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L’art-thérapie vue par les neurosciences

Mai 2014 | Numéro Spécial - 82e Congrès
Rébecca Barbier
Journaliste
Au Québec, le titre d’art-thérapeute n’est toujours pas protégé et reconnu. Cependant, les avancées récentes des neurosciences pourraient radicalement changer la donne.

 

 

[Colloque 606 - Art, créativité et mieux-être : avancées et défis de la recherche en thérapies par les arts – 12 et 13 mai]

Ils ont souvent un usage limité de la langue parlée en raison de leur âge, de leur ethnie, de leur diversité culturelle, d’incapacité physique ou mentale (autisme, Alzheimer…), ou lorsqu’ils doivent faire face à des émotions intenses, (abus sexuels, stress post-traumatique, cancer….). Tel est le genre de patients souvent pris en charge par un art-thérapeute.

L’art-thérapie en question

L’art-thérapie consiste à évaluer, aux moyens de différentes formes artistiques (arts visuels, musique, théâtre, etc.), le fonctionnement psychologique, et à effectuer des plans d’intervention et de traitements. L’objectif étant de rétablir la santé mentale mais aussi la créativité.

Cette discipline existe officiellement depuis les années 1930 même si elle n'est pas très répandue en Europe. Dans la majorité des pays anglo-saxons, l’art-thérapie est une profession régulée par l’État. À Montréal, elle a été intégrée et développée par Marie Revai dans les années 1960. Toutefois, au Québec, le titre d’art-thérapeute n’est toujours pas protégé et reconnu.

Cependant, les avancées récentes des neurosciences pourraient radicalement changer la donne. Car la mise en évidence des processus implicite et explicite du cerveau apporte des arguments aux arts-thérapeutes, et notamment à Johanne Hamel, professeure en art-thérapie spécialisée en arts visuels à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, pour expliquer scientifiquement ce qu’ils ont pratiqué intuitivement.

L’implicite et explicite

Les chercheurs ont longtemps divisé le cerveau en deux structures distinctes : les hémisphères gauche et droit. À chacune de ces parties, des tâches spécifiques étaient attribuées : la logique, la parole, l’intellect, l’analytique et l’écriture pour le cerveau gauche. Et pour le droit, l’artistique, le spirituel, l’émotif, l’intuitif et le symbolique.

Aujourd’hui, on conçoit davantage le cerveau en termes de systèmes interconnectés. Dans l’exécution d’une tâche particulière, les deux hémisphères sont sollicités à des degrés divers. Le gauche correspond à un mode dit explicite, auquel on associe le rationnel, le conscient, le verbal. Le mode de l’hémisphère droit est implicite, et se réfère à l’expérientiel, l’inconscient, le non verbal.

En voie de reconnaissance…

Les recherches actuelles en neurosciences démontrent que les souvenirs traumatisants restent bloqués dans les régions inconscientes du cerveau : dans certain cas de trouble dissociatif comme l’état de stress post-traumatique, le verbal ne suffit pas à traiter l’intégralité des symptômes et le recours au mode implicite devient une nécessité.

Selon l’expérience de Johanne Hamel, la stimulation simultanée des aires somatosensorielles et/ou visuelles et des aires motrices, trace un chemin vers les mémoires implicites, c'est-à-dire vers l’inconscient, en le réveillant. Or, les chemins neurologiques empruntés en art-thérapie, lors de la réalisation d’une image, sont les aires visuelles, kinesthésiques et motrices.

De fait, les art-thérapeutes ont un accès privilégié à ce mode : ce qui ne peut-être dit peut être explicité de façon non-verbale au travers du dessin ou de la peinture. Par exemple, une expérience réalisée dans les années 1990 confirme l’hypothèse selon laquelle dessiner les cauchemars ne retraumatise pas le patient, à l'inverse du langage écrit.

Pour les art-thérapeutes, la discipline a reçu des validations scientifiques. En revanche, l’Office des professions du Québec ne reconnaît pas cette pratique comme étant d’ordre psychothérapeutique. Un point sur lequel Johanne Hamel et un Comité de l’Association des art-thérapeutes du Québec se proposent d’entrer en pourparlers avec l’Office des professions du Québec dès que possible.

