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605 - Études sur les hommes et les masculinités : l’ouverture d’horizons en recherche et en intervention

Le jeudi 10 mai 2018

Depuis plus de trente ans, le champ de la recherche et de l’intervention auprès des hommes se développe au Québec comme ailleurs dans le monde. Sous-jacentes aux pratiques scientifiques et cliniques de ce champ, des manières de comprendre et d’analyser, ou des paradigmes, proposent différentes façons de concevoir les masculinités.

Non seulement les perspectives théoriques se diversifient-elles, mais les pratiques d’intervention se multiplient. D’abord centrées sur les questions de la paternité et de la violence conjugale au cours des années 1990, les interventions auprès des clientèles masculines ont acquis de la notoriété notamment avec les recherches sur les demandes d’aide des hommes au début des années 2000. Les actions de concertation, de sensibilisation et de revendication des deux dernières décennies, menées de concert par les milieux cliniques et de recherche, ont donné lieu en 2017 à la publication d’un premier plan d’action sur la santé et le bien-être des hommes par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. Ce plan s’articule autour de trois orientations : 1) mieux rejoindre la population masculine par les stratégies de promotion et de prévention; 2) adapter les services pour en améliorer l’accès et répondre aux besoins des hommes; et 3) améliorer la compréhension des dynamiques masculines et des pratiques adaptées pour répondre aux besoins des hommes.

Devant cette ouverture des horizons, le Réseau Masculinités et Société propose la tenue de ce colloque afin de réunir chercheurs et praticiens, d’ici et d’ailleurs, dans un échange sur les manières de penser les masculinités et l’intervention auprès des clientèles masculines.

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Colloque
Section 600 - Colloques multisectoriels
Responsables
UQAC - Université du Québec à Chicoutimi
Université Laval
UQAR - Université du Québec à Rimouski
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Avant-midi
08 h 45 à 12 h 00
Communications orales
Hommes, vulnérabilité et diversité
Batiment : UQAC
Local : H2-1090
08 h 45
Mot de bienvenue
Sacha Genest Dufault (UQAR - Université du Québec à Rimouski)
09 h 00
Conférence d'ouverture « Les hommes ont-ils vraiment un genre ? » Théorisation des études sur les hommes et les masculinités et légitimité parmi les études sur le sexe et le genre.
Philippe Roy (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)

Depuis leurs débuts il y a une quarantaine d’années, les études sur les hommes et les masculinités (ÉHM) ont passé par différents courants. Cette conférence d’ouverture s’appuie sur le parcours théorique des ÉHM. Les aspects toxiques ont monopolisés les premières théorisations, suivies par une reconnaissance des aspects positifs. Un troisième courant revendique une vision plus inclusive, non-binaire (hommes-femmes), qui mise sur la diversité et la fluidité des pratiques de masculinités. Au fil de ces changements, la légitimité des ÉMH au sein des études de genre a connu ses hauts et ses bas. Aujourd’hui, quels sont les gains et des défis à relever qui lient les perspectives théoriques et la légitimité des ÉMH au sein des études de genre ?

Résumé
09 h 30
Exprimer ou dissimuler son orientation homosexuelle? Expériences d’hommes gais ayant immigré au Québec.
Claudia Fournier (Université Laval), Louise Hamelin Brabant (Université Laval), Sophie Duppéré (Université Laval), Line Chamberland (Université du Québec à Montréal)

L’homosexualité masculine est réprimandée dans la majorité des régions du monde. En plus d’être criminalisée dans de nombreux États, elle est souvent associée à une masculinité déficiente, puisqu’allant à l’encontre de différentes normes socioculturelles fondamentales qui régissent les attirances, pratiques sexuelles et apparences physiques des hommes. Dans ce contexte, les hommes gais se trouvent généralement contraints de dissimuler leur orientation sexuelle afin d’éviter d’être rejetés, marginalisés ou persécutés. Certains partent à la recherche de meilleures conditions de vie en Occident, où la situation juridique et sociale des personnes gaie a largement progressé dans les dernières décennies. Au Canada et au Québec notamment, les hommes gais sont protégés par des mesures anti-discriminatoires et peuvent généralement afficher leur orientation sexuelle sans que leur sécurité soit compromise.

