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423 - Les espaces du religieux

Du lundi 7 au mercredi 9 mai 2018

En analysant le religieux au prisme des espaces, les sciences humaines et sociales ont rendu compte de nombreuses dynamiques et de leurs évolutions, comme la territorialisation des communautés et de leur implantation, la géopolitique des religions, ou encore la symbolique des rapports aux espaces de déploiement des religions (Hervieu-Léger, 1999). Notion centrale en géographie, l’espace a fait plus récemment l’objet d’une réflexion et d’une théorisation dans les autres disciplines scientifiques, ouvrant à des dialogues herméneutiques, théoriques et méthodologiques féconds (p. ex., Löw, 2015). Aussi, depuis les années 1990, dans le champ des sciences sociales des religions, un renouvellement des approches et des objets a-t-il pu être observé. Si l’ancrage territorial reste présent (p. ex., enjeu de construction de lieux de cultes, lieux de pèlerinages, mémoire et patrimonialisation), son étude a pu changer d’échelle et voir ses frontières explorées (p. ex., religion vécue et ordinaire, liens avec la communauté nationale, effets des transnationalisations sur les communautés religieuses, frontières espace public/espace privé).  Les espaces sont également analysés dans leurs dimensions relationnelles ou culturelles (p. ex., espaces religieux genrés, espaces culturels, vie intérieure/extériorité). L’émergence du numérique (Digital Religion…) interpelle quant aux rapports aux lieux et aux espaces.

Aussi, ce colloque propose-t-il d’étudier les espaces du religieux. Ouvert aux différents champs disciplinaires, il prendra en compte aussi bien les espaces traditionnels des religions (les communautés et leurs développements, les espaces de production doctrinaux), que les espaces négociés par les religions (relations entre religions et espace public par exemple) ou les nouveaux espaces du religieux (sphère numérique).

Références :

Hervieu-Léger, D. 1999. La religion en mouvement : le pèlerin et le converti. Paris, Flammarion.

Löw, M. 2015. Sociologie de l’espace. Paris, MSH.

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Colloque
Section 400 - Sciences sociales
Responsables
UdeS - Université de Sherbrooke
UdeS - Université de Sherbrooke
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Avant-midi
08 h 30 à 09 h 30
Communications orales
Accueil des participants — café
Batiment : UQAC
Local : P3-4170
09 h 30 à 09 h 45
Communications orales
Mot de bienvenue
Discutant : David Koussens (UdeS - Université de Sherbrooke), Sara TEINTURIER (UdeS - Université de Sherbrooke)
Batiment : UQAC
Local : P3-4170
09 h 30
Mot de bienvenue
09 h 45 à 11 h 15
Communications orales
Ancrage territorial du religieux
Présidence/Animation : Sara TEINTURIER (UdeS - Université de Sherbrooke)
Participants : Josefina Schenke (Universidad Adolfo Ibáñez), Monica GRIGORE (UdeM - Université de Montréal), Frédéric Castel (UQAM - Université du Québec à Montréal), Frédéric DEJEAN (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : UQAC
Local : P3-4170
09 h 45
Les Églises sans églises : le renversement des contraintes spatiales en opportunités missionnaires
Frédéric DEJEAN (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Les congregational studies ont pour objet d’analyse les groupes religieux locaux, traditionnellement identifiés, socialement par un groupe de fidèles et, physiquement par un lieu de culte. Ce dernier manifeste sur un plan géographique l’existence d’une communauté croyante. Pourtant, au Québec – notamment à Montréal – de plus en plus de groupes religieux ne possèdent pas de locaux et sont contraints de louer sur une base régulière des salles dans des écoles, des cinémas ou encore des théâtres. Dans cette communication, nous prenons l’exemple de trois Églises évangéliques montréalaises sur lesquelles nous amorçons actuellement une recherche ethnographique. Ces églises n’ont pas de lieu de culte, mais convertissent, pour quelques heures, des espaces profanes en espaces cultuels. Si cette pratique apparaît comme une forme d’adaptation à des difficultés objectives des groupes religieux montréalais à trouver des locaux, nous faisons l’hypothèse que ces Églises renversent les contraintes pour en faire des opportunités et ainsi intégrer l’absence de locaux, autant dans leur projet missionnaire, que dans leur identité. Ce faisant, nous rappelons que l’histoire de l’évangélisme en contexte urbain est caractérisée par une étonnante capacité d’adaptation qui passe par un processus de mutation des contraintes en autant d’opportunités au service de l’innovation religieuse.

Résumé
10 h 15
Le sens de la spatialisation des lieux de culte musulmans au Québec
Frédéric Castel (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Alors que les recherches portant sur les musulmans du Québec évoquent régulièrement le rapport aux mosquées, telle une inévitable référence communautaire, bien peu d’études se concentrent sur  le réseau des lieux de culte en tant que tel.

À travers plusieurs années de recherches consacrées aux musulmans québécois nous avons dressé un inventaire des 140 lieux de culte en vue d’esquisser un portrait global de ces derniers qui incluent les salles de prière publiques, les divers types de «centres islamiques» (à fonction communautaire et cultuelle) et les mosquées. Impliquant des méthodes quantitatives et qualitatives les données recueillies comprennent l’année de fondation des associations cultuelles, le nombre de places, l’éventail des activités et les types de populations (ethnicité, confessions).

