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82e du Congrès de l'Acfas

Colloque 310 - Cartographier les récits : enjeux méthodologiques et technologiques 

Lundi 12 mai à 08 h 30 au Mardi 13 mai à 17 h 15.
Responsable(s)
Sébastien CAQUARD Université Concordia, Thierry JOLIVEAU Université Jean Monnet Saint-Étienne
Description

Depuis les travaux fondateurs de Franco Moretti (1999) en cartographie littéraire, il est apparu possible de cartographier des objets aussi porteurs de subjectivité que des personnages de roman. De la carte du Tendre que Madelaine de Scudéry adjoint à son roman en 1654 au Discours sur les passions de l’amour qui sous-titre le Guide psychogéographique de Paris de Guy Debord en 1957, on repère une nécessité de cartographier des affects et des sentiments, d’organiser spatialement des récits personnels, qu’ils soient fictionnels ou non. L’apparition des outils numériques et les moyens de géolocalisation semblent changer techniquement la donne. L’engouement pour les activités dites néogéographiques s’est accompagné de la mise à disposition d’un nombre croissant d’applications sur Internet spécialement destinées à la cartographie des récits (p. ex. http://storymaps.esri.com; www.tripline.net; http://mapstory.org). Un internaute peut désormais recourir à ces outils pour spatialiser toutes sortes de récits, qu’ils soient fictionnels ou documentaire, individuels ou collectifs, présents ou passés, anecdotiques ou symboliques. Un premier examen des récits cartographiques produits avec ces outils confirme l’inadaptation de la cartographie conventionnelle (numérique ou non) pour représenter les dimensions sensibles des récits. La projection sur un fond topographique et le respect de l’espace euclidien apparaissent souvent réducteurs. De nombreux auteurs proposent donc de se tourner vers des modes d’expression cartographique alternatifs, souvent inspirés de pratiques artistiques, pour représenter les dimensions émotionnelles, politiques et sociales de certains récits.

L’objectif de ce colloque est de permettre aux chercheurs en sciences sociales et aux artistes, journalistes ou communiquants intéressés par la cartographie des récits de prendre connaissance des récents développements technologiques, conceptuels et méthodologiques qui ont émergé depuis quelques années dans ce domaine. Ces présentations de projets et retours d’expériences seront accompagnés d’échanges et de discussions visant à apporter des éléments de réponses à certaines des questions auxquelles est actuellement confrontée la cartographie des récits. Quels sont les atouts et limites des approches numériques pour une cartographie du sensible? Les nouveaux capteurs permettant l’enregistrement automatique et objectif d’éléments des récits ouvrent-ils un espace à une expression personnelle des affects et de l’émotion? Quelles sont les potentialités offertes par les approches cartographiques artistiques? Comment jongler cartographiquement entre un espace abstrait et imaginaire et un espace concret et topographique? C’est autour de ces questions méthodologiques, technologiques et conceptuelles que nous proposons de structurer ce colloque.

Lundi 12 Mai 2014

8 h 30 - 9 h 00
Accueil des participants
Communications orales
Bâtiment – Local : Pavillon HALL (HH) – H-521
9 h 00 - 10 h 30
Contexte et questions générales
Communications orales
Bâtiment – Local : Pavillon HALL (HH) – H-521
9 h 00_rem_
Mot de bienvenue
9 h 10_rem_
Thierry JOLIVEAU Université Jean Monnet Saint-Étienne, Sébastien CAQUARD Université Concordia

Quelle cartographie pour quel récit?

9 h 30_rem_
Quentin MORCRETTE Université de Lyon

L’itinéraire cartographique comme forme de récit

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Mon travail de thèse s’attache à ce type particulier de carte qu’est la carte d’itinéraire. Je la définie comme la carte du trajet d’un point A à un point B, selon une triple perspective : la carte d’un itinéraire proposé, la carte d’un itinéraire dans une perspective « commémorative » et la carte d’un itinéraire tracé sur le terrain. Ce type de carte présente une structure et implique une lecture, particulières. Les cartes d’itinéraire sont précisément celles faites « du » (voire « dans ») et « pour » le voyage. Elles sont des récits de pérégrinations au sein d’un territoire qui se différencient des cartes de réseau dans le sens ou elles racontent la ligne plutôt que la surface. D’autant plus récit qu’elles scandent un itinéraire qui se présente comme une succession d’étapes, et que l’on pourrait presque dire qu’elles imposent un sens de lecture à priori, se lisant alors dans une diachronie plus proche de la textualité que la synchronie traditionnellement associée à la perception cartographique (Palsky, 2004). A travers l’étude de la sémiologie de quelques cartes dans une perspective diachronique, je montrerai vers quoi le marquage de l’itinéraire comme récit de voyage réalisé à évolué. Après être revenu sur les liens entre cartographie d’itinéraire et récits suivant les trois modalités évoquées dans le premier paragraphe. Je développerai plus précisément sur des cartes faisant le récit d’itinéraire dans un aspect de commémoration au 17ème siècle, au 19ème et au 21ème siècle.

