Imprimer

444 - Religion et culture : entre oxymore et pléonasme

Si les premiers penseurs des sciences sociales des religions (Tylor, Durkheim) se sont d’abord penchés sur les sociétés dites « primitives », c’est parce qu’implicitement ils assimilaient culture et religion. Les travaux de Weber sur les liens entre religion et système économique participent de cette perspective, bien qu’élargissant la notion de culture. Les études sur les monothéismes et leurs prétentions universalistes amènent toutefois à s’interroger sur l’articulation entre le religieux et le culturel. L’intérêt que les sociétés occidentales portent aux traditions liées à des aires culturelles du Sud a également mis en évidence l’influence du paradigme chrétien sur la définition même de la religion. Alors que, dans la foulée de la modernité et de la globalisation, le thème de la dissociation religion/culture constitue désormais une rhétorique partagée par les acteurs religieux, force est de constater que les religions elles-mêmes tendent à repenser la pertinence et l’opportunité de s’inscrire dans des systèmes culturels locaux (théorie de l’inculturation catholique, réappropriation des idiomes locaux par les pentecôtismes, construction d’un islam moderniste, etc.) et, le cas échéant, les modalités de cette insertion. La sécularisation et la diversification religieuse des sociétés contemporaines complexifient le paysage en favorisant l’apparition de combinaisons symboliques rendues inédites par des jeux d’innovation du croire et de la pratique. Certains auteurs identifient des traits de religiosité dans des pratiques de l’ordinaire apparemment sécularisées. Un tel chevauchement se diffracte également dans les choix et modèles d’inclusion du religieux dans le lien social. Ce colloque organisé par la Société québécoise pour l’étude de la religion se veut un espace d’échanges interdisciplinaires sur les articulations et tensions qui animent la dynamique religion et culture.

Lire la suite »
Colloque
Section 400 - Sciences sociales
Responsables
UdeM - Université de Montréal
UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières

Si les premiers penseurs des sciences sociales des religions (Tylor, Durkheim) se sont d’abord penchés sur les sociétés dites « primitives », c’est parce qu’implicitement ils assimilaient culture et religion. Les travaux de Weber sur les liens entre religion et système économique participent de cette perspective, bien qu’élargissant la notion de culture. Les études sur les monothéismes et leurs prétentions universalistes amènent toutefois à s’interroger sur l’articulation entre le religieux et le culturel. L’intérêt que les sociétés occidentales portent aux traditions liées à des aires culturelles du Sud a également mis en évidence l’influence du paradigme chrétien sur la définition même de la religion. Alors que, dans la foulée de la modernité et de la globalisation, le thème de la dissociation religion/culture constitue désormais une rhétorique partagée par les acteurs religieux, force est de constater que les religions elles-mêmes tendent à repenser la pertinence et l’opportunité de s’inscrire dans des systèmes culturels locaux (théorie de l’inculturation catholique, réappropriation des idiomes locaux par les pentecôtismes, construction d’un islam moderniste, etc.) et, le cas échéant, les modalités de cette insertion. La sécularisation et la diversification religieuse des sociétés contemporaines complexifient le paysage en favorisant l’apparition de combinaisons symboliques rendues inédites par des jeux d’innovation du croire et de la pratique. Certains auteurs identifient des traits de religiosité dans des pratiques de l’ordinaire apparemment sécularisées. Un tel chevauchement se diffracte également dans les choix et modèles d’inclusion du religieux dans le lien social. Ce colloque organisé par la Société québécoise pour l’étude de la religion se veut un espace d’échanges interdisciplinaires sur les articulations et tensions qui animent la dynamique religion et culture.