Dans note exposé, à l’aide de la méthode cartographique, nous mesurerons d’abord la croissance spatiotemporelle des sites à l’échelle québécoise. Ensuite, à l’échelle de Montréal et de Québec, nous analyserons le sens de la spatialisation des centres selon les obédiences confessionnelles (sunnites, chiites, soufies, etc.) tout en tenant compte de la composition ethnique locale. Enfin, nous observerons la variété des modèles de bâtiments. Au terme de ces exercices, on sera en mesure de cerner les grandes tendances qui se dégagent à travers l’ensemble des phénomènes religieux, sociaux, économiques et urbanistiques engagés.

Résumé
10 h 30
Pause
10 h 45
La crèche de Noël et le partage de l’espace religieux à Montréal
Monica GRIGORE (UdeM - Université de Montréal), Lori Beaman (Université d’Ottawa)

Autrefois remplies au maximum, les églises catholiques du Québec sont aujourd’hui désertées par leurs fidèles et financièrement asséchées. Sans le support d’une communauté active, beaucoup d’églises n’ont eu d’autre choix que de trouver une nouvelle vocation. Elles ont été transformées en espaces résidentiels ou institutionnels entrant ainsi en ce qui pourrait être conceptualisé comme un ordre séculier. Certaines églises ont cependant réussi à retarder cette transformation majeure en partageant leur espace avec une autre communauté religieuse. C’est le cas de l’église Saint-Pierre à Montréal. Depuis 2015, le bâtiment historique de cette église accueille deux communautés chrétiennes : l’une est catholique francophone et l’autre est orthodoxe roumaine. À première vue, aucune tension ne trouble pas la vie ensemble de ces deux communautés. Toutefois, le regard posé sur la relation entre les individus et les artéfacts religieux dépeint une image légèrement différente. En partant de l’observation participante faite à l’église Saint-Pierre et des entretiens réalisés avec les responsables religieux et des fidèles catholiques et orthodoxes en 2016 et 2017, j’explore les récits qui entourent la présence et l’absence d’un artéfact religieux, la crèche de Noël, afin de comprendre comment le partage de l’espace religieux est vécu par les deux communautés et comment chaque groupe cherche à préserver son identité et à coexister avec l’autre.   

Résumé
Dîner
11 h 15 à 13 h 00
Dîner
Dîner libre
Batiment : UQAC
Local : Dîner libre
Après-midi
13 h 00 à 14 h 45
Communications orales
Déplacements du religieux
Présidence/Animation : Frédéric DEJEAN (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : UQAC
Local : P3-4170
13 h 00
Entre Compostelle et Sainte-Anne-de-Beaupré : la marche pèlerine québécoise comme espace de (re)construction identitaire
Michel O'Neill (Chercheur autonome)

Vieux de plus de 1000 ans, le pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle est lentement tombé en désuétude à compter du XVIe siècle pour reprendre vie vers la fin du XXe. C’est à compter de 1995 que des précurseurs du Québec vont marcher vers Compostelle, suivis jusqu’à ce jour par plusieurs dizaines de milliers d’autres. Certains, au retour, mettent sur pied des parcours inspirés de leur expérience ; à l’été 2017, on en dénombrait 26 dont plusieurs commencent ou se terminent à l’un de nos plus vieux sanctuaires : Sainte-Anne-de-Beaupré.

Dans cette communication, après avoir présenté la notion de marche pèlerine et les 26 chemins québécois selon certaines de leurs caractéristiques (longueur, région, mode d’organisation, caractère plus ou moins religieux, etc.), je m’attarderai à montrer comment le fait d’y marcher constitue, pour un très grand nombre de Québécois-es qui y déambulent, un espace privilégié qu’ils se donnent pour se construire, ou se re-construire, une identité personnelle ou sociale plus solide.

Les données utilisées pour étayer cet argumentaire ont été recueillies entre 2015 et 2018 à partir de techniques historiques et sociologiques : analyse de plusieurs centaines de documents, une trentaine d’entrevues auprès d’informateurs-clés ainsi que plusieurs centaines d’heures d’observation participante.

Résumé
13 h 30
Le “online pilgrimage” : une pratique pèlerine du lieu internet
Éric Laliberté (Université Laval)

Et si nous fréquentions le cyberespace comme on parcourt les routes de Compostelle? Cette communication veut faire suite à une publication d’Heidi Campbell parue en 2001. Elle y lançait l’idée que « following web links and joining online conversations on email lists might be compared to the idea of pilgrimage ». À première vue, le parallèle peut sembler étonnant. Pourtant, la fréquentation Internet a toujours été synonyme de voyage. Sur le World Wide Web, il est maintenant possible de tracer la carte de nos déplacements. Les géants Google, Facebook et Amazon documentent nos allées et venues. Dans le domaine informatique, il est question de web territorial, web mapping et territoires numériques. Ces domaines cherchent à définir des frontières dans un monde où Google prend l’allure d’une gare et dont la page des résultats affiche l’écran des prochains départs. On ne peut le nier, il est de plus en plus évident que nous entretenons un rapport spatial avec Internet.

À l’aide des concepts de lieu et d’espace développés par Michel de Certeau, conjugués aux recherches sur les Chemins de Compostelle de la sociologue Elena Zapponi, de même que les travaux de Danièle Hervieu-Léger sur la mouvance pèlerine, nous ferons une analyse transversale alliant pèlerinage, comportements internautes et territoires numériques. Ces parallèles tenteront de mettre en lumière le online pilgrimage que nous effectuons en fréquentant le web.

