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Le CIÉ consulte : état des lieux sur les carrières hors des murs de l’université

De manière générale, les plans de carrière des répondants révèlent que le milieu académique continue d’être attrayant. Cependant, il semble que le constat d’absence de débouchés soit le principal vecteur d’un changement d’orientation professionnelle chez les répondants.

sondageLe Comité intersectoriel étudiant (CIÉ) des Fonds de recherche du Québec (FRQ) a pour mandat de conseiller le Scientifique en chef sur les enjeux relatifs à la relève en recherche.

Le CIÉ a mené un sondage, du 4 juillet au 11 août 2017, dans le cadre d’une consultation plus large visant à mieux saisir toutes les composantes du soutien et de l’accompagnement de la population étudiante vers une carrière « hors des murs »1 de l’université . D’une part, ce sondage avait pour objectif l’identification des profils des individus formant la relève en recherche et s’orientant vers une carrière hors des murs de l’université et, d’autre part, le dépistage des outils les plus utilisés et des ressources facilitant l’insertion de la relève dans ces milieux.

Au total, 291 répondants2 ont témoigné de leur expérience dans le cadre de cette première étape de consultation. Tous étaient étudiants à la maîtrise ou au doctorat en recherche, stagiaires postdoctoraux ou encore diplômés depuis les cinq dernières années.

Le sondage a été diffusé aux quatre coins du Québec grâce à l’appui des Fonds de recherche du Québec, de l’ACFAS et de plusieurs associations étudiantes, d’associations de diplômés et de syndicats étudiants. En ce sens, les résultats présentés dans cet article ne sont pas seulement le fruit du CIÉ, mais bien le résultat d’un vaste travail collectif. Le CIÉ remercie tout un chacun de leur collaboration ayant sans conteste permis d’enrichir la réflexion sur les carrières en recherche hors des murs de l’université.

Qui sont les répondants?

Le sondage ayant été diffusé à l’échelle provinciale, une version française et une version anglaise étaient à la disposition des participants. Parmi les 291 répondants, 90% ont complété la version française. La première série de questions du sondage a permis de dresser un profil sociodémographique des répondants (voir Tableau 1).

Les répondants au sondage s’équilibrent entre les trois secteurs d’étude et de recherche auxquels ils se sont identifiés eux-mêmes, soit 32% au secteur de la santé, 29% au secteur des sciences humaines et sociales, des arts et des lettres et 38% au secteur des sciences de la nature et des technologies. Les réponses aux questions portant plus précisément sur la formation révèlent que 87% des répondants sont des étudiants ou des stagiaires postdoctoraux, et parmi ceux-ci 42% sont inscrits à la maîtrise en recherche et 36% au doctorat, et 12% effectuent un stage postdoctoral. Le quart d’entre eux a profité d’un financement des FRQ et une proportion légèrement moindre (21%) d’un financement fédéral. Enfin, 29% ont bénéficié d’un soutien financier institutionnel et 7% d’une bourse de stage en milieu de pratique. Complétant ce 87 %, 13% des répondants avaient terminé leur parcours académique dans les 5 dernières années.

Tableau 1

Que révèlent les répondants sur leurs plans de carrière?

Lorsque nous les interrogeons à propos de leurs choix de carrière, la réaction des répondants montre toute la pertinence de cette consultation. Effectivement, seulement 39% des répondants envisagent une carrière académique (poste de professeur et chercheur en milieu universitaire). Toutefois, les différences sectorielles sont à souligner dans la mesure où cette proportion grimpe à 48% tant pour le domaine de la santé que pour celui des sciences humaines et sociales, des arts et des lettres, alors qu’elle est à peine à 34% pour le domaine des sciences de la nature et des technologies. Environ la moitié (51%) des répondants prévoit ainsi faire carrière en recherche, mais hors des murs de l’université. Les étudiants et les stagiaires postdoctoraux du domaine des sciences de la nature et des technologies se démarquent d’ailleurs sur ce point, ce sont 66% d’entre eux qui privilégient cette option. Ajoutons également que 36% des répondants envisagent une carrière non reliée à la recherche, et ce, même s’ils sont tous inscrits dans un parcours universitaire en recherche. Enfin, 22% des répondants ont révélé avoir un intérêt pour l’entrepreneuriat et privilégieront cette option après leurs études. Ces résultats montrent que les profils de carrière projetés par les répondants sont variés et que les carrières extra-muros sont une perspective professionnelle envisagée.

