Imprimer

416 - L’injonction de travailler : exploitations, protections et résistances des travailleurs et travailleuses pauvres

Ce colloque aborde l’objet de recherche qui oriente le GIREPS depuis sa fondation : « le travail qui rend pauvre ». Plus spécifiquement, ce colloque sera l’occasion de présenter une réflexion transversale sur la production de travailleurs et travailleuses pauvres, et l’« injonction » de travailler qui les mobilise. À cet effet, nous proposons d’analyser le phénomène des travailleurs et travailleuses pauvres dans ses interfaces avec les transformations de l’action publique et des politiques sociales, d’une part, et les mutations du travail, les conditions d’emploi et les luttes sociales, d’autre part.

Trois axes structurent ce colloque et feront l’objet d’introductions spécifiques, puis de communications ou de tables rondes. À travers le premier axe, nous nous intéresserons aux effets des politiques sociales sur les mutations du travail et de l’emploi, et la précarisation. À cet égard, le colloque accueillera des réflexions sur les réformes au régime d’assurance-emploi, mais également sur la transformation de l’assistance sociale ou sur toute autre politique ayant des incidences sur les travailleurs et travailleuses à bas salaire (revenu minimum garanti, chèque emploi-service, réglementation concernant UBER). Le deuxième axe abordera plus spécifiquement les différents régimes d’exploitation qui se mettent en place actuellement et proposera de les problématiser en termes d’imbrication des rapports sociaux. Il sera l’occasion d’expliciter la construction institutionnelle de régimes de travail contraint réservés à des travailleurs immigrants permanents et migrants temporaires, puis de revenir sur des enjeux de définition du travail et de mettre notamment en évidence les apports spécifiques des critiques féministes dans l’analyse des processus en cours à travers des réalités encore peu étudiées. Le débat sur les stages non rémunérés en milieu de travail sera abordé dans le cadre d’une table ronde. Enfin, le troisième axe de ce colloque cherchera à proposer des réflexions sur les modes de résistance et les luttes collectives dans le contexte actuel de précarisation des marchés du travail en analysant les actions se déployant à la marge du salariat classique ainsi que l’action collective dans le secteur public et dans le milieu communautaire. 

Ce colloque vise à contribuer à l’avancement des connaissances sur les travailleurs et travailleuses pauvres dans une perspective pluridisciplinaire. En se saisissant de cet objet de recherche à partir des méthodes et des cadres théoriques provenant de différentes disciplines des sciences sociales (sociologie, études féministes, sciences juridiques, relations industrielles), l’objectif sera non seulement de croiser les savoirs produits sur trois thèmes particuliers (politique sociale et travailleurs et travailleuses pauvres, régimes d’exploitation et action collective), mais également de proposer une réflexion autour des enjeux actuels touchant les travailleurs et travailleuses au bas de l’échelle.

Lire la suite »
Colloque
Section 400 - Sciences sociales
Responsables
Yanick Noiseux
UdeM - Université de Montréal
Diane Gagné
UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières
Elsa Galerand
UQAM - Université du Québec à Montréal
UdeM - Université de Montréal
UdeM - Université de Montréal
UdeM - Université de Montréal
Afficher tous les résumés
Avant-midi
09 h 15 à 12 h 15
Communications orales
Politiques publiques et travail précaire
Présidence/Animation : yanick
Batiment : (OM) OTTO MAASS
Local : (OM) 10
09 h 15
Conférence d’ouverture
Frédéric Lesemann (INRS - Institut national de la recherche scientifique)

Retour sur les origines du GIREPS, ses orientations majeures, ses réalisations au plan national et international, sa pertinence pour la compréhension des transformations en cours des politiques publiques relatives au travail, au revenu, aux inégalités croissantes et aux processus de précarisation; ses ambitions de contribuer au renouvellement des théories de l’action collective, du syndicalisme et de la représentation collective à partir des luttes menées par des travailleurs et travailleuses pauvres, de l’influence de ces mobilisations sur les politiques publiques et les acteurs sociaux traditionnels des relations de travail; perspectives et priorités de recherche.