Cette communication aborde la façon dont les immigrants gais négocient la visibilité de leur orientation sexuelle dans les différentes sphères de leur vie au Québec. Elle s’appuie sur les témoignages de 25 hommes, recueillis dans le cadre d’une recherche qualitative doctorale en cours. Il apparaît que malgré l’opportunité de vivre dans un environnement plus ouvert et sécuritaire pour les hommes gais, le spectre de l’homophobie structure tout de même les pensées et les conduites de ces immigrants, qui déploient différentes stratégies pour y faire face.

Résumé
10 h 10
Pause
10 h 30
Sentiments et difficultés vécus par les hommes âgés de 35 ans et plus exposés à la catastrophe ferroviaire de Lac-Mégantic
Anne-Julie Tremblay (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi), Étienne Lavoie-Trudeau (Université du Québec à Chicoutimi), Danielle Maltais (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi), Eve Pouliot (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi), Oscar Labra (UQAT - Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue)

Au Québec, en juillet 2013, un train transportant du pétrole brut a déraillé à Lac-Mégantic, causant la mort de 47 personnes, le déplacement de plus de 2 000 habitants et des millions de dollars de dégâts. Cette communication propose de traiter des stress et difficultés vécus par deux groupes de victimes masculines trois années après cette tragédie. Les données recueillies sur ce sujet proviennent de 20 entrevues semi-dirigées menées auprès d’hommes au mitan de leur vie (35 à 64 ans) et de 11 entrevues réalisées auprès d’hommes âgés (65 ans et plus). Il s’agit de victimes masculines exposées directement et indirectement à la catastrophe et provenant de la municipalité de Lac-Mégantic. Cette communication permettra de présenter (a) les sentiments éprouvés par ces répondants en ce qui a trait à cette tragédie ainsi que (b) les types de stress et les difficultés vécus avant, pendant et après le déraillement du train. L’analyse du discours de ces répondants est présentement en cours et sera finalisée d’ici la fin de l’hiver 2018. Les conclusions faciliteront la compréhension de ce que vivent les hommes exposés à un sinistre ayant perturbé leur vie et celle des membres de leur entourage, ainsi qu’à mieux les soutenir.

Résumé
11 h 20
La vulnérabilité conjuguée au masculin
André Duhamel (UdeS - Université de Sherbrooke)

L’idée de vulnérabilité est devenue un paradigme de la pensée sociale au 21e siècle, dans les professions de soin mais aussi en éthique et en études féministes. Ces dernières nous éveillent aux risques d’un usage indiscriminé de la notion : en est-il ainsi pour penser ensemble vulnérabilité et masculinité ? Nombre de vulnérabilités des hommes sont de fait connues (Cloutier 2004), mais leur association normative et critique avec le masculin n’est pas toujours évidente. La philosophie peut y contribuer dans un esprit interdisciplinaire : en nous appuyant sur des études féministes (Gilson 2014), celles des masculinités (Connell 2010) et des critiques du masculinisme (Dupuis-Déri 2014, 2018), nous voudrions montrer que cette conjugaison est porteuse d’une transformation du masculin et d’un élargissement de l’empowerment. 1) L’invisibilisation ‘virile’ de la vulnérabilité lie celle-ci à la faiblesse et à l’incapacité, au lieu d’y voir une réceptivité nécessaire à l’agentivité. 2) Ce rejet associe indûment autonomie, indépendance et dominance, ce qu’évite l’idée d’autonomie relationnelle et sociale. 3) L’idéal d’indépendance est lui-même incapacitant : pour le dominant, qui devient vulnérable dans son corps et ses affects, et pour les dominés, dont l’empowerment est contenu voire subjugué. À terme, la vulnérabilité masculine peut devenir mobilisatrice sans concurrencer les autres vulnérabilités, et appeler à l’agir commun et à la solidarité, « pouvoir des faibles » (Tronto 2010).

