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532 - Le programme Éthique et culture religieuse : impasse et avenir (IXe colloque du GREE (Groupe de recherche sur l’éducation éthique et l’éthique en éducation))

Le programme d’Éthique et culture religieuse (ECR) soulève nombre de débats depuis son implantation obligatoire dans toutes les écoles québécoises en 2008. Le programme a aussi été contesté devant les tribunaux. La Cour suprême du Canada a rendu un jugement en 2015 qui permet à une école secondaire privée d’adopter le programme ECR selon un point de vue catholique. Les défenseurs de ce programme regrettent ce jugement qui trahit son esprit non confessionnel, alors que ses opposants ont considéré qu’il confirmait l’idée que ce programme est un prolongement de l’enseignement religieux confessionnel d’autrefois. De plus, les signataires d’une pétition qui circule dans les médias sociaux en ce moment demandent que le programme ECR soit retiré du curriculum du primaire.

Depuis 2008, plusieurs études menées au Québec sur l’enseignement de l’ECR permettent de dresser un portrait des pratiques des enseignants et des défis qu’ils rencontrent dans leur travail quotidien. Les chercheurs ont entre autres mis en évidence un certain nombre de faiblesses liées à ce cours : l’insuffisance de la formation des enseignants du primaire, le manque de connaissance sur la vie communautaire des minorités religieuses du Québec, la difficulté de traiter de thèmes sensibles, les carences dans plusieurs manuels scolaires, l’inconfort d’aborder un point de vue religieux sur des questions d’éthique, les règles déontologiques inscrites dans le programme, etc. Néanmoins, les chercheurs ont aussi montré que le programme ECR répond aux attentes d’une société qui se distingue par la reconnaissance de sa diversité.

Ce colloque se veut une occasion d’aborder, à partir d’études scientifiques et de réflexions critiques, les impasses et l’avenir du programme ECR.

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Colloque
Section 500 - Éducation
Responsables
UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières
Université Laval
UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières
UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières
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Avant-midi
09 h 00 à 12 h 00
Communications orales
Éthique et culture religieuse : quelle vision de l’éducation?
Présidence/Animation : Bruce
Batiment : (R) RUTHERFORD
Local : (R) 114
09 h 00
Mot de bienvenue
09 h 30
Éthique et citoyenneté dans le programme québécois d’Éthique et culture religieuse
Dany Rondeau (UQAR - Université du Québec à Rimouski)

Même si ce n’était pas sa finalité, le programme Éthique et culture religieuse propose implicitement en même temps qu’il s’appuie sur elle, une conception précise de la citoyenneté qui s’accompagne d’une conception tout aussi ciblée de l’éthique. Il est facile de voir comment conceptions de la citoyenneté et de l’éthique sont liées de manière inextricable dans ce programme au point qu’il est difficile d’établir si la conception de l’éthique mise de l’avant par ce programme découle d’une conception de la citoyenneté ou si c’est plutôt l’inverse. Ce programme défend une conception libérale de la citoyenneté et de l’éthique - dont les influences philosophiques remontent au libéralisme de Mill - qui ouvre nécessairement ou logiquement sur une acceptation du pluralisme et qui milite implicitement pour une laïcité dite ouverte. Cette posture est toutefois très critiquée à l’heure actuelle par une tendance plus nationaliste et conservatrice ce qui fait qu’un débat sur le rapport entre citoyenneté et diversité ne cesse d’être alimenté depuis la mise en place de ce programme. C’est ce rapport conceptuel entre éthique et citoyenneté que nous voulons esquisser et analyser dans cette communication.

Résumé
10 h 00
Libéralisme compréhensif et libéralisme politique : quel libéralisme pour l’éducation au pluralisme?
Alexandra Malenfant-veilleux (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

Est-il légitime qu’un État prétende à la neutralité tout en faisant, à l’école, la promotion des valeurs démocratiques libérales et l’éducation au pluralisme (éducation qui s’incarne, au Québec, dans le programme Éthique et culture religieuse)? L’idéal démocratique libéral ne participe-t-il pas lui-même d’une doctrine morale compréhensive, celle de la démocratie libérale?