Résumé
14 h 00
Le numérisme : un objet religieux
Martin Vaillancourt (Université Laval)

Définit par Hervé Fischer comme une « […] dérive du culte des technologies numériques », le numérisme se présente comme un concept intriguant dès lors que l’on appréhende les espaces numériques en tant « qu’espaces hyperréels » du religieux. Certains auteurs avancent que cette religiosité particulière aurait pour fonction de mettre en scène le récit d’une utopie technologique servant à légitimer l’existence d’un « cybermonde/cyberespace » enracinée dans une certaine « eschatologie technologique ». Fischer tente de justifier la nature religieuse du numérisme par une analyse durkheimienne qui considère le religieux comme un « fait social ». Le philosophe appréhende donc le numérisme comme une « représentation supérieure partagée » ou, plutôt, comme une « Conscience des consciences ». C’est donc au cœur de la « société numérique », cet espace des réseaux numériques mut par la puissance des liens sociaux, que Fischer voit naître un nouvel objet religieux. Nous présenterons les principaux éléments théoriques qui amènent Fisher et d’autres spécialistes de la question du religieux contemporain à poser le numérisme comme une nouvelle interprétation du monde. Le présent exercice aura également pour objectif de cerner certaines limites épistémologiques et théoriques d’une telle entreprise. En somme, si le numérisme est effectivement un objet religieux, n’y aurait-il pas en cause, conséquemment, une considération toute nouvelle à apporter au concept « d’espace religieux »?

Résumé
14 h 30
Pause
14 h 45 à 16 h 45
Communications orales
Espaces d’expression du religieux
Présidence/Animation : Monica GRIGORE (UdeM - Université de Montréal)
Batiment : UQAC
Local : P3-4170
14 h 45
De l’espace profane à un espace (con)sacré : représentations et appropriations du musée du Louvre
Marie-Alix Molinié-Andlauer (Sorbonne Université)

Dans cette communication, le lieu du religieux sera compris comme un lieu dans lequel les comportements et les représentations y sont semblables, c’est-à-dire les musées. Qualifiés de « nouvelles cathédrales » (Rasse, 2017), ils participent aujourd’hui à la visibilité du territoire.

En s’intéressant plus spécifiquement au Louvre, c’est un « emblème territorial » (Lussault, 1998, 2003 ; Gilli, Offner, 2009) symbolique qui est mobilisé. Ce musée relève à la fois du sacré (Caillois, 1950 ; Eliade, 1965 ; Tarot, 2008), car consacré à l’Art (Lahire, 2015), et de l’évènement (Chaudoir, 2007), par sa capacité à se réinventer et à concilier « patrimoine et modernité » (Poulot, 1998). Mais quelle est sa relation avec son territoire proche ? En effet, sa visite incontournable pour les visiteurs l’inscrit dans un pèlerinage culturel certifiant son expérience parisienne dans ce « temple spectaculaire » (Mairesse, 2002). Cependant, ce « flagship » (Zukin, 1995) induit d’autres comportements de la part de visiteurs, créant un décalage entre ses représentations et ses appropriations.  La méthodologie, par le biais d’une analyse des « représentations » (di Méo, 1998) questionnera la territorialité du Louvre. Ainsi, des retours d’expériences de visiteurs (photographies sur Twitter et discours produits sur TripAdvisor) seront analysés et complétés par une enquête réalisée dans le cadre d’une thèse sur la représentation du Louvre du jeune public francilien à partir de de cartes mentales.

Résumé
15 h 15
Espace religieux et infini du paysage à travers les toiles de Caspar David Friedrich
André Duhamel (UdeS - Université de Sherbrooke)

L’espace est une propriété physique aussi bien des lieux que des êtres qui l’habitent. Il est vécu au travers de pratiques sociales diverses, dont l’une est la représentation, aussi bien conceptuelle (une vision, qui peut être religieuse) que picturale (une œuvre, résultant d’un travail). Comment faire en sorte que la première se retrouve en quelque manière dans la seconde, ou que celle-ci évoque ou reconduise à celle-là ? C’est le défi de l’art, lorsque le religieux accepte d’y soumettre son espace et devient ainsi paysage. Dans l’art occidental moderne, les œuvres du peintre Caspar David Friedrich (1774-1840) sont ici significatives : on retrouve dans nombre d’entre elles, comme Le moine au bord de la mer (1809), Les falaises de Rugen (1818) ou La mer de glace (1824), le sentiment de l’infini propre à la religiosité du romantisme d’Iéna. Nous voudrions souligner certaines des techniques et effets du peintre pour tirer parti de ce paradoxe (qui est celui de tout langage) : rendre l’infini présent au travers les moyens finis mis en œuvre. Ainsi, les personnages vus de dos (Rückenfiguren) font oublier le canevas, l’ouverture et l’échancrure nous projettent hors des lieux confinés, l’horizon marin ou des champs, tout comme les sommets montagneux, font disparaître le centre du tableau, et les gouffres ou les gorges, à l’instar de l’arbre solitaire rabougri, évoque le mystère de la mort. Dans tous les cas, le sublime apparaît dans la perte et la recherche indéfini d’un équilibre.

Résumé
15 h 45
Le plan Conefroy et la régulation architecturale de l’espace paroissial au Québec entre 1800 et 1830
Pierre-Édouard Latouche (UQAM - Université du Québec à Montréal)

La communication proposée aborde un phénomène ayant marqué l’architecture des lieux de culte catholiques au Québec entre 1800 et 1830, soit l’importante conformité formelle des églises d’une paroisse à l’autre. Une étude attentive des 53 églises catholiques construites ou reconstruites au cours de cette période révèle l’existence d’un sous-corpus constitué de 25 églises strictement identiques. Il s’agit de vastes édifices à plan en croix latine avec un portail central flanqué de deux portes latérales plus basses. Un clocher à deux lanternes couronne la façade.

