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403 - Cyberespace et science politique de la méthode au terrain : du virtuel au réel

Transition pour certains, rupture pour d’autres, l’envahissement du cyberespace dans nos vies nous fait nous questionner à plusieurs égards. Il suscite un questionnement, car il est rare dans l’histoire de l’humanité de constater comment une innovation technologique transforme autant, en si peu de temps, le quotidien des individus, et ce, jusqu’aux façons de gouverner le monde. Cependant, le cyberespace a ceci de particulier que ses impacts se font sentir beaucoup plus rapidement et beaucoup plus profondément. D’autant plus que même les outils d’analyse de ce phénomène, ou les méthodes de recherche de la science politique, pour le résumer ainsi, sont, elles aussi, transformées par le cyberespace et Internet. Ce colloque part du constat que le cyberespace n’est que la continuité de l’extension des capacités humaines entamée depuis le développement des premiers outils par nos ancêtres. En effet, tout développement technologique a pour but ou pour effet d’augmenter les capacités limitées du corps humain ou de l’intelligence humaine. La nouveauté actuelle consiste à appréhender les changements sociaux et politiques qu’implique la présence grandissante du cyberespace dans nos vies. Le principal questionnement de ce colloque se situe sur trois plans : celui des comportements sociaux et politiques, celui de la recherche et celui des méthodes de recherche en science politique. Ce colloque désire circonscrire les changements qu’apporte le cyberespace à l’étude et à la pratique des sciences sociales en général, de la science politique en particulier, mais aussi quant à leurs objets. Ainsi, eu égard aux grandes qualités de la littérature, peu d’auteurs traitent spécifiquement, en français, des bouleversements sociaux et politiques dus au cyberespace, des transformations des méthodes de recherche dans le cyberespace ou du cyberespace comme outil de recherche exploitable grâce au réseau Internet. Le colloque tentera de combler cette lacune et favorisera les débats à ce propos.

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Colloque
Section 400 - Sciences sociales
Responsables
UdeS - Université de Sherbrooke
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Avant-midi
08 h 30 à 10 h 30
Communications orales
Cyberespace et méthodes de recherche en science politique
Présidence/Animation : Sandra
Batiment : (BH) BURNSIDE HALL
Local : (BH) 920
08 h 30
Les défis méthodologiques du cyberespace et de la science politique
Hugo Loiseau (UdeS - Université de Sherbrooke)

La rencontre entre la science politique et l'objet d'étude qu'est le cyberespace offre un champ fertile en termes de recherche. Les études qui en découlent sont en processus d'éclosion c'est-à-dire que s'élabore de plus en plus une production systématique de recherches scientifiques s'appuyant sur des faits et favorisant le débat intellectuel. La question centrale de cette communication porte ainsi sur l'ampleur de la rupture qu'apporte le cyber dans le champ d'étude de la science politique, mais aussi et surtout, sur l’ampleur des changements ainsi provoqués. 

Devant cette rupture, les chercheurs et chercheuses affrontent un écueil constant, celui des défis méthodologiques quant à la qualité et la portée de leurs recherches. Pour saisir l'ampleur de ces défis et répondre à notre question centrale, il faut s'attarder sur trois phénomènes concomitants. 1. Les changements induits par le cyberespace sur les objets politiques (le pouvoir, les élections, la participation…). 2. L'influence directe de ces changements sur les cadres traditionnels d'analyse politologique (les représentations du politique, l'analyse du pouvoir ou de la puissance…). 3. Les conséquences que tout cela apporte sur les outils de recherche en science politique et sur les critères d'évaluation de ces outils ou méthodes (validité, fidélité…). Cette communication exposera donc les changements qu'apporte le cyber quant à la nature des objets de recherche, des cadres d'analyse et des outils de recherche.

Résumé
08 h 55
La nature du terrain en sciences sociales : une cartographie du cyberespace en tant que terrain et objet de recherche
Elena Waldispuehl (UdeM - Université de Montréal)

Y a-t-il véritablement une E-révolution dans les structures politiques et sociales avec la croissance exponentielle du cyberespace ? S’il est encore trop tôt pour affirmer l’émergence d’une humanité post-numérique, nous pouvons néanmoins admettre que le cyberespace influence nos pratiques en vertu d’un virage cybernétique et numérique observable à plusieurs échelles. Le cyberespace a changé non seulement la nature des relations sociales, mais a aussi entraîné une adaptation majeure des méthodes de recherche en sciences sociales. Dans cette ère numérique, il importe de réfléchir à la nature même du terrain en sciences sociales et aux moyens d’appréhender le cyberespace en tant qu’objet et terrain à la fois dématérialisé et mouvant. Bien que le cyberespace se présente comme un champ fécond de recherche, les chercheurs et chercheuses commencent seulement à étudier les méthodes leur permettant d’appréhender le réel des relations sociales virtuelles, qui sont seulement observables dans cet espace. Cette problématique laisse perplexes nombre de disciplines puisqu’elles semblent incapables de bien encadrer la notion de terrain « virtuel ». Nous montrerons comment une recherche en sciences sociales peut être opérationnalisée sur le cyberespace, par le cyberespace et dans le cyberespace, bien que cette affirmation ne fasse pas nécessairement consensus dans la littérature scientifique.

