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La dépression : une vraie maladie?

Février 2014 | Pourquoi j'ai écrit ce livre
Marcelo Otero
Université du Québec à Montréal
L’individu humain, peu importe sa singularité, ne souffre pas comme il le veut. Même s’il souffre somme toute individuellement et que certaines dimensions de sa souffrance resteront à jamais dans son for intérieur, la grammaire de sa souffrance ne lui appartient pas : elle est à tous et à personne.

L’épidémie de dépression illustre l’extrême de cette logique. On assiste à une souffrance psychique de masse et à une prise d’antidépresseurs comme thérapie quasi universelle. Et on se retrouve avec un paradoxe qu’on ne remarque plus : on n’a jamais pris autant d’antidépresseurs et on n’a jamais été autant déprimés. L’univers du travail est au cœur de cette tragédie, car en l’état de notre civilisation, le « bien-être » social passe essentiellement par cette voie.

La souffrance psychique

La souffrance psychique, ainsi que les manières de la combattre, la gérer ou l’accueillir (de la religion à l’antidépresseur en passant par le masochisme) sont à la fois un lieu de rencontre et un socle collectif. Tantôt, elles permettent la reconnaissance mutuelle réconfortante, tantôt l’assignation inquiétante dans les multiples figures du pathologique.
Toutefois, qu’est-ce que souffrir peut bien vouloir dire quand tout le monde souffre et, de surcroît, semble vouloir et devoir en parler? S’agit-il seulement de l’effet de l’extension du soin psychique à de larges catégories de personnes auparavant exclues? Le policier et le délinquant, le pompier et le sinistré, le col bleu et le riche homme d’affaires étalent au grand jour les détails de leur souffrance, la nomment, la communiquent, la partagent, la réfléchissent.

La souffrance psychique « fait société » comme jamais auparavant. Elle semble en effet « unifier » l’inégalités des individus, mieux que l’impersonnel humanisme juridique des droits de l’homme, devenu plus détaché des expériences concrètes de chacun.

Un phénomène de masse

La dépression s’assimile toutefois mal à ce seul registre vague de la souffrance, à la fois social et psychologique, qui va des effets négatifs du stress quotidien aux passages à l’acte les plus spectaculaires en passant par les séquelles ravageuses du harcèlement psychologique en milieu de travail. Elle ne se résume pas seulement à un état subjectif de malheur ou de tristesse ordinaire, grave ou moins grave, normale ou pathologique, vieux comme le monde et coextensif de toute expérience humaine. Dans la dépression, il existe quelque chose qui est à la fois de profondément contemporain et socialement emblématique autant dans sa forme que dans sa prévalence imposante. Un mal fort répandu, institutionnellement reconnu, normativement balisé et socialisé jusqu’à la plus déroutante des familiarités appelle souvent un remède qui partage les mêmes caractéristiques.

Tout comme le furent jadis la névrose et la psychanalyse, la dépression et les antidépresseurs se sont imposés en tant que nouveau tandem emblématique de la souffrance sociale contemporaine et de ce qu’on doit faire pour la traiter.

«La dépression et les antidépresseurs se sont imposés en tant que nouveau tandem emblématique de la souffrance sociale contemporaine.»

Des antidépresseurs mur à mur

Au Canada, au chapitre des motifs de consultations médicales, la dépression se classe au troisième rang, après l’hypertension et le diabète, avec un chiffre effarant de 8 millions de consultations par année1. Le traitement de choix pour la combattre est sans conteste l’antidépresseur. Celui-ci se hisse au premier rang de toutes les catégories de médicaments délivrés par des pharmacies avec 34 millions d’ordonnances annuelles exécutées2 (IMS Brogan, 2011). Ce sont les médecins généralistes à plus de 80 % qui la diagnostiquent3 avec une aisance remarquable et délivrent les molécules thérapeutiques avec une rapidité étonnante. Après tout, ne s’agit-il d’un mal général que tout le monde peut subir et reconnaître de soi-même?

Scientifiquement suspecte, mais socialement costaude

À première vue, on pense savoir de quoi il s’agit dès lors qu’on s’en remet aux logiques épidémiologiques lancinantes de régularité, aux nosographies psychiatriques descriptives qui dessinent d’une main sur l’atlas humain du « mental pathologique » et aux essais cliniques pharmaceutiques qui légitiment les effets bénéfiques des antidépresseurs. De plus près cependant, tout devient nébuleux et rien ne semble tenir sans sérieuses mises en garde : ni les définitions établies du mal éprouvé, ni les causes évoquées pour l’expliquer, ni les circonstances qui sont censées l’entourer et lui donner un sens, ni encore les effets escomptés des médicaments que l’on affirme obstinément spécifiques et thérapeutiques.

