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431 - Perspectives interdisciplinaires sur le deuil compliqué

Le jeudi 10 mai 2018

Le deuil est un processus; il évolue donc avec le temps et il est influencé par différentes caractéristiques liées notamment au type de perte encourue et au contexte social dans lequel les individus évoluent. Parfois, ce processus de deuil peut être court et apaisant, mais parfois certaines personnes vivent une période de deuil pouvant s’étendre sur plusieurs mois, voire de nombreuses années. Pour certains, ce deuil occasionnera des problèmes de fonctionnement social. C’est ce que l’on nomme un deuil compliqué ou pathologique. L’âge, le sexe, les conditions socioéconomiques sont autant de facteurs qui influencent le bon déroulement du deuil. Il est possible aujourd’hui de déterminer certains facteurs de risque et de protection du deuil, ainsi que certaines conséquences envisageables d’un deuil complexe et long, sur les plans bio-psycho-socio-spirituels de même que sur les systèmes de santé et de services sociaux.

Derrière chaque perte d’un être cher ou d’un animal, ou même d’un travail apprécié, d’une maison, d’un sentiment de confort, etc., se trouve un deuil pour les personnes qui le vivent. Au cours d’événements traumatiques comme des catastrophes naturelles ou anthropiques, ce sont même un grand nombre de personnes qui se trouvent endeuillées d’un être qui leur était cher tandis que d’autres vivent d’importantes pertes significatives comme une maison, un animal domestique, des biens ayant une forte signification sentimentale ou même le sentiment de sécurité ou de quiétude. L’ensemble de ces pertes vient perturber la qualité de vie et le bien-être des personnes exposées à ce type d’événement. Et les risques de voir se développer des deuils compliqués sont alors très grands.

Ce colloque d’une journée permettra de porter un regard multidisciplinaire sur cette notion de deuil compliqué ou pathologique, notamment à partir des résultats de différentes études réalisées dans des contextes culturels divers.

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Colloque
Section 400 - Sciences sociales
Responsables
UQAC - Université du Québec à Chicoutimi
Danielle Maltais
UQAC - Université du Québec à Chicoutimi
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Avant-midi
09 h 00 à 10 h 00
Communications orales
Les facteurs biographiques, culturels et religieux du deuil compliqué
Présidence/Animation : Danielle Maltais (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)
Discutant : Jacques Cherblanc (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)
Batiment : UQAC
Local : P1-7090
09 h 00
Deuil compliqué ou deuil en pointillés?
Christine FAWER CAPUTO (HEP - VAUD - Haute école pédagogique Vaud )

Nombre d’auteurs considèrent le deuil comme un processus. Le travail de deuil (Freud, 1917) consiste pour la personne endeuillée à comprendre que l’objet aimé n’existe plus et à retirer toute la libido des liens qui la retiennent à cet objet (la decathexis) afin de pouvoir se réinvestir dans de nouvelles relations (la recathexis). Ce processus est parfois décrit en étapes ou en phases, mais la majorité des chercheurs s’accordent à dire qu’il doit obligatoirement se terminer, sinon la personne endeuillée tombera malade, ce que d’aucuns nomment deuil compliqué ou pathologique.

Pourtant, ces dernières années on constate l’émergence de nouvelles recherches qui démontrent que les endeuillés conservent des liens avec les défunts même si la nature de ces liens se modifie (Molinié, 2006). Pour Berthod (2014), le deuil n’est pas à considérer  comme un processus – et donc comme ayant une fin identifiée – mais plutôt comme une succession de moments et de circonstances d’intensité émotionnelle et affective variable, dans des contextes sociaux souvent distincts et fragmentés ; soit un deuil « en pointillés » qui peut se (re)manifester en fonction de circonstances, de contextes ou d’opportunités. À partir de données d’entretiens, cette communication se propose de montrer comment la mort d’élèves ou de parents d’élèves peut réactiver des réactions de deuil chez des enseignants ayant vécu la perte d’une personne significative dans leur enfance ou dans leur vécu plus ou moins proche.