Résumé
09 h 15
L’analyse des phénomènes sociaux « cyber » : renouvellement du concept de cyberespace et présentation d’un cadre analytique adapté aux sciences sociales
Sabrina Dupéré (UdeS - Université de Sherbrooke)

D’abord désigné comme l’espace d’échange de l’information numérisée, le cyberespace est un environnement qui connaît une expansion, tant par sa portée géographique que par l’augmentation des phénomènes et des activités qui lui sont reliés. L’émergence de ce nouvel espace a eu pour effet de constituer un nouveau milieu de communication, d’échange, de travail et de pensée pour les sociétés humaines. Si dans la littérature les aspects techniques, physiques et logiciels du cyberespace sont souvent mis au premier plan, la dimension humaine, elle, est souvent écartée. Cet angle mort conceptuel devient ainsi un enjeu pour l’analyse des phénomènes dans le domaine des sciences sociales.

Dans cet environnement, les sociétés humaines définissent et façonnent le cyberespace et choisissent comment l’utiliser. En effet, nous soutenons que le cyberespace n’est pas que constitué des tuyaux virtuels et de l’information qui y circule, mais également de ce qu’il se passe dans ces tuyaux. Bref, de l’usage qui est fait de cet espace. Les sociétés humaines ne sont donc pas passives face à ce nouvel espace qui tient d’abord son enracinement dans le monde social.

L’objectif de la présentation est de fournir un cadre d’approche du cyberespace, plus précisément un cadre qui permettra d’analyser les phénomènes cybernétiques de la perspective des sciences sociales et de réintégrer la dimension humaine au concept de cyberespace à travers un nouveau modèle théorique.  

Résumé
10 h 30
Pause
10 h 45 à 12 h 45
Communications orales
Le cyberespace dans le processus électoral
Présidence/Animation : Hugo
Batiment : (BH) BURNSIDE HALL
Local : (BH) 920
10 h 45
Le vote par Internet augmente-t-il la participation électorale?
Jérôme Couture (INRS - Institut national de la recherche scientifique), Sandra Breux (Institut national de la recherche scientifique), Nicole Goodman (Université de Toronto)

Le vote par Internet permet à l’électeur de voter de n’importe quel lieu disposant d’un accès au réseau Internet, concrétisant la vision du cyberespace comme un réseau favorisant l’égalité et la participation de tous. Depuis 2003, le vote par Internet a été une option dans plusieurs élections municipales en Ontario et en Nouvelle-Écosse. Forte de son expérience avec 97 municipalités lors des élections municipales de 2014, l’Ontario a vu 2,4 millions d’électeurs avoir la possibilité de voter par Internet lors de ces élections. Le principal argument en faveur de l'introduction du vote par Internet est lié à son potentiel pour augmenter la participation électorale, et ce, surtout auprès des jeunes électeurs. Bien que le vote par Internet ait souvent été présenté comme un moyen de contrer le déclin dans la participation électorale, peu d’études permettent de vérifier si cette méthode est davantage utilisée par les nouveaux votants ou ceux qui votent moins fréquemment. Notre propos a pour objectif de répondre à cette lacune à partir des données de l’Internet Voting Project. Il sera démontré – entre autres choses – que 1) moins un électeur à l’habitude de participer aux élections, plus il a tendance à utiliser le vote par Internet ; 2) les nouveaux électeurs inscrits ont davantage tendance a utilisé aussi cette méthode de votation. Ces résultats nous permettront de mettre en perspective la définition du cyberespace et de ses promesses.

Résumé
11 h 05
La publicité électorale négative en ligne au Canada depuis 2004
Charles-Antoine Millette (UQAM - Université du Québec à Montréal)

