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Prix Acfas Urgel-Archambault

Christophe Caloz

École Polytechnique de Montréal

Christophe Caloz - Prix Acfas - 2013
[À lire aussi, l'entrevue réalisée par Le Devoir]

Le lauréat est le prototype même du chercheur « marqué », un peu comme le sont, dans le tableau périodique, les éléments constituant les « terres rares ». Il est de ceux qu’un directeur de laboratoire repère longtemps à l’avance… Christophe Caloz appartient à cette très petite minorité de scientifiques qui ne se contentera jamais de cultiver ou de bonifier des concepts déjà existants, mais qui s’efforcera toujours de proposer – et de concrétiser – des idées complètement nouvelles.

Ainsi, après avoir mis au point, en 2002, la première antenne à ondes de fuite capable de balayer efficacement toutes les directions de l’espace, le chercheur ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Il a aussitôt développé une nouvelle théorie montrant que les propriétés d’efficacité et de polarisation de ces antennes intelligentes pouvaient être contrôlées par la symétrie ou l’asymétrie de leur cellule unitaire. Ne lui restait plus alors qu’à élaborer des règles de conception lui permettant d’exploiter ces propriétés… Et ça aussi, il l’a fait!

Sacré chef de file – avant l’âge de 40 ans – du domaine du génie électromagnétique, ce Suisse d’origine a obtenu son doctorat de l’École Polytechnique fédérale de Lausanne en 2000. Il fut ensuite recruté comme stagiaire postdoctoral au sein du réputé Microwave Electronics Laboratory de l’Université de la Californie à Los Angeles (UCLA), où il a passé quatre années, couronnées par le Prix du chancelier de l’institution, avant d’atterrir à l’École Polytechnique de Montréal où il se trouve toujours, et d’y lancer sa carrière de professeur-chercheur.

À l’heure de la téléphonie globale et des réseaux sociaux, si vous vous demandez d’où viendront les percées technologiques qui permettront de répondre à cette demande de mobilité toujours croissante, il faut regarder du côté des métamatériaux, que Christophe Caloz a développés depuis plus d’une décennie en véritable pionnier. Ce sont des matériaux électromagnétiques artificiels présentant des propriétés non disponibles dans la nature. Ils représentent LE domaine d’avenir en radiofréquence, en ceci qu’ils permettent de repousser les limites de la physique de la transmission de signaux électromagnétiques.

Christophe Caloz est le « père » d’une nouvelle génération de métamatériaux dits à échelles multiples (millimétrique, micrométrique, nanométrique et atomique). Leur énorme potentiel leur vient de la combinaison de nouveaux ingrédients, nanoparticules ferromagnétiques, substances multiferroïques, feuilles de graphène, dont les structures inédites donnent lieu à de nouveaux effets multiphysiques. Ils se retrouvent bien sûr dans les antennes à ondes de fuite, mais pas seulement. L’ingénieur « lauréat » les intègre également à des routeurs et à des transmetteurs de télévision, ainsi qu’à l’intérieur de systèmes de communication sans fil qui atteignent des débits – ainsi qu’une fiabilité – record. Dans le cadre de partenariats industriels, ces recherches ont permis le transfert de technologies vers des entreprises telle Research in Motion, renommée Blackberry, qui soutient d’ailleurs depuis plusieurs années les travaux de Christophe Caloz, ainsi que la création d’une entreprise dérivée, ScisWave.

Enfin, est-ce attribuable à son jeune âge, à une pédagogie stimulante ou à des objets de recherches excitants – peut-être même pour ces trois raisons à la fois? Il s’avère que le professeur Caloz obtient énormément de succès dans ses classes. Preuve en est que, depuis 2010, il a remporté une douzaine de distinctions avec ses étudiants. Notamment le Premier Prix de la Conférence internationale de micro-ondes de l’IEEE, le Prix de la meilleure thèse de doctorat d’Espagne pour un étudiant cosupervisé avec un collègue de l’Université de Carthagène, le Prix de la meilleure thèse de doctorat de Polytechnique, et la médaille académique du Gouverneur général du Canada.

Il s’est vu attribuer, pour sa part, en début d’année, une distinction remarquable : la prestigieuse bourse Steacie du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG). Ce prix, hors du commun, est assorti d’un montant de 250 000 $, d’une subvention en équipements scientifiques de 150 000 $ et d’un dégagement, pour deux ans, de toutes charges administratives et d’enseignement, afin de permette à l’heureux élu de se consacrer entièrement à ses recherches. Qui dit mieux!

Rédacteur : Luc Dupont