Résumé
09 h 30
Politiques publiques et injonction au travail au temps de la rigueur et de l’austérité
Marie-Pierre Boucher (UQO - Université du Québec en Outaouais), Yanick Noiseux (Université de Montréal)

Après avoir brièvement rappelé que ce sera bientôt le moment de souffler les 50 bougies du néolibéralisme au Canada et au Québec, nous insisterons sur le rôle des gouvernements, à la fois actif et passif, dans la construction de la précarisation de l’emploi. C’est à la lumière de ce contexte qui a correspondu à l’appauvrissement des travailleuses et travailleurs que nous saluerons l’effervescence suscitée par le mouvement en faveur d’une hausse du salaire à 15$/h et les attentes suscitées par celle-ci. Dans la foulée de l’adoption de la loi 25 sur l’obligation de contrepartie des bénéficiaires de l’aide de dernier recours, nous voudrons brièvement saisir le sens de l’agitation actuelle autour du revenu minimum garanti. Pour introduire le panel qui suit, nous lancerons donc les questions concernant les défis et les paradoxes de cet enlisement dans les politiques d’activation, de responsabilisation, de moralisation et au final d’appauvrissement et de mise en compétition des personnes pauvres ainsi que sur la croissance des inégalités comme stratégie de pleine participation, à défaut d’une dynamique de partage du travail et de promotion de l’emploi de qualité.

Résumé
09 h 50
Informalisation du travail de soutien à domicile à travers l’allocation directe : le chèque emploi-service
Laurence HAMEL-ROY (UdeM - Université de Montréal)

Cette présentation permettra d’exposer les résultats d’une enquête portant sur l’engagement au travail des préposées au soutien à domicile embauchées par l’entremise du système d’allocation directe chèque emploi service au Québec, dont la spécificité tient de la participation des usagers-ères des services à titre "d’employeurs-euses" de leur personnel (de par le pouvoir d’embauche, de renvoi et de gestion des tâches et horaires octroyé). De tels systèmes sont non seulement en expansion en raison des importantes économies budgétaires qu’ils dégagent, mais également du fait qu’ils permettent à l’État de se désengager, tant auprès des personnes nécessiteuses des services de soutien à domicile que de la main-d’œuvre mobilisée.

La communication a pour objectif de mettre en lumière les effets du glissement du lien d’emploi (de l’État vers les usagers-ères) sur la main-d’œuvre salariée. À l’interface du rapport salarial et domestique, cette présentation permettra d’expliquer comment la configuration particulière de l’allocation directe permet, voire encourage, la précarisation des travailleuses et leur surinvestissement au travail, participant à leur apauvrissement. Seront ainsi circonscrits les différents éléments qui, au regard de l’analyse, informalisent le travail de soutien à domicile à travers la réactivation des règles de la domesticité.

Résumé
10 h 05
Le revenu minimum garanti et le salaire minimum à 15$ l’heure comme solution à la problématique des travailleurs et travailleuses pauvres
Martine Faucher Farley (Université du Québec à Trois-Rivières)

Le marché du travail ne permet plus de prévenir ou d’enrayer la pauvreté chez une certaine catégorie de travailleurs. Les programmes sociaux ne représentent pas un filet de sécurité suffisant pour sortir de la pauvreté et laisse un pourcentage de travailleurs sans aucune protection. Au regard de cette problématique des travailleurs pauvres, nous désirons évaluer deux solutions à savoir le revenu minimum garanti et le salaire minimum à 15$.

La question du revenu minimum garanti est de retour dans les débats publics. Ce moyen, qui permettrait de donner un revenu de base à tous les citoyens, serait, pour certains, un moyen efficace d’enrayer la pauvreté et de diminuer la bureaucratie lourde et complexe.

Suite aux luttes menées aux États-Unis, le Québec a emboité le pas afin de revendiquer une augmentation du salaire minimum à 15$ l’heure. L’implication de plusieurs centrales syndicales et de plusieurs organismes communautaires démontre l’importance que pourrait avoir cette mesure dans la lutte à la pauvreté de certains travailleurs. Pourtant, plusieurs économistes et propriétaires d’entreprises mettent en garde contre les conséquences possiblement néfastes sur le marché de l’emploi.