Afficher tous les résumés
Avant-midi
09 h 00 à 10 h 30
Communications orales
L’étude de la religion et de la culture
Présidence/Animation : David Koussens (UdeS - Université de Sherbrooke)
Batiment : (E) SCIENCES DE L'ÉDUCATION
Local : (E) 129
09 h 00
Émile Durkheim : la religion et la culture sociologique
Jean-marc Larouche (UQAM - Université du Québec à Montréal)

L’acception du mot culture au tournant du 19e et du 20e s. en France est dominée par sa référence à un niveau de connaissances acquises et mobilisées en divers domaines, bref des compétences intellectuelles, morales et esthétiques qu’expriment les expressions relatives au développement, l’atteinte ou la possession d’une culture intellectuelle, scientifique, morale ainsi que Durkheim les évoque une quinzaine de fois dans les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912). Bien que Durkheim y cite et discute l’ouvrage de Tyler, Primitive Culture (1871), il ne reprend aucunement l’expression. Dans ses trois textes postérieurs aux FEVR sur la religion tout comme dans ses quatre principaux textes antérieurs sur le même sujet, on relève qu’une seule occurrence au mot culture et celle-ci avalise ce qui précède. Associé à une identité collective, Durkheim emploie le mot culture dans son texte l’Allemagne au dessus de tout (1914) en évoquant «la croyance à la supériorité de la culture allemande» mais toujours en l’associant à son double volet intellectuel et moral. Aucune occurrence lorsqu’il s’agit de la France, ici c’est le «caractère national» le tempérament collectif ou «l’esprit français» qu’il évoque plutôt que la culture française. Mais alors, quelle pertinence de Durkheim en regard du présent colloque ? D’ou vient cette association entre religion et culture chez un auteur qui ne la fait pas lui-même ?

Résumé
09 h 30
Religion, culture populaire et sciences sociales des religions
Sara TEINTURIER (UdeM - Université de Montréal)

Parmi nombre de ses créations, la culture populaire a fourni au cours des dernières décennies des sorciers désormais célèbres (Gandalf dans Le Seigneur des Anneaux, Harry Potter), des forces spirituelles pouvant changer le cours des choses (« Que la Force soit avec toi » dans La Guerre des Etoiles), des mondes enchantés (Alice au pays des Merveilles, The Nightmare Before Christmas, Charlie et la chocolaterie…) avec parfois un fort penchant pour l’heroic fantasy (La Quête de l’Oiseau du Temps, Lanfeust de Troy, Conan le Barbare…), des super-héros protecteurs des mégalopoles ou même de la planète Terre. Comment inscrire cette prolifération de magie et d’enchantements en regard des théories des sciences sociales des religions qui, depuis Weber, placent la rationalisation comme l’un des processus fondateurs de la modernité ? Invitation à s’interroger de nouveau sur les catégories wébériennes de « magie », « religion », « rationalité » et « désenchantement », cette communication entend explorer également les analyses faites en termes de post-modernité, hyper-réalité, ultra-modernité... pour montrer toute la fécondité de travaux portant sur religions et culture populaire à l’époque contemporaine.

Résumé
10 h 00
Le déclin des sciences des religions au Québec?
michel gardaz (Université d’Ottawa)

Les sciences des religions ont fait des pas de géants dans les universités québécoises depuis la fin des années 1960. À une certaine époque, il y avait neuf programmes de premier cycle (dans les deux langues officielles) durant ce que l’on pourrait dorénavant considérer être l’âge d’or des sciences des religions au Québec. De nos jours, il y a moins de programmes et moins d’étudiant(e)s dans l’ensemble des universités québécoises. Devrions-nous parler d’un déclin temporaire? La cause de ce soi-disant déclin n’est certainement pas due à la place occupée par les diverses religions du monde dans l’actualité internationale et dans l’histoire de l’humanité. Mais qu’en est-il alors? Est-ce que ce déclin est attribuable à des facteurs démographiques? Ou aux changements de modes intellectuelles (les fameux «trends» anglo-saxons)? Est-ce la faute des Milléniums, les boucs émissaires du moment? De la situation économique actuelle? De l’endettement des étudiant(e)s et des universités? Lorsque l’on parle de déclin, l’on pense nécessairement à l’avenir. Mais quel est l’avenir des sciences des religions au Québec? Dans cette communication, nous mettrons en évidence la conjonction de plusieurs facteurs qui ont, selon nous, un impact sur l’état actuel de notre «discipline».