Résumé
09 h 30
Les deuils compliqués chez les réfugiés de guerre
Garine Papazian-Zohrabian (UdeM - Université de Montréal)

Selon le Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (2017), en 2015-2016, le Québec a accueilli 7583 réfugiés syriens et une majorité d’entre eux s’est installé à Montréal et à Laval. En considérant les conditions d’adversité rencontrées par ces élèves ainsi que les deuils et les traumatismes pré, péri et post-migratoires vécus, conscient que la santé mentale de ces réfugiés a été mise à rude épreuve autant par les deuils et les traumatismes de guerre que par la migration et les difficultés post-migratoires, nous avons conçu et mené une recherche-action visant le développement de leur bien-être psychologique.

L’objectif de cette recherche était de documenter l’influence d’une action scolaire courte et ciblée (organisation de groupes de parole et accompagnement psychosocial) visant l’amélioration du bien-être et le sentiment d’appartenance à l’école des jeunes réfugiés syriens inscrits dans des classes d’accueil. Les résultats de cette recherche action soulignent l’importance d’offrir aux jeunes réfugiés et leurs familles des espaces de parole pour favoriser l’élaboration des deuils en général ainsi qu’un accompagnement psychosocial pour les situations de complication de deuil. Notre discours sera illustré par des exemples spécifiques de complication de deuil lié à un contexte de violence collective et de migration forcée.

Résumé
10 h 30 à 12 h 00
Communications orales
Le deuil compliqué de l’enfant que l’on n’a pas connu : les cas du deuil périnatal et de l’adoption
Présidence/Animation : Jacques Cherblanc (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)
Discutant : Christine FAWER CAPUTO (HEP - VAUD - Haute école pédagogique Vaud )
Batiment : UQAC
Local : P1-7090
10 h 30
Le deuil périnatal et le soutien socio-psychologique
livia sani (Strasbourg, France), Marie-Fréférique Bacqué (Laboratoire SuLiSoM, Université de Strasbourg)

Le deuil périnatal est un événement grave pour les parents, entraînant les risques de dépression, PTSD, troubles du sommeil, anxiété et deuil compliqué.  Nous avons évalué le deuil compliqué chez des parents, avant et après leur participation à des groupes de parole. 31 parents francophones résidant en France, recrutés dans les hôpitaux, associations et forums, ont consenti à participer à l’étude pour cinq réunions sur 18 mois. Les questionnaires ICG, pour les complications du deuil, et GHQ-28, pour la santé mentale globale, ont été administrés à chaque rendez-vous. Nos données proviennent des deux premiers rendez-vous (un tous les trois mois). Sur 31 participants, 23 sont des femmes et 8 des hommes, dont 8 couples. Le décès est survenu jusqu'à 9 mois avant la première réunion. 19% des enfants ont vécu quelques jours/heures. Seuls 9,6% des participants (3 femmes) ont obtenu un score inférieur à 25 à l’ICG (seuil des auteures). Pour le GHQ28, la comorbidité significative s’exprime par des troubles du sommeil (70%) et dysfonctionnement psychosocial (58%). La fréquence du deuil compliqué est impressionnante, avec un pourcentage élevé de risque à plus de six mois du deuil. Les différences de genre sont faibles. À niveau socio-psychologique proche, l’expression émotionnelle pendant les groupes est variable, de l’anesthésie psychique à la détresse. L’évolution des complications du deuil lorsqu’un soutien est mis en place sera discutée.

Résumé
11 h 00
Le deuil périnatal, un impensé du projet parental par gestation pour autrui
Kévin Lavoie (UdeM - Université de Montréal), Isabel Côté (UQO - Université du Québec en Outaouais)

Cette communication présente une étude de cas portant sur le deuil périnatal vécu en contexte de gestation pour autrui au Québec. Prenant appui sur le récit d’une femme porteuse ayant accouché d’un enfant mort-né et celui de la mère d’intention, notre analyse vise à circonscrire les dimensions relationnelles et les enjeux mobilisés lors de cette épreuve commune à laquelle sont confrontées les deux femmes endeuillées, mais dont les expériences et les réactions diffèrent grandement au regard de leur rôle respectif. Malgré la projection de divers scénarios lors de la négociation de leur entente, la mortinaissance n’avait jamais été envisagée comme éventualité. Le deuil vécu par la mère d’intention a été banalisé par son entourage, sous prétexte qu’elle n’avait pas vécu elle-même la grossesse et l’accouchement et que l’enfant à naître n’était pas le fruit de ses propres gamètes. La femme porteuse, elle, est toujours aux prises avec un fort sentiment de culpabilité devant cet «échec» ayant mis fin au projet parental du couple qu’elle désirait aider. Chacune a vécu séparément les répercussions de cette épreuve, laquelle a porté atteinte à leur relation en y semant des doutes quant au respect de l’entente de départ et l’authenticité de leur engagement respectif dans le projet de GPA. Le processus d’attribution du sens du deuil périnatal est alors révélateur de tensions provoquées par le décalage entre les expériences émotionnelles, corporelles et spirituelles des femmes concernées.

