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603 - Les 40 ans de la loi 101 : la Charte de la langue française et les communautés québécoises d’expression anglaise, 1977-2017

La Charte de la langue française, couramment appelée loi 101, a joué un rôle fondamental dans l’évolution du Québec. Introduite en 1977, la loi décrète le français comme langue officielle de l’État et des tribunaux de la province, ainsi que la langue normale et habituelle au travail. La loi limite également l’accès aux écoles de langue anglaise et interdit l’usage de l’anglais sur l’affichage commercial.

Plusieurs francophones perçoivent cette loi comme un instrument puissant qui s’inscrit dans la suite logique de la Révolution tranquille. Le préambule de la Charte reconnaît l’importance de respecter la « communauté québécoise d’expression anglaise », mais de nombreux anglophones craignent que la Charte entraîne leur exclusion sociale, économique et politique.

Les chercheurs tracent un bilan partagé des effets de la Charte sur les anglophones. Après la Charte, l’émigration anglophone s’accélère et il y a un déclin des écoles de langue anglaise. Cela dit, les inégalités socioéconomiques entre anglophones et francophones diminuent. Certains chercheurs affirment que les lois linguistiques au Québec ont permis aux anglophones de se redéfinir : ils se perçoivent moins comme une partie de la majorité linguistique du Canada et davantage comme une minorité au Québec. En réaction à la loi 101, les anglophones créent de nouvelles associations. De plus, la Charte fait en sorte que les jeunes anglo-québécois n’ont jamais été aussi bilingues et multilingues qu’ils le sont maintenant. Cela facilite ainsi leur participation économique, culturelle et civique à la société québécoise.

Notre colloque multidisciplinaire abordera les questions légales, démographiques, socioéconomiques, politiques, institutionnelles et culturelles liées aux incidences de la loi 101 sur la communauté d’expression anglaise au Québec (CEAQ) au cours des 40 dernières années.

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Colloque
Section 600 - Colloques multisectoriels
Responsables
Université Concordia
Université Laval
Université de Moncton
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Avant-midi
09 h 00 à 09 h 55
Communications orales
Conférence d’introduction
Présidence/Animation : Brian LEWIS (Université Concordia)
Batiment : (R) RUTHERFORD
Local : (R) 114
09 h 00
Mot de bienvenue
09 h 15
L’enjeu linguistique au Canada et au Québec depuis 1977 : « Cold Case » ou « The Lion in Winter »?
Martin Pâquet (Université Laval)

Au moment de l’adoption de la Charte de la langue française en 1977, l’enjeu linguistique constituait la principale polémique dans l’espace public canadien et québécois. En effet, la reconnaissance politique du français suscitait maintes réactions au sein de la Société civile, incitant les États fédéral et provinciaux à intervenir pour réduire le potentiel de désordres civils.

Aujourd’hui, le rôle du Droit et de l’appareil judiciaire jouant, la polémique est moins virulente, même si l’enjeu linguistique relève du bagage mémoriel des communautés minoritaires de langues anglaise et française. La polémique est-elle vraiment du passé ou couve-t-elle sous les braises? Quels éléments de la culture politique canadienne et québécoise influent actuellement? Sans se livrer à un essai de prospective, cette conférence veut esquisser des pistes de compréhension de cette importante question de l’histoire politique récente.

Résumé
09 h 45
Période de questions
09 h 55 à 10 h 45
Communications orales
La loi 101 vue par les politologues
Présidence/Animation : Brian LEWIS (Université Concordia)
Batiment : (R) RUTHERFORD
Local : (R) 114
09 h 55
Établir un lien entre la protection et le pouvoir : l’assise politique des régimes linguistiques au Canada​
Andrew McDougall (University of Toronto)

La loi 101 du Québec a été créée dans le but de protéger la culture francophone des Québécois et représente le modèle d’excellence pour ce type de législation au Canada. Cependant, il ne s’agit pas du seul gouvernement doté d’un régime préservant les langues minoritaires : l’Ontario, le Nouveau-Brunswick, le Nunavut et le gouvernement fédéral en possèdent de semblables.

 

Bien que les raisons évoquées pour prouver le bien-fondé de tels régimes soient généralement simples – à savoir, défendre une langue en danger –, mon exposé vise à démontrer que l’efficacité de ces divers régimes s’explique en grande partie par le pouvoir politique du groupe « client » à l’origine du régime en question. Autrement dit, les règlements protégeant les langues minoritaires reflètent la force politique que possède un groupe linguistique minoritaire au sein du gouvernement plus qu’ils ne résultent de critères objectifs justifiant que la langue est en danger.