10 h 00_rem_
Pascal CLERC Université de Lyon

Quelles représentations spatiales pour exprimer une vie géographique? 

(Afficher le résumé)

Pendant près d’un demi-siècle, le géographe Maurice Zimmermann (1869-1950) a tenu son journal intime. C’est un corpus volumineux d’environ 10 000 pages qui fournit des informations assez exceptionnelles : plus d’un demi-siècle d’une vie savante et privée.  Comment traiter en géographe un tel corpus ? Comment prendre en compte la spatialité de ce savant dans une pratique de recherche ? Comment rendre compte par des représentations spatiales d’une vie géographique ?

La vie de Zimmermann se déroule dans divers espaces : ceux de ses recherches (Afrique du Nord et régions polaires), ceux de son enseignement (Lyon), ceux de son activité au sein de la communauté savante (Paris surtout). La volonté de mettre en carte ces spatialités se heurte aux pratiques conventionnelles, en particulier au fond de carte topographique qui rend difficilement compte de la dimension subjective des pratiques spatiales. L’enjeu est donc de trouver des formes de représentations alternatives. Deux pistes principales sont explorées :

- des représentations émancipées de la contrainte euclidienne, des sortes de modèles graphiques pour qualifier des lieux

- des alliances de cartes et de textes qui permettent de mettre en espace des fragments du discours. 

10 h 30_rem_
Pause
11 h 00 - 12 h 30
Discours et témoignages
Communications orales
Bâtiment – Local : Pavillon HALL (HH) – H-521
11 h 00_rem_
Kévin CROCHEMORE Université du Havre, Stéphane Henry Université du Havre, Mathilde MUS AURH - Agence d'Urbanisme de la Région du Havre et de l'Estuaire de la Seine

Cartographie et oralité : analyse du processus de transformation des représentations spatiales dans le discours syndical 

(Afficher le résumé)

Depuis les années 1980, l’Histoire a renoué avec le récit. Toute production de discours construit chronologiquement, qu’il soit écrit ou oral, peut être considérée comme récit. L’espace localise non seulement l’action du récit mais place également le récit lui-même dans un espace déterminé par son auteur. Il s’agit, à travers l’utilisation de l’outil cartographique d’analyser deux phénomènes dialectiques : d’une part les relations qui existent entre les différents espaces au sein du discours de façon statique et dynamique et, d’autre part, l’évolution des représentations sociales de l’espace à mesure de l’énonciation du discours. A travers une analyse linguistique d’un corpus de 40 entretiens de responsables syndicaux européens, nous nous sommes basés sur le relevé des occurrences spatiales afin d’identifier les relations qui existent entre les différents espaces évoqués. Cette analyse prend en compte la diversité des espaces dits ainsi que leur évolution dans le temps à mesure de leur évocation, transformant conséquemment les représentations initiales auxquelles ces occurrences se réfèrent. Par l’exemple européen, nous montrerons la pluralité des relations perçues qu’entretient cet espace avec ceux qui l’entourent, selon l’angle sous lequel il est considéré. Nous évoquerons également l’inconstance de ces représentations au fil du discours, confrontant les acteurs à leurs incohérences qui structurent les autoreprésentations, par opposition aux représentations externalisées. 

11 h 30_rem_
Flavie HOLZINGER Université de Vincennes Saint Denis (Paris 8), Francesca FATTORI Institut français de géopolitique (Université Paris 8)