Noté par les chercheurs, mais quantitativement sous-estimé, ce phénomène a été rapporté, en guise d’explication, à l’heureuse initiative d’un clerc-architecte, le vicaire général Pierre Conefroy (1752-1816). D’où la désignation de «plan Conefroy». Pourtant, la dépersonnalisation de l’identité paroissiale, manifeste dans cette répétition à l’identique d’une même église, n’est pas sans lien avec d’autres réformes contemporaines ayant affaibli l’attachement populaire à l’espace paroissiale : réduction des sanctoraux; arrêt des processions qui spatialisaient le territoire du saint titulaire ; velléités d’uniformiser les décors intérieurs.

En nous basant sur des données quantitatives, qualitatives et iconographiques, l’objectif de notre communication est de replacer la diffusion du «plan Conefroy» dans le mouvement plus large de régulation de l’espace paroissial à l’œuvre au Québec pendant le premier tiers du 19e siècle.

Résumé
Soir
17 h 30 à 18 h 30
Assemblée générale
Assemblée générale de la Société québécoise pour l’étude de la religion (SQER)
Présidence/Animation : David Koussens (UdeS - Université de Sherbrooke)
Batiment : UQAC
Local : P3-4170
18 h 30 à 19 h 00
Cocktail
Cocktail de la SQER
Batiment : UQAC
Local : P0-4030 (Baruqac)
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Avant-midi
09 h 00 à 12 h 15
Communications orales
Espaces religieux, espaces séculiers : négocier les frontières (frontières politiques)
Présidence/Animation : Valentina Gaddi (UdeM - Université de Montréal)
Batiment : UQAC
Local : P3-4170
09 h 00
Accommodement raisonnable et espaces de souveraineté québécoise : une perspective socio-historique
Efe Peker (Université McGill)

Depuis les débats sur l’accommodement raisonnable et la Commission Bouchard-Taylor dans les années 2000, la religion et la diversité ont été au centre des conversations passionnées sur l’identité nationale québécoise. Cet article offre un aperçu sociohistorique pour montrer que les controverses sur la diversité religieuse sont étroitement liées à la quête de la souveraineté de la province depuis la Révolution tranquille. Ce faisant, il prend en compte les dynamiques de construction de l’État provincial, de la nation et de l’identité québécois dans le contexte canadien. Distinguant les espaces économiques, politiques, et culturels de la souveraineté, l’article montrera que tout au long des années 1980 et 1990, les deux premiers espaces ont été progressivement diminués en raison, respectivement, de la mondialisation néolibérale et de l’échec de deux tentatives de referendum. Comme conséquence, trop d’importance à l’espace culturel comme premier mobilisateur de l’identité nationale québécoise, où, à côté de la langue française, une interprétation sécularisée et « patrimonialisée » du catholicisme a fini par occuper une position centrale vis-à-vis des minorités religieuses. Les outils et les méthodologies de la sociologie historique peuvent nous aider à mieux comprendre la conversation sur l’accommodement raisonnable dans le cadre de la souveraineté québécoise dans ses trois dimensions.

Résumé
09 h 30
Migration et espaces pluralistes pour une famille canadienne-française catholique du Haut-Richelieu au 19e siècle
Louis Georges DESCHÊNES (UdeS - Université de Sherbrooke)

Treize enfants de la famille d’Édouard Choquette (1801-1877) et d’Émérite Messier (1814-1879), nés dans la paroisse catholique canadienne-française de Notre-Dame-de-Bonsecours dans le Haut-Richelieu au 19e siècle, ont connu en l’espace d’une seule génération un bouleversement important quant à leurs rapports à l’espace religieux catholique traditionnel, soit celui du rang double canadien-français d’origine seigneuriale qui les a vu naître. En effet, trois groupes de frères et sœurs connaîtront des migrations diversifiées qui changeront définitivement leurs façons d’appartenir à la paroisse. Un premier groupe demeurera dans le terreau ethnoculturel canadien-français, soit dans les anciennes seigneuries, un second groupe migrera dans des petites villes industrielles majoritairement anglo-protestantes des Cantons de l’Est et un troisième groupe se dirigera vers une ville industrielle planifiée de la Nouvelle-Angleterre où le pluralisme religieux s’exprime à l’intérieur même du catholicisme américain (Irlandais, Canadien-français, Polonais). À l’aide d’une approche micro-historique (Ginzburg, 1966; Leroy Ladurie, 1975), basée sur les actes religieux de baptême, de mariage et de sépulture d’individus d’une même fratrie, nous pouvons ainsi retracer à l’échelle humaine des déplacements un des changements sociologiques importants de l’histoire du Canada français au 19e siècle, à savoir l’apparition du pluralisme religieux dans l’espace quotidien des populations rurales.