Ce que l’on croyait scientifique, familier et évident, devient suspect, inconfortable et inexplicable lorsqu’on s’y attarde de manière systématique hors des logiques purement médicales. Toutefois, rien n’y fait, le tandem magique « dépression-antidépressseur » règne admirablement à l’échelle du social : la prévalence des dépressions ne fléchit pas, la consommation d’antidépresseurs non plus.

La tempête parfaite

Lorsqu’on y pense, tout s’est passé très vite. Au cours des années 1950 la dépression n’était qu’un symptôme perdu dans les manuels de psychiatrique (DSM I, 1952) pour en devenir en quelques décennies seulement le trouble mentale vedette que l’on connaît (DSM IV-TR) et que l’on craint à la fois pour ses effets ravageurs tant sur les individus que sur l’économie (absentéisme, coût du remboursement des médicaments, affaiblissement de la main d’œuvre par la chronicisation des états dépressifs, etc.).

«Sociologiquement parlant, le déprimé contemporain est moins un individu triste qu’un individu fatigué (l’action est en panne) et démotivé (l’envie n’est plus là).»

La popularité actuelle de la dépression (et de plus en plus des anxiodépressions4 comme souffrance psychique de masse) et de ses remèdes institutionnels (surtout les antidépresseurs de masse) s’inscrit dans un contexte sociétal large qui lui sert de terreau fertile. Pensons seulement à la montée de l’individualisme de masse, à la friabilité des supports sociaux, aux profondes transformations des configurations familiales, à la démultiplication des exigences de performance sur tous les plans et à la consécration du travail comme méta-valeur suprême de l’existence sociale (Martuccelli, 2010).

Toutes ces transformations sociales sont étroitement en phase avec les deux grands symptômes empiriques dont souffre le déprimé contemporain : « ne pas pouvoir » et « ne pas pouvoir vouloir ». En effet, sociologiquement parlant, le déprimé contemporain est moins un individu triste qu’un individu fatigué (l’action est en panne) et démotivé (l’envie n’est plus là).

L’univers du travail au centre de ce mal-être

Dans une société où la dépression est la figure de proue de la nervosité sociale, le lieu typique des tensions de l’individualité, c’est-à-dire la manière sociale d’être un individu aujourd’hui (Otero, 2003), est avant tout l’univers quotidien du travail.

C’est surtout dans ce contexte que les limites de l’individu sont testées en permanence5. Jusqu’où peut-on aller? Jusqu’où doit-on aller? Quelle cadence peut-on maintenir et pour combien de temps? C’est là une autre manière de se demander à soi-même, sous la menace permanente du déclassement social, qui on est et quelle place sociale on est capable d’occuper et de conserver.

«Hors de l’univers du travail, point de salut social : voilà le drame auquel la dépression nous confronte quotidiennement.»

L’individu déprimé se trouve seul aux prises avec un problème majeur qui menace le fondement même de son existence sociale : sa capacité d’action est sérieusement entravée. Dans un monde où les assurances sociales sont inégalement distribuées et où les positions statutaires peuvent se fragiliser en cours de trajectoire, la panne de l’action et synonyme, à terme, de mort sociale. Hors de l’univers du travail, point de salut social : voilà le drame auquel la dépression nous confronte quotidiennement.

La dépression : un objet pour les psychiatres et les sociologues?

Dans le cas de la dépression, le statut des symptômes qui prétendent l’expliquer font partie du débat entre sociologiques et psychiatres : sous quelles conditions un dysfonctionnement social peut-il être considéré comme un symptôme médical et capté légitimement par la psychiatrie dans le cadre d’un trouble mental spécifique? Sous quelles conditions un symptôme doit-il être démédicalisé et restitué à l’univers des tensions sociales ordinaires?