Entre récit et réalité : la cartographie géopolitique de presse 

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La géopolitique telle que l’a pensée Yves Lacoste (La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre, 1976), permet d’utiliser le langage cartographique pour exprimer ce qui relève des sentiments vis-à-vis du territoire. La démarche géopolitique enseignée à l’Institut Français de Géopolitique consiste en l’étude de rivalités de pouvoir sur des territoires, en tenant compte des représentations contradictoires dont elles sont l’objet et qui suscitent des débats entre citoyens. Le concept de représentation renvoie à la manière dont un groupe humain se raconte son histoire et celle de ses voisins : elle renvoie à des sentiments et à des récits personnels qui parfois relèvent de la fiction. La cartographie permettrait donc de traduire ces représentations. Au quotidien français Le Monde, on transpose cette démarche méthodologique dans l’exercice technique de la cartographie de presse, notamment dans le cadre de hors série thématique (Atlas des utopies) ou dans le rendu des récits de terrain des reporters. Leurs propos sont ainsi territorialisés, schématisés, synthétisés, simplifiés : cette dimension qui relève du sensible s’ajoute aux données topographiques conventionnelles pour décrire des villes ou régions en guerre ou dans le feu de l'actualité. Cette contribution vise à présenter cette double démarche à la croisée d’une réflexion théorique sur la cartographie des récits et des contraintes techniques de la cartographie de presse. 

12 h 00_rem_
Sarah MEKDJIAN Université Pierre-Mendès-France Grenoble 2

Crossing Maps / Cartographies traverses : un atelier participatif et expérimental de cartographie des récits migratoires

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Demander l'asile dans les pays signataires de la Convention de Genève suppose d'être confronté à des injonctions administratives de se raconter et plus particulièrement de raconter les raisons et les conditions des voyages entrepris. Pour les administrations en charge de la demande d'asile, il s'agit de produire un récit vérifiable ; les registres de la preuve et de la véracité font partie des conditions requises pour le succès de la procédure. Dans ce cadre administratif, les cartes géographiques sont des outils utilisés pour mesurer le degré de référentialité et de véracité des récits.

Crossing Maps/Cartographies traverses est un projet artistique et scientifique qui vise à réinvestir le geste cartographique en dehors du registre administratif et normatif des récits migratoires. Nous définissons la pratique cartographique participative comme un outil de narration alternative de soi et comme une performance, pouvant avoir une portée émancipatrice et critique.     D'avril à juin 2013, nous, deux géographes et trois artistes plasticiens, avons constitué à Grenoble, France, des ateliers de cartographie, auxquels ont participé douze personnes, la plupart demandeurs d'asile ou réfugiés au moment des rencontres. Nous n'avons pas cherché à faire émerger des récits ni vérifiables, ni véridiques, mais à entrer en relation à partir de la pratique cartographique. Ce travail s'articule autour d'enjeux scientifiques, méthodologiques et critiques, mais aussi esthétiques et politiques.

12 h 30_rem_
Dîner
14 h 00 - 16 h 30
Récit cinématographique
Communications orales
Bâtiment – Local : Pavillon HALL (HH) – H-521
14 h 00_rem_
Thierry JOLIVEAU Université Jean Monnet Saint-Étienne, Pierre-Olivier Mazagol Université Jean Monnet Saint-Étienne

L’usage des cartes dans les films de fiction

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Le site collectif(e)space & fiction a comme objectif depuis 2011 de collecter et commenter collectivement, des dispositifs qui créent/représentent l’espace de la fiction à l’intérieur d’œuvres littéraires, cinématographiques ou artistiques : récits, descriptions, cartes, plans, schémas, systèmes informatiques, interfaces magiques ou techniques… Cet inventaire permet de mettre en évidence, au-delà des contraintes narratives propres à chaque genre, les diverses manières d’exprimer un espace de la fiction, un agencement des lieux, une mesure de distance. Mais toute narration est par nature un appareil de localisation per se. Le cinéma en particulier est par nature un média de l’espace. Tom Conley voit le cinéma comme une  « machine localisante », un instrument de projection semblable à la cartographie, qui, selon lui,  comme une carte dessine et colonise l’imagination du public, l’invente tout en cherchant à la contrôler (Conley, 2007).

 Dans cette contribution nous nous proposons d’une part d’établir à partir de la grande variété d’exemples collectés,  une première typologie de ces dispositifs spatiaux dans les films, de leur place et de leur rôle dans le récit. Ensuite, nous développerons une analyse de quelques exemples des dispositifs un peu singuliers ou significatifs, dans lesquels ces dispositifs jouent un rôle plus complexe au niveau de la narration globale, en continuité ou en rupture avec celle-ci.

14 h 30_rem_
Daniel Naud Université Concordia

L’évolution des discours urbains au cinéma québécois : une analyse de discours 

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Comme l’espace se compose à la fois de dimensions imaginaires et matériels, les récits fictionnels éclairent notre compréhension des grands enjeux socio-spatiaux. Ces récits agissent comme des miroirs déformants de la réalité, mettant en exergue des enjeux associés aux principaux milieux de vie, notamment la ville. L’objectif de la présente proposition est de démontrer que l’analyse des récits cinématographiques permet de poser un regard sur le processus complexe de production d’un imaginaire urbain québécois.

