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411 - Enjeux et complexités de la présence juive hassidique à Montréal

Les communautés hassidiques forment à Montréal une population de près de 10 000 personnes. Alors que l’histoire et la sociologie des Juifs montréalais sont en général bien connues, on sait assez peu de choses des communautés ultraorthodoxes de tradition hassidique qui se sont installées depuis près d’un demi-siècle dans l’axe de l’avenue du Parc. Cela tient en grande partie à ce que ces populations sont restées relativement à l’écart de leurs coreligionnaires et qu’elles ne cherchent pas non plus à entrer en contact avec les autres résidents des quartiers où elles sont implantées. Or, il appert que les Juifs hassidiques représentent une nouvelle forme d’intégration à la société montréalaise-québécoise qui n’a cessé de prendre de l’ampleur au cours des deux dernières décennies et qui est basée sur une pratique religieuse non chrétienne fondamentaliste. Les Juifs hassidiques adoptent en général les pratiques économiques, politiques et sociales de leur société d’appartenance, mais refusent de s’acclimater à la culture ambiante ou aux comportements culturels dominants chez leurs voisins. Ces choix tendent à définir d’une manière assez différente la frontière entre le groupe hassidique lui-même et l’ensemble de la société montréalaise. Les organisateurs de ce colloque sont particulièrement intéressés à étudier la question des écoles primaires et secondaires qui sont administrées par ces communautés et qui constituent un enjeu pédagogique très discuté présentement.

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Colloque
Section 400 - Sciences sociales
Responsables
Université d’Ottawa
Université Concordia
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Avant-midi
09 h 00 à 10 h 20
Communications orales
Histoire
Présidence/Animation : Pierre Anctil (Université d’Ottawa)
Discutant : Ira ROBINSON (Université Concordia)
Batiment : (A) ARTS
Local : (A) 150
09 h 00
Les Hassidim du Québec dans la perspective de la longue durée de l’histoire hassidique
Ira ROBINSON (Université Concordia)

Toute considération sérieuse du phénomène hassidique dans le Québec contemporain doit tenir compte du développement social et religieux du hassidisme à partir de ses origines au XVIIIe siècle. Cette présentation examinera la communauté hassidique québécoise contemporaine dans la perspective de la longue durée de l'histoire communale hassidique d'environ 250 ans. Il ne traitera pas des questions liées aux aspects spirituels ou intellectuels du hassidisme québécois, soit un sujet qui mérite une exploration séparée.

Cette histoire communale sera examinée sous les angles suivants:

1. Relations avec les communautés juives non hassidiques établies.

2. Relations avec les gouvernements et les agences gouvernementales.

Il sera démontré qu'au cours des 250 dernières années, il y a existé une tension entre les Juifs hassidiques et non hassidiques à cause de la structure communale différente des Hassidim. Aux XVIIIe et XIXe siècles, cette tension a abouti à des affrontements ouverts et, à d'autres époques, elle a évolué vers une relation plus symbiotique.

Il sera démontré que les communautés hassidiques ont été ciblées par les différents gouvernements et leurs agences au cours des 250 dernières années comme une partie intégrante de leurs efforts pour moderniser leurs sociétés sur le plan éducatif et économique.

Les communautés hassidiques du Québec sont donc le produit d'une histoire de 250 ans de relations souvent tendues avec les communautés juives non hassidiques, et les gouvernements et leurs agences.

Résumé
09 h 30
L’immigration des communautés hassidiques à Montréal durant l’après-guerre : un phénomène de continuité historique
Simon-Pierre Lacasse (Université d’Ottawa)

