement du poisson en rivière.

L’étude qu’il a menée avec une équipe interdisciplinaire pendant plus de 15 ans sur l’hydrologie et le cycle de la matière dans un bassin expérimental forestier des Basses-Laurentides a permis d’autres contributions majeures… Notamment une remarquable démonstration de la contribution de la connectivité hydrologique à la production des débits lors des crues.

Au cours des dernières décennies. André Roy aura été de nombreuses percées en géomorphologie et il aura formé toute une génération de géomorphologues/hydrologues qui œuvre au Québec et ailleurs dans le monde. De ces précieux travaux découlent aujourd’hui, pour les gestionnaires du territoire, de précieux outils de compréhension des systèmes fluviaux. En couronnant le professeur Roy du prix Michel-Jurdant, l’Acfas reconnait ainsi implicitement l’importance pour notre société des rivières et du St-Laurent, d’autant que celui-ci revêt pour nous un caractère fondateur.
Marguerite Mendell - Prix Acfas - 2012
Prix Acfas Pierre-Dansereau
Marguerite
Mendell
Université Concordia
Lauréate du Prix Marie-Andrée-Bertrand 2013, le Prix du Québec en innovation sociale

Le bouquet de thématiques qui passionnent depuis 30 ans cette scientifique de haut vol se compose d’économie sociale, de nouvelles stratégies d’investissement, de développement économique communautaire comparé, d’innovation financière et de démocratie économique; travaux qui participent en outre de l’œuvre de l’historien de l’économie Karl Polanyi (1886-1964). Dénominateur commun de ces multiples voies de recherche : le développement de nouvelles formes de création collective de la richesse et, ultimement, la réduction de la pauvreté.

Actuellement, les travaux de Marguerite Mendell portent sur la possibilité de création d’un marché de la finance solidaire au Québec, ainsi que sur la fondation récente de CAP finance, le premier réseau en cette matière chez nous. La professeure Mendell occupe en outre, depuis 1987, les fonctions de directrice de l’Institut Karl-Polanyi d’économie politique, qu’elle a également fondé. Cet institut de recherche, reconnu à travers le monde, se consacre à la critique des fondements philosophiques et historiques du libéralisme économique. Jusqu’à maintenant, en plus du directorat, Madame Mendell y a occupé le poste d’organisatrice - ou co-organisatrice - des onze « colloques internationaux Karl Polanyi » dont la moitié s’est tenue à l’Université Concordia, le reste, à l’étranger.

À l’heure où de nombreux pays sont à la recherche de stratégies de sortie de crises économiques et/ou financières, l’engagement de cette éminente chercheuse dans la recherche-action – un des nombreux legs de Polanyi – se veut un modèle extrêmement stimulant. Née en 1947 à Paris, Madame Mendell est l’une des membres fondatrices de l’Association communautaire d’emprunt de Montréal (ACEM), un organisme créé en 1990, ayant pour mission d’offrir du microcrédit aux petites entreprises. De même, elle a été membre du comité de direction de la Coalition canadienne pour le réinvestissement communautaire, un regroupement national d’organismes travaillant à la réforme bancaire et à l’amélioration de l’accès aux services bancaires et au crédit pour les communautés et les citoyens. Elle siège actuellement au conseil d’administration du Chantier de l’économie sociale, une organisation qui représente un vaste éventail de réseaux d’entreprises collectives (coopératives et sans-but lucratif), d’acteurs régionaux et locaux et de mouvements sociaux.

Depuis 1999, la lauréate y joue un rôle central, notamment en approfondissant la compréhension théorique et pratique de ce type de mouvement, présentement en plein essor à travers la planète. Côté formation, mentionnons que Marguerite Mendell a travaillé assidument à l’établissement du diplôme de deuxième cycle en développement économique communautaire décerné par l’École des affaires publiques et communautaires de l’Université Concordia. Ce programme, qui en est maintenant à sa douzième année d’existence, s’adresse aux praticiens œuvrant dans les organismes communautaires et populaires. Près de 30 nouveaux étudiants y sont formés chaque année. Le diplôme a d’ailleurs retenu l’attention des médias en 2011 pour son caractère bilingue exclusif au Québec.

Masoud Farzaneh - Prix Acfas - 2012
Prix Acfas Urgel-Archambault
Masoud
Farzaneh
UQAC - Université du Québec à Chicoutimi
Depuis près de 30 ans, ce chercheur se penche sur la compréhension des phénomènes à la source des effets du climat nordique sur les réseaux aériens de transport et distribution d’électricité. Résultats? Toute l’approche sur ces questions – tant pour les scientifiques, les ingénieurs, les consultants, voire même les organismes de normalisation – s’en est trouvée profondément transformée.

Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, de constater la nature et l’omniprésence des collaborations internationales du professeur Farzaneh. Elles se retrouvent dans la plupart des pays qui ont à faire face aux conséquences néfastes du givrage atmosphérique, soit le Japon, la Russie, la Chine, la Norvège et la France, pour n’en nommer que quelques-uns. D’ailleurs, les conditions hivernales québécoises étant ce qu’elles sont — nul besoin de rappeler la crise du verglas qui a frappé le sud de la province en 1998 – la distance entre Hydro-Québec et le laboratoire de Masoud Farzaneh n’a jamais été… très longue.

Près de 30 ans, c’est le temps qu’aura pris Masoud Farzaneh — à qui on a consenti bien sûr des sommes et des leviers matériels importants provenant des nombreux acteurs du milieu (universités, entreprises privées, organismes subventionnaires) —, pour constituer une équipe de près de 80 personnes comprenant des chercheurs, étudiants et techniciens, ainsi qu’une quarantaine de collaborateurs, regroupés dans le Centre international de recherche sur le givrage atmosphérique et l’ingénierie des réseaux électriques (CENGIVRE). Cette équipe a à sa disposition des laboratoires dotés d’équipements modernes et d’avant-garde, qu’il a établis et qui sont considérés comme la plus importante infrastructure de recherche au monde dans son genre. Parmi les nombreuses réalisations scientifiques du professeur Farzaneh et de son équipe, mentionnons le premier modèle mathématique de prédiction de l’arc électrique de contournement sur des isolateurs recouverts de glace, ainsi que le développement des premiers revêtements glaciophobes nanostructurés. Dans cette foulée, il a formé plus de 220 personnes hautement qualifiées et produit près de 1 000 publications scientifiques, incluant 17 livres ou chapitres de livre et près de 500 articles scientifiques. Un de ces livres a d’ailleurs été traduit en chinois ainsi qu’un autre qui paraîtra bientôt.

Le professeur Farzaneh est né il y a 63 ans en Iran, plus précisément à Shahrekord, ville située à 500 km au sud-ouest de Téhéran. Après un premier diplôme en ingénierie (spécialisation électrotechnique) obtenu à l’École Polytechnique de Téhéran, il quitte l’Iran pour Toulouse et la France, où il poursuivra ses études à l’Université Paul-Sabatier que couronnera, en 1986, un Doctorat d’État ès sciences. On le retrouve à l’UQAC dès 1982 comme chercheur invité, et ensuite comme professeur depuis 1984. En 1997, il devient titulaire de la Chaire de recherche industrielle CIGELE et, en 2003, de la Chaire de recherche du Canada INGIVRE sur l’ingénierie du givrage atmosphérique, en plus d’être à la tête du Centre international CENGIVRE qu’il a fondé en 2003. Au niveau international, il est activement engagé dans des activités de plusieurs organismes, comme IEEE (Institution of Electrical and Electronical Engineers) et CIGRÉ (Conseil international des grands réseaux électriques), à titre de président de comités, membre de comités exécutifs, de comités de rédaction de revues scientifiques, et d’organisateur de rencontres et de conférences. Ses contributions et réalisations en recherche et enseignement ont été reconnues par l’attribution de nombreux prestigieux prix et distinctions au niveau national et international. Il fait partie de plusieurs sociétés savantes. Il est notamment Fellow de IEEE (Institution of Electrical and Electronical Engineers), de IET (The Institution of Engineering and Technology) et d’ICI (Institut canadien des ingénieurs). Pour souligner sa contribution exceptionnelle qui a fait de son institution un chef de file international dans le domaine du givrage, l’UQAC a créé en 2010 le Prix Masoud Farzaneh décerné biannuellement à un chercheur qui s’est distingué dans ce domaine de recherche.