Dans le cadre de cette présentation, je vais tenter de montrer qu’il est non seulement possible, mais qu’il m’apparaît nécessaire que l’éducation au pluralisme, de même que les programmes d’étude qui la commandent, s’appuient sur les principes du libéralisme politique (Rawls, 1993; Nussbaum, 2011), et non sur une forme plus ou moins modérée de libéralisme compréhensif (Levinson, 1999). En d’autres termes, je vais défendre qu’appuyé explicitement sur les principes du libéralisme politique, le programme d’Éthique et culture religieuse serait peut-être plus susceptible de susciter le consensus (voire d’éviter les contestations juridiques) que s’il est fondé sur une forme quelconque de libéralisme compréhensif.

Pour ce faire, (1) je vais brièvement expliquer, en m’appuyant notamment sur Leroux (2016) et Nussbaum (1997, 2010), pourquoi l’éducation au pluralisme est de nos jours indispensable; (2) suivant Rawls (1993) et Nussbaum (2011), je vais défendre le libéralisme politique à l’encontre du libéralisme compréhensif modéré de Levinson (1999); (3) je vais suggérer quelques idées en vue de préciser le Programme de formation de l’école québécoise (PFEQ) quant à cette question.

 

Résumé
11 h 00
Éthique et culture religieuse : une approche éthique et culturelle de l’éducation en cohérence avec les orientations initiales?
Nancy Bouchard (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Aboutissement du processus de déconfessionnalisation du système éducatif, l’Éthique et culture religieuse représente non seulement un tournant majeur en éducation au Québec mais un projet de société : vivre ensemble dans une société pluraliste où la reconnaissance de l’autre et la poursuite du bien commun sont à l’œuvre dans le dialogue. Des orientations ministérielles qui annonçaient ce projet de programme (MEQ 2000; MELS, 2005), il se dégage une approche éthique et culturelle de l’éducation en cohérence avec cette perspective d’avenir. Mais qu’en est-il du programme ? Emprunte-t-il cette même approche éthique et culturelle ? Telle est la question à laquelle nous nous attarderons dans notre analyse des points de convergence et de divergence entre les orientations ministérielles et le programme.

Résumé
11 h 30
Habermas et les compétences discursives
Arianne ROBICHAUD (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Jürgen Habermas est, sans conteste, l’un des plus importants théoriciens de l’éthique au XXe siècle : plusieurs de ses ouvrages jouissent d’une réputation bien établie en morale, en droit ou en bioéthique, et le concept de rationalité développé dans la Théorie de l’agir communicationnel (1987) s’avère particulièrement riche pour caractériser les différents types de discussions prenant place entre les acteurs sociaux contemporains. Toutefois, la pensée habermassienne est toujours peu mobilisée en sciences de l’éducation, notamment au regard de ce qu’elle peut offrir pour une exploration des fondements philosophiques de l’éducation éthique : dès lors, que nous dévoile-t-elle sur le développement moral des individus, et quel est l’état actuel de la recherche concernant les principales idées défendues par Habermas dans le cadre de sa théorie développementale? Quelles critiques pouvons-nous formuler à l’endroit de ce modèle? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles tente de répondre cette communication, articulée en trois temps : une présentation de la théorie du développement moral exposée par Habermas dans Morale et communication (1986), une mise en lumière des principales critiques pouvant lui être adressées et, finalement, quelques considérations pour une réactualisation de la pensée habermassienne pour l’éducation éthique au primaire et au secondaire.