À cette fin, les représentations de la ville de 35 films de fiction québécois, produits entre 1980 et 2008, ont été analysées, afin d’examiner le processus de transformation de l’imaginaire urbain. Les récits et la géographie ont été soumis à une grille de lecture, de manière à obtenir une liste exhaustive et détaillées des lieux représentés. Ceux-ci ont été géocodés, afin de les visualiser sous la forme de cartogrammes. Représentation originale, le cartogramme oriente le lecteur sur les absences et les présences.

Globalement, les représentations montréalaises suggèrent une ville fragmentée et en mouvement.  Un regard plus attentif révèle toutefois des enjeux socio-spatiaux importants. Combinée à une analyse critique, la cartographie des lieux témoigne, d’une part, de l’évolution des regards que nous posons sur nos espaces, et d’autre part, de la contribution du cinéma à la synthèse des principaux enjeux chez les cinéastes québécois. 

15 h 00_rem_
Nashidil ROUIAI Université Paris-Sorbonne (Paris 4), Juliette MOREL Université Rennes 2

La cartographie des représentations cinématographiques de Hong Kong 

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Dans le cadre d’une étude sur les représentations filmiques du territoire hongkongais et leur impact géopolitique, la cartographie fournit un outil précieux permettant de mettre en lumière les espaces et les lieux sur-représentés ou sur-invoqués, ainsi que les modifications géographiques urbaines opérées par les films. Utiliser la cartographie dans une étude située à la rencontre de la géopolitique et de la géographie culturelle permet surtout d’acquérir une vision d’ensemble et un point de vue nouveaux. La cartographie impose en effet de se poser la question de la nature et de la quantification de la donnée cinématographique et de justifier la quantification en géographie culturelle. Une telle entreprise éprouve enfin la capacité de la cartographie – « vue de haut » mettant simultanément en présence et en rapport des informations – à représenter la temporalité et le mouvement du récit cinématographique et l’horizontalité de la prise de vue et du paysage au cinéma. 

15 h 30_rem_
Bernard GUELTON Université Panthéon-Sorbonne (Paris 1)

Protocole audio et « cartographie mentale » dans les jeux en réalités alternées

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Dans les jeux en réalités alternées, les participants alternent ou combinent leurs attentions et leurs actions entre réalités physiques, virtuelles et fictionnelles. Dans certains exemples, le développement du jeu se réalise par le biais de protocoles audio, c’est-à-dire par le biais d’une suite d’instructions sonores délivrées et échangées entre joueurs. Le développement du jeu peut déboucher sur l’expérimentation d’un récit urbain. Le repérage dans la ville ne s’actualise plus par l’intermédiaire d’une carte sur un smartphone, mais à travers la confrontation entre la découverte de l’espace urbain et les consignes sonores qui sont délivrées. On prendra pour exemple une expérimentation récente réalisée entre des joueurs situés à Paris et Shanghai en situation d’exploration physique d’une troisième ville virtuelle résultant de la combinaison d’un quartier parisien et shanghaien. En recevant et en échangeant des consignes audio pour guider leurs parcours dans la ville, les participants expérimentent des situations immersives et émersives très importantes. On pourra s’interroger pour savoir si la notion de cartographie mentale est pertinente pour rendre compte de ce type d’expérience et de leurs progressions dans la ville. Ce sera l’occasion de questionner à nouveau la notion de carte mentale pour savoir si celles-ci sont explicites, analogiques, métaphoriques ou de simples constructions hypothétiques.

16 h 00_rem_
Pause
16 h 30 - 17 h 45
Atelier − Cartographier les récits sur Internet : outils, potentialités et limites
Panel
Participant(s): Sébastien CAQUARD Université Concordia
Bâtiment – Local : Pavillon HALL (HH) – H-521
18 h 00 - 19 h 00
Cocktail
Cocktail
Bâtiment – Local : Extérieur du campus de Concordia – À être confirmé

Mardi 13 Mai 2014

8 h 30 - 10 h 30
Récit littéraire
Communications orales
Bâtiment – Local : Pavillon HALL (HH) – H-521
8 h 30_rem_
Juliette MOREL Université Rennes 2

Conception d’une base de données littéraires pour le traitement géomatique de la structure narrative de Nedjma de Kateb Yacine 