 

La communication utilisera une méthode de reconstitution de processus dans un cadre institutionnaliste historique pour expliquer comment chaque régime en est arrivé à son stade actuel. En conclusion, on établira un lien entre le pouvoir politique du groupe client et l’impact législatif, en démontrant l’importance que revêt le pouvoir politique dans la définition des régimes linguistiques.

Résumé
10 h 15
Représentations de la Charte de la langue française : une analyse automatisée du ton médiatique des journaux de langue anglaise au Québec
Pierre-Olivier BONIN (University of Toronto)

"La grogne linguistique s'amplifie depuis 18 mois chez les anglo-Montréalais". Telle
était la première phrase d'un article de La Presse (2015) faisant état de la persistance d'un
certain mécontentement chez les communautés d'expression anglaise du Québec,
particulièrement à Montréal.


Tel que souligné par Duval et Pétry (2016, 201), il a été démontré que le contenu affectif
des médias a un effet bien réel sur les perceptions qu'ont les citoyens des dirigeants, des
partis politiques et des enjeux sociaux (Eshbaugh-Soha 2010, Soroka et al. 2009, Hopmann
et al. 2010). Avec la numérisation des médias, de nouvelles méthodes offrent de nouvelles
opportunités de recherche. À l'aide du "Lexicoder Sentiment Dictionary" construit par
Young et Soroka (2012), je présenterai les résultats d'une analyse automatisée exhaustive
des articles ayant fait référence à la Charte de la langue française, de 1985 à 2014, dans The
Montreal Gazette et The Globe and Mail.

Résumé
10 h 35
Période de questions
10 h 45
Pause
11 h 00 à 12 h 00
Communications orales
Perspectives juridiques sur la loi 101 (Partie 1)
Présidence/Animation : Sylvia Martin-laforge (Quebec Community Group Network )
Batiment : (R) RUTHERFORD
Local : (R) 114
11 h 00
Interprétation judiciaire de la Charte de la langue française : droits collectifs contre libertés individuelles
Michael Bergman (cabinet d'avocats)

La recherche examine l’interprétation judiciaire de la Charte de la langue française, notamment par la Cour suprême du Canada, et les effets de la jurisprudence qui en résulte sur les communautés québécoises d’expression anglaise. Elle utilise comme méthodologie l’interprétation et l’analyse légales de la lecture de la Charte de la langue française par les tribunaux et en particulier de l’application des concepts opposés de « droits collectifs » et de « libertés individuelles ». Les résultats sont ensuite évalués à la lumière des droits légaux des communautés québécoises d’expression anglaise en matière d’utilisation de l’anglais au Québec.

Résumé
11 h 15
L’arrêt Ford ou l’allégorie d’une Cour suprême complice de trudeauisme : relecture des primes adoptés
Frederic BERARD (UdeM - Université de Montréal)

L’arrêt Ford constitue, sans doute aucun, l’une des décisions les plus controversées en matière linguistique au Québec. La doctrine franco-québécoise est pratiquement unanime : cette décision de la Cour suprême se veut la résultante d’un trudeauisme aux impacts nécessairement délétères pour le fait français dans la province. La Charte canadienne, a-t-elle forcé, dans l’arrêt Ford, une lecture trudeauiste, c’est-à-dire individualiste, celle-ci forçant l’invalidation d’une partie de la Charte de la langue française ? À l’inverse, les accusations de la doctrine franco-québécoise confirment-elles l’existence d’une doxa émanant d’un nationalisme méthodologique pour lequel toute forme de trudeauisme est nécessairement suspecte? Seront ainsi analysés les tenants et aboutissants de la décision afin de démontrer que celle-ci relève plutôt d’une lecture probable du droit positif ambiant. La présentation suggérée s’appuiera alors sur l’arrêt en cause et assurera un bref survol du droit international et comparé.