Résumé
Dîner
12 h 00 à 13 h 30
Dîner
Dîner
Après-midi
13 h 30 à 17 h 00
Communications orales
Défis pratiques de l’enseignement de l’Éthique et culture religieuse
Présidence/Animation : Denis
Batiment : (R) RUTHERFORD
Local : (R) 114
13 h 30
La posture professionnelle d’impartialité en Éthique et culture religieuse à la lueur des arrêts des cours supérieures canadiennes dans les affaires de Morin, des Parents de Drummondville et de Loyola
Bruce Maxwell (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

Cette contribution a comme but de montrer que l’encadrement réglementaire régissant l’impartialité enseignante au Québec est contradictoire, confus et donc intenable. Malgré une tension entre les indications officielles relatives à la posture professionnelle en ECR et la portée de l’autonomie professionnelle enseignante prévue par la Loi sur l’instruction publique, de nombreux enseignants l'acceptent comme une réserve idéologique exigée par souci pédagogique. Les jugements des cours supérieures à la question envoient aussi de messages contradictoires à cet égard. À partir de l’arrêt de parents de Drummondville, l’affaire du Collège Loyola, et l’affaire de Morin de la cour d’appel, nous discuterons de cette ambivalence dans le rôle des enseignants. Que faire pour sortir de cette impasse? Nous prônons un décret sur l’impartialité enseignant qui tient compte de tous les droits et intérêts en jeu : le droit des enseignants d’autonomie professionnelle et de liberté d’expression, le droit de l’État d’établir le programme de formation, la liberté de religion et de conscience des citoyens, et l’intérêt qu’a la collectivité à offrir une éducation à la citoyenneté adaptée aux besoins d’une société démocratique.

 

Résumé
14 h 00
Diversité culturelle et religieuse et posture professionnelle d’impartialité : analyse de pratiques enseignantes au secondaire en Éthique et culture religieuse
Stéphanie Gravel (UdeM - Université de Montréal)

Dans le contexte de diversité et de sécularisation grandissante de la société pluraliste québécoise, le programme non confessionnel d’Éthique et culture religieuse (ECR) exige de ses enseignants une posture professionnelle d’impartialité et d’objectivité afin de respecter la liberté de religion des élèves. Bien que cette question ait suscité plusieurs débats sociaux et juridiques, aucune recherche qualitative n’a analysé sa mise en pratique en classe. Afin de répondre à ce manque dans la littérature scientifique, seront ici présentés les résultats d’une recherche doctorale analysant la mise en pratique de l’exigence d’impartialité en ECR chez 12 enseignants du secondaire provenant de milieux socioculturels différents (écoles privées confessionnelles ou publiques non confessionnelles ainsi que de milieu multiculturel ou non multiculturel).

Après avoir résumé la posture professionnelle exigée en ECR et la méthodologie utilisée dans cette recherche, seront présentés les résultats d’analyses des observations non participantes réalisées à partir d’une approche déductive thématique et transversale. Nous répondrons ainsi aux questions d’analyse suivantes : comment les enseignants mettent-ils en pratique la posture professionnelle d’impartialité exigée en ECR ? Les éléments visibles distinctifs observés dans les classes et sur les enseignants respectent-ils la posture professionnelle d’impartialité du programme ECR ? Une attention particulière sera apportée au lien entre l’impartialité et la diversité des milieux éducatifs dans lesquels ces enseignants travaillent

 

Résumé
14 h 30
L’approche interculturelle et inclusive du programme Éthique et culture religieuse
Sivane Hirsch (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

L’approche interculturelle et inclusive de l’éducation vise deux finalités, en invitant l’enseignant : (1) à faire place à la diversité en s’adressant à tous les élèves dans la classe; et (2) à adopter des pratiques d’équité qui prennent en compte les diverses expériences de vie des élèves (Potvin et al., 2015). La Politique d’intégration scolaire et d’éducation interculturelle adoptée par le Ministère de l’Éducation du Québec déjà en 1998 avait comme objectif de baliser ces orientations dans l’ensemble de l’enseignement dans les écoles québécoises. Le programme Éthique et culture religieuse s’inscrit clairement dans cette approche en faisant une réelle place à la pluralité de la société québécoise qui concerne, comme d’ailleurs dans nombreuses sociétés contemporaines, toutes les sphères de la vie en société dont la diversité de modèles familiaux, d’orientations sexuelles, d’idéologies politiques, de croyances, etc. Le programme consacre néanmoins une place significative au marqueur religieux de la diversité. J’examinerai dans cette présentation d’abord la manière dont le programme ECR adopte l’approche interculturelle et inclusive de l’éducation puis son implication possible dans les classes.

