Imprimer

Anticosti : penser avant de forer

La découverte d'un monticule de calcaire d'un mètre de haut trouvé sur l'île d'Anticosti laisse présager la présence d'une faille naturelle d'importance sous la surface. Une éventuelle exploitation du pétrole de schiste serait donc risquée...

[Domaine de recherche 202 - Environnement]

À partir d’un simple monticule de calcaire d’un mètre de haut trouvé sur l’île d’Anticosti, le géologue de l’Université d’Ottawa André Desrochers et son équipe ont déterré une information inquiétante sur l’impact d’une éventuelle exploitation de pétrole de schiste sur cette île située au cœur du golfe du Saint-Laurent. Découverte près de la rivière Chaloupe, cette formation laisse présager la présence d’une faille naturelle d’importance sous la surface. « Si elle n’est plus active, elle est toujours perméable », note André Desrochers, professeur au Département des sciences de la Terre. Le monticule serait formé à partir d’une eau salée, contenant notamment du méthane, qui des profondeurs remonte jusqu’en surface.

La crainte du géologue c’est que le processus de fracturation nécessaire pour aller chercher le pétrole de schiste interagisse avec cette faille. Dans l’éventualité d’un tel scénario, les hydrocarbures enfouis ne suivraient sans doute pas le chemin du puits mais la voie naturelle, pour fuir dans les eaux souterraines et de surface, explique André Desrochers. Un désastre écologique et socioéconomique assuré.

L'entreprise Pétrolia, qui a racheté en 2008 des permis d'exploration à la défunte division Pétrole et Gaz d’Hydro-Québec, est pourtant déjà au travail avec plusieurs forages à son actif. Son objectif est de dénicher le meilleur endroit pour une exploitation commerciale. Les informations relatives à ces forages sont confidentielles, ce qui entretient le flou quant aux risques impliqués.

 

  Sauter les étapes

Cet empressement à explorer n’a pas de raison d’être selon André Desrochers, qui rappelle que le sol de l’île comporte plusieurs de ces failles, dont quelques-unes sont considérables. Face au « manque de connaissances fiables », il est nécessaire selon lui de mener d’autres études environnementales avant d'aller plus loin. Il faut par exemple « évaluer la capacité d’assimilation du milieu » puisqu’il est déjà en contact avec des substances toxiques. De même, la technique de fracturation, incontournable pour l'extraction du pétrole de schiste, demeure très controversée et sa faisabilité dans le respect de l’environnement est toujours à prouver scientifiquement.

C’est aussi le message que livraient les signataires du Manifeste pour sortir de la dépendance au pétrole en janvier dernier face au « préjugé favorable » du gouvernement péquiste de mener une exploitation pétrolière dans le golfe du Saint-Laurent. Pour sa part, le nouveau gouvernement libéral n'a pas encore précisé ses intentions quant à l’exploitation de pétrole sur la plus grande île du Québec. Chose certaine, le message d’André Desrochers est limpide : « On n’a pas suffisamment de données pour se lancer dans l’exploitation ».

«Chose certaine, le message d’André Desrochers est limpide : "On n’a pas suffisamment de données pour se lancer dans l’exploitation".»

Auteur(e)

Rémi Léonard
Journaliste
Présentation du journalisteRémi Léonard est étudiant en journalisme à l’Université du Québec à Montréal. Originaire de la Montérégie, il collabore depuis deux ans dans différents journaux étudiants et au Journal des Alternatives, un média indépendant montréalais. Il a également complété des études en sciences humaines avant de se joindre à Découvrir pour ce "spécial congrès".