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Un emballage tueur de microbes

Mai 2013 | Numéro Spécial - 81e Congrès
Alexandre Guertin-Pasquier
Journaliste
Une nouvelle technologie permettra bientôt de doter directement les contenants de propriétés antibactériennes.

[Colloque 202 - Les matériaux d’avant-garde]

Pour protéger les aliments des microbes, on peut les emballer sous vide ou les mettre en boîtes de conserve. Mais une nouvelle technologie permettra bientôt, peut-être, d’aller encore plus loin en dotant directement les contenants de propriétés antibactériennes, selon Sylvain Duquette, professeur au Cégep de Trois-Rivières et directeur de projet chez Innofibre, un centre collégial de transfert de technologie (CCTT) spécialisé dans la valorisation des résidus forestiers. Le chercheur a présenté le résultat de ses travaux au congrès.

L’équipe de M. Duquette, en collaboration avec le Centre national en électrochimie et en technologie environnementale de Shawinigan (CNETE), travaille depuis près de trois ans sur le développement d’un matériau d’emballage fait de dérivés du bois, dans lequel serait incorporé un agent antipathogène. Un tel produit, encore inexistant au Canada,  protègerait des problèmes de contamination à la Listeria ou même à l’E.coli, cette bactérie qui a ravagé la production de l’usine d’XL Foods il y a quelques mois. Aussi, ce nouveau matériau serait à la fois renouvelable, recyclable et biodégradable. Quoi de mieux pour emballer votre pièce de viande ou votre morceau de fromage?

Les chercheurs s’orientent vers un très bon candidat pour constituer l’« ossature » de cet emballage : la nanocellulose. « Ce matériau est plus solide que le papier et possède des propriétés "barrières" intéressantes pour protéger les aliments de l’oxygène et des autres gaz, même à l’état naturel, sans agent antibactérien », explique M. Duquette.

La nanocellulose est un composé naturel fait directement à partir du bois. Une fois traitée, elle ressemble à un simple carton, mais en beaucoup plus poreux. Ainsi, un peu comme une éponge, elle absorbe mieux l’agent antibactérien introduit par les chercheurs. Si une bactérie entre en contact avec l’emballage, elle sera donc tout de suite neutralisée et n’aura aucune chance d’atteindre l'aliment.

«Si une bactérie entre en contact avec l’emballage, elle sera donc tout de suite neutralisée et n’aura aucune chance d’atteindre l'aliment.»

Le travail d’Innofibre, cependant, n’est pas de développer la meilleure nanocellulose qui soit. M. Duquette et ses partenaires cherchent plutôt le moyen de perfectionner l’application de l’agent antibactérien sur ce matériel. « Par analogie avec le travail d’un peintre, Innofibre étudie les moyens les plus efficaces d’étendre cette peinture antibactérienne, alors que le CNETE, lui, travaille sur la peinture elle-même et sur sa capacité à adhérer au support de nanocellulose », ajoute-t-il.

Les premiers résultats confirment que l’agent antibactérien est efficace contre la Listéria, micro-organisme le plus fréquemment retrouvé dans les aliments, mais relativement peu dangereux. À terme, toutefois, les chercheurs espèrent développer un emballage beaucoup plus complexe, contenant plusieurs agents antibactériens et luttant efficacement contre plusieurs pathogènes à la fois.

Ce projet fait partie des travaux de recherche autonomes d’Innofibre, soutenu par le gouvernement provincial. Il ne fait pas l’objet, pour l'instant, d’un partenariat avec une entreprise privée.

Le centre de recherche compte notamment une usine pilote, dotée d’une machine à papier parmi les plus rapides au monde, capable de produire un kilomètre de papier à la minute pour des essais d’impression. De nombreuses compagnies font donc appel à M. Duquette et à ses associés afin de tester et d’améliorer leurs produits à base de résidus forestiers ou agricoles avant leur mise en marché. 

Sujets : génie & technologie, innovation, santé

Présentation de l'auteur :

Alexandre Guertin-Pasquier est étudiant au certificat en journalisme à l’Université de Montréal. Il est également chargé de cours au département de géographie de cette même université, là où il a complété une maîtrise en paléoécologie en juin 2012. Il est aussi vice-président du Musée de paléontologie et de l’évolution à Montréal.

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