Cette communication a pour objectif de présenter l'utilisation de la publicité électorale négative en ligne par les partis politiques fédéraux depuis 2004 au Canada (Small, 2004). Plus précisément, nous présenterons tout d'abord les spécificités de la publicité électorale négative en ligne (Kaid, 2006) par rapport à la publicité négative que l'on retrouve à la télévision (Romanow, 1999). Il sera ensuite question de l'apparition de la publicité négative sur Internet aux États-Unis lors de la campagne présidentielle de 1996 (West, 2014), ce qui nous permettra alors d'étudier l'arrivée de ce phénomène au Canada au début des années 2000 (Small, 2012). Grâce à une étude de cas, nous verrons finalement comment le Parti conservateur du Canada (PCC) a eu recours à cette pratique de campagne dans l'espoir de discréditer les trois plus récents chefs du Parti libéral du Canada (PLC). Les Conservateurs ont été capables de ternir l'image de Stéphane Dion et de Michael Ignatieff (Gingras, 2013) en diffusant des publicités négatives sur Internet bien avant le début des campagnes électorales de 2008 et de 2011 (Flanagan, 2012). Le PCC s'est également attaqué à Justin Trudeau immédiatement après sa victoire à titre de chef du PLC en avril 2013. Le nouveau chef libéral a toutefois riposté en diffusant quelques jours plus tard à la télévision une publicité électorale positive dans laquelle il dénonce l'attaque de ses adversaires conservateurs.

Résumé
11 h 25
La communication politique à l’heure de la vidéo numérique : de l’action individuelle à l’action collective
Emmanuel Choquette (UdeM - Université de Montréal)

Sans prétendre que « l’explosion » des médias numériques a complètement révolutionné la sphère politique, on ne peut nier qu’ils ont bouleversé les façons de faire. Comme le souligne Flechy, « Internet est un espace où il est plus facile qu’ailleurs de produire de l’information, où les barrières à l’entrée sont moindres. »(Flechy 2008). On peut également admettre que l’apparition du Web 2.0 a contribué à transformer le champ de la communication politique. À ce sujet, le vidéo en ligne, via YouTube notamment, demeure un objet négligé des études en science politique.  

Il s’agit pourtant d’un des outils de communication les plus sollicités sur le globe. Certains vont jusqu’à parler d’une « youtubification » des discours politiques (English, Sweetser et Ancu 2011). Au Québec, YouTube représente le 2e média social le plus utilisé tout juste derrière Facebook (CEFRIO 2015). On estime qu’à lui seul, YouTube produit en 60 jours ce que les trois principaux réseaux américains de télévision ont produit en 60 ans! Mais, dans quelle mesure la vidéo en ligne, à travers YouTube en particulier, devient-elle un outil de communication, voire de participation politique? La vidéo en ligne permet-elle de se rapprocher de l’idéal démocratique décrit par Habermas ou, comme l’estime Bernard Miège, assiste-t-on plutôt à une individualisation de l’espace public? Cette réflexion vise ici à évaluer la place de la vidéo numérique entre pouvoir individuel et véhicule de partage des idées politiques.  

Résumé
Dîner
12 h 45 à 14 h 00
Dîner
Dîner libre
Batiment : (BH) BURNSIDE HALL
Local : (BH) 920
Après-midi
14 h 00 à 16 h 00
Communications orales
Nouveaux objets politiques, mais vieilles méthodes?
Présidence/Animation : Elena
Batiment : (BH) BURNSIDE HALL
Local : (BH) 920
14 h 00
La surveillance comme axiome de l’économie politique des données : survol des stratégies populaires, commerciales et sécuritaires
Tristan Rivard (UdeS - Université de Sherbrooke)

Aujourd’hui, la production constante de données et métadonnées, consubstantielle à l’usage des technologies numériques et des réseaux informatiques, est exploitée par une « nébuleuse étatique et corporative » qui inclue au premier chef la National Security Agency et les grandes entreprises de la Silicon Valley. Au vu de la démocratisation du numérique, il est peu surprenant que la surveillance des données devienne un vecteur d’action stratégique et politique. Le but de cette communication est de décrire les usages contextuels de la surveillance des données ainsi que le rôle déterminant qu’y joue le capital technique. Nous voulons dresser un portrait de l’utilisation populaire, commerciale et sécuritaire de la surveillance des données à la lumière des notions de noopouvoir et de noopolitique.

La recherche est basée sur l’observation documentaire des études sur la surveillance ainsi que des dossiers journalistiques relatifs aux fuites du lanceur d’alerte Edward Snowden. À partir d’un schéma pyramidal de l’économie politique des données, notre approche souligne les rapports verticaux entre les usagers-individus, les entreprises du numérique et les agences de renseignement. Ce faisant, nous concluons que la démocratisation de la surveillance n’altère pas substantiellement la supériorité informationnelle des grandes organisations techniques, qui jouissent des ressources humaines et techniques nécessaires à l’exploitation des mégadonnées.