Résumé
10 h 00
L’Espagne, zélatrice du catholicisme (1939-1959)
KOUMIA SOIHAMIN SOPHIE SOLAMA Née COULIBALY (Université Félix-Houphouët-Boigny)

Ce thème évoque un lien étroit entre l’histoire de l’Espagne et celle de l’Eglise catholique. En effet, au fil des siècles, le contact privilégié qu’a entretenu cette religion avec la plupart des souverains éduqués dans la foi catholique, l’a transformée en un Appareil Idéologique de l’Etat. Il est vrai que pendant la Seconde République espagnole (1931-1939), cette relation de convivialité entre le pouvoir temporel et confessionnel s’est détériorée. La polarisation dramatique a débouché sur le bain de sang que fut la Guerre Civile entre les républicains et les nationalistes qui étaient respectivement en faveur de la laïcité, d’une rupture de la collaboration Eglise-Etat et d’une continuité de cette relation. Mais, dès l’entame de la longue période franquiste, c’est-à-dire entre 1939 et 1959, les nationalistes vainqueurs de ce conflit et défenseur à outrance de l’Eglise, ont renoué avec ce fort sentiment d’appartenance religieuse du sommet de l’Etat jusqu’à la base, parce que convaincus que la religion était le pilier du système politico-économique, d’où la solution de la sortie de l’Espagne de la léthargie. Sous une méthode dialectique, il s’agira pour notre proposition d’analyser les motivations profondes de cette association de la religion à l’essor de cette nation. Pourquoi l’Espagne est devenue terre de pèlerinage et championne du Catholicisme et les conséquences de ce monisme historique ? 

 

Résumé
10 h 30
Pause
10 h 45
La rénovation des ordres religieux au Chili et leur expression dans l’architecture : le cas de l’église des Sacramentinos à Santiago du Chili (1919-1931)
Josefina Schenke (Universidad Adolfo Ibáñez)

En Amérique hispanique, les dévotions et les images pieuses de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, ainsi que leurs rapports à la politique ecclésiastique et aux mouvements sociaux laïcs, ont étés peu étudiés. L’historiographie a souvent ignoré l’influence de nouveaux mouvements chrétiens -arrivés depuis l’Europe au XIXe- sur la culture visuelle, la sensibilité dévotionnelle et la création d’espaces religieux innovateurs.

Cette communication fait partie d’une recherche en cours autour de la rénovation ecclésiastique chilienne lors de l’arrivée dans le pays de nouveaux ordres religieux d’origines française, entre 1837 et 1908. L’église des Sacramentinos, bâtie au Chili entre 1919 et 1931, représente la culmination d’un processus de changement, où des espaces architecturaux nouveaux incarnent des nouvelles dévotions et des sensibilités religieuses qui vont changer l’Église au Chili et les communautés laïques.

Nous proposons d’étudier, à partir des sources documentaires, les rapports entre l’arrivée de l’ordre du Saint-Sacrement au Chili (en espagnol, « Sacramentinos ») et la construction du temple du même nom. Nous porterons un intérêt particulier aux motivations de la commande du temple et du modèle choisi ; au changement de l’espace urbain de la ville après la construction de cet édifice aux proportions monumentales ; et aussi aux difficultés qu’a rencontrées le financement du temple et qui expliquent l’échec final du projet.

Résumé
11 h 45
Redimensionner la sphère religieuse : la transformation des représentations chrétiennes entre 1850 et 1950
Sarah Scholl (Université Laval)

L’influence et l’emprise des Eglises chrétiennes sur la société et les individus peuvent-elles se mesurer en termes d’occupation de l’espace social et mental ? Comment en rendre compte et déceler des évolutions ? Cette communication propose d’analyser comment les autorités ecclésiales ont perçu la surface occupée ou à occuper par leurs Eglises entre 1850 et 1950 dans l’aire francophone. En partant d’une perspective entièrement totalisante, où chaque geste de la vie humaine, personnel ou politique, devait se faire sous le regard de Dieu (c’est-à-dire selon des règles édictées par le clergé et dans un espace par lui contrôlé), les autorités d’Eglise ont redimensionné leurs prérogatives, ne serait-ce que pour prendre acte de la diversité des confessions et de la constitution des Etats modernes. Si le mouvement d’ensemble est bien connu, le plus souvent décrit comme « sécularisation », la transformation du christianisme lui-même qu’il implique, notamment en matière de reconfiguration des espaces sacrés et symboliques, est encore peu étudiée. Ce travail utilise les analyses menées dans le cadre d’un projet en cours intitulé « Transmissions religieuses en conflit ? Pluralisme et sécularisation en Suisse romande et au Québec. Etude comparée et transnationale (1850-1950)", pour lequel je compare une soixantaine de manuels de catéchisme suisses, français et canadiens, catholiques et protestants, quant aux contextes d’édition et à leurs contenus (ecclésiologie, eschatologie, éthique).

Résumé
Dîner
12 h 15 à 13 h 30
Dîner
Dîner libre
Batiment : UQAC
Local : Dîner libre
Après-midi
13 h 30 à 14 h 45
Communications orales
Espaces religieux, espaces séculiers : négocier les frontières (frontières sociales)
Présidence/Animation : Corentine NAVENNEC (UdeS - Université de Sherbrooke)
Batiment : UQAC
Local : P3-4170
13 h 30
De l’espace géographique à l’espace social : les usages de la théorie des champs en sociologie des religions
Ashley Mayer-Thibault (UdeM - Université de Montréal)

La notion d’espace a fait l’objet en sciences sociales d’usages théoriques dont la logique principielle ne semble pas, de prime abord, directement connectée à l’espace physique. C’est le cas de la « théorie des champs » que Pierre Bourdieu développe à partir des années 60 et censée permettre de cartographier la façon dont se structure un univers social donné autour d’un enjeu spécifique. Pour autant, son extension au religieux a fait l’objet de plusieurs critiques et son usage est resté relativement marginal dans un domaine longtemps dominé par les problématiques de (dé)sécularisation. Le concept semble néanmoins faire l’objet d’un intérêt renouvelé depuis une vingtaine d’année et s’inscrit dans une pluralité de « paradigmes émergents » en sociologie des religions. Le recours à cette métaphore spatiale permet notamment à une nouvelle génération de chercheur.e.s de réaffirmer la dimension relationnelle du religieux et d’étudier l’engagement politico-religieux, relativement marginal dans les débats sur la sécularisation.