Nous voulons, dans un premier temps, faire une revue des connaissances actuelles sur la problématique qui nous concerne. Dans un deuxième temps, notre travail analyse les conséquences sociales et économiques qu’impliquent le revenu minimum garanti et le salaire minimum à 15$.

Résumé
10 h 20
La régulation de la « gig-économie » au Québec : enjeux, défis et critiques, le cas d’Uber
Rabih JAMIL (UdeM - Université de Montréal)

La « gig économie » se caractérise par la mise en relation d’une foule «Crowd» d’organisations ou individus qui ont un stock de tâches à faire effectuer et d’une foule  d’organisations ou individus qui se sont rendus disponibles pour accomplir des tâches bien précises et limitées (Risak, 2015). Uber en constitue l’archétype et, depuis 2008, a imposé une nouvelle forme de production en s’appuyant sur « l’économie de la plateforme » (Kenny, 2015) où les travailleurs-es sont identifiés-es comme des partenaires dont l’accès au travail rémunéré repose sur la marchandisation de leurs actifs personnels.  Plus d’un million de travailleurs-es, dans plus 60 pays, se sont depuis engagés dans des relations contractuelles avec Uber. Ceci a évidemment affecté l’efficacité des régulations des relations de travail en vigueur (Crespo 2016, ITIF 2016).  Notre communication présentera une analyse critique de la régulation d’Uber au Québec dans un contexte où nous assistons actuellement à la transformation de l’encadrement légal de l’industrie du taxi. Cette analyse s’appuiera sur une revue de la littérature sur la gig-économie, sur l’examen des projets de lois déposés à l’Assemblée Nationale et sur l’analyse du positionnement des différents acteurs politiques et sociaux, sur une revue de presse et sur une série d’entretiens exploratoires effectués auprès d’un groupe de conducteurs d’Uber au cours de 2016.

Résumé
10 h 35
Pause
10 h 50
Migrations du travail et politiques publiques : vers une informalisation internationale du travail?
Sid Ahmed Soussi (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Cette étude comparative analyse le cas des politiques publiques canadiennes en matière de travail migrant temporaire au regard des principales tendances contemporaines caractérisant les migrations internationales du travail. Elle en examine les conséquences socioéconomiques sur la régulation de l’emploi et l’accès aux droits sociaux du travail à partir d’une analyse critique des politiques publiques canadiennes d’immigration et d’emploi. Cette étude se focalise d’abord, au niveau infranational, sur les incidences locales des principaux programmes canadiens de «travailleurs étrangers temporaires» et sur l’émergence d’une «zone grise» de l’emploi dans des espaces du travail qui, au Canada, ont toujours été étroitement encadrés par un modèle de relations du travail issu du New Deal clairement en rupture avec l’informalité grandissante affectant cette «zone grise». Elle aborde ensuite, sur un niveau international, ces flux migratoires du travail dans la perspective de la division internationale du travail dont ces derniers s’imposent désormais comme une figure centrale et en souligne les conséquences en termes d’accès aux droits sociaux et de dérégulation du rapport salarial. La conclusion pose la question du rôle ambivalent de l’État dans la gestion de ces flux et de leurs incidences sur la formation de nouveaux espaces d’informalité du travail: une tendance internationale lourde.

Résumé
11 h 05
Travailleurs et travailleuses migrants : accès à la justice et mobilisations
Alexandra LAW (UdeM - Université de Montréal)

Les travailleurs(euses) étrangers temporaires (TET) qui arrivent au Canada avec un permis de travail  « fermé » vivent avec des restrictions importantes sur leur mobilité dans le marché du travail. Malheureusement, leur première source d’information sur leurs droits (santé et sécurité, normes minimales, permis de travail) est souvent l’entreprise ou l’agence de recrutement qui les engage. L’accès à la justice, en commençant par le bris de l’isolement, passant par l’information et les services juridiques fiables, est une question primordiale. Les centres des travailleurs(euses), appelés worker centers aux États-Unis, sont des organisations qui ont pour mission la mobilisation des travailleurs(euses), souvent peu importe leur statut d’immigration (Fine 2006). Une partie de leur stratégie de mobilisation se base sur l’offre de services juridiques aux travailleurs(euses) individuels, dans le but de recruter, former et encourager la militance (Gordon 2005). Plus récemment, la Professeure Janice Fine, entre autres, a souligné la coopération plus formelle entre certains worker centers et des agences gouvernementales chargées de la protection des travailleurs(euses) aux États-Unis (Fine et Gordon 2010; Vosko 2013; Fine 2016). Quel serait le potentiel d’une telle collaboration dans le contexte québécois et canadien pour les TET? Comment la situer dans le contexte des études critiques sur le droit et la mobilisation (Law 2015; Spade 2011; Gordon 2005; Sarat et Scheingold 1998)?