Pour la psychiatrie contemporaine, la dépression est un syndrome, c’est-à-dire un ensemble cliniquement significatif (signes et symptômes) «associé» à une souffrance ou à un dysfonctionnement social. Toutefois, rien dans les argumentations de la psychiatrique actuelle (du déficit de tel ou tel neurotransmetteur à la génétique défaillante) ne permet de comprendre pourquoi tant de personnes se sont mises à dysfonctionner dans la figure syndromique de la dépression. Comment expliquer la résonance extraordinaire des mêmes signes, symptômes, souffrances et dysfonctionnements chez des millions d’individus partout en Occident et de plus en plus ailleurs? La compréhension des racines sociales de cette « démocratisation » dépressive, qui nous touche tous et toutes, revient à la sociologie. Voilà le problème principal auquel ce livre veut s’attaquer.

Références :

  • 1.  Au Québec, le chiffres se ressemblent : la dépression et l’anxiété s’échangent la troisième et quatrième place selon les années au chapitre des consultations médicales (1,5 millions environ chacune) précédées par l’hypertension (4,4 millions) et le diabète (2,4 millions) tandis que les antidépresseurs sont le deuxième médicament délivré en pharmacie avec 12 millions d’ordonnances exécutées annuellement, précédés par les hypocholestérolémiants (14 millions). (IMS Brogan, 2011)
  • 2. Même si les antidépresseurs sont majoritairement prescrits pour les indications de dépression, plusieurs autres indications sont évoquées dans les rapports gouvernementaux dont les troubles anxieux, de l’adaptation, de conduites alimentaires, du déficit de l’attention, la bipolarité, la fribromyalgie, etc. (Conseil du médicament du Québec, 2008)
  • 3. Depuis 1999, le nombre d’ordonnances des ISRS (antidépresseurs inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine)  qui représentent  environ 81% de tous les antidépresseurs prescrits au Canada a augmenté de 83 %. En 2003, les médecins de famille et les omnipraticiens ont prescrit 81% des ISRS, une tendance qui continue à se confirmer depuis (IMS, 200&, 2011).
  • 4. Tant au Canada qu’au Québec, les nombre consultations médicales pour dépression (troubles dépressifs) et anxiété (troubles anxieux) tendent à se rapprocher depuis 2002. En 2012, le nombre de consultations pour anxiété ont dépassé pour la première fois de quelques milliers celles pour dépression à Montréal et dans l’ensemble du Québec. 60 % de l’ensemble des consultations du réseau public en santé mentale montréalais correspondent à part égales aux troubles anxieux et aux troubles dépressifs (Benigeri, 2007).
  • 5. Malgré les nombreuses études portant sur la «fin du travail» qui ont vu le jour depuis le dernier quart du XXe siècle, la centralité du travail dans la vie des individus ne fait que s’affirmer (Mercure et Vultur, 2010).

Bibliographie :

  • American Psychiatric Association (1952), (DSM I) Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, Washington, American Psychiatric Association Mental Hospital Service.
  • American Psychiatric Association (2000),(DSM IV-TR) Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders.
  • Benigeri, M. (2007), L’utilisation des services de santé mentale par les Montréalais en 2004-2005, Montréal, Carrefour montréalais d’information sociosanitaire et Agence de la santé et des services sociaux de Montréal.
  • Conseil du médicament du Québec (2008), Usage des antidépresseurs chez les personnes inscrites au régime public d’assurance médicaments du Québec. Étude descriptive - 1999-2004. Québec : Les Publications du Québec.
  • IMS Health, Canada, (2007, 2011, 2012)
  • Kavanagh, M. et al. (2006), La dépression majeur en première ligne, Québec : ASSS, INSP.
  • Martuccelli, D. (2010) La société singulariste, Paris, A. Collin.
  • Mercure, D. et M. Vultur (2010), La signification du travail. Sainte-Foy, Presses de l’Université de Laval.
  • Otero, M. (2003), Les règles de l’individualité contemporaine. Santé mentale et société, Presses de l’Université Laval.
Sujets : neurosciences & psychologie, science sociale, sociétés

Présentation de l'auteur

Marcelo Otero est professeur du département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal. Il est chercheur au CRI, au CHRS et au CREMIS. Ses projets de recherche portent sur les nouveaux problèmes de santé mentale et les problèmes sociaux complexes. Il a publié notamment Les règles de l’individualité contemporaine, PUL, 2003 et L’ombre portée : l’individualité à l’épreuve de la dépression, Boréal, 2012 et Qu’est-ce qu’un problème social aujourd’hui? (avec Shirley Roy), PUQ, 2013.

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Dépression : épidémie?