Résumé
10 h 30
Pause
11 h 00 à 12 h 00
Communications orales
De la culture dans les communautés religieuses (Partie 1)
Présidence/Animation : David Koussens (UdeS - Université de Sherbrooke)
Batiment : (E) SCIENCES DE L'ÉDUCATION
Local : (E) 129
11 h 00
Différencier l’indifférencié : culture et religion chez les moines anciens
Fabrizio Vecoli (UdeM - Université de Montréal)

Cette contribution se propose de montrer les maintes difficultés que pose l’entreprise de différencier culture et religion dans le monde ancien. À cette fin, après une introduction théorique, on tentera l’expérience d’opérer cette distinction dans le contexte du monachisme ancien. Celui-ci présente en effet l’avantage d’avoir été souvent considéré comme un phénomène éminemment spirituel, désengagé du monde, en retrait par rapport à sa culture et à ses traditions. Pour le dire en de termes wébériens, les moines sont des « virtuoses de la religion ». D’ailleurs, ils sont aussi les premiers représentants de la mystique chrétienne, phénomène qui constitue le socle sur lequel a été bâtie la notion de « sacré » par Rudolf Otto, père de la phénoménologie de la religion. Or, ce courant est celui qui, dans les sciences religieuses, a le plus vigoureusement affirmé l’autonomie de la religion par rapport aux autres domaines de la culture humaine et à la tension réductionniste qui caractérise les disciplines qui les couvrent.

Résumé
11 h 30
Sur la culture et la religion anabaptiste
Raphaël Mathieu Legault Laberge (UdeS - Université de Sherbrooke)

Si certains auteurs proposent une analyse particulariste des termes culture et religion, s’efforçant d’associer ces deux concepts (Fillion, 1990; Peelman, 2007), d’autres s’attachent à une analyse universaliste des mêmes concepts et s’efforcent de les dissocier (Roy, 2008). Ces approches diamétralement opposées suggèrent la persistance d’une problématique concernant les concepts fondamentaux que sont la culture et la religion. Je propose, dans cette communication, d’analyser ces termes en les contextualisant dans l’espace anabaptiste contemporain : comment dialectiser les concepts de culture et de religion dans l’espace anabaptiste? En ce sens, le terme « culture anabaptiste » renvoie à un champ hautement diversifié et des plus incertains en lui-même puisqu’il réunit sous un même vocable de nombreux groupes ethnoculturels qui s’avèrent très différents les uns des autres (Kraybill, 2010).  En me fondant sur l’espace anabaptiste contemporain exploré notamment lors de travaux ethnographiques, je suggère ici une réflexion anthropologique à propos de la culture et de la religion comprises dans des dynamismes modernes qui s’opposent à une conception fixiste du devenir humain. Je tenterai de montrer comment la matrice de la modernité (Simard, 1988) plonge les groupes anabaptistes dans une réarticulation contextuelle de leur culture et de leur religion sans toutefois dissocier ces deux concepts.

Résumé
Dîner
12 h 00 à 13 h 00
Dîner
Dîner
Après-midi
13 h 00 à 14 h 00
Communications orales
De la culture dans les communautés religieuses (Partie 2)
Présidence/Animation : David Koussens (UdeS - Université de Sherbrooke)
Batiment : (E) SCIENCES DE L'ÉDUCATION
Local : (E) 129
13 h 00
Se redéfinir pour exister : les Églises évangéliques à la recherche d’une présence légitime
Frédéric DEJEAN (Collège de Maisonneuve)

Dans le contexte des sociétés sécularisées, les groupes religieux sont fréquemment contraints de négocier leur présence locale. Or, ceci passe par une opération de justification qui engage un processus de « traduction » au cours duquel les communautés laissent de côté le discours religieux – inaudible pour les responsables politiques et les agents publics – et mobilisent un discours à teneur davantage social. Par exemple, tel groupe justifiera sa présence non pas tant parce qu’il offre les biens du Salut à ses fidèles, mais plutôt parce qu’il propose des services sociaux et communautaires pouvant être utiles à tous. En prenant appui sur plusieurs années de terrain de recherche auprès des Églises évangéliques montréalaise, et des relations qu’elles entretiennent avec les arrondissements et les municipalités, nous montrerons comment elles se font une place dans l’espace urbain (à travers des espaces cultuels) en redéfinissant leur mission et leurs fonctions et en employant un langage audible et compréhensible par leurs interlocuteurs. Ce faisant, nous sommes conduits à nous demander si cette mise de côté de la parole religieuse ne constitue pas paradoxalement la meilleure façon de diffuser le message religieux dont les Églises ont la responsabilité.