Résumé
11 h 30
La construction et la gestion du deuil dans l’adoption internationale, le cas français
Ekaterina Pereprosova (Université Paris Descartes)

D’après le rapport de l’INED, nous assistons, depuis ces dernières années, à un déclin de l’adoption internationale, lié aux dynamiques démographiques, économiques et politiques dans les pays émetteurs. Après son essor au début des années 2000, l’adoption internationale dans le monde est tombée au niveau des années 1980. En France, le nombre d'adoptions via cette procédure a chuté de 4 136 enfants à 1 343 entre 2005 et 2013. Ceci contribue à une diminution du nombre d’enfants adoptables ainsi qu’à des fermetures et blocages des procédures d’adoption. Le parcours des parents adoptifs n’est, donc, plus linéaire. Dans un tel contexte, les adoptants peuvent être amenés à renoncer à leur projet initial d’adoption en faveur d’un autre pays. Ce renoncement est accompagné par le deuil d'une première représentation de l’enfant « à adopter ».

Dans cette communication nous aborderons la construction de ce deuil en analysant les formes de liens de parenté (kinship) qui se nouent au cours des procédures administratives de l’adoption. Les témoignages des parents adoptifs français aux différentes étapes de la procédure d’adoption recueillis dans 17 entretiens ethnographiques permettent de mettre en lumière les vécus personnels du deuil ainsi que les façons de le gérer aux niveaux personnel et institutionnel. Enfin, nous démontrerons que le deuil de la représentation de l’enfant influe, par conséquent, sur les éventuelles stratégies d’adoption, par exemple, le choix alternatif du pays.

Résumé
Dîner
12 h 00 à 13 h 15
Dîner
Dîner
Batiment : UQAC
Local : Dîner libre
Après-midi
13 h 15 à 14 h 45
Communications orales
Le deuil compliqué à la suite d’un événement traumatique
Présidence/Animation : Danielle Maltais (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)
Discutant : Jacques Cherblanc (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)
Batiment : UQAC
Local : P1-7090
13 h 15
Les conséquences du deuil compliqué chez les victimes de catastrophe : mise à jour des écrits scientifiques
Mireille Fortin (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi), Danielle Maltais (UQAC), Jacques Cherblanc (UQAC)

Cette communication s’inscrit dans le cadre d’une recherche dont le but était de dresser un portrait des adultes de la MRC du Granit après le déraillement du train de juillet 2013. Une recension systématique des écrits sur le deuil compliqué chez les adultes en cas de catastrophe a été réalisée afin de mettre à jour l'état des connaissances sur cette problématique. Au total, 113 articles ont été recensés et seuls les documents traitant du deuil compliqué chez les adultes dans le cas de catastrophes ont été retenus.  Les principales bases de données utilisées ont été MEDLINE, Pubmed, Sciencedirect, PsychINFO et Érudit. Cette exercice a permis de constater que les personnes présentant un deuil compliqué sont plus souvent hospitalisées à la suite de l’apparition ou de l’aggravation de maladies chroniques et éprouvent souvent des difficultés avec leur sommeil. Des problèmes de santé psychologique, comme l’état de stress post-traumatique et les idéalisations suicidaires, sont également vécus. Des changements d'habitudes de vie, tels que la consommation de substances et les mauvaises habitudes alimentaires, sont aussi des conséquences néfastes qui ont été constatées en contexte de sinistre. Il a été également démontré que la perte de l’identité sociale, le désengagement et l’isolement peuvent perturber le fonctionnement de ces personnes. L’exposition directe à la catastrophe et l’absence de l’anticipation de la perte sont aussi associés au deuil compliqué.