En appuyant sans réserve depuis près de 30 ans la démarche scientifique du professeur Farzaneh, l’UQAC témoigne d’une grande vérité : il n’y a de développement vraiment durable, d’innovation vraiment forte que lorsqu’on fait fond sur son identité profonde. La chose vaut pour un individu, une institution et une collectivité.
Marie-Pier Éthier - Prix Acfas - 2012
Prix Acfas Ressources naturelles
Marie-Pier
Éthier
UQAT - Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
Les résidus miniers peuvent parfois être problématiques pour l’environnement, en particulier lorsqu’ils produisent du drainage minier acide (DMA). Ce type d’écoulement est généré par des résidus contenant des minéraux sulfureux qui, lorsqu’exposés à l’oxygène et à l’eau, s’oxydent pour libérer dans l’environnement de l’acidité et des métaux dissous. La restauration de ces parcs passe habituellement par des barrières à l’oxygène ou à l’eau visant à empêcher l’oxydation directe des minéraux sulfureux. Mais très peu de travaux à ce jour ont été réalisés en tenant compte de l’oxydation indirecte des sulfures par les ions ferriques présents dans les eaux interstitielles des sites miniers abandonnés.

C’est à cette oxydation indirecte que veut s’attaquer, au cours des prochaines années, l’étudiante Marie-Pier Éthier, diplômée en génie chimique et en génie minéral. L’objectif de sa recherche doctorale est d’évaluer la performance des systèmes existants de recouvrement des résidus déployés sur des sites miniers abandonnés, en vue d’optimiser les méthodes de restauration. Mais pour ce faire, la chercheuse doit d’abord en arriver à mieux comprendre le comportement hydro-géochimique des résidus accumulés sur ces sites.

Parallèlement à ses travaux en laboratoire, la chercheuse s’est vue offrir l’accès au site Manitou (une ancienne mine de zinc et de cuivre située à 15 km au sud-est de Val-D'Or), où déjà huit stations instrumentées colligent des données tant sur les niveaux phréatiques, la température que sur les flux et les consommations d’oxygène.

Le projet de recherche de Marie-Pier Éthier est estimé comme étant original, innovateur et intégrateur. Les informations plus pointues qu’obtiendra en cours de route la doctorante permettront de modifier, voire d’optimiser, les modèles numériques existants sur lesquels se fondent les prédictions de comportements des différents sites restaurés, ou destinés à l’être.

Dans les dernières années, l’accent a été mis sur la restauration des sites miniers actifs, pour lesquels des solutions efficaces ont été développées. Il est maintenant temps d’exiger le même niveau de performance pour les sites miniers abandonnés. À l’évidence, la jeune lauréate a tout ce qu’il faut pour porter ce dossier à bon port.

La doctorante s’est vue remettre, en 2011, le Prix jeune innovateur de l’ADRIQ, une bourse de 1000 $ pour le fruit de ses recherches effectuées en milieu de pratique. À l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, elle s’implique dans son milieu à travers la commission des études, le comité de son programme, l’association étudiante et l’organisation de séminaires.

Marie-Josée Toulouse - Prix Acfas - 2012
Prix Acfas Fondation Desjardins - Maîtrise
Marie-Josée
Toulouse
Université Laval

Les méthodes actuelles de détection des virus présents dans l’air à l’état de bio-aérosols sont complexes et doivent être effectuées en laboratoire. Qui plus est, pour arriver à des résultats concluants, il faut non seulement réaliser plusieurs analyses d’échantillons d’air, mais également faire en sorte que chaque type de virus susceptibles d’y apparaître puisse être détecté séparément. Qu’à cela ne tienne : la lauréate est d’ores et déjà engagée dans une recherche devant mener à l’établissement d’une méthode de détection beaucoup plus performante.

Depuis l’été 2009, pendant son baccalauréat en biochimie, Marie-Josée Toulouse s’est engagée dans divers projets de recherche au Centre de recherche de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, dans l’équipe de la Dre Caroline Duchaine. Cette étudiante qui est récipiendaire de bourses du CRSNG, du FRQ-NT et de l’IRSST y effectue actuellement une maîtrise en aérovirologie qui vise à valider une méthode de détection basée sur la présence d’un marqueur enzymatique appelé neuraminidase. Rappelons que la neuraminidase est une enzyme présente chez de nombreux virus impliqués dans les infections respiratoires (Influenza A, virus causant les oreillons, virus de la maladie de Newcastle) chez les humains et les animaux. Une approche de ce genre comporte deux avantages principaux : elle permet de détecter en un seul essai la présence de différents virus, et son exécution est des plus rapides.

L’étudiante travaille à déterminer quel échantillonneur serait le plus efficace pour récolter les aérosols viraux présents en faible concentration dans l’air et collabore avec des chercheurs de l’Université de Waterloo pour mettre au point un appareil qui permettra la détection sur le terrain d’une panoplie d’agents infectieux, et ce, en un seul essai rapide, simple et abordable. Il constituera par la suite un outil précieux pour la surveillance de la menace virale et pour le suivi de la propagation des virus en temps d’épidémies, dans les milieux hospitaliers notamment.