Si la première étape de cette consultation consistait à savoir si les répondants détenaient un plan de carrière, nous voulions surtout, dans un autre ordre d’idées, en savoir davantage sur celui-ci. Les résultats démontrent en ce sens qu’environ la moitié des répondants était dotée d’un plan de carrière au moment de répondre au sondage. Toutefois, il faut souligner le fait que 42% des étudiants et des stagiaires postdoctoraux ont changé de plan de carrière depuis le début de leur parcours aux cycles supérieurs. Bien que ce changement soit difficile à expliquer, nous voyons que du point de vue des répondants la perception d’un manque d’emploi en milieu universitaire (poste de professeur ou chercheur) joue un rôle significatif. Ainsi, lorsque les répondants qui envisagent une carrière hors des murs de l’université ont été amenés à préciser la ou les raisons qui ont motivé ce choix, plus de la moitié ont répondu que celui-ci était dû à « l’absence ou à la quasi-absence de débouchés en milieu universitaire ». On peut légitimement postuler que ce changement de plan de carrière se manifeste particulièrement par une transition de l’ambition professionnelle universitaire vers la carrière extra-muros.

En dépit du constat qu’une grande partie des étudiants et des stagiaires postdoctoraux ayant répondu à notre sondage poursuivra sans doute une carrière à l’extérieur de l’université, seulement 45% d’entre eux jugent que leur programme de formation les prépare adéquatement à occuper un emploi à l’extérieur de l’université. Sur ce point encore, les différences sectorielles sont à noter : les répondants issus du domaine de la santé, par exemple, se sentaient moins bien « préparés » que ceux des sciences humaines et sociales, des lettres et des arts ou même que ceux des sciences naturelles et des technologies. En effet 36% des premiers, 49% des seconds et 61% des derniers se disaient ainsi adéquatement préparés.

Le sondage a également ciblé des diplômés de programmes de cycles supérieurs en recherche ayant complété leur formation au cours des cinq dernières années. Parmi ces 38 répondants, 74% sont en situation d’emploi et 66% de ce nombre occupent un poste cohérent avec ce qu’ils avaient envisagé au cours de leur parcours universitaire. En outre, 80% de ceux-ci ont dit occuper un emploi lié à leur formation en recherche. Les réponses qualitatives ont permis de comprendre que ce n’est pas par désintérêt envers les carrières universitaires, mais qu’au contraire, l’absence d’opportunité dans ce milieu a constitué un obstacle majeur qui a suscité une réorientation vers une carrière hors des murs de l’université. Par exemple, un répondant a expliqué son choix de carrière ainsi : « Mon premier choix était d’être professeur, mais j’avais plusieurs plans B ». Dans la même veine, une répondante affirma : « Je souhaite devenir professeure, mais comme aucun poste n’est disponible depuis la fin de mon doctorat, j’occupe le même poste qu’avant ».

De manière générale, les plans de carrière des répondants révèlent que le milieu académique continue d’être attrayant. Cependant, il semble que le constat d’absence de débouchés soit le principal vecteur d’un changement d’orientation professionnelle chez les répondants. De surcroît, lorsque ces derniers ont été amenés à identifier les obstacles qu’ils appréhendent ou qu’ils ont vécu dans leur recherche d’emploi, ce sont le peu d’emplois disponibles en milieu académique et la surqualification qui ont le plus souvent été invoqués. Par ailleurs, les résultats ont mis en évidence de fortes divergences sectorielles, que ce soit sur les choix de carrière envisagés ou, encore, sur l’état de préparation à l’intégration au marché du travail. Quoi qu’il en soit, les résultats montrent que les carrières hors des murs de l’université constituent un choix envisagé par une proportion non négligeable de répondants et que ces derniers jugent que leur formation ne les prépare pas adéquatement à ce marché du travail. Ce constat donne tout son sens à l’attention accordée dans le sondage aux ressources et aux moyens utilisés par les répondants afin de faire face aux défis inhérents à l’insertion professionnelle.