Résumé
13 h 45
Le vécu du deuil post-traumatique chez l’enfant haïtien témoin des conséquences du tremblement de terre de janvier 2010
Marie NGO NKANA (Université de Strasbourg)

Cinq ans après le tremblement de terre ayant eu lieu à Haïti le 12 janvier 2010, nous sommes allés à la rencontre des enfants haïtiens âgés de 9 à 13 ans. Au cours de cet événement catastrophique, non seulement, leur propre vie a été menacée de mort, mais en plus, ils ont été témoins des conséquences du séisme, perdant ainsi des proches. Si certains enfants haïtiens ont été capables de faire preuve de résilience ; d’autres en revanche, présentent encore des difficultés à rebondir pour faire face à la perte de leur proche. Ils vivent un deuil post-traumatique. Les troubles liés à ce deuil ont de fort potentiels de faire basculer le sujet vers un deuil compliqué. À partir d’un extrait de nos travaux de recherche, nous présenterons le cas d’Élise et celui d’Elsa. Ces sœurs jumelles dizygotes âgées de 11 ans ont perdu leur père en janvier 2010, et, trois ans après, leur mère est décédée des suites d’un cancer. Le questionnaire sur le traumatisme lié à la perte d’un proche élaboré par le professeur M.- F. Bacqué révèle que le travail de deuil s’avère compliqué pour Élise et le dessin des trois maisons établi par le professeur L. Crocq renforce ce postulat par une absence de projection dans l’avenir pour ce même enfant.

Résumé
14 h 15
L’élaboration symbolique des pertes en contexte de guerre
Alyssa TURPIN-SAMSON (UdeM - Université de Montréal)

En 2011, la communauté internationale assiste à l’éclosion de la guerre en Syrie. Plusieurs millions de civils sont contraints de quitter le pays (HRC, 2018). Par le fait même, ces déplacements forcés peuvent occasionner de nombreuses pertes idéologiques, matérielles et humaines chez les réfugiés. Plusieurs recherches démontrent la vulnérabilité de cette population au développement de symptômes psychopathologiques (Kirmayer et al., 2011; M Fazel, 2002; Pumariega, Rothe et Pumariega, 2005). Notre recherche s’est intéressée à l’élaboration symbolique des pertes vécues en tant que variable explicative de la relation entre le parcours migratoire et la santé mentale. Selon Roussillon (2000), le processus de symbolisation correspond au degré d’élaboration symbolique d’un événement donné, allant d’une simple intégration sensorielle à une intégration personnelle empreinte de sens.

Trois études de cas d’adolescents réfugiés syriens âgés de 14 à 16 ans font l’objet de cette présentation. Tous ces jeunes ont vécu des pertes matérielles ou humaines dans le contexte de la guerre en Syrie. Ils présentent également des symptômes de nature psychopathologiques à des degrés différents. Nos analyses tendent à démontrer le rôle médiateur de l’élaboration symbolique de ces pertes sur la qualité de leur santé mentale.

Résumé
15 h 00 à 16 h 30
Communications orales
Le deuil compliqué dans le cas de la tragédie de Lac-Mégantic (Québec) de 2013
Présidence/Animation : Christine FAWER CAPUTO (HEP - VAUD - Haute école pédagogique Vaud )
Batiment : UQAC
Local : P1-7090
15 h 00
Les endeuillés de la tragédie de Lac-Mégantic : ce qui différencie les personnes présentant un deuil compliqué de ceux qui n’en présentent pas
Danielle Maltais (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi), Jacques Cherblanc (UQAC), Eve Pouliot (UQAC), Mireille Fortin (UQAC), Geneviève Fortin (UQAC)

En juillet 2013, un train transportant du pétrole brut a déraillé à Lac-Mégantic (Québec), causant la mort de 47 personnes, le déplacement de plus de 2 000 habitants et des millions de dollars de dégâts. Les données d’une enquête populationnelle réalisée trois ans et demi après cette tragédie auprès de 800 adultes demeurant au sein de la MRC du Granit a permis de constater que plus du quart (26 %) des personnes ayant perdu un être cher à la suite de la tragédie obtiennent un score de 26 ou plus à l’échelle du « Complicated Grief Inventory ». Ils éprouveraient de grandes difficultés à faire face au deuil de leur proche et nécessiteraient de recevoir du soutien psychologique. Ils manifesteraient notamment du chagrin pathologique, de la colère, de l'incrédulité et des hallucinations. Cette enquête démontre aussi que ces personnes sont plus affectées par la perte de leur proche dans plusieurs aspects de leur vie (personnelle, conjugale, familiale, sociale et professionnelle) que les endeuillés ayant reçu un score égal ou inférieur à 25.  À titre d’exemples, mentionnons que 59 % de ces personnes considèrent que leur état de santé s’est détérioré au cours des trois dernières années et que 83 % présentent des manifestations modérées à sévères de stress post-traumatique. Les recherches démontrent des taux de deuil compliqué variant entre 8 % et 76 % en fonction du type de tragédie vécue et du contexte du décès de ses proches (décès subi, mort violente).

