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415 - Polymorphie des modes de prise en charge de la crise psychique : tensions, arrimages et points de fuite des dispositifs clinicojuridiques

Le lundi 7 mai 2018

Les personnes composant avec des problèmes de santé mentale ou avec un handicap intellectuel et qui adoptent des comportements dits problématiques sont susceptibles de subir un processus d’exclusion sociale au sein d’espaces hétérotopiques (Foucault, 1967). Ces espaces sont variés et peuvent, par exemple, se reporter à la rue, à l’unité psychiatrique ou à la prison. Indépendamment de la volonté des acteurs, la judiciarisation de ces personnes prend la forme d’une conséquence non intentionnelle (Giddens, 1987). Ce phénomène semble inéluctable. Devant ce problème, qui souligne les limites du travail institutionnel disciplinaire cloisonné, les acteurs mobilisés reconnaissent la nécessité de croiser leurs « mondes » (Linder, Meyer et Skuza, 2016) et de repenser leurs modes d’intervention dans une posture collaborative. Par exemple, des tribunaux « spéciaux » se réclament d’une justice thérapeutique (Dumais Michaud, 2017), les agents correctionnels se détournent du modèle punitif pour se redéfinir en facilitateur de réinsertion sociale, le travail policier s’inspire de l’approche psychosociale et les agents caritatifs adoptent un rôle parfois disciplinaire. Ces approches forment ainsi un vaste réseau de prise en charge de la crise psychique et s’interrogent sur la nature du rapport que les intervenants entretiennent à l’égard de leurs propres interventions. Ce portrait témoigne des interactions entre les normes du droit et ses normes de réalisation (Agamben, 1998; 2003). Or, une sous-problématisation du lien unissant ces pôles normatifs peut avoir pour effet de favoriser « l’abandon du vivant au droit » (Agamben, 1998; 2003, p.10). Quels sont les effets potentiels issus du croisement de ces modes d’intervention? Assistons-nous à l’émergence de disciplines hybrides propres à l’interface sociojudiciaire? En adoptant une perspective pluraliste et interdisciplinaire, ce colloque propose de réfléchir aux réponses probables qu’il est possible de formuler.

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Colloque
Section 400 - Sciences sociales
Responsables
UQO - Université du Québec en Outaouais
CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal
UQAM - Université du Québec à Montréal
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Avant-midi
09 h 15 à 09 h 30
Communications orales
Conférence d’ouverture
Discutant : Guillaume Ouellet (CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal), Pierre Pariseau-Legault (UQO - Université du Québec en Outaouais), Audrey-Anne DUMAIS MICHAUD (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : UQAC
Local : H0-1110
09 h 15
Mot de bienvenue
09 h 30 à 10 h 30
Communications orales
Tensions et convergences dans les pratiques professionnelles
Présidence/Animation : Pierre Pariseau-Legault (UQO - Université du Québec en Outaouais)
Batiment : UQAC
Local : H0-1110
09 h 30
SMUR/CUP : compétences complémentaires entre l’infirmier somatique et psychiatrique
Annick Wohlhauser (Centre neuchâtelois de psychiatrie ), Fabien Piaget (Service Mobile Urgences Réanimation - Hôpital neuchâtelois), Romuald Droczinski (Centre Neuchâtelois de Psychiatrie)

Dans le canton de Neuchâtel (Suisse) il existe deux institutions de santé, une somatique et une psychiatrique. Un centre d’urgences psychiatriques (CUP) a vu le jour en 2012, situé au sein des locaux du département des urgences d’HNE. Suite à une étroite collaboration entre le département des urgences et le CUP, un projet pilote de collaboration somato-psychiatrique de soins pré-hospitaliers a vu le jour au sein du Service Médical d’Urgence et Réanimation (SMUR) en  juillet 2015. L’idée originale de ce projet consiste en l’intégration d’un infirmier du CUP au sein des équipes médico-soignantes du SMUR pour certaines interventions pré-hospitalières nécessitant une compétence complémentaire psychiatrique. Le cœur de la présentation s’animera autour d’un exemple de prise en charge concrète mettant en scène le tandem compétentiel infirmier somaticien et psychiatrique avec une mise en lumière des enjeux et de la valeur ajoutée d’un tel dispositif. Ce dispositif nécessite indubitablement une communication interprofessionnelle efficiente. Une présentation clinique, découlant d'une intervention auprès d’un patient en décompensation psychotique à la suite de l’arrêt de son traitement habituel, viendra illustrer ce modèle de prise en charge.