La dépression majeure est d'abord une maladie décrite depuis fort longtemps à des époques où les valeurs sociales étaient différentes et aussi à des endroits du globe culturellement différents. Le problème, aujourd'hui, est que les critères diagnostiques sont trop inclusifs et que l'on nomme dépression majeure ce qui ne l'est pas. L'autre problème est que les antidépresseurs ne sont pas aussi efficaces que l'on voudrait, mais une sorte de déni collectif nous pousse à en espérer trop. Bref, on compte sur les antidépresseurs et si ça ne marche pas, on ajoute d'autres médicaments pour augmenter l'effet, etc. Pas le temps pour les psychothérapies ou la relaxation, la méditation, l'activité physique, etc. On ne supporte plus de souffrir et de voir souffrir, et on n'a plus la patience de choisir des solutions qui prennent leur temps. Avant qu'on ait des médicaments utiles pour cette maladie, les gens atteints dans leur fonctionnement de tous les jours devaient se résigner et l'entourage devait compenser; il y avait beaucoup de honte à ne pas pouvoir vivre normalement et même aujourd'hui, ces maladies sont encore stigmatisées. J'ai parlé de déni collectif face à l'efficacité des antidépresseurs : même les médecins y participent (comment ne pas aggraver le désespoir) et surtout, toutes ces compagnies pharmaceutiques s'en trouvent enrichies d'une manière odieuse. Voulons-nous performer à tout prix?

Réponse à Théodore Wonyou

M. Wonyon, Vous demandez : Le livre d'Otero (que je souhaiterais lire) met-il en perspective une la dépression comme phénomène sociétal??? Oui, c'est du moins ainsi que je l'ai compris. Pour un autre présentation de cet ouvrage, je vous propose cet entretien avec l'auteur. C'est le 7e document sur cette page, sous le nom de "Dépression, cancer du siècle". http://www.publications-universitaires.qc.ca/

Cordialement
Johanne Lebel
Rédactrice en chef Découvrir

Sociologie des métiers et dépression

Un certain nombre de métiers soumet les professionnels aux processus dépressifs. Le problème est de s'interroger sur la place qu'occupe le travail dans la société contemporaine des services. Les sociologues ont abordé cette question de la centralité au travail dans les années 80 et 90. Le livre d'Otero (que je souhaiterais lire) met-il en perspective une la dépression comme phénomène sociétal???

Théodore Wonyou 
Ergonome, Paris
Chargé de cours en psychosociologie du travail (Université Rennes 2)

Bien sûr la société !

Bonjour Mme McCready,

Merci de votre commentaire, j’apprécie le temps que vous avez consacré à la lecture de cet article. Tout d’abord, permettez-moi vous dire qu’on est plus d’accord qu’il ne le semble et que nous partageons la même sensibilité sociale vis-à-vis du phénomène de la dépression. En effet, la dépression ne pèse pas bien entendu du même poids pour tous et toutes parce que nos ressources pour y faire face et les statuts sociaux (classes, groupes, réseaux, etc.) qui nous permettent de résister à cette épreuve qui nous fragilise ne sont pas les mêmes pour tous et toutes. Je consacre un chapitre du livre à cette question de la distribution inégalitaire des problèmes de santé mentale où on peut constater, je simplifie un peu les données, que les femmes reçoivent deux fois plus de diagnostics de dépression que les hommes et que, plus largement, ceux et celles qui ont un revenu élevé (dans le premier tiers des revenus les plus favorisés par exemple) reçoivent environ deux fois moins de diagnostics de dépression et d’anxiété que ceux et celles qui touchent des revenus dans le tiers inférieur de la pyramide de revenus. La question des inégalités devient encore plus marquée lors qu’il s’agit de mesurer ce qu’on appelle les dépendances aux substances psychoactives (y compris l’alcool) où le ratio entre les plus riches et les plus pauvres, pour simplifier un peu, est de trois à un.

Pourtant, et il y a là sans doute un point de divergence entre nous, la dépression demeure une épreuve qui «fait société» au sens où tout le monde, homme ou femme, riche ou pauvre, s’y reconnaissent malgré eux car il s’agit d’une grammaire sociétale large de la souffrance humaine dont les formes et les causes sont récentes. Et, dans le livre, j’identifie le travail (son organisation, son déséquilibre, ses exigences insatiables, les problèmes de reconnaissance associés, etc.) comme la dynamique principale qui permet de comprendre la généralisation de la dépression dans sa forme actuelle. Et pour régler cela, c’est l’organisation de la société que je remets en cause, tout comme vous !