Résumé
11 h 20
Discussion
Dîner
12 h 15 à 13 h 30
Dîner
Dîner
Batiment : (OM) OTTO MAASS
Local : (OM) 10
Après-midi
13 h 30 à 15 h 45
Communications orales
Imbrication des rapports sociaux dans les régimes d’exploitation
Présidence/Animation : Elsa
Batiment : (OM) OTTO MAASS
Local : (OM) 10
13 h 30
La construction institutionnelle de régimes de travail contraint au Canada : les cas des immigrants permanents et des migrants temporaires
Loïc Malhaire (UdeM - Université de Montréal)

Cette communication présente les résultats d’une recherche doctorale portant sur les processus institutionnels de construction des conditions d’accès à l’emploi pour deux catégories de travailleurs non natifs du Canada : des immigrants reçus ou des réfugiés insérés en emploi d’agences de placement dans le secteur de l’entreposage et des travailleurs étrangers temporaires peu-spécialisés en abattoir. Une participation observante au Centre des travailleurEs immigrants à Montréal et des entretiens réalisés auprès de travailleurs et de personnes ressources, montrent que la construction de ces régimes de travail doit être analysée à l’intersection des interventions étatiques, des pratiques des acteurs du marché et des stratégies individuelles et familiales des travailleurs. Il ressort que l’association de statuts d’immigration à certaines formes d’emploi structure des régimes de travail caractérisés par la captivité en emploi, construits relativement aux besoins immédiats des secteurs d’activité et légitimés par une législation entravant l’accès des travailleurs aux droits et libertés. Ces régimes de travail contraint produisent des conditions d’accès à l’emploi définies sur un continuum allant de la qualification des personnes, à leur déqualification professionnelle, à leur disqualification sociale. Il résulte que les travailleurs se retrouvent fixés à leur emploi précaire par des contraintes liées à leur exclusion des emplois valorisés et à leurs statuts juridiques d’immigration.