Résumé
10 h 00
Formation professionnelle à l’intervention d’urgence psychiatrique : tension entre prérogatives professionnelles exclusives et métissage.
Gilles Bangerter (Haute Ecole de Santé Vaud (HESAV) Lausanne)

Le modèle de Lausanne tend à s’imposer actuellement comme référence en matière d'intervention interprofessionnelle en santé en général. Ce modèle postule qu’« aucune profession ne possède à elle seule toute l’expertise requise pour répondre de manière satisfaisante et efficace à la gamme complexe des besoins de nombreux usagers des services de santé » (Gachoud et al., 2017).  La formation par pratique simulée dans le cadre de la formation des ambulanciers privilégie l’acquisition par ce moyen de certaines des compétences propres à la profession infirmière. Les pratiques simulées n’exigent pas de mettre en collaboration les infirmiers et les élèves ambulanciers, comme le suggérerait le modèle de Lausanne. Au contraire, les élèves ambulanciers reçoivent quatre heures de formation théorique avant d’être mis en situation d’urgence psychiatrique dans un appartement fictif. Le polymorphisme est, dans ce cas de figure, plutôt relatif en ce qu’il ne mobilise pas impérativement les autres professionnels et se satisfait d’en emprunter certaines compétences. Cette communication a pour but d’interroger la tension entre ces deux approches et de dégager des pistes possibles pour affiner le modèle didactique utilisé jusqu’alors, afin qu’il tienne mieux compte de cette polymorphie. L’analyse s’articulera autour de séquences vidéos tournées lors d’une formation mobilisant la pratique simulée à l’école supérieure d’ambulanciers de Lausanne ES-ASUR.

Résumé
10 h 30
Pause
10 h 45 à 11 h 45
Communications orales
Pratiques en situation de crise : entre soin et contrôle
Présidence/Animation : Guillaume Ouellet (CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal)
Batiment : UQAC
Local : H0-1110
10 h 45
Réflexion dans le champ clinique de l’intervention de crise, en partant de notre expérience d’intervenante de crise en Centre d’intervention de Crise (CIC) à Montréal
Carole Dupeyras (UQAM - Université du Québec à Montréal)

La manière d’élaborer le travail clinique en CIC s’est opposée depuis ses fondements à une psychiatrie plus traditionnelle, qui porte son regard principalement sur les symptômes visibles de la crise et y répond bien souvent par un traitement pharmacologique (Péladeau, Mercier et Couture, 1991; De Coulon, 1999; Rodriguez, Corin et Poirel, 2001 ; Cossette, 2006 ). Ainsi, les CIC se posent aujourd’hui comme une alternative de premier choix face à l’hospitalisation et à la contention physique et chimique lorsqu’une personne traverse une période de détresse psychologique, liée (ou non) à un trouble de santé mentale.

Ce constat nous a amenés à nous questionner sur la tendance des interventions et traitements produits dans une perspective biomédicale, à vouloir étouffer le « dérangeant » plutôt que de prévenir le « dangereux » pour la personne en situation de crise et son entourage (Otero, 2007). A l’inverse, le regard psychanalytique en intervention de crise nous apparait porteur d’une capacité à penser (et à panser) la crise, en s’intéressant notamment au vécu expérientiel de la personne et au sens qu’elle va donner à sa détresse (Kaës, 1979).

Ainsi, notre communication vise à partager la manière dont peut s’envisager le travail d’élaboration de la crise et ses issues en CIC, à partir d’un cadre d’intervention psychanalytique. Egalement, nous tenterons de rendre compte des portées, des limites et des défis qui s’imposent à la pratique actuelle en CIC. 

Résumé
11 h 15
Interprofessionnalité et métissage des scripts. Projet de recherche appliquée sur la polymorphie des rencontres police/psychiatrie en Suisse romande
Krzysztof Skuza (Haute Ecole de Santé Vaud - HESAV), Michaël Meyer (Haute école de santé Vaud )

Notre communication prend appui sur trois notions analytiques principales : le schéma, le script et le récit (d’un monde) possible. En partant de nos travaux sur la « polyphonie », notre argument reliera la question spécifique de l’action et des gestes, induite par l’idée de « polymorphie » de la prise en charge. Dans les situations qui font intervenir des professionnels, l’on peut hypothétiser au moins deux cas de figure :

La scène de l’intervention rassemble des séquences simultanées d’interventions instruites par des scripts rigoureusement spécifiques pour chacun des intervenants, qui ne modifient pas leurs scripts « sur le champ » ; les rapports sont produits sans aucune polyphonie et la perspective des autres intervenants n’y préoccupe que peu ou pas du tout le narrateur en charge du récit. Les intervenants modifient leurs scripts en raison de la présence des autres intervenants, en leur délégant des actions qu’ils auraient assumées en leur absence, et/ou en acceptant d’en assumer d’autres, dans la logique du métissage des scripts.

Ainsi, la polymorphie de l’intervention croisée police/psychiatrie peut donner lieu, d’une part, à l’émergence d’une polyphonie dans les récits institutionnels de l’action et, d’autre part, à l’apparition de scripts hybrides, doté d’un certain potentiel de remise en question des scripts « purs » de chacune des professions concernées.