Orientation professionnelle : quelles ressources utilisent les répondants et quels outils répondent le mieux à leurs besoins ?

Au cours des dernières années, de nombreuses initiatives ont été mises de l’avant par les universités et d’autres organisations telles que l’ACFAS, afin d’accompagner et de faciliter l’orientation et l’insertion professionnelles des étudiants chercheurs. Soulignons l’exemple des ateliers de valorisation des compétences en recherche ou encore des semaines de l’emploi aux cycles supérieurs et des activités de réseautage. Toutefois, il nous semblait pertinent de savoir quelles ressources sont davantage utilisées et, surtout, si l’ensemble de ressources existantes aide réellement les étudiants à définir leur plan de carrière et à se préparer à intégrer le marché du travail.

Tableau 2

À la lumière des résultats présentés au tableau 2, force est de constater que les répondants n’ont que peu profité, voire pas du tout, des services offerts par les universités ou par d’autres organisations dans l’orientation de leur plan de carrière. A contrario, les ressources et les réseaux moins formels comme la famille ou les amis semblent davantage avoir été privilégiés. Comment expliquer un tel phénomène? Les pistes de réponse sont assurément multiples. Une première hypothèse serait que les répondants utilisent d’autres types de ressources que celles que nous avions soupçonnées au départ afin de s’orienter et de définir leur choix de carrière. Ainsi, lorsqu’ils sont interrogés sur les autres stratégies utilisées, les répondants confient avoir recours à diverses plateformes web et sites Internet gouvernementaux. Notons également que le réseau social LinkedIn a souvent été mentionné comme outil utilisé par les répondants. La méconnaissance des outils d’aide existants pourrait s’avérer être une autre hypothèse. C’est exactement dans l’optique de mieux comprendre ce phénomène que le CIÉ organise une consultation, qui se tiendra le 21 septembre 2017 dans le cadre des Journées de la relève en recherche de l’ACFAS.

Lors de sa consultation annuelle, le CIÉ se met en mode « solutions ». Pour ce faire, les étudiants-chercheurs, les stagiaires postdoctoraux et les récents diplômés sont conviés à réfléchir aux meilleurs moyens à mettre en place pour accompagner les étudiants dans la définition de leur choix de carrière, mais également pour les soutenir dans leurs démarches de recherche d’emploi et d’insertion professionnelle hors des murs de l’université. À la lumière des résultats du sondage, ce second effort de consultation vise à creuser davantage la compréhension des phénomènes observés et mènera au dépôt d’un bilan et de recommandations.

Ont contribué à la rédaction de cet article et à l’élaboration de la consultation :

Dorothée Charest Belzile (psychologie, Université Laval)
Annie Montpetit (sciences sociales appliquées, UQO)
Olivier Lemieux (administration et politiques de l’éducation, Université Laval)
Madison Rilling (physique, Université Laval)
Ariane Girard (sciences de la santé, Université de Sherbrooke)
Nicholas Cotton (littératures de langue française, Université de Montréal)
Simon Massé (sciences de l’environnement, UQAR)
Stéphanie Luna (sciences biomédicales, Université de Montréal)
Jean-Christophe Bélisle-Pipon (stagiaire postdoctoral, Université Harvard)
Marie-Pierre Cossette (neurosciences, Université Concordia)
Tous membres du Comité intersectoriel étudiant des Fonds de recherche du Québec

  • 1. Nous entendons par l’expression « hors des murs » de l’université, tous les domaines professionnels ou les domaines de recherche s’écartant du milieu académique traditionnel.
  • 2. Dans cet article, les termes employés pour désigner des personnes sont pris au sens générique sans intention discriminatoire quant au féminin et au masculin.

Auteur(e)

Comité intersectoriel étudiant des Fonds de recherche du Québec