Imprimer

Quand la relève conseille le scientifique en chef: le rôle du Comité intersectoriel étudiant

Comité intersectoriel étudiant des Fonds de recherche du Québec
Rubrique TRIBUNE

Participer à la réflexion

Le choix d’une carrière dans le milieu de la recherche émane souvent d’une grande passion pour la connaissance et d’une motivation intrinsèque très forte. Malgré le caractère stimulant des environnements où se déroule la recherche, cette passion et cette motivation s’inscrivent aussi dans un système de recherche empreint de compétitivité et de productivité. L’acceptation de contraintes et de sacrifices qui nécessitent un dépassement de soi peut être un gage de réussite, mais s’accompagne aussi de défis considérables. Les différents collaborateurs au Dossier sur la santé psychologique des étudiants chercheurs du présent magazine en font amplement la démonstration.

En tant qu’étudiant chercheur et étudiante chercheuse, il peut être difficile de porter un regard critique sur les structures de ce système de recherche. Les attentes et les normes de réussite prédéfinies peuvent sembler rigides. Pourtant, la communauté étudiante en tant que partie prenante de ce système, peut apporter des pistes de réflexion et d’action permettant de l’améliorer en plus de favoriser un mieux-être de ses membres, un soutien et une valorisation de cette relève en recherche.

Questionner et influencer les pratiques des FRQ et du système de recherche au bénéfice de la communauté étudiante

En 2011, avec l’application de la loi 130, le gouvernement restructurait les trois Fonds subventionnaires du Québec et nommait Rémi Quirion comme scientifique en chef des Fonds de recherche du Québec (FRQ). Préoccupé par les enjeux de la relève, M. Quirion se dota, en 2014, d’un comité-conseil d’étudiantes chercheuses et des étudiants chercheurs : le Comité intersectoriel étudiant (CIÉ).

Notre comité a pour mandat « de conseiller le scientifique en chef et d’identifier des stratégies afin de promouvoir l’accessibilité des études aux cycles supérieurs, d’œuvrer à l’excellence de la relève en recherche et de participer aux efforts de rayonnement de la recherche ».

Les effets des politiques publiques, dont les changements dans les stratégies de financement, se font sentir à plusieurs niveaux dans le système de recherche. C’est un des dossiers sur lesquels le comité s’efforce de mieux comprendre ses impacts.

Aussi, afin de bien nous imprégner de certains enjeux qui peuvent toucher la communauté étudiante en recherche, nous collaborons activement à certaines démarches initiées par cette communauté et à des initiatives émanant des universités et organismes associés à la recherche au Québec. Par exemple, des membres du CIE participent aux discussions entourant la création d’un Forum interuniversitaire axé sur le développement de compétences transversales visant à accroître la compétitivité des étudiantes-chercheuses et des étudiants-chercheurs dans leur cheminement de carrière (projet AQEDUCT).

Une attention particulière a été portée aux travaux du gouvernement du Québec entourant la mise sur pied d’une enquête au sujet des compétences et des parcours d’insertion professionnelle des titulaires de doctorat. Cette démarche s’inscrit dans une volonté de reconnaître la diversité et la richesse des compétences acquises et mobilisées tout au long des études aux cycles supérieurs. Une démarche qui consiste aussi à valoriser ces compétences tant auprès des titulaires de doctorat qu’auprès des milieux de travail et de la population québécoise.  

Si les enjeux associés aux réalités quotidiennes des chercheurs et chercheuses de la relève sont multiples, les possibilités d’action sont aussi très nombreuses. Par exemple, depuis la création du comité, celui-ci a notamment :