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Les œuvres composant Le Cycle de Nedjma de Kateb Yacine sont caractérisées par une structure narrative non chronologique et fragmentée, faite de répétitions et de ruptures. À cela s'ajoute l'omniprésence de figures géométriques : le Cycle est un système organisé spatialement. Ce constat permet d'adopter une perspective spatiale, notamment empruntée aux sciences géomatiques, et d'appliquer leurs méthodes pour appréhender de manière nouvelle sa complexité. Ainsi ai-je entrepris de construire une base de données géomatique référençant exhaustivement l'ouvrage Nedjma. Elle est conçue pour explorer les possibilités de représentations graphiques capables de rendre compte de manière adéquate de son système narratif : il s'agit de considérer les données que regroupe la base (unités littéraires et fragments narratifs) comme des données spatiales, de les organiser selon différentes échelles, de les cartographier selon un système de référence spatial propre à l’œuvre et ainsi de montrer visuellement les correspondances, les symétries ou la distance qui existent entre elles. Il s'agit d'une démarche expérimentale en cours, où le pivot entre la cartographie et la littérature ne réside pas dans l'espace géographique référentiel présent dans l’œuvre et influencé en retour par elle, mais davantage dans le champ de la méthodologie : il s'agit d'explorer l'apport potentiel des technologies géomatiques à l'étude de l'espace littéraire, conceptuel et abstrait.



9 h 00_rem_
Amy WELLS Université de Caen

La géomatique sociolittéraire : un outil pour la cartographie littéraire

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La « géomatique socio-littéraire » est une approche géomatique permise par les interprétations sociales et littéraires d’informations géographiques qui ont comme objectif la considération des interactions humaines avec l’espace : cette méthodologie implique l’usage des bases de données SIG associées avec des saisies d’analyses littéraires sur les lieux, les personnages, et les trames. Cette méthodologie a été développée dans le cadre de l’étude « Gender and Geography : A Geocritical Approach to Left Bank Women’s Writing ». Dans ma communication, je vais exposer la méthodologie de la géomatique socio-littéraire ainsi que les résultats concrets : 1) ceux qui soutiennent l’analyse géocritique littéraire 2) et l’outil de la base de données : ce ne sont pas seulement des données pour produire cinq ou six cartes, mais toute une récolte d’informations à exploiter. Finalement je souhaite revenir sur l’avenir des techniques de la cartographie littéraire et les prochaines étapes à franchir.  





9 h 30_rem_
Christophe LOIR Université Libre de Bruxelles, Paul Aron Université Libre de Bruxelles, Jean-Michel Decroly Université Libre de Bruxelles, Laurence Brogniez Université Libre de Bruxelles, Tatiana Debroux Université Libre de Bruxelles

Du chronotope à la cartographie dynamique du récit littéraire : Les Mystères de Bruxelles (1845-46) au prisme de l’analyse spatiale 

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La plupart des romans urbains ont été étudiés sur le plan thématique, prolongé souvent par le concept de chronotope bakhtinien. L’étude classique de Franco Moretti (2000) a initié un « tournant géographique » à leur propos. Dès lors, deux perspectives semblent fécondes : On peut prolonger les études de Moretti de manière plus systématique. En particulier, il semble utile de sortir d’une description globale du roman pour s’approcher au plus près de la dynamique même d’un récit singulier (rythme de l’histoire, parcours et rencontres des personnages dans l’espace). On peut également essayer d’indiquer ce que la cartographie apporte à une lecture attentive du roman. En quoi et comment la visualisation par les cartes génère-t-elle un savoir neuf, impensé et impensable par l’analyse chronotopique ? Les cartes générées par une approche topographique du roman rencontreront ici des cartes de contexte de manière à alimenter une approche contrastive. 

La présente communication suit ce double programme en prenant pour objet Les Mystères de Bruxelles de Suau de Varennes (1845-46), un roman urbain récemment exhumé de l’oubli, qui est une des multiples imitations des Mystères de Paris. On verra ainsi que la cartographie permet de réévaluer une œuvre méconnue, tout en indiquant, sur le plan méthodologique, quelques pistes fertiles de la rencontre entre l’histoire sociale, l’histoire littéraire et la géographie urbaine. 