Résumé
15 h 30
Les caractéristiques distinctives des jeunes adultes endeuillés qui présentent un deuil compliqué à la suite de la tragédie de Lac-Mégantic
Eve Pouliot (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi), Danielle Maltais (UQAC), Geneviève Fortin (UQAC), Mireille Fortin (UQAC), Jacques Cherblanc (UQAC), Geneviève Petit (CIUSS de l'Estrie-CHUS)

À l’hiver 2017, soit plus de trois ans après le déraillement du train ayant causé la mort de 47 personnes à Lac-Mégantic, une enquête a permis de dresser le portrait de 146 jeunes adultes fréquentant le Centre de formation professionnelle du Granit, le Centre d’études collégiales de Lac-Mégantic et le Centre d’éducation des adultes. Les données recueillies révèlent que le tiers de ces répondants ont perdu un proche (30,8 %), principalement un ou plusieurs membres de leur entourage (ami, voisin, confrère de travail) ou de leur famille élargie. Parmi ces jeunes adultes endeuillés, 14 ont obtenu un score de 26 ou plus à l’échelle du « Complicated Grief Inventory » évaluant la présence d’indicateurs de chagrin pathologique, comme la colère, l'incrédulité et les hallucinations. Comparativement aux endeuillés ayant reçu un score égal ou inférieur à 25, les jeunes adultes qui présentent un deuil compliqué se distinguent quant à leurs caractéristiques psychologiques. En effet, ils sont plus nombreux à présenter de la détresse psychologique (85,7 % vs 36,7 %), ainsi que des manifestations modérées ou sévères de stress post-traumatique (57,1 % vs 13,3 %). Ils sont également plus nombreux (78,6 % vs 33,3 %) à considérer que des problèmes de tristesse ou de déprime ont eu des répercussions négatives dans leurs occupations. Ces données concordent avec les recherches scientifiques antérieures, qui révèlent que le deuil compliqué s’accompagne souvent de problèmes psychologiques.

Résumé
16 h 00
«Faire le deuil de sa maison» : une façon de parler ou une réalité?
Jacques Cherblanc (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi), Danielle Maltais (UQAC), Eve Pouliot (UQAC), Christiane Bergeron-Leclerc (UQAC)

Dans la nuit du 5 au 6 juillet 2013, un convoi ferroviaire sans chauffeur et comportant 72 wagons-citernes remplis de pétrole brut léger a déraillé à Lac-Mégantic, causant des explosions et un gigantesque incendie en plein cœur du centre-ville. Cet accident a entraîné la mort de 47 personnes, le déplacement de plus de 2 000 habitants et des millions de dollars de dégâts. Derrière ces chiffres se cachent des milliers de vies complètement transformées, brisées et pour certaines arrêtées. Ainsi, quatre ans après l’événement, de nombreuses personnes ayant perdu un proche vivent toujours un profond chagrin invalidant.

Mais cette communication désire donner la parole à d’autres types d’endeuillés, ceux qui ont perdu non pas un être cher, mais quelque chose d’unique et d’irremplaçable à leurs yeux : un logement, un travail, un quartier, un réseau… Nous désirons montrer que, non seulement ces personnes peuvent réellement vivre un deuil sans pour autant avoir perdu une personne significative, mais que ce deuil peut même devenir tout aussi complexe et prolongé qu’il peut l’être suite à un décès. Nous présenterons les résultats d’une étude de cas à partir d’une entrevue réalisée auprès d’une personne qui a perdu son domicile suite à cette catastrophe. La phénoménologie de l’imagination (G. Bachelard, 1957) nous servira de cadre d’analyse du chez-soi et nous amènera notamment à interroger les critères actuellement utilisés pour caractériser le deuil chez nos contemporains.

Résumé