Résumé
14 h 20
Cyberespace, espace de conflits politiques
Samuel Sauvé (UdeS - Université de Sherbrooke)

Cette communication aborde des groupes de pression et mouvements sociaux dans le cyberespace. Plus précisément, elle a pour objectif d’explorer les liens entre les stratégies, tactiques et outils déployés par les cyberactivistes et les États ciblés par les campagnes militantes numériques. Aujourd’hui, les citoyens et militants peuvent participer de plusieurs manières aux crises, conflits et revendications impliquant l’État dans le cyberespace. Selon Tilly et Tarrow (2015), il existe deux variables importantes en politique du conflit : la nature du régime politique et la capacité de l’État. Est-ce que ces variables peuvent moduler les actions militantes dans le cyberespace? Cette communication vise à répondre à la question suivante : est-ce que la nature du régime politique et la capacité de l’État influencent les outils et stratégies déployés par les cyberactivistes lors d’une campagne militante numérique? Nous posons comme hypothèse que la capacité de l’État et la nature du régime politique influencent les outils et stratégies privilégiés par les militants. Essentiellement hypothético-déductive et quantitative, cette recherche s’articule autour d’une stratégie de vérification basée sur l’étude par échantillon. Elle recense plus de 700 cas de campagnes militantes numériques se déroulant dans 54 pays de 2002 à 2012.

Résumé
14 h 40
Les affres du devenir « intelligent » : vers une accentuation des limites du cyberespace?
Jérémy DIAZ (École des Sciences de la Gestion (ESG) - UQAM ), Sandra Breux (Institut national de la recherche scientifique)

L’objectif de notre propos est de questionner l’émergence de la ville intelligente, défini comme un accès physique au cyberespace, sur les dynamiques politiques à l’œuvre dans l’espace urbain. Notre propos – d’abord et avant tout théorique –se basera sur deux mandats de recherche réalisés pour la municipalité de Repentigny (Québec, Canada), visant à documenter d’une part les forces et limites de la ville intelligente et d’autre part à identifier un ensemble d’expériences internationales inspirantes. Nous reviendrons dans un premier temps sur les définitions, promesses et limites de la ville intelligente et du cyberespace, soulignant – entre autres choses – les similitudes entre ces deux notions. Dans un deuxième temps, nous détaillerons la place qu’occupe l’humain et plus précisément, le citadin – en tant qu’acteur politique – au sein de ces deux manifestations technologiques. Puis, nous montrerons dans quelle mesure la ville intelligente contribue à accentuer les limites du cyberespace, ouvrant la porte à une forme de dépolitisation de l’espace public. 

Résumé
15 h 00
L’ethnographie virtuelle quand le terrain montre les enjeux éthiques de la méthode : une approche pour l’étude de communauté virtuelle de la néomasculinité
Adeline Branthonne (UdeM - Université de Montréal), Elena Waldispuehl (Université de Montréal)

Les politologues ont parfois tendance à sous-estimer les opinions dites « régressives », misogynes et racistes. Ces idées qui s’expriment difficilement dans l’espace public, et même dans l’espace plus intime d’un entretien, peuvent s’affirmer plus librement sur Internet. Ainsi, nous analyserons la communauté virtuelle du blogue Return of Kings, dont la nétiquette fait l’apologie de la virilité hétérosexuelle et de la néo-masculinité. À titre d’exemple des liens entre les espaces réels et virtuels et de l’interconnexion incessante des pratiques entre ces deux espaces, l’un des principaux contributeurs du blogue, Roosh V, voulait organiser un rassemblement transnational dans 43 pays en février 2016 pour discuter des enjeux soulevés dans et par la « manosphère ». Nous montrerons comment l’ethnographie virtuelle peut être un instrument intéressant pour appréhender des objets aussi complexes et mouvants que la néo-masculinité et ses pratiques identitaires dans le cyberespace. Il s’agira donc d’étudier le contenu des articles et des commentaires des utilisateurs par mot-clé sur une période de trois mois d’observation pour déterminer dans quelle mesure la grammaire idéologique développée par les auteurs du blogue est reprise par leurs lecteurs. En bref, cette communication a pour but de présenter l’utilisation de la méthode ethnographique dans un contexte en ligne tout en exposant une réflexion féconde sur les enjeux éthiques d’une telle méthode de recherche.

Résumé
16 h 00 à 16 h 30
Panel
Table ronde finale : Cyberespace et science politique, quoi de neuf?
Présidence/Animation : Hugo
Participants : Adeline Branthonne (UdeM - Université de Montréal), Hugo Loiseau (UdeS - Université de Sherbrooke), Elena Waldispuehl (UdeM - Université de Montréal), Sandra BREUX (INRS-UCS), Sabrina Dupéré (UdeS - Université de Sherbrooke), Tristan Rivard (UdeS - Université de Sherbrooke), Samuel Sauvé (UdeS - Université de Sherbrooke), Charles-Antoine Millette (UQAM - Université du Québec à Montréal), Emmanuel Choquette (UdeM - Université de Montréal), Jérémy DIAZ (École des Sciences de la Gestion (ESG) - UQAM ), Jérôme Couture (INRS - Institut national de la recherche scientifique)
Batiment : (BH) BURNSIDE HALL
Local : (BH) 920