Quand je dis que la dépression «fait société» je veux dire qu’il s’agit d’une «souffrance» dont les racines sont sociales, et non psychologiques, car elles permettent à des individus singuliers, différents et uniques de faire preuve d’appartenance à la même culture «en souffrant» dans ses normes. Les épreuves sociétales, et la dépression en est une car elle se structure à l’échelle du social, sont toujours inégalement distribuées mais leur forme est commune, transversale ou encore latitudinale aux groupes qui sont inégalement distribués dans la structure sociale. Pour cette raison, les critères diagnostics, voire les symptômes produits par les déprimés et les déprimées qu’ils soient riches ou pauvres sont étonnamment semblables.

En terminant, nous sommes à présent en train de discuter sur la question de la dépression, mais c’est toutefois la maîtrise formelle de la même grammaire qui «fait société» qui nous permet de «communiquer» entre nous même dans le désaccord éventuel. Et, dans ce cas précis, il s’agit, contrairement à la dépression, d’une expérience agréable.

Cordialement,
Marcelo Otero

Seul ou a plusieurs...

Je suis d'accord en bonne partie avec vous quant aux sources sociologiques et systémiques liées à l'expansion de la dépression. Quelles sont les sources initiales de la dépression individuelle qui se sont répandues à large échelle? Le point commun de toute dépression est justement l'oppression à laquelle on ne peut pas faire face, insidieuse, latente, invalidante, sans fin, unique ou multiple, définie ou impersonnelle, mais qui ne contribue en rien au bien-être de l'individu. La pression économique, médiatique, sociale, environnementale, etc. peut se transformer en oppression à partir du moment où on ne peut plus y répondre adéquatement. L'effet s'accumule jusqu'au point où l'individu baisse les bras, «dépression». Mais la source, individuelle ou collective, s'appelle «oppression», réelle ou supposée, mais ressentie comme telle. Alors à supposer qu'elle puisse être aussi sociale, vous visez assurément juste.

Denys Lamontagne

L'individu ou la collectivité

J'aimerais réagir à ce qui est écrit ici au sujet de la dépression et du travail. Tout d'abord, je ne suis pas d'accord que "La souffrance psychique « fait société »" ni lorsque vous supposez que le col bleu et le riche homme d’affaires puissent partager une réalité similaire. Si les deux peuvent vivre une souffrance, la nature de cette souffrance ne prend pas racine dans les mêmes causes. Si la souffrance au travail est devenue une épidémie dans notre société, il importe de reconnaître qu'il y a de grandes inégalités entre les groupes qui la subissent. Les conséquences de la souffrance au travail sont bien plus néfastes chez ceux qui disposent de moins de moyens pour y mettre fin. La souffrance des uns est construite sur le dos des privilèges des autres.

Ainsi, à mon avis, on ne peut examiner ce problème sans s'attarder aux questions de classes et aux conditions sociales qui vulnérabilisent davantage certains groupes au profit de d'autres. Vous avez raison de croire que la psychiatrie, comme la psychologie est bien limitée pour aider quelqu'un aux prises avec un problème de santé mentale causé par son travail. Ce n'est pas en discutant seul à seul avec un spécialiste professionnel de la santé qu'un patient arrive à saisir toute la dimension sociale et politique de son problème, qui en fait, n'est pas le sien. En assommant les patients à coups de médicaments et de psychothérapie, on renforce l'idée que le problème, c'est eux, alors qu'en réalité, le problème se trouve dans les structures de notre travail qui permettent l'oppression et l'assouvissement des uns ainsi que la liberté totale, en toute impunité, des autres qui en profitent.

Geneviève McCready Infirmière opprimée
Étudiante à la maitrise en santé publique
Mère de famille

Dépression

Sociologiquement parlant, le déprimé contemporain est moins un individu triste qu’un individu fatigué (l’action est en panne) et démotivé (l’envie n’est plus là).» Wow ! C'est la toute a fait la réalité de notre société. Vous avez mis le doigt pile dessus. En tant qu'humanité, il semble que nous le réalisions tous en même temps et que cela a plus d'impact pour y réfléchir sérieusement. C'est aussi grave que le cancer à mon avis. Aussi, je trouve que ça peut ''déculpabiliser'' les individus qui en souffrent présentement car c'est un phénomène de société cause par notre fâçon inadequate de vivre heureux et en santé physique et mentale.

Diane Gingras