Résumé
15 h 30
L’analyse critique des manuels d’Éthique et culture religieuse du primaire et ce qu’elle nous dit du programme
Mathieu Lizotte (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières), Sivane Hirsch (Université du Québec à Trois-Rivières)

Le collectif La face cachée du cours Éthique et culture religieuse (Baril et Baillargeon, 2016) s’attaque clairement à sa deuxième compétence. Dans le texte « Stéréotypes sexistes et stéréotypes culturels dans les manuels d’ECR du primaire», El-Mabrouk et Sirois analysent les documents iconographiques des manuels d’ECR du primaire et soulèvent plusieurs critiques notamment à l’égard de la présentation qu’ils font des femmes musulmanes. Elles en viennent alors à la conclusion que le volet de culture religieuse devrait être retiré du cours d’ECR.

Si nous partageons certaines de ces observations, nous rejetons la conclusion de cet article pour plusieurs raisons. D’abord, les problèmes observés dans le matériel didactique ne peuvent pas être attribués au programme ministériel, mais plutôt aux choix faits par les éditeurs. Ensuite, l’analyse des images et des extraits qui les expliquent est souvent partielle et peu contextualisée. Enfin, la critique que font les auteures du programme est structurée autour de l’idée que celui-ci fait la promotion des religions qu’il présente, et ne prend pas en compte ses vrais objectifs, à savoir la reconnaissance de l’autre et le meilleur vivre ensemble. À partir d’une analyse de ces mêmes manuels, nous discuterons dans ici de ces différentes critiques, de leur validité et des pistes de solution que nous proposons aux auteurs de manuels scolaire pour éviter les écueils que rencontrent dans le traitement de ce programme.

 

Résumé
16 h 00
Le traitement des inégalités entre les sexes dans le programme et les manuels d’Éthique et culture religieuse
Hélène Charron (Conseil du statut de la femme), Joelle Steben-Chabot (Conseil du statut de la femme)

Depuis sa création, le Conseil du statut de la femme s’intéresse au rôle de l’école dans la reproduction des inégalités de sexe. En 2016, il a publié un avis analysant, entre autres, les contenus éducatifs relatifs aux enjeux d’égalité dans le programme et les manuels (16) d’éthique et culture religieuse, de niveaux primaire et secondaire. Cette communication montrera en quoi la perspective utilisée dans le volet éthique n’est pas toujours adéquate pour rendre compte des inégalités existantes entre les femmes et les hommes et comprendre leur fonctionnement. Dans la portion culture religieuse, on montrera que la réitération de récits sexistes sans mise en contexte historique et le silence complet sur le caractère inégalitaire des structures et des rites des principales religions étudiées dans le programme contribuent à occulter le rôle des religions dans la reproduction des inégalités sociales, notamment de genre, et à insinuer que les religions demeurent le principal vecteur de valeurs et de principes éthiques.

Résumé
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Avant-midi
08 h 30 à 12 h 30
Communications orales
Face aux critiques : tentatives de réponses
Présidence/Animation : Sivane
Batiment : (R) RUTHERFORD
Local : (R) 114
08 h 30
Mot de bienvenue
09 h 00
Une analyse critique des discours critiques de la culture religieuse
Mireille Estivalèzes (UdeM - Université de Montréal)

Si, depuis son implantation en 2008, l’enseignement d’éthique et culture religieuse (ECR) a fait l’objet de nombreuses critiques − de parents chrétiens estimant leur liberté de religion bafouée, de mouvements laïques estimant au contraire que l’ECR nuit à la liberté de conscience des athées et des agnostiques, et enfin, de militants politiques qui reprochent à ECR de faire la promotion du multiculturalisme canadien au détriment de l’identité québécoise − de nouvelles accusations ont été récemment formulées. Ces critiques visent plus spécifiquement le volet culture religieuse du programme, en l’accusant de promouvoir le sexisme et le fondamentalisme religieux, et s’inscrivent dans un discours féministe (Conseil du statut de la femme 2016) et anti-religieux (Baril et Baillargeon 2016). Selon ces critiques, l’école devrait plutôt expliquer combien les religions sont discriminatoires à l’égard des femmes, voire même, constituent en soi un système d’oppression dont il faut se protéger. De plus, dans cette perspective, une approche culturelle du religieux ne peut que relever de l’endoctrinement et n’a donc pas sa place dans le système éducatif. Or, ces reproches visent-ils à critiquer un enseignement ou cherchent-ils plutôt à faire le procès de la religion ? Cette communication permettra d’analyser ces discours, en tentant de décoder leurs différents présupposés, de dévoiler certaines failles et de situer leurs arguments dans l’étude critique des religions.