10 h 00_rem_
Florence TROIN Centre national de la recherche scientifique, Muriel Rosemberg UMR Géographie-cités

Cartographies d’un roman policier (Total Khéops de J.-C. Izzo) : réflexion sur les écritures et sur la contribution de la cartographie à l’analyse géolittéraire

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Une lecture géographique de ce roman policier réaliste, dont le véritable héros est Marseille, invite à cartographier le récit des itinéraires du détective et sa description de la ville, marqués par une accumulation de toponymes. Au-delà des problèmes que pose la traduction d’une écriture textuelle en carte, une question centrale nous semble celle du traitement d’informations spatiales dispersées dans le récit auxquelles on surimpose une logique géographique par la carte. En effet, en figurant sur une carte les lieux cités dans le récit, on établit entre ces lieux des relations, de contiguïté ou de connectivité, qui ne sont pas nécessairement dans l’ordre de la fiction. Si l’on veut figurer, non plus le simple déplacement, mais la signification géographique des parcours et des préférences spatiales du citadin fictionnel (sa grammaire topologique rencontre-t-elle la grammaire topographique de la ville, ses parcours manifestent-ils une compréhension de l’espace urbain ?), les ressources de la cartographie chorématique nous semblent efficaces. Bien plus problématique est la représentation cartographique des modalités du parcours et des ambiances urbaines. On proposera des pistes, qui relèvent sans doute du « bricolage », pour traduire graphiquement la géographie sensible et affective du Marseille de J-C. Izzo (une ville en couleurs, en odeurs et en musique).

11 h 00 - 12 h 30
Outils numériques
Communications orales
Bâtiment – Local : Pavillon HALL (HH) – H-521
11 h 00_rem_
Geneviève Reid Université McGill, Renee Sieber Université McGill

Un « géoWeb » pour imaginer le futur du territoire dans une communauté autochtone : les enjeux ontologiques de la technologie

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Les technologies géospatiales (les Systèmes d’information géographiques (SIG), les GPS et plus récemment le Géoweb) ont souvent fait partie de projets introduits dans des communautés indigènes et basés sur l’étude du passé, par exemple pour l’intégration des savoirs traditionnels ou concernant l’utilisation et la gestion des ressources naturelles. Or, avec le Plan Nord du gouvernement du Québec, il devient crucial pour les communautés autochtones de développer leurs propres visions alternatives afin d’être pleinement engagé dans un processus de cogestion du territoire. Les technologies géospatiales pourraient être un outil potentiel dans ce contexte. Par contre, les technologies géospatiales font face à des enjeux ontologiques et épistémologiques importants pour adéquatement intégrer les récits de l’imaginaire sur le futur du territoire. La présentation suggère des pistes de réflexion sur les différences possibles entre la manière dont les membres de la communauté crie de Wemindji pourraient catégoriser et conceptualiser leurs aspirations et les façons conventionnelles d’organiser les entités géographiques. Par exemple, d’importantes différences pourraient être notées dans les modèles de données utilisés pour conceptualiser la notion de temps.

11 h 30_rem_
Stéphane GOMIS Université Blaise Pascal Clermont-Ferrand, Mauricette Fournier

La Limania d’Overnia : un épisode de la Guerre des Gaules de Jules César cartographié par Gabriel Simeoni, l’apport du numérique pour la relecture d’une cartographie narrative du 16e siècle

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Au moment où la communauté scientifique s’interroge sur les récents développements technologiques en matière de cartographie littéraire, il semble utile de mettre en lumière les conceptions du passé. Œuvre atypique, les Commentaires sur la Guerre des Gaules, est le récit par le proconsul de ses conquêtes. Ce journal de campagne recèle de réelles qualités littéraires. C’est au cours de la Renaissance, en 1560, que Gabriel Simeoni propose une carte de la bataille de Gergovie, victoire des peuples gaulois sur les légions romaines en 52 av. J.-C. Celle-ci est en prise directe avec le récit de César. En proposant la mise en carte d’une narration G. Simeoni se révèle ainsi précurseur. Les moyens techniques mis à la disposition du chercheur permettent aujourd’hui de livrer une étude précise de ce bel objet. En effet, une opération de numérisation et de mise en ligne des ressources cartographiques locales permet désormais de l’ausculter dans ses détails les plus confidentiels. La Limania d’Overnia constitue à la fois un témoignage de la conception cartographique d’une époque et une tentative de traduction dans l’espace d’un récit littéraire. Notre communication se propose de montrer de quelles façons le support numérique modifie le regard du chercheur. Nous nous intéresserons d’une part, aux éléments informatifs que livre ce document ; d’autre part, notre interrogation portera sur ce que révèle le regard de l’auteur sur son environnement, sa perception de l’espace.