Résumé
11 h 30
Pour en finir avec le reproche des « deux poids deux mesures »
Stéphane Beaulac (UdeM - Université de Montréal)

En mai dernier, on a reproché au ministre Fourier, responsable de la Francophonie canadienne, sa position en faveur d’un accès élargi à l’école française dans le ROC, pour aller « au-delà du minimum constitutionnel »; du même souffle, toutefois, il réitérait qu’on ne peut accepter au Québec que des immigrants internationaux de langue anglaise puissent fréquenter les institutions anglophones dans la province, ce qu’interdit justement la Loi 101. Est-ce là une contradiction?  Deux poids, deux mesures, comme se plaignait le QCGN? Pas du tout, comme je l’expliquerai au colloque du RRCQEA à McGill en mai. L’élément essentiel, s’agissant du droit à l’instruction dans la langue de la minorité linguistique, est l’idée d’asymétrie développée par la jurisprudence de la CSC : une approche différenciée est absolument nécessaire, suivant les réalités du Québec et celles propres aux provinces du ROC.  Ma présentation s’appuiera notamment sur les récents arrêts Solski, Gosselin et Nguyen.

Résumé
11 h 45
Période de questions
12 h 00
Pause
Dîner
12 h 00 à 13 h 30
Dîner
Dîner
Après-midi
13 h 30 à 14 h 30
Communications orales
Perspectives juridiques sur la loi 101 (Partie 2)
Présidence/Animation : Daniel Salée (Université Concordia)
Batiment : (R) RUTHERFORD
Local : (R) 114
13 h 30
La loi 101 et son interprétation judiciaire : quand l’intégrité du droit commande une interprétation restrictive des droits du français
Éric POIRIER (UdeS - Université de Sherbrooke)

Le traitement qu’ont réservé les tribunaux à la loi 101 dans les cas mettant en cause son interprétation plutôt que sa constitutionnalité est très peu connu. Pourtant, ces cas constituent l’immense majorité des jugements ayant porté sur cette loi depuis son adoption en 1977.

Nous avons répertorié tous les jugements d’interprétation portant sur la loi 101, de 1977 à 2016, dans lesquels il est exposé en quoi une disposition de cette loi est raisonnablement susceptible de donner lieu à plus d’une interprétation. À 21 reprises, parmi les 27 cas ayant reçu la sanction de cohérence d’une cour générale d’appel ou d’une cour qui dispose d’un droit de surveillance et de réforme, les tribunaux lui ont donné une interprétation restrictive, par opposition à large, écartant ainsi sciemment l’intention de ses concepteurs. Appelé à évaluer son impact, le juriste pourrait en conséquence vouloir ranger la loi 101 dans la catégorie des lois déclaratoires. Enfin, si seulement 9 de ces jugements mettent en cause des membres des communautés québécoises d’expression anglaise, tous les concernent : ces jugements participent à la construction d’une théorie de l’interprétation de la loi 101 appelée à être mobilisée dans les cas qui mettront en cause à l’avenir des membres des communautés québécoises d’expression anglaise.

Résumé
13 h 45
Les législations linguistiques québécoise et française : de l’affirmation majoritaire à la protection des minorités?
Guillaume Rousseau (UdeS - Université de Sherbrooke)

Ces législations visent la consécration du français, mais ont parfois fait l’objet d’interprétations favorables à l’anglais. Notre hypothèse : les intentions des législateurs étaient républicaines, mais les jurisprudences libérales.

Nous avons élaboré une grille à partir des textes d’auteurs définissant le républicanisme, qui mise davantage sur la langue commune majoritaire, ou le libéralisme, plus favorable aux droits des individus et des minorités linguistiques. À l’aide de notre grille, nous avons procédé à une analyse de diverses sources : d’une part, débats parlementaires et textes de loi, d’autre part, jurisprudence de la Cour de cassation française et de la Cour d’appel du Québec.

Les législateurs avaient une intention républicaine (langue commune majoritaire, etc.). Sept des huit décisions françaises pertinentes ont opté pour une interprétation large du principe du français et ont donc respecté l’intention républicaine favorable à la majorité linguistique. Six des sept décisions québécoises pertinentes ont opté pour une interprétation stricte du principe du français et ont préféré une interprétation favorable aux droits des individus et-ou de la minorité anglophone.

Résumé
14 h 00
Théorie de l’unilatéralisme et législation linguistique québécoise : la Charte de la langue française permet-elle au Québec d’accroître unilatéralement son autonomie?
Nicolas Rioux (UdeS - Université de Sherbrooke)

Compte tenu de l’impasse des voies politique (négociations multilatérales) et constitutionnelle (amendements), existe-t-il un mécanisme juridique alternatif par lequel le Québec puisse augmenter unilatéralement son autonomie en matière linguistique?

