6 - Et si la recherche scientifique ne pouvait pas être neutre?

Enjeux de la recherche

  • Mercredi 10 mai 2017
  • Jeudi 11 mai 2017
  • Vendredi 12 mai 2017


Responsables
  • Florence Piron - Université Laval
  • Mélissa Lieutenant-Gosselin - Université Laval
  • Laurence Brière - UQAM - Université du Québec à Montréal

Ce colloque propose de poser à nouveau la question de la neutralité en science (neutralité des artisans, de la démarche, des méthodes, du langage, des résultats, des publications) : est-elle possible ? Souhaitable ? Indispensable ? Est-ce un leurre ? Une fiction ? Un artifice ? Le colloque abordera ces questions dans quatre axes : épistémologique, politique, éthique et sociétal.

Appel à communications

Dans le régime contemporain de production des savoirs, le modèle dominant (positiviste réaliste) de la science la présente comme l’étude objective de la réalité. Selon ce modèle, l’utilisation de la méthode scientifique garantit que ni les personnes ni les contextes n'influencent les résultats, ce qui rend ces derniers généralisables et universels. La neutralité du processus de recherche et des scientifiques sont nécessaires pour garantir la scientificité - et donc la vérité - d'une connaissance. Bien que dominante dans la plupart des sciences, cette vision est vivement contestée par les études sociales des sciences ou l’histoire des sciences, mais aussi par les études féministes et post- coloniales. Ces critiques de l'idéal positiviste de la science neutre estiment plutôt que les faits et les théories scientifiques sont construits et influencés par le contexte social, culturel ou politique dans lequel travaillent les scientifiques, ainsi que par les conditions matérielles de leur travail. La reconnaissance de l'ancrage social de la science rend impensable l'idée même de neutralité, de point de vue hors de tout point de vue.

Bien qu'ancien, ce débat nous semble toujours d'actualité et très éclairant pour comprendre différents controverses et débats publics. Nous proposons quatre axes de réflexion : épistémologique, politique, éthique et sociétal.
* L'axe épistémologique posera la question de la neutralité dans le travail cognitif de fabrication des connaissances.
* L'axe politique discutera de l'injonction de neutralité faite aux chercheurs dont les travaux touchent à des enjeux politiques majeurs qui les invitent à prendre parti.
* L'axe éthique tournera autour de l'idée que « la doctrine de la neutralité sert avant tout à la science à s'exonérer de toute responsabilité face à ses effets » (Toulouse 2001).
* L'axe sociétal réfléchira à l'influence des rapports sociaux et des idéologies économiques sur le développement des sciences, des objets de recherche et des politiques scientifiques.

Ce colloque permettra d'actualiser un débat ancien sur ce qui fonde la scientificité de la science contemporaine et, par voie de conséquence, sur ce qui peut justifier les fonds publics qui lui sont accordés, son capital symbolique et son prestige. La neutralité est-elle un pilier indispensable de cette scientificité? Les critiques qui en sont faites nuisent-elles à la crédibilité de la science ou, au contraire, ouvrent-elles sur d'autres piliers possibles? Quels sont les avantages et les risques liés au rejet de l'injonction de neutralité par les scientifiques? Ce débat n'est pas souvent abordé dans les cours de méthodologie ou les réflexions de métascience, comme s'il était clos pour les tenants de chacune des deux positions : soit la neutralité est une condition de la science si évidente qu'elle n'est jamais réfléchie, soit elle est un mirage dont il faut se débarrasser, mais au profit de quoi? Relancer un dialogue entre les tenants de ces postures pour voir ce qui les rapproche ou les sépare dans le contexte actuel permettra de comprendre d'une manière différente et peut-être plus éclairante certaines controverses, par exemple sur la place de l'éthique dans la formation à la recherche, sur le militantisme des scientifiques ou sur les priorités des politiques scientifiques. Que penser de l'absence de la posture critique du positivisme réaliste dans certaines formations à la recherche doctorale ? Le militantisme exclut-il la possibilité de créer des connaissances pertinentes et importantes ? L'injonction de neutralité favorise-t-elle le silence des scientifiques face au déploiement des politiques scientifiques néolibérales ? Les tables rondes et présentations de notre colloque exploreront ces enjeux à travers différentes disciplines et domaines d'études.

Afin de favoriser la dimension de débat de notre colloque, nous voulons explorer des formats autres qu'une succession de communications monologiques. Nous allons privilégier le format "table ronde" présentant plusieurs positions contrastées sur un thème et plusieurs disciplines. Les communications individuelles feront soit l'analyse d'une controverse sous l'angle de la neutralité (des acteurs, du processus, etc.), soit une relecture d'un texte classique ou important sur la neutralité en science.

Date limite pour soumettre une proposition : 10 février 2017 (utilisez le formulaire en ligne svp)

Pour discussion : info@scienceetbiencommun.org

Lien vers l'appel à communications