Le fait que la littérature scientifique ait placé l’emphase sur les aspects séculiers des communautés juives qui s’installent à Montréal, dont la plus grande vague d'immigration se situe durant la première décennie du XXe siècle et jusqu'à la Première Guerre mondiale -- notamment leur implication dans les milieux ouvriers et leur intégration dans le milieu anglophone de la province -- laisse en plan l’espace qu’occupe les ultraorthodoxes au sein de cette communauté. L’un des corolaires de ce cadre conceptuel est de refouler la présence hassidique à un phénomène exclusivement d’après-guerre, en rupture complète avec le parcours de la communauté juive précédemment installée. D’ailleurs cette perception est amplifiée par un biais répandu selon lequel les communautés hassidiques vivent en marge non seulement de la société dans son ensemble, mais aussi de leurs coreligionnaires non hassidiques. Or ce postulat doit être nuancé dans le temps. Cette communication, basée sur des recherches qui menèrent à la publication d’une thèse de maitrise, propose d’observer les zones de contact entre rescapés hassidiques et Juifs montréalais de tendance non hassidique. Il s’agit de comprendre comment le processus d’implantation des hassidiques à Montréal a dépendu au tournant des années 1950 et jusqu’aux années 1960 du soutien moral et matériel de la grande communauté juive. Malgré l’antinomie des opinions face aux moyens à prendre pour intégrer la société québécoise -- les hassidiques visant d’abord à reconstruire leurs communautés décimées sur un modèle traditionnel alors que la plus grande communauté juive avait intégré la communauté anglophone de Montréal grâce à l’éducation supérieure et séculière -- il s’observe parmi les Juifs dès lors anglicisés une perception révérencieuse face au hassidisme. Lorsque la langue yiddish et l’éducation juive traditionnelle sont menacés de disparaitre dans la métropole peuplée surtout d’immigrants juifs de deuxième et troisième générations, les hassidiques sont perçus comme pouvant maintenir ces vecteurs essentiels de l’identité juive traditionnelle est européenne. Ce sentiment est d’autant plus affirmé que le terreau traditionnel des Juifs ashkénazes -- d’Europe centrale et orientale -- a été annihilé lors de l’Holocauste. C’est dire qu’il est essentiel de comprendre le rapport entre hassidiques et non hassidiques pour obtenir une vue d’ensemble de la minorité juive durant l'après-guerre. On peut ainsi mieux saisir le fait que le mouvement hassidique s’inscrit dans une continuité historique à l’échelle du judaïsme montréalais.

Résumé
10 h 00
Période de questions
10 h 20
Pause
10 h 30 à 12 h 00
Communications orales
Perception et imaginaire
Présidence/Animation : Pierre Anctil (Université d’Ottawa)
Discutant : Valérie Amiraux (UdeM - Université de Montréal)
Batiment : (A) ARTS
Local : (A) 150
10 h 30
Controverses et vivre-ensemble? Présence publique des Juifs hassidiques à Outremont
Valérie Amiraux (UdeM - Université de Montréal), Valentina Gaddi (UdeM - Université de Montréal)

La présence des juifs hassidiques à Outremont est une donnée connue et très publicisée de Montréal. Elle a donné lieu à des romans, des documentaires, des mémoires de maîtrise en sciences humaines, sociales et juridiques ainsi qu’à de nombreux articles de presse. Au-delà des processus d’altérisation et de fétichisation qui caractérisent le regard public posé sur ces populations, comment se traduit cette présence à l’échelle des arènes de délibération locale de l’arrondissement ?

Notre communication propose de répondre à cette question en prenant appui sur différentes controverses locales (Pourim, Souccot, lieux de culte) qui se sont déployées dans Outremont ces cinq dernières années. Partant d’une contextualisation des questions soulevées par le pluralisme ethno-confessionnel au Québec, une première partie sera consacrée à un cadrage théorique pour penser la présence publique de la population hassidique et l’horizon délibératif que dessine la stabilisation des formes « controverses » au niveau local. La deuxième partie explorera comment ces controverses prennent forme sur différentes scènes de la vie communale. Elle sera l’occasion de décrire la façon dont les citoyens du quartier discutent de ces enjeux.

Cette présentation s’appuiera sur la théorisation du lien entre expérience du pluralisme et radicalisation développée par V. Amiraux et l’équipe PLURADICAL (Amiraux, Araya-Moreno, 2014) et sur la recherche empirique de V. Gaddi dans le cadre de son mémoire de maîtrise (Gaddi, 2017).

Résumé
11 h 00
Aspects de la vie quotidienne d’une femme hassidique à Montréal à partir du livre « Lekhaim! » de Malka Zipora
Sonia Sarah Lipsyc (CSUQ - Communauté sépharade unifiée du Québec)

Nous présenterons d'abord le livre de Malka Zipora en le situant à la fois dans le cadre des productions de livres de et sur la vie hassidique à Montréal, notamment ceux qui mettent en valeur des figures de femmes. Nous exposerons ensuite certains aspects de la vie quotidienne d'une femme, d'une épouse, d'une mère et d'une créatrice tels qu'ils apparaissent dans ces chroniques publiés en yiddish et traduit en français par Pierre Anctil. Enfin, nous nous interrogerons sur les leçons de vie qui se dégagent de ces récits, tant celles qui sont liées à une appréhension universelle que celles rivés à une foi juive. C'est pourquoi, cette communication aurait pu aussi s'intituler : "De l'autobiographie à l'éthique spirituelle".