 

Résumé
09 h 30
Problèmes de transmission
André Duhamel (UdeS - Université de Sherbrooke)

Je souhaite prendre prétexte, pour aider à camper le contexte général de nos réflexions, de la parution en 2016 de la somme philosophique produite par un des principaux artisans du programme ECR, Georges Leroux (Différence et liberté, Boréal). L’ouvrage lui-même ne se donne pas pour mission de faire un bilan prospectif ou rétrospectif à cet égard ; il propose une philosophie publique de l’éducation, c’est-à-dire une philosophie concrète adaptée à la problématique québécoise. De cette riche réflexion je retiendrai quatre éléments. 1) Le problème de la transmission, qui est celui de l’héritage de la culture humaniste. Cette transmission est menacée dans le monde actuel, selon Leroux (suivant Nussbaum) ; ce contexte défavorable laisse croire que le programme ECR fait peut-être face à trop forte partie. 2) Le statut du religieux : celui d’une foi maintenant détachée de son socle traditionnel, qui peut de ce fait servir de référent identitaire, et braquer la laïcité dans une posture semblable. 3) La question de la pluralité : l’ouvrage insiste sur le respect absolu de la croyance (liberté de conscience), moins sur le droit de critiquer la religion (liberté d’expression). Cela peut être mal interprété comme une défense philosophique de la religion, alors qu’il s’agit d’une question politique. 4) L’éthique comme compétence : s’il faut se féliciter qu’elle soit une des trois compétences du programme, la mettre en œuvre en ces termes est-il en phase avec la culture humaniste menacée ?

Résumé
10 h 00
Est-ce la fin du programme Éthique et culture religieuse?
Denis Jeffrey (Université Laval)

Le programme Éthique et culture religieuse québécois subit les assauts de la critique depuis sa création en 2008. Certains spécialistes espèrent voir sa disparition au primaire du fait qu’il est devenu une charge insupportable pour les enseignants de ce niveau scolaire. De leur côté, les laïcistes québécois ont attaqué le programme sur plusieurs points. Ils ont notamment remis en question son enseignement parce que, défendent-ils, il ferait notamment la promotion du multiculturalisme et du relativisme. Ils écrivent aussi que les enseignants folklorisent les religions et amalgament des croyances pourtant incompatibles. Ils ont aussi relevé que la Cour suprême du Canada a permis à une école de confession catholique de faire valoir ses propres croyances à l’intérieur du programme. D’autres auteurs ont pour leur part souligné que l’enseignement de la culture religieuse serait incompatible avec l’enseignement de l’éthique. Enfin, certains ont émis l’idée que l’enseignement culturel de la religion devrait s’ancrer dans une culture scientifique. En somme, nous allons présenter ici un bilan des nombreuses critiques sur le programme ECR, avant de proposer des orientations épistémologiques, pédagogiques et éthiques pour assurer son avenir.