  • sensibilisé les FRQ et le Scientifique en Chef sur l’importance d’indexer les montants des bourses d’excellence aux cycles supérieurs;
  • pris position en encourageant les FRQ à participer à une enquête panquébécoise sur la valorisation des compétences des diplômés de doctorat;
  • proposé de mieux documenter les impacts du financement sur les parcours de formation en recherche des récipiendaires de bourses;
  • réfléchis avec les FRQ sur les manières d'harmoniser les règles des programmes de bourses d’excellence;
  • réfléchis à l'implication étudiante dans l'administration de la recherche, tant au sein des environnements de recherche financés par les FRQ qu'à la gouvernance plus globale de la recherche au Québec;
  • exploré des créneaux qui permettront  la valorisation du transfert des connaissances et la question du libre accès aux données, enjeux d’actualité qui concernent de manière directe les étudiantes-chercheuses et étudiants-chercheurs;
  • trouvé des moyens pour encourager la participation étudiante dans le fonctionnement des instances décisionnelles et des comités, et ce, tant au sein des FRQ qu’auprès de divers ministères et organismes ayant un rôle actif en recherche.

Nous sommes convaincus que ces implications sont susceptibles de favoriser un plus grand sentiment d’appartenance de la communauté étudiante de recherche et de permettre aux étudiantes-chercheuses et aux étudiants-chercheurs de devenir des acteurs et actrices d’influence dans leurs environnements de recherche en étant mieux informé-e-s sur la structure organisationnelle régissant leur domaine et en étant au fait des orientations gouvernementales.

Consulter pour mieux conseiller : un rendez-vous annuel

Depuis 2015, nous organisons une consultation annuelle dans l’objectif de rallier plusieurs acteurs du milieu de la recherche. Ces rencontres permettent de capter certaines préoccupations de la communauté étudiante en recherche et de formuler au Scientifique en chef des recommandations plus judicieuses et mieux éclairées.

Dans le cadre de l’édition 2016, nous nous associons avec l’Acfas et l’ADÉSAQ afin de renouveler l’expérience.

La consultation Bonifier le doctorat... Que recommandent les étudiantes-chercheuses et des étudiants-chercheurs? propose de manière participative trois thèmes à explorer sous forme de « tables rondes » :

  • 1)  les conditions de vie des étudiantes-chercheuses et des étudiants-chercheurs (p. ex. santé physique et psychologique, conciliation travail-famille ou travail-études, etc.) ;
  • 2) la condition de la formation doctorale et la participation des étudiantes-chercheuses et des étudiants-chercheurs aux environnements de recherche ;
  • 3) l’adéquation de la formation avec le projet professionnel et les compétences visées.

L’intérêt démontré par les étudiants envers le comité, notamment dans le cadre de notre campagne de recrutement, témoigne d’une génération de chercheurs et chercheuses dynamiques qui, au-delà d’un souci d’excellence dans la production de connaissances, veulent participer activement à l’épanouissement de la recherche au Québec. Nous devons s’en réjouir. Cette force doit servir de pilier pour créer des environnements de recherche florissants, qui s’adaptent aux nouvelles réalités, qui offrent des opportunités d’épanouissement et qui garantissent de conditions de vie adaptées. Dans cette perspective, vous êtes invités à suivre nos travaux et à faire part de tous vos commentaires à l’adresse suivante : cie@frq.gouv.gc.ca. Prenez la parole, c’est une plateforme qui se veut votre reflet!

 

NDLR : en attente du retour de notre espace "Commentaires", nous vous invitons à écrire à la rédactrice en chef : johanne.lebel@acfas.ca

Auteur(es)

Marie-Pierre Cossette
Université Concordia

Marie-Pierre Cossette est étudiante au doctorat en psychologie à l'Université Concordia. Spécialisée en neuroscience, elle examine le fonctionnement des régions du cerveau essentielles pour l'évaluation des récompenses. Elle est présidente du comité intersectoriel étudiant et siège au C.A. du FRQS à titre de Représentante étudiante. Elle a obtenu la bourse Alexander Graham Bell du Canada du CRSNG pour le doctorat et la maîtrise, la bourse de Maîtrise B1 du FRQNT et des bourses internes de l'Université Concordia.