Résumé
13 h 50
Le travail des femmes incarcérées : quels apports pour la théorie du sexage?
Vanessa L'écuyer (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Nous nous intéresserons à la manière dont le travail carcéral est organisé. Pour cela, nous avons adopté une définition extensive du concept de travail, issue des recherches féministes (Kergoat, 2010, Davis, 2003, Delphy, 1998). Notre problématique est construite à partir d’un point aveugle dans les recherches traitant du travail carcéral, dont la définition se limite aux emplois salariés, portant dans la très large majorité sur les détenus masculins uniquement. Les travaux de Juteau et Laurin (1997) sur les religieuses nous sont apparus comme utiles pour réfléchir à notre objet, en ce qu’ils reprennent la théorie de sexage (Guillaumin, 1992) – laquelle révèle un rapport social distinct des rapports de classe et de race et irréductible à ceux-ci. Nos interrogations seront éclairées par les récits de douze femmes qui ont été incarcérées. Nous exposerons tout d’abord les portraits des participantes à la recherche. Leurs expériences de travail hors détention permettront d’éclairer celui qui est effectué au sein de l’institution carcérale. Nous nous intéresserons ensuite au travail réel, prescrit et non-prescrit, accompli au sein des établissements. Finalement, nous nous pencherons sur le sens de la division du travail carcéral et la manière dont elle crée des catégories qui organisent les détenues comme groupe traversé par des rapports de différentiation, de séparation et de hiérarchies. Résumé
14 h 05
Retour sur une enquête de terrain menée auprès des travailleuses domestiques migrantes non arabes à Beyrouth
Nargess Mustapha (UQAM - Université du Québec à Montréal)
Cette communication s’inscrit dans le cadre d’une recherche de maîtrise toujours en cours qui s’intéresse aux pratiques de résistance des travailleuses domestiques migrantes non-arabes à Beyrouth. La recherche en elle-même consiste plus spécifiquement à éclairer sociologiquement ces pratiques et formes de mobilisation collective. Pour ce faire, cette recherche prend appui sur les outils théoriques issus de la littérature féministe sur le travail domestique migrant d’une part ; sur une enquête de terrain de type ethnographique d’autre part. Cette enquête a été réalisée de juin 2016 à février 2017. Dans cette communication, je voudrais faire un retour sur cette expérience de terrain. Il s’agira d’expliciter les conditions d’arrivée et d’entrée sur le terrain, le contexte dans lequel et le parcours par lequel j’ai pris contact avec les travailleuses domestiques migrantes et les militantes engagées dans leur défense, en considérant que ces conditions de l’enquête sont en elles-mêmes significatives des conditions de lutte qui constituent pour partie l’objet de ma recherche.  Cette mise en récit de mon parcours me permettra d’exposer des résultats préliminaires et de mettre en évidence quelques-unes des stratégies de résistance adoptées par les travailleuses domestiques migrantes non-arabes à Beyrouth. Résumé
14 h 20
Le travail de « care » et ses réorganisations : problèmes de définitions et enjeux théoriques
Corynne Laurence-Ruel (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Prenant acte des transformations du travail (salarié et gratuit), comme des différentes formes d’exploitation, de dépendance et de servitude qui se reconfigurent dans le contexte de la mondialisation néolibérale, nombre de recherches féministes s’emploient aujourd’hui à repenser la division sexuelle du travail dans une perspective intersectionnelle (Federici, 2002 ; Falquet et al., 2010 ; Scrinzi, 2013). Le travail domestique, au cœur des débats des années 70, revient ainsi en force en tant qu’objet de théorisation et en tant que cas paradigmatique pour examiner les relations qu’entretiennent les différentes divisions sociales du travail (Parrenas, 2000 ; Hochschild, 2002 ; Sassen, 2010). Simultanément, ce « travail domestique » fait l’objet de redéfinitions et redécoupages. Plusieurs auteures lui préfèrent le concept de « travail du ''care'' » (Molinier, 2013), d’autres la notion de « travail reproductif » (Nakano Glenn, 1992 ; Parrenas, 2000 ; Federici, 2002), tandis que les références au « travail domestique » (Delphy, 1970 ; Sonthonnax et al., 1985) et « d’entretien physique et psychique d’autrui » (Guillaumin, 1979) semblent de moins en moins mobilisées. Ce sont les implications de ces différentes conceptualisations que nous souhaiterions interroger dans cette communication. Comment ces concepts sont-ils définis dans la littérature existante? À partir de quelles figures de travailleur.ses sont-ils ou ont-ils été formalisés? Et quelles sont leurs implications théoriques?

Résumé
14 h 35
La division sexuelle du travail militant dans les Black Blocs : contributions théoriques de Paola Tabet
Geneviève Vaillancourt (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Les principes libertaires revendiqués par les Black Blocs orientent leurs actions visant l’abolition des différents systèmes d’oppressions que constituent le capitalisme, le racisme, l’impérialisme et le patriarcat. Afin d’y parvenir, les contingents Black Bloc mettent de l’avant des modes d’organisations « autonomes » et « non hiérarchiques », fondés sur le principe de démocratie directe où tous et toutes participent aux débats, à l’analyse de la situation ainsi qu’à l’élaboration des stratégies et organisation des actions politiques. Compte tenu du parti pris féministe de l'activisme Black Bloc, on pourrait s'attendre à trouver une répartition égale des tâches militantes au sein de ces espaces de lutte. Pourtant, plusieurs militantes disent avoir fait l'expérience du sexisme dans divers contingents Black Blocs. Qu'est-ce qui dans la pratique militante peut faire obstacle à la subversion des rapports sociaux de sexe dans les collectifs? À l’issue d’entretiens menés auprès de militants et militantes ayant participé à divers Black Blocs, nous nous inspirons directement des travaux de Paola Tabet dans Les mains, les outils, les armes (1998) pour démontrer que la division sexuelle du travail dans ces groupes tient d’abord à la distribution inégale des outils et des armes, ainsi que l’accès différencié aux savoirs technologiques mobilisés pour ce type d’action directe.