Résumé
13 h 30
La conversion au pentecôtisme sous l’œil des femmes kaingang : transformations, adaptations et valorisation par suite de la conversion
Marie-Charlotte Pelletier-De Koninck (UdeM - Université de Montréal)

Depuis une vingtaine d’années, le nombre d’adeptes au Pentecôtisme, religion où plus des deux tiers sont des femmes (Hefner 2013), a significativement augmenté au sein des communautés autochtones du Brésil (Corten 1995). La popularité du Pentecôtisme auprès des femmes pose un paradoxe intéressant, car si cette religion défie la patriarchie en offrant des rôles spirituels aux femmes plus élargis, soit comme guérisseuse, pasteures ou prophètes, le Pentecôtisme prescrit toutefois souvent aux femmes de demeurer «soumises» aux hommes, renforce les rôles primaires d’épouse, de mère et offre une autorité limitée (Brusco 2010). Cette réalité est tout aussi vraie chez les Kaingang où les femmes doivent en plus composer avec une cosmologie et des traditions différentes qui sont parfois rejetées par certaines églises pentecôtistes. Cette présentation se basera sur une étude ethnographique réalisée au cours de l’été 2015 au sein des Kaingang de la Terra Indígena Xapecó. Il y sera traité des répercussions de la conversion au pentecôtisme pour les femmes kaingang sur leur mode de vie et leurs relations. La vie de ces femmes se trouve transformée sous plusieurs angles à travers l’adoption d’un mode de vie régulé par les enseignements de la Bible et l’orientation du soi vers Dieu. L’analyse des données démontre que la forte présence féminine au sein des églises ainsi que l’agentivité de ces dernières contribue à rendre positive et valorisante l’expérience de cette religion

Résumé
14 h 00 à 17 h 00
Panel
Table ronde – État et religion : sociologie historique de la laïcité
Présidence/Animation : Jean-Philippe PERREAULT (Université Laval)
Participants : E.-martin Meunier (Université d’Ottawa), Joseph yvon Thériault (UQAM - Université du Québec à Montréal), Sarah WILKINS-LAFLAMME (University of Waterloo), David Koussens (UdeS - Université de Sherbrooke), Philippe Portier (Ecole pratique des hautes études (Paris-Sorbonne))
Batiment : (E) SCIENCES DE L'ÉDUCATION
Local : (E) 129
14 h 00
Mot de bienvenue
16 h 15
Discussion
Soir
17 h 00 à 19 h 00
Cocktail
Lancement collectif de livres
Batiment : (E) SCIENCES DE L'ÉDUCATION
Local : (E) 129
Afficher tous les résumés
Avant-midi
08 h 30 à 12 h 30
Communications orales
Culture et religions : questions identitaires
Présidence/Animation : Sivane Hirsch (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)
Batiment : (E) SCIENCES DE L'ÉDUCATION
Local : (E) 129
08 h 30
Entre héritage, hasard et quête personnelle : les trajectoires culturelles de religiosité menant au port du hijab chez de jeunes musulmanes professionnelles en France et au Québec
Bertrand LAVOIE (UdeM - Université de Montréal)

L'objectif de la communication est de présenter les résultats d'une étude empirique menée auprès de 58 jeunes femmes professionnelles et musulmanes portant le hijab en France et au Québec. En étudiant la morphologie de la croyance religieuse au moyen d'un regard sur le contexte culturel dans lequel le hijab a été porté pour la première fois, une réflexion sur le sens que les répondants donnent à leurs pratiques religieuses est possible. À la lecture des récits narratifs étudiés, trois trajectoires de religiosité menant au port du hijab ont été relevées. Selon la première trajectoire, que l'on peut appeler « héritée », les raisons sousjacentes au port du hijab sont liées à l'environnement culturel et familial. Selon la deuxième trajectoire, que l'on peut appeler « accidentée », le port du hijab survient dans la vie des répondantes un peu par accident. Selon une troisième trajectoire, majoritaire parmi les 58 femmes rencontrées, que l'on peut appeler « en forme de quête », le port du hijab s'explique surtout par la présence de longues recherches sur le plan religieux, où l'on insiste sur la volonté de séparer la culture de la religion. Ainsi, parmi ces trois trajectoires de religiosité, trois différents rapports entre culture et religion sont observables : la culture comme terreau fertile pour le religieux (1ere trajectoire), la culture comme terrain de jeu du religieux (2e trajectoire) ou alors, la culture comme frontière du religieux (3e trajectoire).