Afin de répondre à cette question, il nous apparaît d’abord nécessaire de définir les concepts « d’unilatéralisme » et « d’autonomie » en droit public et constitutionnel canadien. S’en suivra une analyse d’exemples de démarches unilatérales entreprises par le Législateur québécois à travers la Charte de la langue française. Seront notamment abordé la langue de la justice et de la législation et l’usage de la disposition dérogatoire de la Charte canadienne de droits et libertés de manière systématique et dans le but de maintenir l’exclusivité du français dans l’affichage commercial.

À la lumière de l’exposé des mesures et de leur contrôle par les tribunaux, nous pourrons dégager les critères en faveur ou en défaveur de la réussite d’une démarche unilatérale visant l’autonomie linguistique. Plus spécifiquement, seront abordés les effets des droits linguistiques de la communauté anglo-québécoise sur les diverses tentatives à visée autonomiste de la communauté majoritaire d’expression française.

Résumé
14 h 15
Période de questions
14 h 30
Pause
14 h 45 à 15 h 45
Communications orales
Loi 101 et enjeux ethnoculturels
Présidence/Animation : Lorraine O'Donnell (Université Concordia)
Batiment : (R) RUTHERFORD
Local : (R) 114
14 h 45
La loi 101 et la communauté noire anglophone : des conséquences involontaires
Dorothy Williams (Black Community Resource Centre)

J’étudierai des questions linguistiques et raciales en commençant par le deuxième programme de recrutement de domestiques de 1955 et l’afflux massif de Noirs anglophones. Cette expansion a créé une renaissance du Montréal noir qui était en passe de rivaliser avec l’ascendant du Toronto noir. Ensuite, la législation protégeant la langue française (la loi 22 puis la loi 101) a fait naître un sentiment de malaise, surtout dans les communautés noires anglophones. Les familles n’avaient plus les mêmes choix d’écoles pour leurs enfants, et ce, pendant qu’elles s’adaptaient à un amoindrissement de leurs perspectives d’emploi en tant que Noirs unilingues. L’indifférence a fait place à l’anxiété, puis à la peur lorsque certains Noirs anglophones ont migré vers l’ouest, tandis que d’autres ont décidé que leur sort reposait sur le bilinguisme de leurs enfants. En raison de la loi 101, la population noire est devenue vastement bilingue. Il demeure toutefois des défis à relever : jusqu’ici, la loi 101 n’a pas amélioré la situation des Noirs au Québec, qui luttent encore pour la réalisation de la promesse d’une acceptation raciale et d’une équité socio-économique.

Résumé
15 h 00
Une minorité dans la minorité : les communautés juives montréalaises face aux lois linguistiques québécoises
Pierre Anctil (Université d’Ottawa)
La question linguistique ne s’est pas présentée de la même manière pour la population juive que pour l’ensemble de la minorité québécoise de langue anglaise. Ce positionnement différent tient à un ensemble de facteurs historiques, démographiques et politiques qui ont poussé les Juifs à emprunter une direction assez différente, dont au premier chef le fait qu’il n’existait pas dans le contexte montréalais de lien direct et entre judéité et anglophonie. En insistant sur le discours tenu par les organisations communautaires juives au moment où ont eu lieu les débats autour de la loi 101, le conférencier va démontrer que l’enjeu le plus pressant pour les personnes associées au judaïsme tenait avant tout à la préservation des droits fondamentaux et à la protection des minorités religieuses d’origine immigrante. Dans ce contexte particulier, l’enjeu linguistique à proprement parler revêtait collectivement pour les Juifs une importance plus secondaire. Résumé
15 h 15
Effets des lois linguistiques sur les communautés anglophones catholiques du Québec
Spencer Boudreau (Université McGill)

Les catholiques d’expression anglaise du Québec ont été décrits et se sont souvent considérés eux-mêmes comme une double minorité. Dans une province où les anglophones sont généralement protestants, et les francophones, catholiques, les catholiques d’expression anglaise ont occupé une position intermédiaire inconfortable où ils n’avaient que peu de protection institutionnelle. Ce manque de protection s’est fait ressentir dans les milieux tant ecclésiastiques que pédagogiques et gouvernementaux. Au lendemain de la loi 101, des catholiques anglophones influents ont réagi à la nouvelle situation en créant le Conseil catholique d’expression anglaise pour coordonner les ressources de la communauté et s’assurer d’une bonne représentation auprès des organismes gouvernementaux ainsi qu’à divers conseils d’administration, comités et conseils. Le conseil se voulait ainsi le porte-voix d’une communauté qui se sentait de plus en plus marginalisée et négligée sur le plan des services. Cet exposé mettra en lumière les effets de la loi 101 sur ce groupe doublement minoritaire, en particulier sur ses caractéristiques démographiques et sur les parcours éducatifs de ses membres.