Aussi, après être revenu sur les évolutions de l’usage du « champ » en sociologie des religions, nous proposons par la suite d’en discuter certains des apports et limites en le mettant en relation avec notre propre travail de thèse portant sur le « champ » du judaïsme francophone. Enfin, nous terminerons cette présentation par quelques réflexions préliminaires sur les rapports possibles entre l’espace abstrait du « champ » et espace géographique.

Résumé
14 h 00
Hipster et hassidim : partage de l’espace et gentrification dans le quartier du Mile End à Montréal
Valentina Gaddi (UdeM - Université de Montréal)

Si les enjeux de cohabitation entre hassidim et non-hassidim dans l’arrondissement d’Outremont font l’objet de plusieurs recherches, ce qui se passe dans le quartier adjacent du Mile End est très peu connu. Avec ses cafés à la mode et ses ateliers d’artistes, le Mile End est plutôt vu comme le symbole d’une « montréalité » en devenir, un espace de cohabitation entre personnes d’origine, de classe et d’âge différents. Ses habitants, entre autres les artistes ou les hassidim, peuvent cependant être les victimes de ce succès en raison de l’embourgeoisement du quartier et de la hausse des prix des logements qui s’en suit. De quelle façon hipsters et hassidim sont-ils affectés par ce problème, et comment y font-ils face ?

Cette présentation propose de répondre à ces questions en prenant appui sur l’étude de cas de l’édifice Bovril. Depuis 2013, grâce à une entente entre l’arrondissement et la communauté Skver, cette ancienne usine partage ses espaces entre la communauté hassidique qu’y possède une école primaire, une garderie et une bibliothèque, et des artistes du quartier, qui y ont leurs ateliers.

Après une première partie consacrée à la contextualisation socio historique du Mile End, une deuxième partie sera dédiée à l’exploration des enjeux de la gentrification et de ses effets, notamment sur les hipsters et les hassidim. Troisièmement, le cas de l’édifice Bovril sera illustré à partir des observations et des entrevues menées avec certains utilisateurs de cet espace.

Résumé
14 h 30
Pause
14 h 45 à 17 h 00
Communications orales
Des espaces en tension (questions de genre et de sexualité)
Batiment : UQAC
Local : P3-4170
14 h 45
La ségrégation des sexes en milieu ultrareligieux. Une réflexion sur le sexe, la sexualité et le désir chez les Juifs hassidiques
Jessica Roda (Université McGill)

Pour de nombreux groupes pieux, la famille, la sexualité et le genre représentent trois piliers fondamentaux de leur vie religieuse. Dans le contexte des groupes ultrareligieux, ces piliers sont souvent matérialisés par la ségrégation des sexes, où la socialisation se produit rarement avec le sexe opposé. Dans le cas des juifs hassidiques, qui cherchent à se distancer de la société dominante, cette séparation commence à un âge précoce, aboutissant à une société ségrégée de genre. Dans un tel contexte, on peut se demander comment cette dynamique binaire entre relations hétérosexuelles en tant que norme et interaction sociale exclusive avec des individus de même sexe affecte la construction des catégories du sexe, de la sexualité et du désir selon le genre.

Je propose d’examiner ces questions à partir des données recueillies lors de l’étude ethnographique que j’ai menée auprès d’hommes et de femmes hassidiques à Montréal et à New York depuis 2015. Cette communication nous permettra de réfléchir sur le rôle et l’impact de la normalisation et de la catégorisation de l’identité sexuelle en fonction des pratiques sexuelles, dans un environnement religieux orthodoxe. Cette conversation poursuivra la compréhension de l’identité sexuelle comme fluide et incarnée dans le discours politique et religieux sur le genre.

Résumé
15 h 15
Catholicisme et homosexualité : étude de la paroisse Saint-Pierre-Apôtre de Montréal
Loïc Bizeul (Université Lyon 2)

Saint-Pierre-Apôtre est une église catholique située dans le centre-ville de Montréal, et plus précisément dans le quartier Centre-Sud, que lʼon qualifie habituellement de village gay. Cette paroisse est dirigée par l’ordre catholique des Oblats de Marie Immaculée depuis 1848. Alors même que l’Église catholique tient un discours qui n’est pas toujours favorable aux homosexuels, Saint-Pierre-Apôtre est aujourd’hui une paroisse très fréquentée et particulièrement active auprès de la communauté LGBT. Ce paradoxe nous a mené à nous y intéresser afin de saisir les impacts de la communauté inclusive chez les paroissiens par rapport à leur identité sexuelle et religieuse. Cette présentation se base sur un travail de recherche de plus de huit mois, durant lesquels nous avons effectués des observations participantes lors des célébrations religieuses dominicales et des différentes activités pastorales menées le reste de la semaine. Cette communication se base également sur une série de 20 entrevues semi-directives effectuées avec des paroissiens homosexuels et hétérosexuels.