Résumé
11 h 30
Période de questions
Dîner
12 h 00 à 13 h 30
Dîner
Dîner
Après-midi
13 h 30 à 14 h 50
Communications orales
Sociologie et structures sociales
Présidence/Animation : Ira ROBINSON (Université Concordia)
Discutant : Pierre Anctil (Université d’Ottawa)
Batiment : (A) ARTS
Local : (A) 150
13 h 30
Bien comprendre la structure sociale du Montréal hassidique
Steven LAPIDUS (Université Concordia)

Bien qu’initialement établie à la fin du XIXe siècle, les populations hassidiques de Montréal ont commencé à s’accroître seulement après l'Holocauste, c’est-à-dire au moment d’une importante vague migratoire en provenance d’Europe. Ces nouveaux arrivés ont formé la base d'une communauté qui double généralement de taille tous les quinze à vingt ans. Non seulement cette croissance est visible sur le plan démographique à Montréal, mais elle s’est aussi reflétée dans l'infrastructure complexe de la communauté hassidique de Montréal. Le nombre d'entreprises et de services disponibles a également considérablement augmenté. En se concentrant sur les dix mille Hasidim des quartiers Mile-End / Outremont, la diversité des services offerts s'étend des écoles et des détaillants à une gamme complète de services de santé, y compris les soins palliatifs à domicile. Les écoles et les synagogues, qui proclament fièrement leur allégeance hassidique, renforcent encore la composition de la communauté. La complétude institutionnelle de ce milieu, un concept développé par le sociologue canadien Raymond Breton, se trouve ainsi en corrélation positive avec la fermeture et l'isolement social, deux caractéristiques de la vie hassidique. Je présenterai des données sur l'exhaustivité institutionnelle et j’expliquerai sa fonction dans l'intégration sociale des Hasidim de Montréal.

Résumé
14 h 00
Vers une meilleure connaissance sociologique des communautés hassidiques de Montréal
Pierre Anctil (Université d’Ottawa)

Il existe présentement peu de données sociologiques crédibles pour comprendre l’évolution des communautés hassidiques de Montréal au cours des vingt-cinq dernières années. Il en va de même au sujet des paramètres géographiques qui décrivent le niveau de concentration spatiale et la localisation des fonctions institutionnelles de ces groupes. L’obstacle principal sous ce rapport provient de la difficulté qu’il y a à isoler les populations ultra-orthodoxes dans le recensement fédéral à partir de paramètres crédibles d’une part, et de l’autre du désintérêt ou de l’hostilité latente des pouvoirs publics pour cette tranche de la société. Une telle lacune empêche la formulation d’hypothèses intéressantes sur la participation des Hassidim au grand ensemble socio-économique montréalais et finit par alimenter les préjugés les plus farfelus envers ces populations. Faute de statistiques et de données scientifiques concernant ces communautés, les intervenants sociaux, les planificateurs urbains et les décideurs politiques peinent aussi le plus souvent à comprendre leurs besoins particuliers et à saisir leurs sensibilités culturelles. Tout de même, il existe un certain nombre d’hypothèses et de séries statistiques qui, même formulées sommairement, éclairent la situation des populations ultra-orthodoxes des arrondissements d’Outremont, du Plateau Mont-Royal et de Côte-des-neiges-Notre-Dame-de-Grâce. Dans cette communication, je tenterai de faire un tour d’horizon des principales données disponibles et de ce qu’elles nous apprennent au sujet du mouvement général du hassidisme à Montréal. Je conclurai en suggérant un certain nombre d’axes de recherche autour desquels une cueillette et un traitement plus systématique des données pourrait être effectué.