Résumé
15 h 30
Période de questions
Afficher tous les résumés
Avant-midi
09 h 00 à 10 h 35
Communications orales
L’exode des anglophones du Québec depuis la loi 101 : mythe ou réalité?
Présidence/Animation : Dominique Pépin-Filion (Université de Moncton)
Batiment : (R) RUTHERFORD
Local : (R) 114
09 h 00
Évolution démographique de la population anglophone au Québec, 1951-2036
Jean-François Lepage (Statistique Canada), Jean-Pierre Corbeil (Statistique Canada)

Cette communication propose de présenter d’abord une mise à jour des données de base sur les tendances migratoires passées des anglophones au Québec, soit de 1951 à 2011. Nous envisageons traiter ensuite de l’importance des migrations interprovinciales et internationales parmi les des principaux facteurs influant sur l’évolution de cette communauté de langue officielle en situation minoritaire. Finalement, de façon prospective, nous proposons de présenter quelques résultats pour la population anglophone du Québec tirés des toutes récentes projections linguistiques 2011-2036 de Statistique Canada.

Résumé
09 h 20
Comportement du Québec dans les migrations interprovinciales au Canada depuis plus de 40 ans
Michel Paillé (Association des démographes du Québec)

Depuis les années 1976-1981, période marquée par un important déficit migratoire pour le Québec, les migrations interprovinciales au Canada ont suscité un vif intérêt, d’autant qu’il touche davantage les Anglo-Québécois. Comme ces pertes migratoires ont été observées lors d’un contexte politique particulier (élection du Parti québécois en 1976, adoption de la Charte de la langue française en 1977, référendum sur la souveraineté en 1980), le Québec est sous surveillance étroite. Cette communication se penchera sur deux sondages cherchant à mesurer les intentions migratoires des Anglos-Québécois (EKOS Research, 2013 et 2014), ainsi que sur une étude de l’Institut Fraser portant sur La migration interprovinciale au Canada (2016). Nous montrerons qu’au cours de cette période de 44 ans, huit provinces canadiennes ont connu un solde migratoire négatif au moins 3 années sur 5. En outre, les migrations interprovinciales ne jouent qu’un rôle dérisoire sur le vieillissement de la population québécoise.  

Résumé
09 h 40
L’évolution du statut socioéconomique des communautés anglophones du Québec : une analyse comparative
William Floch (Patrimoine canadien)

Ce travail s'inscrit dans le cadre de l'initiative de recherche «Communautés en contexte» de la Direction générale des langues officielles qui vise à contribuer à la compréhension du contexte et des défis / possibilités auxquels sont confrontées les communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Les recherches actuelles mettent à jour les recherches publiées antérieurement qui mettent en contraste les caractéristiques socioéconomiques des anglophones nés au Québec qui ont continué de vivre au Québec avec ceux qui ont émigré vers d'autres provinces au Canada.

Dans un travail plus récent, un indicateur composite de la vitalité socio-économique a été développé qui regroupe une série de mesures quantitatives et regroupe les populations en quintiles pour illustrer leur statut relatif.

Résumé
10 h 00
Demander des services en français ou en anglais : coup d’œil sur les évolutions de microniveau à Montréal (2008-2016)
Simon Langlois (Université Laval), Jean-Philippe Warren (Université Concordia)

On a beaucoup discuté de l’impact de 101 sur la démographie de la CEAQ. Les études se sont jusqu’ici principalement appuyées sur les données démographiques contenues dans les recensements, ce qui a eu pour conséquences de centrer l’analyse sur la langue maternelle ou la langue de travail. La présente étude s’appuie sur une autre source, à savoir les données d’Hydro-Québec, ce qui permet de poser la question de la langue d’usage dans les correspondances avec une compagnie de service. Nos données sont assez précises pour être corrélées selon les secteurs montréalais délimités par les codes postaux. Nous serons ainsi en mesure d’évaluer l’évolution, depuis une dizaine d’années (2008-2016), de la langue anglaise et de la langue française sur l’Ile de Montréal afin de brosser un portrait plus précis de l’État de la question. Jusqu’à quel point l’anglicisation de l’Ile de Montréal est-elle le fait de l’émigration des francophones? Quels facteurs expliquent l’évolution variable de la demande de service en français ou en anglais selon les quartiers? Voilà quelques-unes des questions auxquelles notre présentation souhaite répondre.

