5 - La liberté académique et la responsabilité scientifique : deux valeurs en quête de sens

Enjeux de la recherche

  • Lundi 7 mai 2018
  • Mardi 8 mai 2018


Responsables
  • Florence Piron - Université Laval
  • Jean Bernatchez - UQAR - Université du Québec à Rimouski
  • Émilie Tremblay - UQAM - Université du Québec à Montréal

La liberté universitaire et la responsabilité scientifique sont des valeurs tantôt revendiquées, tantôt contestées, parfois associées, parfois dissociées. Notre colloque vise à identifier les espaces de liberté et les formes de responsabilité dont disposent les scientifiques dans le monde actuel et à les discuter selon différentes modalités des rapports entre science, université et société.

Appel à communications

Colloque organisé par l'Association science et bien commun - cliquez sur le lien pour tous les détails techniques

ARGUMENT : La liberté universitaire (ou académique) est un principe qui remonte aux premières sociétés savantes. Elle avait alors pour but de protéger les savants contre les pressions exercées par des pouvoirs externes, qu’il s’agisse du roi, du clergé ou de tout autre menace potentielle pouvant réduire leur indépendance intellectuelle. Plus récemment, cette liberté a pris la couleur de la liberté d'expression et de communication des chercheurs et chercheuses et de l’absence de censure sur la circulation des résultats scientifiques. Que pourrait-elle être de plus dans le contexte universitaire contemporain? La liberté de choisir un sujet de recherche (la recherche scientifique libre) semble limitée par le contexte réel du monde de la recherche, en particulier par les politiques scientifiques et les orientations des gouvernements, qui privilégient certains sujets ou certaines disciplines par rapport à d’autres, en les finançant davantage. La liberté de choix des scientifiques quant à leur méthodologie semble elle aussi précaire face au régime dominant des savoirs et à son cadre normatif, qui imposent une standardisation des approches par le biais des normes éditoriales des revues scientifiques notamment. Produire des données probantes, est-ce être libre? Que signifie la liberté académique quand les départements imposent de publier dans des revues « qualifiantes », mêlant les enjeux de carrière à l’activité de diffusion des publications scientifiques? Quand les revues font payer des frais pour publier en libre accès? Quand l’industrie peut influencer des comités scientifiques?

La liberté académique ressemble donc à une fiction dès qu’on essaie de lui donner une substance, un contenu, au lieu de la limiter à la liberté procédurale d’expression. Cette situation n’a-t-elle pas pour effet d’augmenter un certain sentiment d’impuissance chez les scientifiques et, par suite, de restreindre leur sentiment de responsabilité face à leurs décisions?

Pourtant, une véritable responsabilité scientifique apparait aujourd’hui essentielle en raison de la place immense que prend la science dans la vie sur terre. Que ce soit dans le système de santé, dans les transports, dans la gestion des ressources naturelles, dans le système économique ou dans la lutte contre les changements climatiques, l’expertise scientifique est utilisée pour définir et cadrer l’action publique. Comment les scientifiques qui fournissent données, théories et interprétations pourraient-ils ne pas être tenus responsables de l’existence des savoirs ainsi utilisés et de leurs effets? La fiction de la coupure entre la science et la société a servi à justifier le refus de cette responsabilité. La reconnaissance du caractère social et politique de la production de savoir ne peut, au contraire, que susciter la création d’une éthique de la responsabilité pour les scientifiques.

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