Résumé
14 h 30
Période de questions
14 h 50
Pause
15 h 00 à 16 h 30
Communications orales
Questions scolaires
Présidence/Animation : Ira ROBINSON (Université Concordia)
Discutant : Christine Brabant (UdeM - Université de Montréal)
Batiment : (A) ARTS
Local : (A) 150
15 h 00
Apprendre des enfants : leçons des communautés hassidiques pour le droit et vice-versa
Shauna Van Praagh

L’intégrité et l’identité sont deux facteurs clefs dans n’importe quelle discussion en droit au sujet des enfants. D’une part, le bien-être des enfants et leur besoin de protection (découlant de leur position de vulnérabilité) commandent de s’intéresser à leur droit à l’intégrité. D’autre part, l’appartenance des enfants à une ou plusieurs communauté(s) leur confère une identité propre, qu’ils sont susceptibles de conserver une fois devenus adultes. Même pendant leur jeunesse, cette facette de leur identité peut jouer un rôle important, bien que leur identité (globale) soit encore en formation. Dans les communautés hassidiques, le rapport entre intégrité et identité révèle des réalités complexes. Que ce soit dans le contexte de la gouvernance de l’éducation ou en matière de protection de la jeunesse, l’exemple des enfants hassidiques apporte un éclairage nouveau qui permet de mieux comprendre plusieurs notions centrales du droit : inter alia les droits et libertés; l’agentivité, l’autonomie et l’intérêt de l’enfant; la coexistence de différentes sphères d’influence dans la vie de famille; les règles du voisinage. De plus, une conception du droit fondée sur le « pluralisme juridique » est pertinente pour comprendre la gouvernance des différents aspects de la vie des enfants hassidiques. À son tour, l’exemple des enfants hassidiques est utile pour illustrer la doctrine pluraliste. Cette conférence va explorer les façons dont le droit (en particulier le droit applicable aux enfants) peut tirer des leçons de l’expérience des communautés hassidiques et montrer comment ces communautés sont influencées et même modifiées par leur rapport avec le droit.

Résumé
15 h 30
Quelle approche d’encadrement pour la scolarisation des jeunes des communautés hassidiques de Montréal?
Christine Brabant (UdeM - Université de Montréal)

À Montréal, des communautés hassidiques tiennent des écoles considérées illégales jusqu’à tout récemment, parce qu’elles ne répondaient pas aux critères de conformité leur permettant d’obtenir un permis d’enseignement privé selon la Loi sur l’enseignement privé. Le ministère de l’Éducation a négocié avec ces groupes des ententes pour faire passer ces enfants à la scolarisation à la maison, une pratique d’exception reconnue par la Loi sur l’instruction publique et ce, sans faire fermer les écoles en question, ni en exiger la conformité. Les enfants pourraient continuer de fréquenter leur école le jour, et être scolarisés à la maison par leurs parents ou des tuteurs pour compléter leur programme éducatif en dehors de l’horaire scolaire. Par exemple, ce fut le cas en 2015 pour les deux-cent-trente (230) enfants de la communauté juive hassidique Satmar, d’Outremont (Robillard, 2015) et depuis septembre 2016 pour les enfants de la communauté Vitznitz, soit les garçons de l’école Toras Moshe et les filles de l’Académie Beth Esther (Nadeau, 2016).

Cette communication présentera les éléments qui permettent de considérer que cette entente est un pas dans la bonne direction pour l’intérêt des enfants et des communautés, si certaines conditions sont réunies et certains écueils, évités.

Le cadre de référence de cette analyse sera, premièrement, les notions d’éducation culturellement adaptable et d’éducation socialement acceptable (Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies, 1999), en lien avec la Convention des droits de l’enfant (Nations Unies, 1989); deuxièmement, une évaluation de l’efficacité de l’approche étatique face aux écoles juives ultra-orthodoxes (Haredi) en Israël, en Angleterre, à New York et en Belgique, au regard des notions qui précèdent (Perry-Hazan, 2015); troisièmement, la recherche sur la scolarisation à la maison et ce qu’elle révèle des forces et des défis de cette pratique éducative et de son encadrement (Brabant et plusieurs autres); quatrièmement, les propositions de la théorie de la gouvernance réflexive (Lenoble et Maesschalck, 2010) appliquées à la gouvernance de l’éducation et, plus particulièrement, au cas à l’étude.

Résumé
16 h 00
Période de questions
16 h 20
Mot de clôture
Soir
17 h 00 à 18 h 00
Cocktail
Lancement de livre
Batiment : (A) ARTS
Local : (A) 160 zone cocktail