Résumé
10 h 20
Période de questions
10 h 35
Pause
10 h 50 à 11 h 45
Communications orales
Élargir les perspectives de la loi 101
Présidence/Animation : John McMahon (Cégep Vanier College)
Batiment : (R) RUTHERFORD
Local : (R) 114
10 h 50
La loi 101 : un échec par rapport aux objectifs, une réussite sur le plan social
Patrick-André Mather (Universidad de Puerto Rico, Rio Piedras)

En 40 ans, la loi 101 a eu de profondes répercussions sur la société québécoise. Elle a donné aux francophones l’accès à des postes jusqu’alors occupés par l’élite anglophone, mais a été contestée comme discriminatoire à l’encontre des anglophones en raison des restrictions en matière d’affichage ou d’accès à l’éducation en langue anglaise. Dans ce travail, nous comparons les objectifs explicites de la loi 101 par rapport aux résultats obtenus après quatre décennies, notamment sur le plan économique et social. Nous nous fondons notamment sur les travaux de Grin (1996, 2003) relativement aux avantages et inconvénients de décisions spécifiques de politique linguistique. Si l’un des objectifs de la Loi était le monolinguisme français, la politique est un échec. Toutefois, la politique linguistique menée au Québec depuis 1977 a eu un impact positif sur le plan de la justice sociale, de l’accès à l’éducation et aux opportunités économiques, et du taux de bilinguisme.

Résumé
11 h 10
Pendant ce temps-là, dans un autre coin du pays : la résolution de 1990 faisant de l’anglais la seule langue de travail à Sault Ste. Marie
Michael Graydon (Algoma University)

En 1990, le conseil municipal de Sault Ste. Marie adopte une résolution qui fait de l’anglais la seule langue de travail de la municipalité. Invalidée judiciairement trois ans plus tard, cette décision reste un événement traumatisant pour les francophones installés depuis longtemps dans cette région. Cette présentation rend compte d’une recherche portant sur les expériences vécues par les francophones de cette région. De toute évidence, la résolution a été adoptée pour protester contre l’élargissement des services en français offerts par la fonction publique de l’Ontario. Le maire Joe Fratesi s’en est même servi comme levier pour se faire réélire. Or, les actes du maire Fratesi et le soutien dont il a bénéficié ont trouvé leur source dans l’exacerbation du sentiment anti-français provoqué par le mouvement souverainiste québécois, l’adoption de la loi 101, ainsi que les accords du lac Meech et de Charlottetown. Portant principalement sur les réactions des habitants francophones de Sault Ste. Marie, cette présentation établit des parallèles avec la loi 101. Plus précisément, elle s’attarde sur les similitudes qui existent entre les sentiments ressentis par les anglophones du Québec et ceux ressentis par les francophones de Sault Ste. Marie : deux communautés culturelles historiques en péril.

Résumé
11 h 30
Période de questions
Dîner
11 h 45 à 13 h 00
Dîner
Dîner
Après-midi
13 h 00 à 14 h 15
Communications orales
La loi 101 : enjeux identitaires et professionnels
Présidence/Animation : Patrick Donovan (Université Laval)
Batiment : (R) RUTHERFORD
Local : (R) 114
13 h 00
D’anglophone à Anglo-Québécois : la constante négociation identitaire aux frontières linguistiques
Cheryl Gosselin (Bishop’s University)

Dans cette communication, je souhaite faire progresser l’étude sur la manière dont les Québécois d’expression anglaise négocient leur identité au quotidien en tant que minorité linguistique sur le plan organisationnel communautaire. Ma question de recherche est la suivante : dans le contexte de la loi 101, quels types de groupes communautaires aident les Anglo-Québécois ordinaires à surmonter les frontières linguistiques qui les divisent entre eux et les séparent de la majorité francophone et à se forger des identités en tant que membres à part entière de la société? La communication portera sur deux de ces organismes : Literacy in Action et l’Association des Townshippers (tous deux situés à Lennoxville). La méthodologie s’inspirera des cadres conceptuels de Bourhis et Lepicq (facteurs déterminants de vitalité ethnolinguistique) et de Landry, Allard et Deveau (modèle de l’autonomie culturelle) pour étudier la vitalité linguistique et l’autonomie culturelle des communautés d’expression anglaise à l’heure actuelle. J’ajouterai des données empiriques à cet échange théorique en effectuant une analyse du contenu de la documentation des deux groupes communautaires et en réalisant des entretiens informels avec leurs directrices générales. Enfin, mes recherches seront menées dans la région rurale des Cantons de l’Est du Québec, et fourniront une description géographique de la composante linguistique pour examiner de façon plus exhaustive le processus multidimensionnel permanent de la négociation identitaire.