12 h 00_rem_
Dîner
13 h 30 - 15 h 00
Appréhender les lieux
Communications orales
Bâtiment – Local : Pavillon HALL (HH) – H-521
13 h 30_rem_
Pierre-Mathieu Le bel UQAM - Université du Québec à Montréal, Aurore Bonniot Mirloup Université Blaise-Pascal

La carte et la voix : une exploration de Saint-Élie-de-Caxton guidée par les mots de Fred Pellerin 

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« Balades » ou « promenades » littéraires, « sur les traces de… », ces termes nous questionnent : s’agit-il de parcours qui font sens ou de juxtaposition de lieux déconnectés entre eux? La manière d’exercer la mobilité et l’échelle à laquelle elle se déploie importent-t-elles? À l’heure où l’on invoque un tourisme lent, les attentes touristiques se sont déplacées vers la recherche d’une mise en récit. Plutôt que d’un tourisme littéraire, s’agit-il d’un « tourisme narratif pour voyage scénarisé » cohérent avec le tourisme d’expérience « immersif » où l’on est censé être intégré à une praxis jugée authentique?

Le cas de la municipalité de Saint-Élie-de-Caxton frappe par sa contemporanéité et son succès. Elle a vu sa destinée modifiée suite au succès du conteur-poète Fred Pellerin. Son œuvre a servi de levier de développement local et d’inspiration pour d’autres villages. On a créé un parcours associé à ses contes, soutenu par cartes et audioguides où l’auteur raconte inventions, mythes et anecdotes aux touristes nombreux.  Nous proposons un regard sur l’expérience du lieu passant par ce parcours. Notre communication s’arrêtera aux acteurs ayant participé à la création de ce parcours de même qu’à certains de ceux représentés par ces supports cartographique et auditif.



14 h 00_rem_
Spomenka ALVIR Université de Fribourg

Cartographier des récits pour appréhender la ville 

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Dans cette communication, la ville est considérée d’un point de vue sociolinguistique et ethnographique: des récits portés sur elle nous donnent des indices relatifs aux modalités de son appropriation. La ville est narrée par les résidents étrangers de Lausanne au moyen des photographies donnant lieu à un double récit : visuel et narratif. Ces derniers interrogent l’identité urbaine et posent la question d’appropriation des espaces abstraits et imaginaires, physiques et topographiques.

Par l’entremise des cartographies enchâssées, nous mettrons en miroir les récits visuels et les récits oraux, essayant de nous saisir de la perception et du sens que les acteurs donnent à leur parcours de ville. L’objectif de cette communication consiste à dégager des fils rouges des parcours de ville en les cartographiant et en présentant le découpage spatial, temporel et linguistique.

Pour comprendre et nommer ce découpage multiple, certains chercheurs prennent appui sur les cartes sociales (Lynch 1969), d’autres encore opèrent en faisant distinction entre la morphologie de l’habitat et multiples manières d’habiter et de s’approprier un lieu (Lefevbre  1968). Quant à nous, nous tenterons de proposer un outil qui, à travers l’étude d’appropriation urbaine, traduit les dynamiques et les interdépendances entre la « mise en récits » et la « mise en images » de la ville. 

14 h 30_rem_
Kahina DJERROUD Université Alger 2, Kahina DJERROUD Université Alger 2

Entre espace réel et parcours personnel fictif : l’utilisation de la carte géographique dans une enquête en sociolinguistique urbaine (cas d’étude)

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Le quartier d’Alger « Belcourt/Belouizdad/El-Hamma » ayant des dénominations différentes, et faisant l’objet de modifications spatiales et sociales importantes, nous a poussé à nous interroger sur les représentations des habitants de ce quartier à propos des différents espaces sociaux ainsi que des variétés linguistiques qui construisent leur(s) identité(s), mais aussi sur la possibilité de formulation d’un discours hiérarchisant sur les espaces et les langues par les habitants de ce quartier. Une méthodologie d’enquête a été construite pour estimer si des tensions sociales étaient pressenties dans la mise en mots de l’espace par les habitants du quartier. Trois méthodes différentes mais complémentaires ont été employées : un questionnaire avec des questions tantôt ouvertes, tantôt fermées, le parcours de l’espace décrit avec nos informateurs à travers la cartographie et des entretiens semi-dirigés. Dans cette communication, nous présenterons notre utilisation de la carte et développerons notre tentative pour saisir les subjectivités des récits à travers une utilisation conjointe de la carte et de l’entretien semi-dirigé.