Résumé
09 h 00
Nouveaux regards sur la géographie du catholicisme montréalais (1990-2017)
Louis Georges DESCHÊNES (UdeS - Université de Sherbrooke)

Les effets de la sécularisation, comme l’ont montré les récents travaux de É.M-Meunier (2010, 2011, 2013, 2016) ont eu, entre autres, un impact sur le redéploiement de la géographie paroissiale dans l’ensemble des diocèses du Québec, le diocèse de Trois-Rivières étant le plus récent en date (1er janvier 2017, effectif au 1er janvier 2018). Dans cette présentation, nous allons nous intéresser particulièrement à l’archidiocèse de Montréal qui couvre l’archipel d’Hochelaga et ses dépendances (île de Montréal, île Jésus) ainsi que la municipalité régionale de comté de l’Assomption sur la rive nord du Saint-Laurent. Nous chercherons à illustrer les lieux urbains où cette sécularisation a entraîné une modification en profondeur de l’espace paroissial diocésain montréalais canadien-français, notamment en identifiant dans la foulée le transfert vers d’autres communautés ethniques ou confessions religieuses, la reconversion du patrimoine bâti ou sa démolition.

Résumé
09 h 30
Affirmations, assignations et négociations identitaires en contexte religieux : le cas d’une basilique « multiculturelle » à Lyon
Laura Villar (Association à but non lucratif Envol Distratto)

Si le catholicisme peut être vécu et interprété à travers différents prismes régionaux et/ou nationaux, certains lieux de culte reflètent les parcours migratoires et héritages culturels de leurs fidèles. C’est notamment le cas de la basilique de Fourvière, haut lieu confessionnel et touristique à Lyon, qui accueille des pèlerinages gérés par des associations diasporiques. Se crée ainsi un espace-temps où religion et culture sont explicitement liées. Il s’agit ainsi de saisir en quoi la diversité culturelle influence les interactions entre catholiques, entre indigénisation1 du culte, réification de l’altérité et dépassement des frontières communautaires. Cette communication se basera sur un travail de recherche en anthropologie, via une approche transnationale du fait religieux2 et une analyse situationnelle des appartenances culturelles. À partir du pèlerinage, nous décrirons d’abord comment des diasporas mobilisent des objets et des symboles profanes issus du pays d’origine. Nous évoquerons ensuite les risques découlant de l’essentialisation des identités, dont une « folklorisation » touristique des diasporas. Enfin, nous verrons en quoi le clergé de Fourvière encourage une vision multiculturelle de ce lieu, ce qui n’est pas anodin en contexte français.

Résumé
10 h 00
La fabrication des leaders religieux musulmans au Liban : territorialité et références politiques
Marie Kortam (Ifpo/Beirut)

La notion de leadership religieux est examinée à la lumière de trois dimensions, individuelle, territoriale et politique illustrée à travers les itinéraires de deux cheikhs assumant un véritable leadership à Tripoli (Liban). Partant de facteurs personnels et biographiques, cet article rend particulièrement compte du rôle joué par l’appartenance locale, en l’occurrence le territoire urbain qui produit ce nouveau leadership et permet de comprendre les implications régionales de l’engagement religieux et politique.