Résumé
13 h 20
La recherche sociolinguistique critique dans le Québec de l’après-loi 101 : le mixage et le métissage comme nouvelle norme
Mela Sarkar (Université McGill), Alison Crump (Université McGill), Mehdi Babaei (Université McGill), Stephen Davis (Université McGill), Sumanthra Govender (Université McGill), Kathleen Green (Université McGill), April Passi (Université McGill), Michaela Salmon (Université McGill)

Dans les 40 années qui ont suivi l’adoption de la loi 101 du Québec, la communauté anglophone de la province s’est diversifiée. À l’heure actuelle, ce milieu est totalement différent du tissu d’origine de Montréal, constitué d’Écossais, d’Anglais et d’Irlandais blancs. Dans cette présentation, nous explorerons comment ce métissage a conduit à une hétérogénéisation parallèle au sein de la communauté des chercheurs anglophones du Québec, et ce, en étudiant notre propre groupe de recherche, le LIDA (Langage, Identité, Diversité, Appartenance). Créé en 2013 à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université McGill, ce groupe reflète la diversification croissante des communautés anglophones du Québec, en plus de réfléchir sur le sujet. Ses membres mènent leurs propres projets de recherche – par exemple, sur les façons dont les résidents du Québec de tout âge interagissent avec l’enseignement, l’apprentissage et l’usage du français, de l’anglais et d’autres langues locales. Néanmoins, comme l’érudition est une activité intrinsèquement sociale, nous partageons comment le travail dans un groupe de recherche non hiérarchique et collaboratif a créé une nouvelle façon d’être des chercheurs d’expression anglaise au Québec ainsi que de nouvelles manières d’effectuer des études sociolinguistiques au sein du Québec anglophone.

Résumé
13 h 40
Le double devoir d’exemplarité
James Archibald (Université McGill)

Le professionnel québécois se trouve dans l’obligation de « jouer un rôle exemplaire » dans l’exercice de sa profession et l’administration publique à la fois. Ce rôle s’étend à la sphère de la langue, car le professionnel doit aussi avoir « de la langue officielle une connaissance appropriée à l’exercice de [sa] profession ». Il s’agit d’une compétence professionnelle qui sert de « moteur » dans l’application des lois et politiques linguistiques.

Grâce au cadre mobilisateur du système professionnel québécois, le bon citoyen professionnel  veille en amont et en aval à la qualité de la langue, d’une part, et des services professionnels, d’autre part. Puisque la Charte autorise l’utilisation de la langue anglaise dans certaines circonstances, le professionnel anglophone doit surveiller la qualité de ses deux langues dans le but ultime de protéger le public et de respecter la pérennité de la langue commune.

Résumé
14 h 00
Période de questions
14 h 15
Pause
14 h 30 à 15 h 45
Communications orales
La loi 101 et l’éducation
Présidence/Animation : Kate LE MAISTRE (Commission de l’éducation en langue anglaise)
Batiment : (R) RUTHERFORD
Local : (R) 114
14 h 30
Le secteur scolaire anglophone après la Révolution tranquille : lorsque des changements politiques, sociaux et linguistiques suscitent l’innovation en éducation
Patricia Lamarre (UdeM - Université de Montréal)

En général, les structures d’enseignement mettent du temps à opérer des changements, et ces derniers sont d’ordinaire entraînés par des réformes curriculaires. Au Québec, après la Révolution tranquille, le système scolaire anglophone a introduit deux différentes innovations majeures : l’immersion française, approche aujourd’hui bien connue, qui il y a quarante ans proposait un nouveau modèle d’apprentissage et d’enseignement de la langue et, plus récemment, des centres d’apprentissage communautaire, formule qui transforme les écoles en véritables réseaux sociaux pour leurs communautés.

Dans cette présentation, je traiterai de l’évolution du système scolaire de la minorité anglophone en abordant non seulement ses défis actuels et à venir, mais aussi son étonnante capacité à s’adapter et à innover.