Source :

  • Hamel, J. (2008) Cours de deuxième cycle, L’art comme médecine, Département des sciences du développement humain et social, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.
Sujets : arts & littérature, neurosciences & psychologie, santé

Présentation de la journaliste

Rébecca Barbier est journaliste et vulgarisatrice. Elle détient une maîtrise en arts et sciences de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ainsi qu’une maîtrise en métiers du texte et de l’image de l’Université Paris 13 Nord. Ayant fait ses premières armes au sein des services de presse des Éditions Flammarion et du Muséum national d’histoire naturelle de Paris, elle se perfectionne aujourd’hui, au Québec, en effectuant un stage à l’Acfas et continue ainsi d’évoluer dans un milieu qui la passionne : la culture scientifique. 

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L'art-thérapie, pas le seul...

Chère Madame Cloutier,

Comme l’a précisé la professeure Hamel, et comme le stipule l’article, les neurosciences ne considèrent plus le cerveau en tant que deux structures distinctes… Là où vous avez bien fait de me reprendre, c’est quand j’ai dit: « l’art-thérapie est le seul à pouvoir accéder au mode implicite ». Vous avez raison, c’est faux. C’est pourquoi, dans un souci de justesse, j’ai rectifié le tir en collaboration avec Johanne Hamel. De plus, l’ajout d’un nouveau paragraphe aidera, surement, à mieux expliciter ce point dans cet article qui, certes, n’aidera peut-être pas l’art-thérapie à obtenir ses titres de noblesse mais qui, je l’espère, en incitera certains à mieux se renseigner, ou tout simplement, à s’intéresser à cette discipline qui est, comme vous l’avez dit, une approche formidable.

Rébecca Barbier, journaliste

Commentaire sur l'art-thérapie et les neurosciences

Oui, Mme Cloutier, cela prend de la psychologie pour expliquer le fonctionement psychologique d'une personne et justement, je suis aussi psychologue et donc très bien plaçée pour en parler, tout comme mes collègues art-thérapeutes d'ailleurs. Je suis tout à fait d'accord que la recherche actuelle en neuro-sciences démontre bien que la conception des deux cerveaux n'est pas tout à fait exacte, tout comme l'article le dit d'ailleurs: on conçoit davantage le cerveau aujourd'hui en termes de systèmes interconnectés. Il est tout à fait juste aussi que l'art-thérapie n'est pas la seule façon d'accéder au mode implicite, je me suis sûrement mal fait comprendre, c'est loin d'être exact en effet, toutes les thérapies par les arts crétaifs y donnent un accès privilégié et même une certaine façon d'utiliser le langage verbal en psychothérapie. Et finalement, il y a de plus en plus de psychologues qui se forment pour utiliser l'art-thérapie comme mode d'intervention mais malheureusement, plusieurs l'utilisent aussi sans avoir la formation; il s'agit pourtant d'une domaine d'intervention qui a son propre corps de connaissances et ses modes d'intervention qu'il faut connaître pour protéger le grand public. Je ne peux qu'inciter les chercheurs à mieux se renseigner sur ce qu'est vraiment l'art-thérapie et ses possibilités.

Johanne Hamel, D.Ps., psychologue, psychothérapuete par l'art, professeure d'art-thérapie
Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.

Art thérapie, le seul....

Ce n'est pas en émettant des écrits comme ceux-là que l'art-thérapie obtiendra ses titres de noblesse...Dire que l'art-thérapie est le SEUL qui s'adresse à l'interconnexion entre les deux cerveaux gauche et droit...c'est forcément faux et exagéré. D'autant plus que les dernières recherches en psycho-neurologie ou en neuro-science viennent de détruire le mythe des deux cerveaux, l'un consacré soi-disant au rationnel et l'autre à la créativité etc... C'est pas fort! Et, je suppose que la journaliste n'a pas encore entendu parler de Freud....pour remonter à Mathusalem. Même si Freud pratiquait des thérapies verbales, c'est le non-verbal ou l'inconscient auquel il s'adressait et qui lui permettait d'émettre certains commentaires sur le fonctionnement psychologique d'un patient. Encore une fois, séparer les deux est fallacieux. J'apprécie énormément l'art thérapie que beaucoup, beaucoup de psychologues utilisent au Québec (le Québec n'est pas la France) C'est une approche formidable, un outil précieux mais ce n'est pas une panacée pour expliquer le fonctionnement psychologique d'une personne...Ça prend de la psychologie pour expliquer le fonctionnement psychologique d'une personne...il me semble.

Nicole Anne Cloutier, psychologue