Jean Christophe Bélisle-Pipon
Université de Montréal

Jean Christophe Bélisle-Pipon est candidat au doctorat en bioéthique à l’Université de Montréal. Sa thèse de doctorat porte sur l'éthique de la commercialisation des médicaments, avec un accent particulier sur la communication directe aux consommateurs des médicaments de style de vie. Ses autres domaines de recherche comprennent la responsabilité partagée dans l'élaboration des politiques publiques, l'éthique des affaires et la conduite responsable de la recherche. Il a coédité le livre Les enjeux éthiques de la limite des ressources en santé, récemment paru aux PUM. Ses articles scientifiques ont été publiés dans des revues telles que Healthcare Policy, Journal of Bioethical Inquiry, American Journal of Bioethics, Canadian Medical Association Journal et HEC Forum. Il est impliqué dans l’administration de la recherche et des affaires académiques. À ce titre, il est notamment membre du Comité étudiant intersectoriel des Fonds de recherche du Québec ainsi que du Groupe de travail national sur la formation doctorale du Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. Il est boursier des Fonds de recherche du Québec-Santé (FRQS) et de l’Unité SOUTIEN-SRAP du Québec. Twitter: @BelislePipon.

Louis-François Brodeur
HEC Montréal

Louis-François Brodeur est titulaire d’une maitrise en philosophie politique, candidat au doctorat en administration à HEC Montréal et boursier du Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC). Ses recherches portent sur la liberté académique des professeurs : comment elle émerge, interagit avec son environnement et change. Au cours des dernières années, il a eu l’occasion de présenter ses recherches au sein de nombreux forums internationaux. Parallèlement à ses activités académiques, il siège au conseil d’administration du FRQSC.

Sylvie Fortier
Université du Québec à Rimouski

Sylvie Fortier est doctorante en éducation au programme de doctorat-réseau de l’Université du Québec. Actuellement chargée de cours à l’Université du Québec à Rimouski, elle a aussi enseigné la sociologie et les méthodologies de recherche au collégial. Elle collabore depuis quelques années à différents projets de recherche en éducation et en sciences sociales. Ses intérêts de recherche portent notamment sur les parcours de vie, l’étude des conciliations famille-travail-études, la parentalité, l'insertion professionnelle et les rapports sociaux de genre. 

Olivier Lemieux
Université Laval

Olivier Lemieux effectue actuellement ses études doctorales en administration et politiques de l’éducation à l’Université Laval. Titulaire d’un baccalauréat spécialisé en Histoire, profil excellence, et d’une maîtrise en Politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, ses principaux travaux traitent, plus largement, de l’analyse des politiques d’éducation et de l’histoire politique et intellectuelle du Québec contemporain et, plus précisément, des fondements politico-idéologiques qui sous-tendent le cours d’histoire du Québec au niveau secondaire.

Simon Massé
Université du Québec à Rimouski

Simon Massé est étudiant au doctorat en Sciences de l’environnement à l'Université du Québec à Rimouski. Ses intérêts de recherche l’ont amené à approfondir la question de l’intégration des connaissances scientifiques sur le fonctionnement hydrogéomorphologique des rivières dans les stratégies de gestion durable du territoire. Résolument abordé sous un angle interdisciplinaire, son projet de thèse valorise la participation des communautés locales pour réduire leur vulnérabilité face aux risques d’inondation et d’érosion. Grandement impliqué dans son milieu et récipiendaire de nombreuses distinctions, il est notamment détenteur de la prestigieuse bourse d'excellence en recherche Réal-Décoste Ouranos/FRQNT sur les changements climatiques.

Madison Rilling
Université Laval

Madison Rilling est étudiante au doctorat à l'Université Laval dans le département de physique, de génie physique et d'optique. Dans le cadre de sa recherche faite conjointement au CHU de Québec-Université Laval et au Centre d'optique, photonique et laser, elle met la conception optique à profit de la physique médicale pour l'amélioration des traitements de cancer en radiothérapie externe. En complément de son rôle à titre de membre au sein du CIÉ, Madison siège au conseil d'administration du Fonds de recherche du Québec - Nature et technologies depuis juillet 2016. 
 

 

Note de la rédaction : Les textes publiés et les opinions exprimées dans Découvrir n’engagent que les auteurs, et ne représentent pas nécessairement les positions de l’Acfas.