Résumé
15 h 45
L’émancipation des femme catholique ente 1950 et 1970 : une évolution de la morale religieuse
Pierre c. Noël (UdeS - Université de Sherbrooke)

Parlant des années 1950 à 1970 au Québec, il arrive assez souvent que l’on présente la femme laïque comme la femme émancipée et la catholique ordinaire comme la femme soumise. Plusieurs études aujourd’hui contredisent une telle lecture. Dans le cadre d’un projet d’enseignement interdisciplinaire, nous avons voulu analyser l’état de cette femme catholique.

En effet, le non-événement de Humanae Vitae chez les catholiques en 1968, c’est-à-dire la faible réception qu'eut la lettre encyclique révèle que déjà ces femmes étaient ailleurs. L’hypothèse que nous chercherons à approfondir est que l’exposition à un personnalisme moral, l’accès à de nouveaux moyens médicaux et l’éveil de la condition féminine combinés ont donné lieu à une nouvelle morale religieuse dont l’émancipation est une conséquence. La femme catholique ne serait donc pas en marge de l’émancipation même si sa forme diffère de l’émancipation laïque.

Dans cette analyse, nous allons suivre principalement une démarche de théologie morale inspirée de A. MacIntyre pour analyser le contenu d’articles produits durant ces années sur ces questions. Les résultats seront croisés avec les résultats de Sara Teinturier sur le même sujet, mais à partir d’une démarche de sociologie historique.

Résumé
16 h 15
Être femme et catholique dans le Québec des années 1950-1970 : les Revue dominicaine et Maintenant et leurs voies d’émancipation
Sara TEINTURIER (UdeS - Université de Sherbrooke)

Les années 1960 et leurs transformations religieuses sont considérées comme l’un des moments forts de l’émancipation des femmes dans les sociétés contemporaines, y compris au Québec. Comment les femmes s’affirmant catholiques ont-elles traversé ces années de bouleversements sociaux, culturels et politiques ? La Revue dominicaine (1915-1961), à laquelle succède Maintenant (1962-1974), sont publiées par les dominicains jusqu’en 1968, avant qu’une direction laïque ne prenne ensuite le relais. À leur manière, elles sont le reflet des interrogations catholiques sur la place de la femme en cette période de révolution tranquille et d’aggiornamento ecclésial ; elles témoignent aussi bien des questionnements sur le rôle qu’elles ont à jouer dans la société civile comme dans l’Église.

Étudier les prises de position et les postures sur cette thématique permet de relever trois grands traits principaux. C’est, tout d’abord, la banalisation des sujets évoqués : les femmes catholiques portent pour partie les mêmes préoccupations que l’ensemble de la société. C’est, ensuite, la force du débat sur la régulation des naissances, qui s’invite largement avant la parution d’Humanae Vitae (1968). C’est, enfin, prendre la mesure d’une parole donnée à des laïques engagées, actrices légitimées dans leur action et leur expertise. Observatoire privilégié des changements sociétaux à l’œuvre, ces revues offrent un éclairage inédit sur « l’émancipation » des femmes catholiques dans la société québécoise.

Résumé
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Avant-midi
09 h 00 à 12 h 00
Communications orales
Des espaces en tension (spiritualités)
Présidence/Animation : Pierre c. Noël (UdeS - Université de Sherbrooke)
Batiment : UQAC
Local : P3-4170
09 h 00
Les rhétoriques de la chasteté à l’époque patristique : lieux d’énonciation et topologie discursive
Marc-Antoine Fournelle (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Dans les premiers siècles du christianisme, la chasteté, en tant qu’objet de discours, remplit des fonctions distinctes et recouvre des enjeux sociaux multiples selon son lieu d’émergence. Or, au-delà des influences régionales sur les positionnements énonciatifs, c’est d’abord le dispositif de communication lui-même qui « contraint le champ du dicible (thèmes et modalité du dire), tandis que l’énoncé doit légitimer son propre cadre à travers ses élaborations doctrinales » (Maingueneau, 2009).

Si la retraite dans le désert et les mortifications du corps confèrent à l’ascète son statut d’énonciateur légitime auprès de certains fidèles, c’est l’instruction dans les saintes Écritures et l’éloquence du commentaire qui fait du théologien l’énonciateur le plus autorisé dans les villes. Aussi, les traités polémiques, exhortations, sermons, apologies constituent autant de genres spécifiques dont chacun comporte son lot de topiques, de présuppositions et de procédés rhétoriques. Malgré un corpus textuel et un répertoire thématique communs, on ne prêche pas à l’École théologique d’Alexandrie comme on prêche aux communautés cénobitiques de Cappadoce, pas plus qu’on ne déploie dans son discours la figure mariale comme on cite Saint Paul.

Je propose de revisiter certains documents théoriques et normatifs du christianisme primitif à la lumière des méthodes contemporaines en analyse du discours afin d’en dégager des correspondances entre espaces géographiques et espaces discursifs.

Résumé
09 h 30
La condamnation de la mémoire : un rituel impérial
Érick Doucet (Université de Moncton)

L’espace politique romain était un espace religieux. Les fonctions officielles, pour la plupart investies par un rite où le divin intercédait en se manifestant sous forme d’augures, devaient leur validité à l’omniprésence du religieux.