Résumé
10 h 30
Pause
11 h 00
L’accommodement raisonnable : vecteur de reconnaissance et d’inclusion sociale?
Andréanne Deslauriers (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Cette étude porte sur les effets qu'ont les accommodements raisonnables sur les sentiments d'inclusion et de reconnaissance des personnes pour qui ils ont été accordés. Elle s’inscrit dans une perspective où les questions de la reconnaissance, de la dignité humaine et des capabilités (Nussbaum, 2012 et 2013) sont au cœur de mon cadre théorique. Comme le principe de dignité est inhérent à chaque être humain, il est logique que chacun d’entre eux soit traité de façon égale, permettant ainsi une reconnaissance de chaque individu peu importe les différences. En ce sens, l’accommodement raisonnable, qui est une obligation juridique qui permet de rétablir l’égalité (Bosset, 2007) menant à une reconnaissance des droits et des capabilités des personnes qui le demandent. Mon objectif de recherche réside donc dans la compréhension des impacts réels de ce type d’accommodement, et ce, en rencontrant directement des personnes ayant vécu cette situation. Par conséquent, j’ai pu réaliser 9 entretiens semi-dirigés auprès d’hommes et de femmes, majeur(e)s, ayant déjà obtenu un tel accommodement, et provenant de différents milieux (professionnel et universitaire). Nous verrons alors que les effets sont bien réels, mais ont évidemment des degrés d’importance variable selon la situation spécifique de la personne. Les contextes social et international ont également une influence majeure sur les effets possibles des accommodements raisonnables.

Résumé
11 h 30
Religion et culture en éducation : le débat public autour du cours d’éthique et de culture religieuse
Stéphanie Tremblay (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Le cours d’Éthique et culture religieuse a été implanté dans les écoles québécoises en 2008 afin de promouvoir dans une perspective citoyenne « la reconnaissance de l’autre » et la « poursuite du bien commun », deux visées jugées majeures dans un contexte social de plus en plus diversifié. Alors qu’en 1999 et a fortiori en 2005, dans la foulée des commissions parlementaires sur la place de la religion à l’école, ce programme avait accueilli la faveur d’une grande majorité d’acteurs sociaux, les critiques formulées à son égard se sont récemment multipliées, en particulier celles plaidant pour le retrait de son volet en « culture religieuse ». Ces reproches fusent de différentes positions et groupes d’acteurs, mais les plus rébarbatifs à la « culture religieuse », que certains qualifient de « laïcistes » et de « nationalistes » (Leroux, 2016), semblent partager une certaine conception épistémologique commune du religieux postulant une incommensurabilité en religion et culture « moderne ». Cette tendance, porteuse d’une vision figée du religieux, trouve de plus en plus d’écho sur la scène publique et intellectuelle québécoise. En puisant à l’outil analytique du marché cognitif (Bronner, 2003), nous proposons d’analyser les circonstances d’« évocation » de ces nouvelles critiques, les aspects qui contribuent à la « crédibilité » des arguments avancés dans l’espace public et enfin, les éléments qui en favorisent la « mémorisation » (rétention) dans la société.

Résumé
12 h 00
L’influence des débats autour de la laïcité sur la manière d’observer la dimension religieuse et culturelle chez les élèves musulmans en France
Valérie ORANGE (UQAM - Université du Québec à Montréal)

En France comme au Québec, la question de la liberté de la pratique religieuse hors du cadre privé revient régulièrement dans les débats publics portant sur la laïcité. En France, elle se pose avec encore plus d’acuité dans l’espace spécifique de l’École publique, qui doit concilier neutralité vestimentaire des élèves, attendue depuis la loi de 2004, et liberté d’expression, y compris religieuse, garantie depuis 1989. Dans cette présentation, je m’intéresse à la façon dont les enseignants des établissements publics, situés dans les quartiers multiethniques reçoivent et réagissent à la dimension religieuse et culturelle émergeant des discours et comportements de leurs élèves. Ce n’est donc pas la parole de ces derniers qui est présentée ici, mais bien celle des enseignants. Leurs propos mettent en lumière combien trente années de débat liant laïcité et islam ont induit des attitudes et des analyses potentiellement caricaturales, au point de ne pas étudier les gestes et paroles de leurs élèves musulmans avec les mêmes critères que ceux utilisés pour les élèves relevant d’une autre confession. Ce constat constitue tant un repère qu’une alerte vis-à-vis de la possibilité de biais d’analyse chez les chercheurs, victimes potentielles des prétendues évidences prégnantes dans les débats publics. Cette présentation s’appuie sur des observations et des entretiens réalisés, dans le cadre de mon doctorat, auprès d’enseignants de Marseille, durant le premier semestre 2016.