Résumé
11 h 00
Penser l’avenir du programme d’Éthique et culture religieuse par une actualisation de la formation initiale des maîtres
Chantal Bertrand (UdeS - Université de Sherbrooke), Stéphanie Tremblay (Université du Québec à Montréal)

Dans un contexte marqué par une fragilisation des perceptions sociales du programme d’ECR, mais en même temps par une vitalité inédite du programme de baccalauréat en enseignement secondaire (BES) - concentration en ECR, de l’UQAM, le Département de sciences des religions a amorcé un projet d’actualisation de sa formation au BES/ECR. Cette initiative visait à la fois à en renouveler la pertinence sociale et pédagogique et à mieux répondre aux besoins des futur(e)s enseignant(e)s. Ce projet, présenté ici, se démarque par son orientation « bottom up », en s’appuyant sur une vaste consultation des différents acteurs concernés (étudiants, chargés de cours, professeurs, superviseurs de stages, maitres associés, etc.) à toutes les étapes de la réflexion. Après une première phase qui visait à cerner les besoins pédagogiques des étudiants et à planifier une articulation plus systématique entre les dimensions didactiques et théoriques de la formation, l’équipe a proposé une modification de programme, une refonte des outils de stage et la mise sur pied d’une plateforme en ligne de formation continue destinée aux professeurs, aux chargés de cours et aux étudiants. Des outils pédagogiques transversaux (ex. boite à outils) ont aussi été intégrés à certains cours du tronc commun en vue de systématiser la formation des étudiants. À mi-chemin de ce processus, nous percevons déjà les effets positifs des changements apportés, notamment sur la mobilisation de l’équipe enseignante.

 

Résumé
11 h 30
Apprendre à réfléchir de façon responsable : des situations d’apprentissage concrètes
Martin Raymond (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

Selon le programme du cours d’éthique et culture religieuse, l’élève doit avoir, à la fin de son parcours, une meilleure capacité « d’apprendre à réfléchir de façon responsable » (MELS 2015). Or, pour réfléchir de la sorte, il est nécessaire d’être capable de dépasser les préconceptions éthiques héritées de la société et du contexte familial tout en tenant compte de celles-ci. En tant qu’adolescents, les élèves sont progressivement encouragés à maîtriser leur autonomie réflexive ; ils pourront ainsi choisir des valeurs en s’ouvrant sur la pluralité des options offertes. Conséquemment, ils pourront aussi assumer les conséquences de leurs choix moraux. Tel est le sens du mot « responsable ». Cette tâche est d’autant plus importante en éthique puisque les réponses aux questions particulières de cette discipline ne reposent pas toujours sur des évidences. Bien que des zones grises demeurent, tout individu doit un jour ou l’autre se positionner par rapport à des questions complexes. Comment, concrètement, aider les élèves à développer cette responsabilité réflexive ? Par le biais d’une question éthique d’actualité, celle du débat sur le suicide assisté, nous observerons quel pourrait être un parcours favorisant la réflexion responsable. Nous y découvrirons des idées concernant des situations d’apprentissage et d’évaluation permettant d’aller en ce sens.

Résumé
12 h 00
Le cours d’Éthique et culture religieuse, un espace de dialogue incontournable dans un contexte de polarisations sociales : exemples de pratiques à la CSDM
Réginald FLEURY (CSDM - Commission scolaire de Montréal)

Mis en place dans la tourmente, contesté dès son implantation, négligé par certains et même boudé par d’autres, rarement aura-t-on vu un programme d’étude autant malmené que celui d’éthique et culture religieuse (ECR). Le Mouvement laïque québécois l’a décrit comme un instrument de propagande religieuse[1]. Baril a fait de son abolition une condition de la lutte à l’intégrisme[2]. El-Mabrouk a déniché les pires exemples d’applications mal avisées du programme afin de le discréditer dans sa totalité. [3] Mais dans un contexte où le profilage, la discrimination, l’islamophobie et la radicalisation menant à la violence occupent massivement l’espace public, que proposent les pourfendeurs du programme d’ECR? À l’opposé, de nombreuses enseignantes et conseillères pédagogiques portent avec brio les idéaux collectifs incarnés par le programme d’éthique et culture religieuse. Ils vont plus loin que les manuels d’ECR et développent des activités pédagogiques ancrées dans la réalité de la diversité québécoise. Ils abordent des sujets d’actualités, parfois même sensibles, et ils créent des espaces de dialogue où les élèves peuvent échanger et pousser leur réflexion au-delà des discours médiatiques polarisants.

Nous présenterons quelques exemples de pratiques inspirantes mises en place par des enseignantes et enseignants de la CSDM.

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