Résumé
14 h 50
Discussion
15 h 30 à 17 h 00
Panel
Exploitation du travail des étudiants et injonction au travail gratuit : le cas des stages non rémunérés au cégep et à l’université
Présidence/Animation : Félix
Discutant : Anthony Desbiens (UdeM - Université de Montréal)
Participants : Gabrielle Laverdière-Pilon , Ousmane Thiam , Amélie Poirier (UQAM - Université du Québec à Montréal), Camille TREMBLAY-FOURNIER (UQAT - Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue)
Batiment : (OM) OTTO MAASS
Local : (OM) 10
Afficher tous les résumés
Avant-midi
09 h 15 à 11 h 00
Communications orales
Défis du syndicalisme contemporain
Présidence/Animation : Diane
Batiment : (OM) OTTO MAASS
Local : (OM) 328
09 h 15
Action collective : à quoi aspirent et que revendiquent les travailleuses et travailleurs?
Diane Gagné (UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières)

Devant le constat de l’effritement du pouvoir de négociations, de l’augmentation du travail précaire et de l’action collective aux marges du salariat classique, au cœur des discussions, se retrouve l’idée qu’il faut redéfinir les règles, les stratégies et les coalitions, puisqu’en ce moment le mouvement syndical navigue en eaux troubles. En effet, le monde syndical est souvent confronté à des intérêts divergents et doit vivre avec une législation plus ou moins adaptée à ce contexte hostile, où malgré l’existence de droits à l’égalité, le travailleur lésé ne parvient pas à les faire respecter. De cette incapacité, émane une multiplication de travailleurs à statut précaire dans un groupe de travailleurs traditionnellement protégés. Ainsi, alors que les syndicats devraient se faire remparts contre la discrimination, ils concourent parfois à l’attiser, conséquence d’un rapport de force défavorable. Ils créent ainsi des fractures au sein du mouvement syndical et des différents groupes de travailleurs.

Ce troisième axe du colloque veut proposer des réflexions sur l’action collective dans le contexte actuel de précarisation des marchés du travail, tant dans le secteur privé que public. Les participants et participantes discuteront des revendications et des aspirations des travailleuses et travailleurs dans leur diversité ainsi que des relations de pouvoir qui structurent à de multiples échelles les mouvements organisés. 

 

Résumé
09 h 35
La campagne pour le 15 $ l’heure : quels enjeux internes et externes pour les organisations syndicales?
Thomas Mongeau (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Je présenterai les raisons qui ont poussé les organisations syndicales du Québec à s’intéresser à cette campagne et à s’y impliquer, les stratégies d’action mises de l’avant en fonction de l’affiliation à l’une ou l’autre des centrales syndicales, ainsi que les discours sur cet enjeu au sein même des différentes organisations syndicales.

Pour bien aborder cela, je vais débuter par une présentation dont le but sera de déterminer de façon générale les objectifs, moyens d’action et formes de succès des diverses campagnes pour l’augmentation du salaire minimum aux États-Unis et au Canada anglais. Cette présentation sera basée sur une revue de littérature qui, de par le caractère récent de l’objet de recherche, sera à la fois académique et médiatique. En second lieu, je vais présenter les principales stratégies d’actions de deux centrales syndicales du Québec (FTQ et CSN), leurs motivations face à cet enjeu, ainsi que les différences de discours au sein même de chaque organisation afin de témoigner des débats internes au mouvement syndical.

L’objectif final est d’en arriver à un bilan clair sur les stratégies d’action collective privilégiées par des composantes importantes du mouvement syndical québécois d’aujourd’hui lorsqu’il s’agit de causes dépassant les conditions des seuls travailleurs et travailleuses syndiqué-e-s.