Résumé
Dîner
12 h 30 à 13 h 30
Dîner
Dîner
Après-midi
13 h 30 à 17 h 00
Communications orales
La culture et la spiritualité
Présidence/Animation : Géraldine Mossière (UdeM - Université de Montréal)
Batiment : (E) SCIENCES DE L'ÉDUCATION
Local : (E) 129
13 h 30
Qu’est-ce qui distingue la spiritualité de la religion dans les pratiques d’intervention et d’animation spirituelles au Québec?
Jacques Cherblanc (UQAC - Université du Québec à Chicoutimi)

Depuis le début des années 2000, deux professions, dont la spécificité réside dans leur objet d’intervention – le spirituel – et dans leur approche qui se veut non confessionnelle, ont émergé au Québec. La première de ces professions, l’animation à la vie spirituelle et à l’engagement communautaire (AVSEC) est offerte comme un service obligatoire dans toutes les écoles publiques du Québec. La seconde, l’intervention en soins spirituels (ISS), est offerte dans le réseau de la santé et des services sociaux. Ces deux professions doivent démontrer de façon accrue leur pertinence, en concurrence avec d’autres professions mieux établies, comme le travail social ou la psychologie. Dans le cadre d’une étude financée par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH – 2012-2016), nous nous sommes intéressés aux traits distinctifs de ces professions. Dans ce contexte, 50 professionnels (12 AVSEC et 38 ISS) ont rédigé des récits de pratique et participé à des entrevues semi-dirigées. L’analyse de contenu qualitative a permis de porter un regard sur les conceptions que ces professionnels ont du spirituel, sur les particularités de leurs interventions, de même que sur les formations qui permettraient de mieux former aux particularités de l’intervention et de l’animation spirituelles. Cette présentation permettra de comprendre comment le spirituel se distingue de la religion dans les pratiques de ces professionnels de l’éducation, de la santé et des services sociaux.

Résumé
14 h 00
Le développement personnel : entre culture et religion
Virginie Beaulieu (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Ma communication porte sur le développement personnel (DP). Plus exactement, je m’intéresse à la façon de conceptualiser ce phénomène social dont l’important foisonnement dans le monde contemporain est un de plus en plus identifié par les chercheurs en sciences sociales. En sociologie, le DP est généralement compris comme un nouveau mode de socialisation, voire une nouvelle forme de régulation des conduites et appréhendé comme le signe d’un malaise culturel. Si le DP est le plus souvent rattaché à un phénomène de culture populaire, la thèse voulant que le DP vient, en période contemporaine, remplacer la religion. Bien que cette posture représente la position théorique la plus largement adoptée à l’égard de cet objet, il importe de noter que celle-ci ne fait pas consensus. Une revue de la littérature permet d’observer que le DP est tantôt associé au domaine du « non religieux », tantôt à celui du « religieux » ; en effet, plusieurs spécialistes des questions et enjeux liés à la religion effectuent un rapprochement entre DP et religion. Puisant son intuition dans les conclusions de mes études de maîtrise, je suggère que le DP représente une expression des transformations connues par la religion dans le monde contemporain. Par le biais de l’approche en sociologie des religions développée par Thomas Luckmann dans The Invisible Religion (1967), je comprends le DP telle une « nouvelle forme sociale de religion » qui se manifeste aujourd’hui comme une religion invisible.

Résumé
14 h 30
La philosophie islamique : antithèse ou oxymore?
Daniel Proulx (UCL - Université catholique de Louvain)

Penser la philosophie islamique (Jambet, 2011, Corbin 1964) pourrait être une manière renouvelante de se réapproprier l’antithèse suggérée par les rapports Orient-Occident. Dans la tradition d’interprétation que nous présenterons, le terme « philosophie » fait référence, en arabe, à al-hikma à la sagesse et le terme « islamique » à la tradition prophétique dans laquelle prend racine la philosophie. On comprend immédiatement la différence de point de vue, car l’Occident voit généralement la racine de la philosophie dans la raison autonome de l’humain. Conceptuellement et comme l’écrit Corbin, il s’agit étymologiquement d’une « théo-sophie », d’une réflexion rationnelle de la « sagesse divine » et de la tradition prophétique, une philosophie qui consiste en « l’étude des aspects cachés des choses et la connexion des causes avec leurs principes causateurs, la connaissance de ce qu’implique ce qui est nécessaire, par les conditions qui sont nécessaires1 ». En cherchant à comprendre ce que peut bien signifier la philosophie islamique, nous proposons un examen sommaire des racines de la pensée occidentale et nous nous demanderons comment ces positionnements affectent la capacité à comprendre et interagir avec les phénomènes religieux aujourd’hui.