Lors du passage de la République à l’Empire, les empereurs accumulèrent l’une après l’autre les prérogatives des fonctions publiques, y compris celles revêtues du caractère sacro-saint. La damnatio memoriae, qui consistait en un rituel de malédictions: imprécations, souillure de la dépouille, destruction des effigies, martelage des inscriptions, et enfin, condamnation de la mémoire dans les écrits historiques, était invariablement initiée par un décret sénatorial. Déclarée ennemie publique par un sénatus-consulte, la victime jusqu’alors toute puissante, est mise à mort et malédiction est jetée sur sa mémoire. Malgré sa perte progressive de pouvoir, le Sénat fit figure de contre-pouvoir à celui de plus en plus grand de l’empereur. Dans un tel contexte, peut-on affirmer que la damnatio memoriae devint une arme de dissuasion que les membres de la Curie pouvaient utiliser, en dernier recours, contre un princeps despotique? Ma présentation traitera de ce rituel, de ses usages politiques probables et avérés, ainsi que de son évolution au premier siècle du Haut-Empire romain.

Résumé
10 h 00
La neutralité religieuse de l’espace public au risque de la méditation pleine conscience
Hélène Côté (UdeS - Université de Sherbrooke)

Bénéficiant d'une caution scientifique, la méditation pleine conscience est maintenant promue dans l'espace public par l'élite de la culture dominante. Dans le cadre de cette communication, nous verrons en quoi cette pratique, supposée laïque, est susceptible d'introduire du religieux – voire même de la « religion » – dans des lieux où le principe de neutralité religieuse devrait s’imposer.

Lieu de travail, d'enseignement ou de dispensation de soins, l'espace public génère des relations obligées entre des individus d'origines variées et d'affiliations diverses. La légitimation dans l'espace public d'une activité rituelle à laquelle peuvent s'attacher des contenus de croyances ou des représentations religieuses risque cependant de transformer les dynamiques sociales. Reprenant, entre autres, le cadre conceptuel développé par Durkheim selon lequel la religion est un système solidaire de rites et de croyances partagées par une même communauté, nous expliquerons comment l'espace public pourrait favoriser l'émergence de groupes partageant une même « foi ». Par-delà les enjeux sociaux et juridiques ­– ou plutôt, en dépit de ceux-ci –, ­nous comprendrons que ce phénomène révèle toute l'ambiguïté de notre société habituellement hostile à l'expression de toute religiosité.

Résumé
10 h 30
Pause
10 h 45
Libérer l’espace intérieur : Pratique de délivrance au sein de l’Église luthéro-réformée de France. Présentation d’une étude de cas
Corentine NAVENNEC (UdeS - Université de Sherbrooke)

Se positionnant du côté des valeurs de la raison et de la sécularisation, le protestantisme historique en France a évolué en phase avec l’hégémonie scientifique de la modernité et tient à conserver sa posture rationnelle. Une paroisse située au coeur de Paris, le Temple du Marais, se démarque toutefois en offrant une forme  charismatique d’accompagnement spirituel qui encadre une pratique de délivrance. En vue d’étudier cette pratique, nous avons procédé, en 2016, à une ethnographie d’une durée totale d’environ 6 mois. De l’observation participante a été effectuée dans des contextes variés (culte du dimanche, ateliers de formation à la délivrance, groupes de prière,…) et 36 entrevues semi-dirigées ont été menées auprès de 5 pasteurs et 23 laïques.

Il ressort d’une analyse préliminaire des données recueillies que la délivrance vise la libération de l’espace intérieur du croyant et qu’en reprenant la conception chrétienne de l’espace intérieur qui « pose l’identité humaine comme habitable par une autre présence que la nôtre. » (Chrétien 2014), le Temple du Marais renoue avec la dimension mystique de la foi, considérée avec aversion par le protestantisme historique qui y voit « le péril d’une révélation privée, étrangère à l’Écriture » (Chrétien 2014 p. 210). Développé dans la conscience de la tradition de rationnalité, l’accompagnement spirituel de type charismatique pose néanmoins le défi de la tension mystique-raison au sein de l’Église luthéro-réformée.

Résumé
11 h 15
Jésuites, espaces et théologies en France aux XIXe-XXe siècles
Philippe Rocher (IPRA (Institut du pluralisme religieux et de l'athéisme))

Aux XIXe et XXe siècles, les Jésuites ont appréhendé les différents ensembles, urbains, périurbains et ruraux, de l’espace français pour développer leurs apostolats.

L’organisation hiérarchique de la Compagnie de Jésus en « assistance de France » et « provinces » témoigne de sa vision géopolitique. Après s’être appliqués à recouvrer le territoire abandonné avant la Révolution française, les Jésuites se partagent entre des religieux tentés au Nord par les idées libérales et ceux d’un Midi qui promeut le Sacré-Cœur en opposition aux idées républicaines.

Avec les brassages imposés, le premier XXe siècle est un temps de recompositions : la Province de Toulouse perd au profit de Rome la direction de l’Apostolat de la Prière ; des œuvres interprovinciales se développent en région parisienne. Devenue la grande institution de l’entre-deux guerres, l’Action populaire soutient le Centre d’Etudes Pédagogiques développé après 1945.

Au début des années 1970, le remembrement de l’Ordre est la conséquence de la crise de vocations et de l’aggiornamento conciliaire. La création d’une seule « Province » accentue la bipolarité Paris/province. Liée aux moyens de l’Ordre, la géographie jésuite continue de révéler une perception de l’espace et des choix « politiques » pour organiser les activités et vivre une certaine théologie. Au XXIe siècle, la raréfaction et le vieillissement des membres entérinent l’existence d’une seule frontière linguistique qui réunit la France et la Belgique jésuites.

Résumé
11 h 45
Mot de clôture