Résumé
14 h 45
La Fédération québécoise des associations foyers-écoles inc. : l’intervention énergique des parents en matière de législation linguistique, de la loi 101 à la loi 105 (1977-2017)
Brian Rock (Quebec federation of home and school associations)

J’analyserai le rôle que jouent les parents bénévoles par l’entremise de la Fédération québécoise des associations foyers-écoles Inc. (FQAFÉ), de ses comités et de ses associations locales, et ce, en étudiant les consultations, résolutions, mémoires et présentations publiques sur la législation linguistique entre 1977 et 2017 (de l’adoption de la loi 101 à celle de la loi 105). Au moyen de cette analyse, la chronologie historique de l’implication des parents bénévoles de 1977 à 2017 sera reconstituée.​

Résumé
15 h 00
La loi 101 et son impact sur l’éducation de langue anglaise au Québec
Diane Gérin-lajoie (University of Toronto)

C’est en 1974 que le Québec, par le biais de la Loi 22, a proclamé le français la langue officielle de la province, faisant donc de l’anglais la langue de la minorité. La Loi 101 est venue consolider l’omniprésence du français dans la sphère publique. Ces lois, ainsi que d’autres qui les ont précédées, ont changé les rapports de force entre les divers groupes linguistiques. Le secteur scolaire a en effet été témoin de plus d’un conflit linguistique depuis les années soixante. Quel a été l’impact de tels conflits sur les écoles de langue anglaise au Québec. Peut-on comparer la situation des écoles de langue anglaise de la région de Montréal, où l’anglais demeure très présent à celle des écoles de la minorité qui sont situées à l’extérieur de la métropole montréalaise ? Ma réflexion se fonde en grande partie sur les résultats de deux études portant sur les jeunes anglophones au Québec. La première, récemment complétée, a porté sur les trajectoires de vie d’un groupe de jeunes anglophones qui vivent dans les régions, alors que la deuxième, complétée en 2009, a été menée auprès de jeunes anglophones de Montréal. L’objectif de ces études était d’arriver à mieux comprendre le rapport à l’identité des élèves et leur sens d’appartenance. Dans ce contexte, l’impact de la loi 101 a aussi été discuté.

Résumé
15 h 15
Les différentes expériences vécues par des francophones lors de leurs études collégiales en anglais
Karine VIEUX-FORT (Université Laval)

L’adoption de la loi 101 a modifié l’accessibilité au réseau d’enseignement de langue anglaise. Si l’accès des écoles de niveaux primaire et secondaire est depuis limité à la minorité anglophone historique, les niveaux postsecondaires demeurent ouverts à tous. Notre thèse de doctorat s’intéresse aux francophones qui utilisent leur marge de manœuvre en poursuivant leurs études dans un cégep anglophone. 37 entrevues biographiques ont été menées afin de reconstituer leur parcours d’orientation scolaire et professionnelle. Notre communication vise à présenter les différentes expériences vécues par ces francophones lors de leurs études collégiales en anglais. Nous mobilisons la sociologie de l’expérience pour rendre compte de ces expériences où l’articulation entre différentes logiques d’action permet de comprendre comment les étudiants en arrivent à vivre une expérience scolaire cohérente. Notre recherche révèle ainsi comment les cégeps anglophones, en tant qu’institution d’enseignement des communautés québécoises d’expression anglaise, forment et transforment leurs étudiants francophones.   

Résumé
15 h 30
Période de questions
15 h 45
Pause
16 h 00 à 17 h 00
Communications orales
Conférence de clôture
Batiment : (R) RUTHERFORD
Local : (R) 114
16 h 00
Perspectives d’avenir : utiliser l’histoire pour faire une place aux communautés anglophones du Québec à l’ère de la loi 101
Paul Zanazanian (Université McGill)

Quarante ans après l’adoption de la loi 101, la communauté historique des anglophones du Québec s’adapte toujours à son nouveau statut de minorité au sein de la province. À ce jour, l’institutionnalisation des lois linguistiques québécoises est au coeur des nombreux défis que connaît la communauté sur le plan de sa vitalité, avec sa démographie déclinante et ses institutions affaiblies jouant des rôles clés. Tandis que le Québec d’expression anglaise cherche actuellement des moyens de renforcer sa position sociale, tout en étant plus soucieux de rassembler sa propre diversité, les mécanismes nécessaires pour nourrir un sentiment d’identité historique commune chez les anglophones restent à développer. Cet exposé a pour but de proposer un modèle de scénario ouvert, interactif et pratique – expressément conçu pour faire de la place au Québec anglophone dans l’ordre symbolique de l’État et dans le programme officiel d’histoire de la province. La structure de l’outil narratif est basée sur les résultats empiriques d’un projet de recherche financé par le CRSH portant sur la conscience historique des leaders et des organisateurs de cette communauté.

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