Résumé
15 h 00
Les créatifs culturels et la spiritualité : regard sur un nouveau paradigme
Julia Itel (UdeM - Université de Montréal)

Avancée par les auteurs américains Paul H. Ray et Sherry R. Anderson, la thèse des Créatifs Culturels1est d’un intérêt particulier pour quiconque étudie les formes de spiritualité non-religieuse (séculière) contemporaine. Représentant à minima 35% de la population en Occident2, et ouvrant une nouvelle voie entre tradition et modernité, les “créateurs de culture” partageraient une conscience globale et des valeurs résolument ultramodernes. Nous situant dans la pensée de Michel de Certeau qui indique qu’une “culture est le langage d’une expérience spirituelle”3, vouée à répondre “aux questions d’un temps”4, nous proposons un portrait de ce groupe socio-culturel comme nouveau paradigme et faisons l’hypothèse que les diverses formes de spiritualité séculière actuelles répondent aux sensibilités de ces individus.

Résumé
15 h 30
Pause
16 h 00
Une déviance spirituelle : le cas d’une théopathologie
Keira MECHERI (UdeM - Université de Montréal)

La question de Dieu se reformule aujourd’hui dans des termes fort différents de ceux qui prévalaient dans le temps d’avant le retrait des religions. La croyance se doit, pensons-nous, d’être systématiquement explorée à la fois dans la pratique clinique et dans les recherches socio-anthropologiques, notamment dans les cas où les sujets adoptent une pensée extrême. Dans ces cas, il nous apparaît impératif de mettre au travail une perspective capable d’appréhender le champ religieux dans ses liaisons avec le socioculturel, le politique et le psychologique. Pour y arriver, la voie s’ouvrant devant le clinicien et le chercheur passe nécessairement par une approche conjuguant biographie des sujets individuels, histoire des familles – migrantes ou pas –,conditions quotidiennes de vie, systèmes de croyances et grands enjeux de politique internationale. Avec le recul massif de la du sacré représentée par la religion, le cheminement des personnes en quête de certitude et de protection s’est incontestablement reconfiguré. C’est au confluent d’études ethnographiques menées en Israël, en France et au Québec et d’une pratique clinique auprès d’une population de patients croyants que le concept de théopathologie s’est imposé à nous pour rendre compte de la spécificité des profils rencontrés. Cette entité nosologique veut palier à l’aberration de certains diagnostics psychiatriques qui gomment la présence du religieux dans l’appréhension et le traitement de certaines psychopathologies.

Résumé
16 h 30
Le rituel comme technique d’épanouissement du soi et du collectif
Isabelle Kostecki (UdeM - Université de Montréal)

Les études sur les nouveaux rites laissent voir un foisonnement de pratiques rituelles menées dans une visée proprement séculière, et ce, de façon réflexive. Il peut s’agir d’approches ritualisées en contexte thérapeutique, de retraites de transformation personnelle ou de cérémonies marquant une transition dans le cycle de vie. D’une part, ces rites ne sont pas voués à manifester une essence religieuse ou perpétuer une tradition confessionnelle, de l’autre, ils sont conduits par des acteurs conscients de leurs potentiels effets. De tels rites séculiers peuvent être construits par qui sauront s’en approprier les rouages : thérapeutes, travailleurs sociaux, coachs, éducateurs, officiants, etc. Ces ritualistes improvisés font preuve de réflexivité quant aux fonctions du rite et les relient aux besoins qu’ils perçoivent dans leur contexte de pratique. Une enquête ethnographique menée au Québec auprès de célébrants de rites de passage séculiers permet de saisir une conception particulière du rite comme alchimie sociale. Nous verrons notamment que s’opère un glissement dans la croyance qui motive la pratique rituelle. Il est moins question d’adhésion à un système de sens donné qu’à une vision pro-rite où ce dispositif est pensé comme un processus puissant et propice à l’épanouissement du soi et du collectif.

Résumé