Résumé
09 h 50
Enjeux de représentation des minorités ethnoculturelles dans les syndicats au Québec : résultats préliminaires
Maxime Larose (UdeM - Université de Montréal)

À partir des données brutes de l’Enquête sur la population active de Statistique Canada, nous avons procédé à l’analyse des données afin de tracer un portrait de la représentation syndicale des minorités ethnoculturelles au Québec. Cela a été rendu possible parce qu'en 2006, le questionnaire d’enquête a été modifié dans l’objectif de connaître le pays de naissance ainsi que le statut syndical des personnes interrogées. L’ajout de ces deux questions permet dorénavant de connaître le taux de syndicalisation au sein des différentes communautés ainsi que leur représentation au sein de la population syndiquée. Nos analyses tiennent également compte des nuances induites par les trois variables suivantes : le sexe, le niveau de scolarité complété ainsi que le secteur d’emploi. Notre exposé vise donc à présenter un état des lieux, les principaux constats ainsi que les limites inhérentes à l’enquête.

Résumé
10 h 05
Syndicalisme et antisyndicalisme en territoires hostiles : le cas de la syndicalisation des dépanneurs Couche-Tard au Québec
Louis Rivet-Préfontaine (UdeM - Université de Montréal)

Le syndicalisme a jusqu’à maintenant éprouvé des difficultés à percer le secteur du commerce de détail, employant beaucoup de travailleurs que l’on peut considérer atypiques et souvent pauvres, et l’industrie du dépanneur est loin d’y faire exception. Le cas de la syndicalisation des dépanneurs Couche-Tard constitue donc un exemple des plus riches en apprentissages, en termes de défis que posent la mobilisation et l’organisation de travailleurs pauvres par des stratégies syndicales novatrices. La présente communication se propose d’aborder dans un ordre le déroulement de la campagne de syndicalisation entamée en 2011 par la CSN chez les dépanneurs Couche-Tard du Québec, la négociation d’une première convention collective et ses suites, puis la dernière campagne de syndicalisation et de renouvellement de convention à la fin de l’été 2016. En recourant principalement à des articles de journaux ainsi qu’aux informations recueillies lors de d'entretiens avec des officiers syndicaux et des employés de l'entreprise, j’exposerai les différents enjeux pour l'organisation syndicale ainsi que les stratégies utilisées et les innovations développées par les institutions syndicales afin d’y faire face.

Résumé
10 h 20
La Coopérative Les Valoristes : travail à la marge et organisation collective
Francois BORDELEAU (UdeM - Université de Montréal)

Cette présentation aura comme objectif de présenter une partie des résultats d’un mémoire de maîtrise portant sur la coopérative Les Valoristes. Cette coopérative, existant depuis maintenant quelques années, vise à organiser le travail des récupérateurs de contenants consignés montréalais. Il s’agira de l’occasion de porter un regard sur cette forme de travail souvent marginalisée, tout en démystifiant leur réalité.

Cette entrée dans un univers méconnu sera l’occasion de confronter certaines questions théoriques, notamment celles qui touchent à la distinction entre le travail et l’emploi. Ce sera l’opportunité de pousser la réflexion autour des enjeux de l’organisation collective des travailleurs à la marge. La question du statut, du rapport de force et des modalités d’action collective issues du travail à la marge seront ainsi abordées. Nous nous inspirerons de certains cas internationaux, mais utiliseront principalement les résultats du travail de terrain.

Résumé
10 h 35
Discussion
11 h 15 à 12 h 30
Communications orales
Travail précaire et négocations dans les secteurs public et communautaire
Présidence/Animation : Diane
Batiment : (OM) OTTO MAASS
Local : (OM) 328
11 h 15
Discours et revendications sur la précarité dans le secteur public : les paradoxes d’une négociation en contexte d’austérité
Fanny Theurillat-Cloutier (Cégep Marie-Victorin), Carole Yerochewski (Université du Québec à Trois-Rivières)

Les négociations qui se sont déroulées en 2015 dans le secteur public et parapublic, couvrant 550 000 salariés, ont été marquées par un discours centré sur l’obtention de meilleurs salaires, afin d’éviter un exode vers le secteur privé. Ce n’est pourtant pas le seul enjeu auxquels sont confrontés les travailleurs et surtout travailleuses du secteur public, qui affrontent pour nombre d’eux une pauvreté reliée à la précarité de leur statut.