Résumé
Dîner
11 h 45 à 13 h 15
Dîner
Lunch libre
Batiment : UQAC
Local : Dîner libre
Après-midi
13 h 15 à 15 h 30
Communications orales
Interface du droit et de la psychiatrie : entre normes, risques et contraintes
Présidence/Animation : Guillaume Ouellet (CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal)
Batiment : UQAC
Local : H0-1110
13 h 15
Une analyse méta-ethnographique de l’autorisation de soins comme dispositif de prise en charge de la maladie mentale récidivante
Pierre Pariseau-Legault (UQO - Université du Québec en Outaouais), Marie-Hélène Goulet (Université McGill), Anne G. Crocker (Université de Montréal)

En tant que dispositif de prise en charge de la crise psychique récidivante, l’autorisation de soins  se situe au carrefour de considérations légales et thérapeutiques. Inspirée d’une rencontre des théories goffmaniennes et foucaldiennes, une méta-ethnographie fut réalisée afin d’explorer ses effets sur les personnes qu’il vise, sur leurs proches et sur leurs soignants. Pour les personnes visées, la négociation de l’autorisation de soins relève d’une mise en scène oscillant entre la résistance et l’acceptation active ou passive des soins imposés. Notre analyse démontre également que le processus de rétablissement spécifique à l’application d’une autorisation de soins est caractérisé par la peur du maintien ou de la réintroduction de cette mesure. Elle constitue ainsi un levier puissant permettant à la fois une administration du « risque » psychiatrique et de l’adhérence au traitement. La prise en charge de la crise psychique est aussi conçue par plusieurs proches sous la forme d’un réseau complexe de transactions relatives à l’état de l’usager. Une ambivalence importante est également identifiée lorsque sa pertinence légale ou thérapeutique est remise en question. À l’ère de la justice thérapeutique, ces observations soulèvent plusieurs questionnements, notamment à l’égard des procédures garantes du respect des droits de la personne et également de la valeur thérapeutique de l’autorisation de soins.

Résumé
13 h 45
Intervention psychosociale, contraintes normatives et institutions judiciaires et pénales
Stéphane Handfield (UdeM - Université de Montréal)

Prenons le cas d'un intervenant psychosocial accompagnant une personne catégorisée comme ayant une déficience intellectuelle et étant enlisée dans diverses problématiques, dont la précarité de logement, les problèmes de santé mentale, la toxicomanie. Cet intervenant fonde son accompagnement sur une posture pragmatique de réduction des méfaits où il évite de faire sentir à la personne accompagnée qu'il désapprouve certaines de ses décisions ou certains de ses comportements. Toutefois, lorsque cette dernière est judiciarisée, les institutions judiciaire et pénale se révèlent à la fois (1) favoriser et (2) renforcer une posture d'intervention normalisante. En effet, (1) malgré le désir de l’intervenant d'éviter le plus possible d'appliquer des contraintes normatives, il est concrètement impossible pour lui de favoriser le développement du bien-être d'une personne marginalisée sans renforcer ces contraintes normatives. Les personnes sont effectivement régulièrement judiciarisées sur la base de la déviance, et non pas de la dangerosité, qu'elles représentent. Ensuite, (2) l'intervenant peut, lors de désaccords avec la personne accompagnée par rapport aux démarches à entreprendre, avoir recours aux institutions judiciaire et pénale pour que soient imposées à la personne des contraintes normatives qu'il ne peut lui-même appliquer sans mettre en péril un lien de confiance établi sur la base du respect de la perspective et de l'autodétermination de la personne.  

Résumé
14 h 15
Pause
14 h 30
La contrainte : une nécessité à la justice thérapeutique
Audrey-Anne DUMAIS MICHAUD (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Depuis une vingtaine d’années, un tournant majeur s’est imposé dans les tribunaux du Québec, tout comme dans le reste de l’Amérique du Nord. Parce qu’une variété de problèmes sociaux complexes (itinérance, santé mentale, consommation de drogues, etc.) a trouvé le chemin des tribunaux, ces derniers se sont vus profondément transformés. Ces nouvelles pratiques ont pris forme au sein de tribunaux de santé mentale axés sur le traitement et appliquant des principes de la jurisprudence thérapeutique. Cette présentation s’intéressera aux personnes ayant un problème de santé mentale et qui font face à des accusations de délits mineurs.  Découlant d’un travail doctoral, il sera exposé la manière dont les discours disciplinaires de la santé mentale et du droit s’ancrent et conduisent des pratiques. Notamment, une question large traversera la présentation : Qu’est-ce que ces tribunaux nous révèlent en termes d’arrimages de la normativité sociale ? Le regard transversal permettra d’éclairer la tension entre vulnérabilité sociale et régulation pénale des problèmes sociaux complexes de même que de démontrer le rôle ambigu de ces nouveaux dispositifs. Enfin, cette communication permettra de questionner les différentes frontières floues et hybrides des politiques et de ces nouveaux dispositifs institutionnels.

Résumé
15 h 30 à 15 h 45
Communications orales
Mot de fin
Discutant : Guillaume Ouellet (CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal), Pierre Pariseau-Legault (UQO - Université du Québec en Outaouais), Audrey-Anne DUMAIS MICHAUD (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Batiment : UQAC
Local : H0-1110
15 h 30
Mot de clôture