Depuis l’automne 2011, Marie-Josée est auxiliaire d’enseignement en laboratoire de biochimie au premier cycle et est engagée dans de nombreuses activités bénévoles à l’Université Laval, dont le parrainage d’étudiants étrangers et l’aide lors de la tenue des évènements du bureau de la vie étudiante, en plus d’être présidente d’une association étudiante. Elle a de plus participé à de nombreux congrès nationaux et internationaux où elle a présenté ses résultats, a effectué des stages et formations dans d’autres centres de recherche et a vu son nom apparaître sur quelques articles scientifiques. En mai 2013 elle commencera un doctorat ainsi qu’un microprogramme en langue allemande à l’Université Laval et désire par la suite effectuer son postdoctorat en Allemagne, en vue de devenir par la suite professeure-chercheuse.

Élise Smith - Prix Acfas - 2012
Prix Acfas Fondation Desjardins - Doctorat
Élise
Smith
UdeM - Université de Montréal

Dans plusieurs domaines, les auteurs d’une publication scientifique apparaissent en ordre décroissant, selon l’importance de leurs contributions. Cela ne permet pas cependant d’évaluer la contribution réelle des signataires, et si de plus, ces derniers proviennent de différentes cultures de recherche... Existerait-il de meilleurs moyens de s’y reconnaître? Ce type de problématique est tout à fait dans les cordes de la lauréate, une spécialiste en « éthique de la publication ».

Élise Smith a intitulé sa thèse de doctorat : La responsabilité des auteurs dans les collaborations multidisciplinaires : étude exploratoire des méthodes de distribution de la reconnaissance dans les publications universitaires. Le sujet de sa recherche est évoqué ici tant par l’emploi de quelques expressions particulièrement saillantes – « distribution de la reconnaissance », « responsabilité des auteurs », « collaborations multidisciplinaires » — que par les thèmes qui naissent spontanément de leur entrechoquement : mérite, injustice ou plagiat.

La doctorante projette donc, au cours des prochaines années, de concevoir un modèle qui limitera les injustices liées à la distribution du droit d’auteur. Cet outil n’aura pas la forme d’un cadre rigide, comme une liste de contrôle, mais plutôt celle d’une suite de processus adaptatifs et de lignes directrices.

L’étudiante compte amorcer son travail par une revue de la littérature relative à l’éthique de la publication, de même qu’à l’éthique du droit d’auteur. De là émergeront les renseignements de base nécessaires à la création d’un questionnaire. Puis ce questionnaire sera à l’origine d’un sondage en ligne à l’échelle internationale auprès d’auteurs faisant partie d’équipes de recherche multidisciplinaire (issues des sciences de la santé, des sciences sociales et des sciences humaines et naturelles).

Ce qu’Élise Smith souhaite dégager de cette enquête, c’est par exemple la fréquence des conflits relatifs à la reconnaissance effective de chacun des chercheurs ayant contribué au travail et à la publication; c’est aussi la mesure de la part consentie, par les scientifiques, à l’utilisation et à l’acceptation des politiques concernant le droit d’auteur; c’est enfin la mise en lumière des opinions de ces mêmes chercheurs quant aux pratiques du droit d’auteur qu’ils ou elles jugent acceptables et équitables.

En bout de piste, un modèle éthique sera élaboré afin de fournir un outil pratique aux auteurs. Enfin, pour valider son modèle, la doctorante le soumettra à une évaluation critique auprès de diverses organisations scientifiques internationales (comme l’Association américaine pour l’avancement des sciences, de même que des organismes d’encadrement de l’intégrité de la recherche (comme Santé Canada ou encore l’Office of Integrity in Research (ORI).

On estime que les cinq articles, dont Élise Smith est co-auteure, et qui sont déjà parus dans des revues avec évaluation par des pairs, témoignent de sa capacité à passer de la cueillette des données de terrain à leur analyse et à la rédaction d’articles. Fait intéressant : cette recherche qui, tout en utilisant des méthodes provenant des sciences sociales, combine à la fois une analyse philosophique et une approche d’éthique empirique, a tout du caractère multidisciplinaire, celui-là même qui vient poser problème lorsqu’il s’agit de reconnaître chaque signataire d’un article… à son mérite!