La stratégie choisie tranche en outre avec celle qui avait prévalu lors du premier Front commun de 1972, qui servait pourtant de référence au discours syndical, soit le choix de la revendication des 100 dollars par semaine, pour son effet d’entrainement sur les autres catégories d’emploi et l’ensemble du marché du travail.

Il y avait pourtant matière à formuler des revendications rassembleuses dans le contexte de lutte contre l’austérité qui a marqué les négociations. Pour comprendre ce paradoxe, nous nous intéressons à la façon dont le processus de négociation a pris en compte la précarité. Nous partons de la prémisse que ce processus est une action collective à décrypter en restituant à l’acteur syndical sa complexité et sa porosité organisationnelle. À l’aide de ce cadre d’analyse, et après avoir présenté un portrait de l’évolution des conditions de travail dans le public, nous interrogerons la façon dont cheminent les cahiers de revendications dès les assemblées générales locales, afin de mettre à jour les facteurs qui interviennent.

Résumé
11 h 30
Le syndicalisme enseignant au Québec : enjeux, luttes, défis et précarité au sein du secteur public
Anthony Desbiens (UdeM - Université de Montréal)

Au Québec, le syndicalisme enseignant a émergé lors des années 1930 et son essor fut marqué par la contestation des institutrices rurales concernant l'imbrication de multiples phénomènes qui instauraient une dynamique de précarisation les affectant particulièrement (Rouillard 2004; Meunier et Piché 2012; Tardif 2013).  Malgré les gains réalisés par les premiers syndicats du secteur de l'éducation (de la fin des années 30 jusqu'à la fin des années 70), de la démocratisation ainsi que la sécularisation du système d'éducation québécois, force est d'admettre que la précarité en emploi et au travail restent toujours des dimensions constitutives du métier d'enseignant.e. La communication présentée dans le cadre ce colloque porte sur les enjeux caractérisant les luttes menées par les enseignant.e.s québécois.es du secteur scolaire et public ainsi que les défis auxquels ils et elles sont confronté.es, notamment les précaires. En guise d'introduction, je ferai un bref retour historique concernant ces quatre aspects. Ensuite, en m'appuyant sur des travaux issus des champs de la sociologie et des sciences de l'éducation, j'exposerai les caractéristiques et l'impact de l'augmentation du travail atypique dans le secteur de l'éducation sur le syndicalisme enseignant en mobilisant notamment le concept de « quasi-marché » (Robertson 2005; Maroy 2008).

Résumé
11 h 45
Le travail en coalition : réflexions sur la collaboration interorganisationnelle pour le changement social
Mylene Fauvel (UdeM - Université de Montréal)

Penser le renouveau syndical passe souvent à travers des réflexions sur les liens interorganisationnels et le travail de coalition avec des acteurs de la société civile (Tattersall, 2010, Fine 2005, Lévesque et Murray, 2010). D’ailleurs, de nombreuses coalitions mixtes ont pris place au Québec dans dernières années et agissent dans perspective de transformation sociale. Nous pouvons penser par exemple aux coalitions entourant les revendications pour un salaire minimum à 15$ de l’heure. Devant cette forme de collaboration interorganisationnelle qui semble prendre de l’ampleur, nous devons nous questionner à savoir quels sont les avantages et obstacles du travail en coalition mixte. Comment les organisations aux cultures et pratiques organisationnelles en viennent à travailler conjointement? La littérature académique nous donne quelques pistes de réflexion entourant les relations interorganisationnelles, plus particulièrement les relations entre organisations syndicales et communautaires. Nous proposons dans le cadre de cette présentation d’aborder à travers un regard académique ces relations et de définir ce qu’est une coalition mixte, de préciser en quoi celle-ci permet d’augmenter le pouvoir des différents acteurs, entre autres syndicaux et finalement d’identifier des enjeux entourant la collaboration entre organisations syndicales et communautaires. 

Résumé
12 h 00
Discussion