Résumé
Dîner
12 h 00 à 13 h 30
Dîner
Dîner
Batiment : UQAC
Local : Dîner libre
Après-midi
13 h 30 à 16 h 30
Communications orales
Hommes victimes et représentations de la masculinité
Batiment : UQAC
Local : H2-1090
13 h 30
Les hommes hétérosexuels subissant de la violence conjugale : facteurs favorisants ou faisant obstacle à la reconnaissance de leur victimisation
Éric Couto (Université Laval)

Clientèle particulière depuis 1995, les hommes hétérosexuels subissant de la violence conjugale demeurent occultés. En 20 ans, aucune mesure des plans d’actions ne les a ciblés et la communauté scientifique demeure partagée quant à leur reconnaissance. Pourtant, cette violence est suffisamment fréquente et comporte des conséquences assez importantes pour s'en préoccuper. Celle-ci touche 6% des canadiens dont 10% rapportent de la violence grave. 59% des hommes victimes rapportent des coupures, égratignures ou brûlures, 32% se sont dit bouleversés, confus ou frustrés par les gestes subis et 15% ont craint pour leur vie. Du côté policier, les hommes représentent 20% des cas rapportés mais dénoncent trois fois moins que les femmes. De plus, des témoignages issus d'études qualitatives suggèrent qu’ils se voient difficilement comme victime en raison de leur socialisation et qu'ils sont jugés avec suspicion lors de demandes d'aide.

Cette communication rend compte de résultats préliminaires d’une étude qui s’attarde aux besoins des hommes hétérosexuels subissant de la violence conjugale à partir de leur point de vue et de celui de professionnels susceptibles de les aider. Concrètement, à partir de résumés d’entrevues réalisées auprès d’hommes, d’intervenants et de policiers, la communication discute des mécanismes faisant en sorte que les victimes masculines se voient ou non comme tel et comment ils négocient ce statut au moment de demander de l’aide.

Résumé
14 h 10
Violence conjugale et familiale vécue par les hommes autochtones au Québec : des stratégies de guérison
Lisa Ellington (Université Laval)

La violence conjugale ou familiale est une problématique sociale très répandue au sein des peuples autochtones. Malgré ce constat, les travaux de recherche sur le sujet ne sont pas légion et ont été majoritairement réalisés auprès de femmes ou d’intervenants, le discours des hommes des Premières Nations étant éclipsé par la perception qu’ont les chercheurs de la problématique. En s’inspirant des résultats d’un mémoire de maîtrise, cette présentation vise à rendre compte de l’expérience et du point de vue de ces hommes, ayant vécu des incidents de violence familiale au Québec en tant que victimes et/ou instigateurs. Elle mettra particulièrement l’accent sur les stratégies de guérison employées par les hommes et abordera également le concept de guérison autochtone de façon plus générale (en s’appuyant sur la recension des écrits d’une thèse doctorale), afin de dégager des pistes d’intervention et de recherche.

Résumé
14 h 50
Pause
15 h 10
L’« homme nouveau » virilisé : la figure de l’homme martial comme source de masculinité yang
Sylvain GAGNÉ (Université Laval)

La tradition occidentale des humains genrés a évolué depuis les années ’60 (Butler, 2005), avec les mouvements féministes qui ont contribué à la redéfinition des rôles familiaux et sociaux. Le concept de genre (West et Zimmerman, 1987) est lui-même remodelé dans son applicabilité. C’est dans un contexte artistique que nous étudierons les figures de la masculinité (Yang) et les risques associés à la redéfinition de l’humain genré. Nous observons, en Occident, des courants de pensée qui sont nettement du côté de l’anti-virilité. Par exemple, dans la mode haute couture actuelle, le mâle (yang) est fortement féminisé (yin), tant dans son corps que dans les vêtements qu’on lui fait porter. Le mâle du XXIe siècle est constamment rappelé à développer un nouveau modèle d’être, un nouveau rôle social. Nous proposons de redéfinir le concept d’« homme nouveau » à la fois virilisé et socialement responsable. La figure traditionnelle orientale de l’homme martial nous servira de point d’ancrage pour circonscrire nos analyses. Nous verrons comment pourrait fonctionner le concept de mâle ayant développé une virilité qui se manifesterait de manière responsable. Le mâle reste, selon nous, forcément différent, et complémentaire du féminin, dans la reconstruction de son identité.

Résumé
15 h 50
Conférence de clôture : bilan et perspective d'avenir des études sur les hommes et les masculinités
Gilles Tremblay (Université Laval)
16 h 20
Mot de clôture