15 h 30 - 17 h 15
Le sensible et les perceptions
Communications orales
Bâtiment – Local : Pavillon HALL (HH) – H-521
15 h 30_rem_
Elise OLMEDO Université Panthéon-Sorbonne (Paris 1)

Des cartes pour représenter les affects? : accent sur le processus de fabrication des cartographies du sensible

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Depuis quelques années, ce que certains géographes appellent des « bizarreries cartographiques » occupent le paysage de la cartographie. Ces « bizarreries » donnent à voir des modalités inouïes de la carte et s’attachent notamment à représenter des données jusqu’ici rarement repérables dans les cartes : les données issues du sensible et mobilisant le vécu comme matériau principal. Les cartographies du sensible développent une méthode pour exprimer l’épaisseur de ces données spatiales relatives aux sensations, aux perceptions ou encore au vécu et aux affects. Ces cartes procèdent de l’expérience. Elles donnent du sens à cette expérience vécue à travers des récits relatant l’expérience dans un premier temps, puis à travers l’élaboration d’un langage cartographique aboutissant à une carte. Cette entreprise cartographique est donc une forme d’acquisition de sens à travers le récit et la traduction à la fois symbolique et cartographique de ce langage. Cette communication se propose de dessiner les contours conceptuels de la cartographie du sensible. En particulier, la communication portera une attention approfondie sur le processus de fabrication de ces cartes, très différent du processus standardisé de la cartographie euclidienne. En effet, les cartographies du sensible ne sont jamais construites à partir de grilles de coordonnées, ni produites à l’aide de logiciels, mais réalisées en général à la main, comme si le fait de retrouver le geste permettait de « resensibiliser l’image ».

16 h 00_rem_
Camille PARRAIN Université de La Rochelle, Pierre-Yves HARDY Centre national de la recherche scientifique

Définition d’unités paysagères en mer : comment intégrer la perception des usagers et les données objectives?

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L'océan est un objet au caractère mouvant, dynamique et multidimensionnel. Les repères y semblent peu saisissables du fait de l’immensité marine. Pourtant, certains usagers arrivent à identifier des zones caractéristiques en pleine mer. Dans les faits, ces zones peuvent être étudiées notamment à travers l’exercice de la définition du paysage en mer. Cette analyse mobilise des données objectives et subjectives et implique deux axes de travail équivalents à deux niveaux de lecture; (1) une combinaison de données concrètes d'océanographie, de météorologie, de bathymétrie et d'écologie et (2) une démarche socio-culturelle et cognitive par le biais des représentations mentales et des sensibilités. Ce dernier point intègre les perceptions et représentions des usagers grâce a l’analyse de récits; les récits de la littérature mais aussi les discours (eg :enquêtes, interview radio de course au large réalisé en direct). Se pose alors le problème de la cartographie de multiples données (ponctuelle ou aérale) aux temporalités variées ou non mentionnées.
 Ainsi, la localisation des représentations et la cartographie synthétique des systèmes de représentation complémentées par les couches de données objectives constituent un défi scientifique. Ces points seront illustrés par trois exemples menés lors d'études au sein de l'océan Atlantique, de l'océan Pacifique et à une autre échelle, celle des Pertuis Charentais, du parc marin d'Iroise et de Gizo, une ile de l'archipel des Iles Salomon. 

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Vincent Veschambre ENSA de Lyon - laboratoire RIVES UMR CNRS EVS
Narration séquentielle et cartographie : une imbrication créative
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S’il est un genre qui peut nous aider à penser la cartographie des récits, c’est celui de la bande dessinée. Définie par B. Peeters comme « forme complexe, capable de tresser d’une manière qui n’appartient qu’à elle le mouvement et la fixité » , la bande dessinée raconte des histoires en découpant l’espace, créant par là même sa propre spatialité. Inversement, la BD a généralement besoin d’être ancrée dans un espace pour produire un récit : la carte est un formidable embrayeur, qui permet non seulement de crédibiliser le récit, mais aussi de le nourrir. Compte tenu de ce lien privilégié de la narration séquentielle à l’espace et à sa représentation cartographique, récit et carte sont souvent imbriqués : le plus bel exemple en est sans doute la série Philémon (Fred), qui se développe sur les lettres du toponyme « Océan atlantique », la carte « créant » le monde. L’icône cartographique étant en deux dimensions alors que l’image BD simule les trois, ces deux types d’image ont tendance à entrer en conflit et la carte à être évacuée dans le paratexte. Mais quand la carte est insérée dans le récit, elle est généralement « contaminée » par le dessin. Nous nous focaliserons tout particulièrement sur cette hybridation, que l’on retrouve fréquemment chez des auteurs qui ont accompagné l’explosion créative de la BD depuis les années 1990.
17 h 00_rem_
Mot de clôture

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